Il est la révélation du football belge et inarrêtable en équipe nationale du Canada. Que ce soit en championnat ou en Europa League, l'attaquant gantois fait honneur au surnom - The Iceman - que le sélectionneur canadien John Herdman lui a donné en raison de son efficacité devant le but.
...

Il est la révélation du football belge et inarrêtable en équipe nationale du Canada. Que ce soit en championnat ou en Europa League, l'attaquant gantois fait honneur au surnom - The Iceman - que le sélectionneur canadien John Herdman lui a donné en raison de son efficacité devant le but. Au centre d'entraînement d'Oostakker, David est tout aussi cool et modeste. On peut tout lui demander. Il laisse au photographe le temps qu'il faut pour sa séance et il n'est pas dérangé par le fait qu'une caméra suive tous ses mouvements. Mais ce qu'il aime par-dessus tout, c'est jouer au football, comme un enfant. Pendant l'interview d'une heure vingt, il ne lâche pas le ballon qu'il a utilisé pour jongler au cours de la séance photo. Une interview dont celui qu'on compare à l'attaquant de Manchester City Gabriel Jesus a lui-même donné le départ : " Vas-y, shoot ! ". Vous avez définitivement débarqué en Belgique en janvier 2018. Il vous arrive de repenser au chemin parcouru ? JONATHAN DAVID : Ça me semble déjà tellement loin... Tout va si vite dans la vie qu'on n'a pas toujours le temps de se demander ce qu'il se passe. Vous pouvez tirer un bilan de la saison actuelle ? DAVID : Mes statistiques sont meilleures que l'an dernier - je marque plus et je délivre plus d'assists - et l'équipe est mieux classée aussi. Au cours de ma première saison, j'ai découvert le championnat et maintenant que j'ai compris la façon dont on jouait, je m'y suis adapté. Je joue plus intelligemment et j'ai progressé au niveau du placement. Je suis davantage en confiance, aussi. Un joueur qui ne doute pas est capable de tout. Le premier coach qui vous a fait confiance, c'est Yves Vanderhaeghe. Mais si vous en êtes là aujourd'hui, c'est grâce à Jess Thorup, qui a mis en place un système qui vous convient parfaitement. DAVID : Thorup est terriblement fort tactiquement mais il fallait lui laisser le temps de nous transmettre ses principes de jeu. Il a obtenu les joueurs qui convenaient à son système de jeu et voilà le résultat. Thorup est aussi très chouette avec les joueurs. Quand quelque chose ne va pas, il prend le temps d'en parler. Il est honnête et c'est quelque chose qu'on apprécie. Il vous dit sans détour pourquoi vous ne jouez pas mais il vous dit aussi ce que vous devez faire pour revenir dans le onze. C'est l'entraîneur que tout joueur de foot aimerait avoir. Et Peter Balette, son adjoint, sait ce qu'il doit dire pour vous piquer au vif... DAVID : ( il rit) Il a une façon bien à lui de motiver les joueurs. Si on commet une erreur, il le dit directement, en face. Il se fiche pas mal de votre état d'esprit du moment. Je suis pour ce type d'approche. Dites-moi où sont mes lacunes de façon à ce que je puisse les gommer au plus vite. Les entraîneurs ne peuvent pas vous inciter à fréquenter davantage la salle de musculation. DAVID : Je suis costaud de nature, pourquoi devrais-je encore aller à la salle ? Ce n'est pas pour moi, je préfère travailler sur le terrain. Gino ( Caen, ndlr) nous donne des exercices pour les muscles fessiers, les pectoraux, les jambes, le dos, les mollets, etc. Vous êtes en lutte avec Dieumerci Mbokani pour le titre de meilleur buteur. Y a-t-il des similitudes entre vous ? DAVID : Les buts que nous inscrivons ne sont pas toujours les plus beaux mais nous savons où le ballon va arriver. Ça, c'est une similitude. Nos styles, par contre, sont très différents. Mbokani est très fort dos au but, il n'a pas son pareil pour protéger le ballon. Moi, je me déplace davantage entre les lignes, je combine plus. Quitter la Belgique avec le Taureau d'Or sur le dos, ce serait beau. Car pour beaucoup de monde, il ne fait aucun doute que vous ne serez bientôt plus à Gand. Et vous, vous êtes sûr de partir ? DAVID : Rien n'est fait mais je rassure tout le monde : ces rumeurs de transfert ne m'affectent pas. Je me concentre sur les play-offs et mon agent s'occupe du reste. Quand tout sera fini, j'en