L'homme monte en puissance. Impossible de ne pas le voir. Buteur notamment contre Bruges (trois fois cette saison ! ), Nice et la Lazio, le gamin aime visiblement quand ça brille. Et quand on parle de lui. Normal, comme son grand frère, Michy Batshuayi, Aaron Leya Iseka est un buteur, un vrai. Depuis quelques années déjà, mais avec une belle régularité au plus haut niveau depuis une poignée de semaines seulement. Car oui, l'envol fut quelque peu mouvementé. Et la trajectoire désordonnée.
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L'homme monte en puissance. Impossible de ne pas le voir. Buteur notamment contre Bruges (trois fois cette saison ! ), Nice et la Lazio, le gamin aime visiblement quand ça brille. Et quand on parle de lui. Normal, comme son grand frère, Michy Batshuayi, Aaron Leya Iseka est un buteur, un vrai. Depuis quelques années déjà, mais avec une belle régularité au plus haut niveau depuis une poignée de semaines seulement. Car oui, l'envol fut quelque peu mouvementé. Et la trajectoire désordonnée. Parachuté dans un Marseille encore convalescent l'an dernier, le garçon avait visiblement besoin de temps pour se stabiliser. Une aubaine pour Francky Dury, spécialiste en atterrissages d'urgence, reconverti cette saison en moniteur pour baptême de l'air à retardement. Cinq mois après son arrivée à Zulte Waregem, le miniMichy vole de ses propres ailes. Et renvoie avec bonheur les surnoms ridicules. Tout bénéfice - à court ou moyen terme - pour Anderlecht, toujours propriétaire d'un cadet de l'air aux faux airs de buteur à haut potentiel. Comme son frère... Aaron, tu t'es souvent fait relativement discret dans les médias depuis ton éclosion en Youth League il y a 3 ans. C'est un hasard que quelques semaines seulement après tes 20 ans, tu prennes aujourd'hui le temps de te poser pour faire le point ? AARON LEYA ISEKA : Oui et non. Je ne suis pas quelqu'un qui demande à parler énormément, mais là, j'ai l'impression que c'est le moment. J'ai des choses à dire, je commence à avoir un petit vécu. Même si je n'ai que 20 ans, je peux déjà faire un petit bilan de mon début de carrière. La Youth League, Marseille, Michy, trois choses qui t'ont fait connaître très jeune, peut-être trop jeune. Tu as eu peur de te planter en revenant en Belgique cet été ? LEYA ISEKA : Pas tant que ça. Je voulais jouer. Avant tout jouer. Je savais que je ne devrais pas faire n'importe quoi, que je devrais élever mon niveau pour gagner ma place, mais à ce niveau-là, Francky Dury est quelqu'un de très malin. Principalement parce qu'il fait régner un environnement favorable autour du club. Le but, il nous l'a dit tout de suite, c'était réellement d'avancer tous ensemble. Le coach ne s'intéresse pas aux individualités, mais au groupe. Ça m'a permis de mettre ma situation personnelle de côté. Je ne suis par exemple pas concentré sur un nombre de buts. Ce qui m'importait, c'était d'enchaîner et de m'installer durablement dans un bon petit club de D1. Passer de l'hyperactivité de La Commanderie au charme intimiste de Zulte, ça a dû te changer quand même ? LEYA ISEKA : Ça m'a fait du bien ! J'ai tiré énormément de positif de mon année à Marseille. C'est terriblement excitant de sentir l'agitation permanente qui règne autour du club chaque jour de la semaine, mais travailler au calme, ça a du bon aussi. A Zulte, je retrouve un confort plus familial, même si je dois être honnête et reconnaître que les installations du Sporting n'ont rien à envier à celles de La Commanderie. Je me suis rendu compte à Marseille du professionnalisme exacerbé qu'il peut y avoir à Neerpede. Qu'est-ce qui t'a convaincu de rejoindre Marseille à l'été 2016, quelques jours seulement après le départ de Michy pour Chelsea ? LEYA ISEKA : Un seul homme et ce n'est pas Michy, mais Franck Passi. Il avait vu mes vidéos et il me voulait absolument. J'étais aussi un peu étonné, mais il avait besoin d'un attaquant avec mon profil et il voulait un jeune joueur qu'il pourrait façonner. Il avait envie de faire percer un jeune, d'avoir entre guillemets " son joueur ". Je crois que c'est ce défi-là qui