Le clasico du week-end sera placé sous le signe d'un étranger. Pour la première fois depuis sa fameuse morsure contre l'Italien Giorgio Chiellini, au Mondial, et la longue suspension qui en a découlé, Luis Suarez est requalifié. Face au grand rival madrilène de surcroît. Le joueur en a ri car il ne croit pas au hasard. " Non. Je crois que les choses ont une raison. Des 19 adversaires que nous pouvions rencontrer au terme de ma suspension, nous tombons sur le Real Madrid. Il doit y avoir une raison à ça. " C'est en tout cas ce qu'il a déclaré la semaine dernière au Barça Magazine, en guise d'échauffement au grand événement : la présentation du Soulier d'Or européen. A dix jours du clasico, ce n'est pas un hasard non plus.
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Le clasico du week-end sera placé sous le signe d'un étranger. Pour la première fois depuis sa fameuse morsure contre l'Italien Giorgio Chiellini, au Mondial, et la longue suspension qui en a découlé, Luis Suarez est requalifié. Face au grand rival madrilène de surcroît. Le joueur en a ri car il ne croit pas au hasard. " Non. Je crois que les choses ont une raison. Des 19 adversaires que nous pouvions rencontrer au terme de ma suspension, nous tombons sur le Real Madrid. Il doit y avoir une raison à ça. " C'est en tout cas ce qu'il a déclaré la semaine dernière au Barça Magazine, en guise d'échauffement au grand événement : la présentation du Soulier d'Or européen. A dix jours du clasico, ce n'est pas un hasard non plus. Nous ne pouvons que vous conseiller de visiter Barcelone en octobre. Le soleil automnal est doux, la ville est plus paisible que pendant la haute-saison touristique, on peut déguster de délicieux tapas sur le marché, près de la Rambla, les gens sont joyeux. La police est peu présente, il n'y a pas de manifestations, le référendum sur l'indépendance n'aura pas lieu. Donc, pas de discussions passionnées comme en Ecosse il y a trois semaines. Il y a encore quelques revendications, des plaidoyers pour le si, et pour plus d'indépendance, mais ils sont discrets. La Catalogne s'incline, apparemment. Il y a plus d'agitation CarrerRosselo, près de la Sagrada Familia, où les grues semblent vissées au sol. Le projet d'Antoni Gaudi semble avoir à peine commencé. Comme l'année dernière, quand Lionel Messi a reçu ici même le prix récompensant le meilleur buteur d'Europe, Barcelone a choisi la brasserie Damm comme salle de spectacle. Dehors, sur le trottoir, les supporters se bousculent pour apercevoir Xavi, Iniesta, Busquets et le héros de la soirée. Messi est absent, comme Neymar mais Puyol est là, de même que la fine fleur du Barcelone footballistique. C'est la deuxième fois que l'Uruguayen, transféré cet été pour 81 millions d'euros, est livré en pâture au public et cela suscite un certain émoi. Moins que la saison passée car Messi émarge à une autre catégorie mais quand même. Près de cent journalistes ont annoncé leur présence et seuls quelques-uns peuvent poser une question. Les autres doivent se contenter d'impressions. Barcelone, c'est un retour à la maison pour les Suarez. Leur fille aînée, Delfina, est née ici il y a quatre ans. Sofia, la mince et blonde épouse de Luis, est priée de prendre la parole et, surprise, ne trouve pas ses mots. Elle a passé son adolescence en Catalogne. Luis et elle se connaissent depuis longtemps. Ils sont devenus un couple quand elle avait treize ans et lui quinze. Le couple a été séparé par la crise, quand le père de Sofia a dû quitter l'Uruguay pour la Catalogne, pour des raisons financières. La famille s'est établie dans les parages de Barcelone. L'épisode a incité Luis à prendre le football plus au sérieux afin d'être transféré en Europe. Ce fut à Groningue, où Ron Jans (ex-Standard) l'a introduit dans le monde européen du foot pro. Un jour, il a pris l'avion pour Barcelone et a