Chaque jour, Philippe Clement parcourt 119 kilomètres, pour se rendre de Waasmunster à Genk. Il y a huit mois, il était encore entraîneur-adjoint du Club Bruges mais il voulait devenir T1. Il affirme ne pas avoir eu de surprises durant ce temps.
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Chaque jour, Philippe Clement parcourt 119 kilomètres, pour se rendre de Waasmunster à Genk. Il y a huit mois, il était encore entraîneur-adjoint du Club Bruges mais il voulait devenir T1. Il affirme ne pas avoir eu de surprises durant ce temps. Par contre, tu surprends tout le monde par ce que tu as réussi à Waasland-Beveren et ce que tu fais ici depuis quelques semaines. PHILIPPE CLEMENT : C'est un compliment. Ça veut dire que j'ai bien fait mon job de T2, dans l'ombre. Du coup, les observateurs n'ont pas la moindre idée de ce que je faisais ni de mes idées. Moi, je savais ce que je voulais faire et pourquoi. Il fallait simplement trouver le bon club au bon moment. Tu y es parvenu, dans un petit club puis avec une formation qui doit réussir. CLEMENT : Ce devoir est une de mes motivations. Joueur, je me suis toujours bien senti sous pression. Chaque match d'entraînement était une finale de coupe. Même quand je joue avec mes enfants, c'est pour gagner. C'est frustrant pour eux mais je suis comme ça. Un boulot tranquille neuf-cinq ne me conviendrait pas. Je suis plus performant dans les moments difficiles. Tu n'étais pas à ta place à Waasland-Beveren, alors ! CLEMENT : Ça a été pénible au début. Tout le monde était content quand on a fait match nul ici à Genk, lors de la première journée. Sauf moi car je trouvais qu'on aurait dû gagner. Je suis parvenu à insuffler cette mentalité à l'équipe et au club, ce qui m'a apporté une profonde satisfaction. Les gens m'ont donné beaucoup en retour. Quitter Beveren n'a pas été facile. Je n'en ai pas dormi. Si je n'avais pas eu des liens avec Genk, je ne serais pas parti. Je n'étais prêt à le faire que pour Genk, le Club ou éventuellement le Beerschot. Maintenant, un quatrième club est dans mon coeur : Waasland-Beveren. Waasland-Beveren était-il le bon club pour débuter ? CLEMENT : J'en ai été convaincu dès le premier de nos trois entretiens, même si j'ai dû faire un fameux sacrifice financier par rapport à Bruges. Comme mes enfants y jouaient, j'en connaissais les points faibles. J'ai posé une série d'exigences de fonctionnement et le club a fait des efforts. Y as-tu appris quelque chose ? CLEMENT : Oui mais l'essentiel, c'est que tout le monde, du président au responsable du matériel, m'ait suivi. On a donc pu former une structure light du Club Bruges. On a suivi toutes mes suggestions. Tu as été surpris que ça aille aussi bien ? CLEMENT : Je savais que le club avait des qualités, sans être sûr qu'il puisse disputer les PO1. Tous les joueurs ont progressé et ont pris conscience de leurs qualités. Ils ont commencé à jouer depuis l'arrière, ce qu'ils n'avaient jamais fait. Avant, on misait sur l'organisation puis la transition. J'ai inculqué des principes à l'équipe. Une de mes grandes ambitions est de faire progresser tous les éléments de mon noyau. Je continue à le vouloir, semaine après semaine. Au Club, je m'occupais surtout de ceux qui ne jouaient pas. S'entraîner toute l'année sans avoir la chance de montrer ce dont on est capable est très dur. L'entourage ne cesse de poser des questions. Il faut donner à ces joueurs un programme personnel, pour qu'ils aient le sentiment de progresser malgré tout. Indépendamment du travail individuel, je m'occupe beaucoup du collectif. Les automatismes défensifs et offensifs, pour que chacun sache à tout moment ce qu'il doit faire. Tout l'art réside dans le fait de faire bouger et penser onze joueurs en même temps. Tu es étonné par le chemin accompli par certains joueurs de Waasland-Beveren ? CLEMENT : Je ne pouvais pas prévoir que