l'a motivé avec moi. Il ne m'a pas menti puisqu'il m'a directement fait jouer. Et moi, je me voyais mal refuser d'aller à Marseille ! D'autant que je revenais d'une longue blessure et que Weiler ne comptait pas sur moi. Pour le grand public, c'était difficile de comprendre qu'un jeune joueur remplaçant à Anderlecht se retrouve titulaire à l'OM... LEYA ISEKA : (Il coupe, ndlr) Mais même pour moi ! Je sortais de dix mois de revalidation et je me retrouvais titulaire au Vel' (Stade Vélodrome, ndlr). C'était ultrarapide. Une expérience qui me servira toute ma vie. Après un truc comme ça, tu relativises pas mal de choses. Ça me servira de garde-fou aussi, à l'avenir. Tout a été trop vite, si bien que je l'ai peut-être un peu pris à la légère. J'avais juste envie de jouer au football, mais je ne prenais pas conscience de ce qui m'arrivait. À l'époque, j'étais prêt à tout pour jouer. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, j'ai compris certaines choses. Et je sais à quel point il peut-être important de franchir les étapes pas à pas. Quand tu te retrouves tout de suite titulaire dans un grand club, sans avoir travaillé pour, tu ne te rends pas spécialement compte de ta chance. Je jouais mes matchs, mais il y avait un côté surréaliste dans le fait d'être là. Une place de titulaire dans un OM convalescent qui marchait un peu sur une jambe à l'époque, ce n'était pas un cadeau empoisonné avec le recul ? LEYA ISEKA : Non, pas du tout. Il y avait de bons joueurs. Malheureusement, et j'en suis désolé pour Franck Passi, je n'ai pas apporté ce que j'aurais pu. Je n'étais pas prêt pour ce défi. Tant physiquement que mentalement. J'en suis conscient, je suis responsable de mes échecs. On m'a donné ma chance, je ne l'ai pas saisie. Un point c'est tout. Quelle a été la différence entre le discours de Franck Passi et celui de Rudi Garcia ? LEYA ISEKA : Les deux ont été très clairs. Rudi Garcia m'a fait comprendre que j'allais recevoir ma chance et je l'ai eue. Des fois ça a été, des fois moins, mais dans l'ensemble, je n'ai pas été assez performant. Rudi Garcia, c'est quelqu'un de cash, mais correct. Il l'a vu, il en a tiré les leçons et d'autres joueurs sont passés devant moi dans la hiérarchie. C'est normal, c'est la règle dans un grand club. À mon départ, je lui ai envoyé un long message pour le remercier de m'avoir montré le bon chemin. Il a été le coach idéal pour le jeune que j'étais à cette période-là. Il m'a répondu que pour réussir, il fallait se bouger. Que rien n'était gratuit. Et je vous assure que le message est bien passé. Je suis prêt à me battre. On a dit que si tu ne jouais plus à une époque, c'était pour ne pas que ton option soit automatiquement levée. C'est vrai ? LEYA ISEKA : Non, c'est faux. Il s'agissait d'un prêt express d'un an, sans option d'achat. Mais, ce qui est vrai, c'est qu'il y avait bel et bien une clause qui me permettait de partir en janvier si je jouais moins de dix matchs avant la trêve. Mais j'avais moi seul la possibilité de choisir si je voulais rester à l'OM ou revenir à Anderlecht. Et comme ça a été le cas, j'ai eu le loisir de prendre ce que j'estimais être la meilleure décision. J'ai donc choisi de rester, même si je savais que je n'aurais peut-être plus beaucoup ma chance. Mais revenir à Anderlecht après six mois, sans avoir rien fait, rien prouvé, je n'en avais pas envie. C'était aussi important pour moi de ne pas changer de club tous les 6 mois, de me poser un peu. D'apprendre aux contacts de super joueurs aussi. J'ai été beaucoup conseillé, notamment mentalement, par mes coéquipiers durant cette période. J'ai beaucoup appris, tout en ayant déjà les yeux rivés sur la saison prochaine. Si tu ne voulais pas revenir à Anderlecht à l'époque, c'est parce que tu savais aussi que tu n'avais aucune chance de jouer sous Weiler, alors que Teodorczyk marchait encore sur l'eau à l'époque. Ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui... LEYA ISEKA : Je ne me focalise pas trop sur Anderlecht pour l'instant. Je n'ai d'ailleurs encore eu aucun contact avec les représentants d'Anderlecht depuis mon arrivée au Gaverbeek et c'est très bien comme ça. Je veux me concentrer à 1000 % sur Zulte pour continuer mon développement. Je pense que c'est aussi dans l'intérêt d'Anderlecht qui a tout à gagner à me laisser progresser ici, calmement. Weiler a été très direct à l'époque parce qu'il n'avait pas de temps à perdre. Ce qui explique que je n'ai pas reçu ma chance. Mais comme je suis quelqu'un avec une certaine fierté, ça m'a fait mal à l'époque de voir que je ne comptais pas tant que ça pour le Sporting. C'est normal, c'est mon club, celui pour lequel j'ai toujours tout donné. Mais c'était le choix du coach en place à ce moment-là. Et je ne pouvais malheureusement rien y faire, sauf tenter de comprendre. Ça fait d'autant plus mal quand on sait que tu avais signé quelques mois plus tôt un contrat de 5 ans et terminé deuxième meilleur buteur de la Youth League derrière Dominic Solanke - aujourd'hui à Liverpool - avec 8 buts en autant de matchs ? LEYA ISEKA : Cette année-là, avec Mohamed Ouahbi c'était incroyable. On a beaucoup dit qu'on était une bande de potes et que c'est pour ça que ça marchait. Mais c'est bien plus que ça. Les gars de ma génération, ce ne sont pas des potes, mais des amis pour la vie. Et puis, avec Ouahbi, tu évolues à chaque fois. À Anderlecht, il y a les années Ouahbi et puis les autres. Tout le monde le sait. Parce qu'avec lui, tu ne terminais jamais la saison les mains vides. Comment expliques-tu que malgré cette osmose et les bons résultats acquis chez les plus jeunes, tu es aujourd'hui avec Dodi Lukebakio l'un des seuls rescapés encore sous contrat à Anderlecht au sein de cette génération 1997 demi-finaliste de la Youth League en 2015 ? LEYA ISEKA : Je pense qu'il y a avant tout eu un problème de timing. On n'a pas été aidé par tous les changements de coachs successifs ces dernières années chez les A. De nouveaux entraîneurs et une nouvelle philosophie, qui a participé à l'arrivée massive de joueurs étrangers. Après, et malgré cela, c'était aussi à nous de nous rendre indispensables, ce qu'on n'a pas réussi à faire. Chez les jeunes, à Anderlecht, on a l'habitude de marcher sur tout le monde. On gagne tous nos matchs, on a toujours la balle, c'est vraiment facile parce que tu es entouré des meilleurs. C'est très différent quand tu arrives en A parce que le niveau est beaucoup plus homogène. Cette bande d'amis formés à Anderlecht dont tu parlais, c'est celle que tu retrouves aujourd'hui chez les Diablotins avec Johan Walem. C'est ce qui explique aussi les bons résultats de la génération actuelle ? LEYA ISEKA : Évidemment. On se retrouve tous et c'est une joie immense de pouvoir encore une fois jouer ensemble. Ce sont des moments de vie à part. Et ça explique en partie qu'on a tellement envie de bien faire avec ce groupe. Vu notre première place actuelle dans le groupe 6, ne pas participer à l'EURO serait très clairement un échec. Après, il ne tiendra qu'à nous de voir plus loin, de rêver des JO. Avoir ce double objectif avec cette bande, c'est juste exceptionnel. On se connaît tous depuis qu'on est petit, c'est un plus immense sur les autres sélections. Les Espoirs, ça ne reste jamais qu'une porte d'entrée vers les Diables. Devoir un jour ou l'autre succéder à la génération actuelle, est-ce que ça vous met une forme de pression supplémentaire sur les épaules ou est-ce qu'à l'inverse, c'est un surplus de motivation ? LEYA ISEKA : Ce sera difficile de faire mieux, voir aussi bien. Mais on ne se compare pas encore à eux. On fait notre job de notre côté et je pense qu'il y a une envie commune, chez eux comme chez nous, de faire les meilleurs résultats possibles. À ce stade, je regarde encore les Diables avec ce regard de petit frère protecteur. Je suis encore étonné par Michy quand je le vois. Je me dis que c'est mon frère qui est là et qui marque tous ces buts et ça me fait drôle. Je trouve ça génial, en fait. Grâce à Michy, j'ai pris conscience que moi aussi je pouvais réussir. Je ne postule pas encore pour une place à ses côtés, même si ce serait bien entendu un rêve de pouvoir un jour ou l'autre jouer avec lui en équipe nationale.