demandé Sofia en mariage. Suarez, attentif, y va de quelques mots en néerlandais : " Etes-vous belge ? Bienvenue dans cette ville superbe. " Puis, s'adressant au Hollandais de notre groupe, un journaliste du Telegraaf : " Bienvenue. Auriez-vous le numéro de téléphone de Ron Jans ? Je voudrais lui téléphoner. " Il citera le coach batave une fois encore, comme un des entraîneurs qui ont eu le plus d'impact sur sa carrière avec KennyDalglish et son premier coach, au Nacional Montevideo. Cet été, quand Suarez a voulu quitter Liverpool - il le souhaitait chaque été, son nom a d'abord été cité au Real mais le Barça, toujours ravi à l'idée de chiper un joueur à son rival, remember Neymar, s'est également manifesté. Barcelone... Le choix de Luis et de Sofia a été vite fait. Les parents de Sofia vivent toujours en Catalogne et le joueur connaît la ville comme sa poche. " En fait, je n'ai pas eu besoin d'adaptation, si ce n'est sur le terrain, à mes coéquipiers. " La Liga de las Estrellas, le championnat des étoiles, comme on décrit ici la Primera Division. Samedi, les plus grands s'affrontent. BBC d'un côté, Bale, Benzema, Cristiano, l'homme avec lequel Suarez partage son Soulier d'Or européen. L'avant du Real recevra le sien le 6 novembre. Pas à Madeira, dans son propre musée du football, comme il l'aurait souhaité, mais dans la capitale espagnole. Ronaldo voyage déjà assez comme ça, a estimé le Real. Le week-end prochain, le Barça peut compter sur LLN. Luis, Lionel, Neymar. Ou sur SMN, Suarez, Messi, Neymar. Ça sonne moins bien que BBC. En tout cas, le Barça travaille depuis deux ans à sa Messi-dépendance. A la longue, l'impact du multiple Soulier d'Or européen était si important, comme le Barça l'a remarqué en Ligue des Champions, que quand il s'est blessé, il a été contraint d'aider l'équipe, sur une jambe. Même un entraîneur de l'envergure de Pep Guardiola ne trouvait plus de solution. " Je n'avais plus d'idée nouvelle et c'est pour ça que j'ai quitté Barcelone ", a-t-il avoué un jour à ce propos. C'est le passé. Neymar a débarqué, suivi un an plus tard par Suarez. Deux paratonnerres, comme Cristiano en a au Real. Du coup, Messi s'est découvert d'autres qualités encore. Avant la parenthèse internationale, il a marqué six buts et délivré huit assists en sept parties. Huit ! La saison passée, il n'a délivré que douze passes décisives en 31 matches. Donc, on peut classer verticalement les critiques émises la saison dernière, à propos du peu de ballons que l'Argentin adressait au Brésilien. Samedi, un autre Sud-Américain se mêle donc au débat. Il n'est qualifié qu'à partir de ce week-end, au terme de sa suspension. Il constitue une garantie de buts : 91 en 139 matches en Eredevisie (Groningue et Ajax), 69 en 110 matches de Premier League sous le maillot de Liverpool. Un but en Ligue des Champions, six en Europa League. C'est moins que Messi ou Ronaldo mais Suarez n'a pas encore porté le maillot des meilleurs clubs non plus. A 27 ans, l'Uruguayen n'a même pas atteint le cap des vingt matches de Coupe d'Europe et n'a évolué en Ligue des Champions qu'à cinq reprises. A titre de comparaison, Messi en est à 88 matches et Cristiano Ronaldo à 105... Suarez doit se faire une place entre ces grands. Il est désormais adulte et il est chez lui à Barcelone. Cela va peut-être atténuer son agressivité. Reste à savoir s'il est en forme. En septembre, on a parlé d'un excès de poids mais le Barça a tout mis en oeuvre pour remettre son coûteux transfert en forme à temps. Nous pouvons constater de nos yeux qu'il aime les sucreries. Après la remise du trophée, pendant la brève interview dénuée de sens avec les magazines ESM, dont le nôtre, un membre du management, particulièrement zélé, fait de son mieux pour nous mettre dehors. Il est déjà tard, Kenny Dalglish n'ayant pu arriver à l'heure, et Suarez veut discuter quelque chose