discuterai avec le club et mon agent. Pourquoi avez-vous resigné jusqu'en 2023, voici peu ? DAVID : Les dirigeants gantois étaient satisfaits de mes prestations et je n'avais rien contre le fait de resigner. Pourquoi ne pas le faire, dès lors ? Ce n'est pas une saison de plus dans mon contrat qui va effrayer les clubs. Et je suis sûr que Gand ne demandera pas un prix ridiculement élevé pour moi. Il y a quelques mois, votre maman est décédée d'un cancer du sein. Vous avez fait votre deuil ? DAVID : Au cours des jours qui ont suivi son décès, j'étais en état de choc. Maintenant, ça va déjà beaucoup mieux et depuis que je suis rentré du Canada, j'arrive à relativiser. On n'oublie jamais sa mère mais chaque jour qui passe rend la peine plus supportable. Il y a encore des moments où je me demande pourquoi tout ça est arrivé mais on ne contrôle pas le cancer. Ma foi m'aide à comprendre que dans la vie, il y a une raison à toute chose. Vous saviez à quel point votre maman était malade lorsque vous avez pris l'avion pour le Canada ? DAVID : Le samedi précédant son décès, nous avons encore parlé au téléphone. Peu après, ma soeur m'a appelé pour me dire que son état s'était fortement dégradé et que je devais rentrer d'urgence. À ce moment-là, je n'ai pas compris que c'était la fin. Quand je suis arrivé, elle était déjà décédée et c'est quelque chose que j'ai du mal à accepter. Vous ne vous dites pas qu'il n'y avait rien à faire contre la maladie ? DAVID : Elle s'est battue jusqu'à son dernier souffle mais son heure était sans doute arrivée. Cela faisait des années qu'elle souffrait d'un cancer du sein mais les traitements qu'elle subissait n'avaient pas le moindre effet sur son corps. Ma seule petite consolation, c'est de ne pas l'avoir vue souffrir. Je garde l'image d'une femme optimiste et souriante. Ceux qui l'ont bien connue vous diront que c'était une femme particulièrement courageuse. Lorsque les gens se confiaient à elle, elle disait toujours : tout va s'arranger. Ma mère était très forte, en toutes circonstances. J'ai hérité de ce trait de caractère. Je suis toujours très sûr de moi, je ne montre pas mes émotions. Vous parvenez à transformer votre chagrin en énergie positive ? DAVID : Il y a des jours où j'ai moins envie de m'entraîner mais dès que je pense à ma mère, le courage revient. Je ne peux rien lâcher, c'est la meilleure façon de lui rendre hommage. Au début, le football n'est qu'une passion mais au fil des années, on joue aussi pour mettre sa famille à l'abri. Depuis quelques années, je me suis mis en tête de faire en sorte que mes parents ne doivent plus travailler. L'argent que je gagnais, je le versais à ma mère. Elle en faisait ce qu'elle voulait. Quel rôle votre mère a-t-elle joué dans votre carrière ? DAVID : Elle était mon guide. Elle m'a conseillé et m'a soutenu dans tout ce que j'ai entrepris. Elle disait : si tu doutes de quelque chose, écoute ton coeur. Dans un certain sens, elle a donc joué un rôle important dans ma carrière. Qu'est-ce qui vous manque le plus depuis son décès ? DAVID : Le fait de parler avec elle, d'entendre sa voix, de voir son visage... Nous nous téléphonions ou nous envoyions des messages chaque jour. Maintenant, ce n'est plus possible. On dit toujours qu'un garçon est proche de sa maman et qu'une fille est proche de son papa. C'était comme ça chez nous aussi. J'étais toujours dans les jupes de ma mère mais elle ne m'a jamais gâté, au contraire. J'étais gentil, je faisais ce qu'on attendait de moi mais elle était assez stricte envers moi. Pour elle, il n'y avait rien de plus important que l'école. Vous lui dédiez vos buts ? DAVID : Je n'ai pas changé la façon dont je célèbre mes buts : je fais le signe de croix, comme mon père me l'a demandé voici un bout de temps déjà. Il voulait que je remercie Dieu pour chaque but. Actuellement, je ne fais rien de spécial en hommage à ma mère. Je n'ai pas l'intention de me faire faire un tatouage non plus. Elle était contre les tattoos et les piercings. Vous habitez à des milliers de kilomètres de votre famille. N'est-ce pas cela le plus difficile ? DAVID : Bien sûr. J'aimerais être près de mes proches, les voir chaque jour. Mais un joueur doit faire des sacrifices