Morioka serait un des trois meilleurs médians du championnat ni qu'Ampomah serait parmi les meilleurs ailiers. Thelin ne convainquait pas tout le monde mais son profil convenait au reste. La complémentarité est cruciale. Ce ne sont pas toujours les onze meilleurs qui jouent mais les onze qui jouent le mieux ensemble. Les joueurs qui ont brillé avec toi sont moins à l'aise dans un autre environnement. CLEMENT : Morioka est un très bon footballeur mais il a besoin d'un certain style de jeu. Il s'intégrait parfaitement dans le football de Waasland-Beveren. Laurent Jans et Ibrahima Seck pouvaient aussi exploiter leurs qualités et cacher leurs défauts. Je suis le meilleur exemple du joueur qui a réussi une belle carrière parce qu'il savait ce dont il était capable ou pas. Qu'est-ce qui devait changer à Genk ? CLEMENT : Dès la première séance, j'ai été effaré par le manque de confiance des joueurs et leur état physique. J'avais programmé toute la séance mais au bout d'une heure, ils se sont éteints comme des chandelles. Si je faisais tout ce que j'avais prévu, j'allais ajouter quelques blessés aux douze déjà indisponibles. Les tests effectués en stage m'ont aussi effrayé. On y est donc allé pas à pas. En stage, on a effectué de longues séances pour améliorer la condition. Je savais que je devrais constamment remanier mon équipe, aucun joueur n'étant capable de disputer huit matches en 24 jours à un bon niveau. On a bien progressé : au Jan Breydel, ils ont abattu plus de kilomètres que les Brugeois. Ils n'ont pas râlé ? CLEMENT : Tu sais ce qui est super important ? J'explique à mes joueurs ce qu'on fait et pourquoi. De manière ciblée. Je ne traîne pas. J'aime placer la pression haut, vers l'avant mais c'était plus difficile qu'à Waasland-Beveren, où j'avais eu plus de six semaines pour préparer l'équipe. Les premières semaines, je n'ai pas pu imposer mes principes. J'ai donc tout expliqué images à l'appui. Ils ont pris confiance en le faisant sur le terrain. Quel était le principal problème de Genk ? CLEMENT : Le manque de confiance et le lien avec les supporters. La dynamique était négative. Les tribunes sifflaient après une ou deux mauvaises passes et les joueurs perdaient toute confiance. Après le premier match, le vestiaire ressemblait à un cimetière. Certains préféraient jouer en déplacement. Ils pliaient sous la pression. Le noyau ne manque-t-il pas de personnalités, qui se fichent des huées ? CLEMENT : J'ai déjà vu beaucoup de joueurs craquer. Il y en a peu qui restent de marbre. J'ai expliqué au groupe qu'il devait faire le premier pas. On a aussi discuté avec les représentants des clubs de supporters, pour qu'ils soutiennent les joueurs dans les moments difficiles. Contre Zulte Waregem, ils nous ont aidés alors qu'on souffrait. Il faut comprendre que la dernière victoire à domicile datait de fin octobre. C'est dire la frustration des joueurs. Ils arrivaient pleins de bonne volonté et échouaient chaque fois. Mais ici, quand on mouille son maillot, qu'on aide ses coéquipiers et qu'on ose attaquer, on est soutenu. Ça commence donc par ce qu'on fait sur le terrain, pas le contraire. Les fans vous pardonnent une mauvaise passe si vous vous donnez à fond. Je l'ai dit à mes joueurs : " J'ai donné beaucoup de mauvaises passes durant ma carrière mais les supporters m'ont toujours soutenu. " (Rires)Tu ne t'es pas demandé ce que tu faisais là, par moments ? CLEMENT : Non. J'assume mes décisions sans regarder en arrière. J'essaie de retirer le maximum de chaque jour. Tu n'es pas encore resté assis deux minutes sur ton banc depuis ton arrivée. CLEMENT : Le groupe avait besoin qu'on lui insuffle de l'énergie, de la confiance. Ce comportement peut aussi les énerver. CLEMENT : Non. Mon coaching est positif à 80 %. Ceci dit, je ne resterai jamais longtemps assis. On voit trop mal du banc. À ton arrivée, il y avait un