avec son manager, Pere Guardiola, le frère de Pep. Un serveur passe avec un plateau de desserts. La réception regorge de sucreries. Les yeux de l'avant brillent quand il parvient à se fourrer un morceau de chocolat en bouche mais il s'empresse de l'avaler quand quelqu'un essaie de faire une photo. Est-il en forme ? Il répond franchement. " Un footballeur met tout en oeuvre pour l'être dès qu'il peut jouer. J'aurais certainement répondu par l'affirmative si vous m'aviez posé la question avant les deux matches amicaux avec l'Uruguay. J'avais besoin de ces matches, je l'ai senti. Donc, je suis en forme mais c'est à l'entraîneur de décider si je suis en état de jouer. " Il dispute samedi ses premières minutes de jeu officielles de la saison. Il a déjà joué des matches amicaux pour le Barça, notamment contre une équipe nationale d'âge indonésienne. Avec l'Uruguay, il a joué contre Oman et l'Arabie saoudite. Ce n'étaient que des joutes amicales, puisque le mordeur ne pouvait en jouer d'autres. C'était déjà le troisième incident de cette nature, après les morsures lors d'Ajax-PSV et de Liverpool-Chelsea, cette morsure-là lui ayant déjà valu cinq matches de suspension au début de la saison précédente. Il y a eu aussi un incident avec Patrice Evra, lors du match contre Manchester United. Evra l'a accusé de racisme mais l'Uruguayen a toujours nié. Durant l'interview, on ne manque pas de lui rappeler ces incidents mais comme prévu, il les dribble vite : c'est le passé, il a commis des erreurs et les reconnaît mais maintenant, place à l'avenir. Barcelone était d'ailleurs assez nerveux avant le gala. Il a notamment demandé à connaître nos questions mais n'en a supprimé aucune, jugeant que le joueur devait y répondre. Suarez reconnaît que l'été a été étrange. Il l'a passé à s'entraîner. Il a craint que ça ne soit monotone mais " une fois dans le rythme quotidien des entraînements, ça s'est bien passé. " Barcelone l'a envoyé chez un psychologue et il a également travaillé son physique. Un membre du club nous rappelle que sa préparation au Mondial n'a pas été normale. L'Uruguayen est passé sur le billard au terme du championnat, pour une blessure au ménisque. L'intervention l'a privé du premier match de Coupe de Monde. Ensuite, il a inscrit deux buts contre l'Angleterre, avant ce fameux match contre l'Italie, remporté par l'Uruguay mais entaché par sa morsure. Celle-ci ne lui a valu aucune carte mais les images ont suffi. Cela n'a pas empêché Barcelone de verser 81 millions pour le recruter en Catalogne jusqu'en 2019. Il est laconique : " J'ai dû faire preuve de patience mais c'est presque terminé... Et quand je mettrai fin à ma carrière, j'analyserai tout son déroulement, sereinement. " Peut-être s'est-il découvert des hobbies pendant cette pause forcée ? " Je n'en ai pas eu le temps. Un livre ? Je vous recommande le mien, qui va bientôt sortir. " Luis Enrique, le nouveau patron sportif du Barça, doit maintenant muer l'imprévisibilité de Suarez, qui marche parfois tête baissée, comme s'il ne savait pas lui-même où il va, en rendement. " Il constitue une garantie de buts. On a pu le constater à l'Ajax, à Liverpool et ce ne sera pas différent ici. " Suarez : " J'ai parfois l'impression de ne pas tout réaliser pleinement. Par exemple, je ne réalise pas encore que je vais bientôt enfiler le maillot du Barça. Je vais essayer de savourer ce moment imminent. " Rendez-vous samedi 25 octobre à 18 heures. A Santiago Bernabeu, Madrid. Suarez de conclure : " J'espère que les gens vont adorer le spectacle. " PAR PETER T'KINT À BARCELONE" Des 19 équipes que nous pouvions rencontrer au terme de ma suspension, nous tombons comme par hasard sur le Real. Il doit y avoir une raison à cela. " " Ron Jans est un des entraîneurs qui ont eu le plus d'impact sur ma carrière. Vous n'auriez pas son numéro ? J'aimerais lui téléphoner. "