pour y arriver et j'ai toujours été prêt à les faire. Vivre seul en Europe en est un mais je n'ai jamais vraiment souffert de la solitude. J'ai vécu pendant un certain temps avec un ami d'enfance du Canada. Depuis, il est rentré. Maintenant, je suis souvent avec Ibrahima ( Cissé, ndlr). Il habite à 500 mètres de chez moi et je sais que je peux toujours aller le trouver si j'ai besoin de me changer les idées. On a l'impression que vous êtes encore plus fort depuis le décès de votre maman. DAVID : ( il réfléchit) Je ne sais pas... C'est peut-être l'impression que vous avez de l'extérieur. Pendant votre séjour au Canada, le club avait envoyé son préparateur physique, Stijn Matthys, afin de veiller à ce que vous restiez en forme. DAVID : Le club a voulu montrer qu'il me considère comme un joueur important. Il tenait à ce que je sois à 100 % dès mon retour du Canada. Mais vous aviez autre chose en tête dans les jours qui ont précédé et suivi les funérailles de votre maman. DAVID : Je n'avais pas vraiment envie de m'entraîner mais j'ai apprécié que Stijn, soit là. Ce n'était ni un étranger - je le connais depuis plus d'un an - ni un psychologue. Il venait me chercher à la maison le matin, nous courions un peu sur un petit terrain puis nous allions à la salle de fitness. Au total, nous travaillions pendant une heure quarante cinq et j'avais le reste de la journée pour moi. On ne peut pas dire que ces entraînement fichaient ma journée en l'air... Stijn était mon coach et une sorte de grand frère pour moi. Il savait comment je me sentais, il n'était pas trop dur avec moi et il n'hésitait pas à adapter son programme au besoin. Si on m'avait crié dessus, j'aurais été cassé. J'avais besoin de quelqu'un de compréhensif qui accepte que j'aie un mauvais jour. Vous êtes manifestement devenu adulte plus tôt que prévu. Selon Herdman, le sélectionneur canadien, des jeunes de votre âge doivent rester enfants le plus longtemps possible. Vous comprenez ce qu'il veut dire ? DAVID : Je pense que ce que Herdman veut dire, c'est qu'il ne faut jamais oublier pourquoi on a commencé à jouer au football. On est payé pour faire ce qui, jadis, n'était qu'un hobby. J'y réfléchis parfois et je sais que j'ai de la chance. Combien de gamins rêvent de devenir professionnels ? Certains doivent travailler beaucoup plus que moi pour gagner beaucoup moins. La moindre des choses, c'est de montrer que je prends du plaisir dans ce que je fais. Gand est-il candidate au titre ? DAVID : Plus notre retard sur Bruges sera petit au départ des play-offs, plus nous y croirons. Supposons que nous gagnions quelques matches d'affilée et que Bruges perde un match : qui sait ce qui est encore possible ? Nous ne devons penser qu'à une chose : gagner les matches que nous sommes censés gagner. C'est pourquoi je regrette nos défaites à Ostende, à Mouscron et face au Cercle. Elles sont inexplicables. Sans cela, la lutte pour le titre serait encore plus serrée. Vous avez un gros avantage sur Bruges, qui ne dispose pas d'un buteur comme vous. Vous pourriez donc jouer un rôle décisif lors des play-offs. DAVID : Bruges a démontré qu'il n'avait pas vraiment besoin d'un buteur pour dominer le championnat. Ils est tout simplement plus efficace que nous. C'est d'ailleurs la plus grosse différence entre Bruges et Gand en ce moment. L'équipe ne dépend-elle pas trop de vos buts et de vos actions ? DAVID : Je n'irais pas jusque là. Disons que notre système me permet souvent d'arriver en position de but mais Gand n'a pas besoin de moi pour gagner. Nous avons suffisamment de joueurs capables de délivrer un assist ou de se montrer décisif dans les 16 mètres. Votre entraîneur est convaincu que l'équipe qui sera championne sera celle qui rentrera le plus de clean sheets. DAVID : Le coach nous l'a souvent répété : si nous voulons lutter pour le titre, nous devons encaisser moins d'un but par match de moyenne. C'est quelque chose que nous devons travailler. Nous pratiquons une football très offensif et nous avons peut-être tendance à oublier nos tâches défensives. Or, c'est ça qui fait la différence. Défendre, c'est une tâche collective. On aurait tort d'accuser le gardien ou les défenseurs à chaque fois que nous prenons un but.