problème Pozuelo et un problème Malinovskyi. Ces deux piliers étaient en méforme. Comment as-tu résolu ces problèmes ? CLEMENT : Je leur ai consacré beaucoup de temps, ainsi qu'aux autres. Il faut trouver la bonne clef pour que chacun soit performant. Comment puis-je toucher quelqu'un et le convaincre que s'il travaille pour le groupe, il en recevra quelque chose en retour, de sorte qu'équipe et individu seront meilleurs ? Et comment expliquer à quelqu'un de quelle façon il peut devenir meilleur ? Comment t'y es-tu pris avec Pozuelo ? CLEMENT : Je lui ai beaucoup parlé. En stage, j'ai eu un entretien individuel avec chaque joueur, tous les soirs de huit heures à onze heures trente. Je leur avais donné un questionnaire à remplir et ils n'ont pas répondu par clichés. Pozuelo sortait d'un été difficile. Une blessure lui avait fait louper une partie de la préparation. Il était plein de bonne volonté mais son corps ne suivait pas et il a forcé. C'est pour ça qu'une bonne base physique est si importante. On est plus fort dans sa tête quand son corps est en bon état. Malinovskyi était-il un cas ? Tu as été très prudent avec lui. CLEMENT : On ne sait jamais si un joueur vous rendra quelque chose mais je dois essayer, jour après jour. Je cherche jusqu'à ce que je trouve une solution. Ibrahima Seck était-il le lien manquant ? CLEMENT : Ibrahima a ramené l'équilibre qui faisait défaut suite à l'absence de Sander Berge et Bryan Heynen, nos seuls médians au tempérament défensif. Ibrahima s'efface au profit de l'équipe et suscite une dynamique positive, qui donne confiance aux autres. Mais nous avons encore une large marge de progression. D'autant qu'en début de saison, Genk faisait partie des candidats au titre. CLEMENT : C'était une erreur et on l'a reconnue. Le sauteur qui vise le record du monde ne place pas d'emblée la latte à hauteur de ce record. En le faisant, on risque avant tout de rater. On n'a que le cinquième ou sixième budget de Belgique, avec beaucoup de jeunes qui ne savent pas encore gérer la pression et la négativité. Le match nul de Waasland-Beveren ici la première journée était déjà un petit drame pour Genk. Une semaine plus tard, il a paniqué quand il a été battu par le Standard. Or, on ne peut pas être sous pression en août. Se focaliser sur le classement est la pire des erreurs. Il faut améliorer ses qualités et son football. Le reste suit automatiquement. Ton équipe s'est battue au Club pour revenir dans le match. CLEMENT : C'est quelque chose qui se forme petit à petit. Avant le match contre Ostende, j'ai montré à l'équipe la vidéo de la finale de Ligue des Champions où Liverpool est mené 3-0 face à l'AC Milan mais revient. Il ne faut jamais baisser les bras, même si on pense la situation désespérée. C'est un de mes principes. Le match ne prend fin qu'au coup de sifflet final. Après le match d'Ostende, les joueurs ont confié que la vidéo les avait encouragés à persévérer. On a poursuivi sur notre lancée. Siebe Schrijvers est une des victimes de ces dernières semaines : il a longtemps été un des meilleurs mais il a perdu sa place de titulaire. CLEMENT : Malheureusement, je ne peux aligner que onze footballeurs. Ces dernières semaines, le niveau de l'entraînement a considérablement augmenté, celui de Siebe comme les autres. Il joue mieux qu'il y a cinq semaines. Au début, il était de ceux qui avaient du mal à accepter les critiques des tribunes et ça se remarquait à son jeu. Selon moi, il peut parfaitement jouer avec Pozuelo. Malgré tous les problèmes, tu es toujours resté très positif dans ton discours alors que parfois, tu as dû frôler le désespoir. CLEMENT : Parce que se plaindre n'aide en rien. Ni le club ni les joueurs. Ça ne veut pas dire que je ne me manifeste pas quand il le faut. J'avais d'autres idées sur le mercato mais je peux me plaindre tant que je veux, je n'y changerai plus rien.