Anderlecht-Standard est un moment autant attendu que la présentation d'un grand film au Festival de Cannes. Chaque année, tout le monde se précipite pour voir les stars du Clasico sur la grande scène verte du stade Constant Vanden Stock ou de Sclessin. Les flashes et les regards s'apprêtent à accompagner tous les joueurs du prochain choc des géants, avec une attention particulière pour Milan Jovanovic.
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Anderlecht-Standard est un moment autant attendu que la présentation d'un grand film au Festival de Cannes. Chaque année, tout le monde se précipite pour voir les stars du Clasico sur la grande scène verte du stade Constant Vanden Stock ou de Sclessin. Les flashes et les regards s'apprêtent à accompagner tous les joueurs du prochain choc des géants, avec une attention particulière pour Milan Jovanovic. " Moi, je ne compte pas. Il y a bien plus important : tous les amateurs de football doivent passer une belle soirée. La D1 belge mérite le plus grand respect. Elle a délégué quatre clubs sur les différents terrains européens. En Europa League, ils viennent de récolter 9 points sur 9 : c'est remarquable. Quand le Standard, Genk ou le Club Bruges affrontent un adversaire européen, je me transforme en supporter acharné de ces clubs. J'ai pas mal de connaissances à l'étranger qui me parlent de ces succès belges. C'est le cas de mon ami Milos Krasic de la Juventus. Tout cela fait que cet Anderlecht-Standard doit être un match de propagande pour l'ensemble du football belge. "Milan Jovanovic : Il est impossible de répondre à cette question. Mais pas du tout. Vous évoquez une équipe qui n'existe plus et une autre qui avance vers ses objectifs. Les possibilités de comparaisons sont limitées pour le moment. On pourra procéder à un tel exercice quand mon équipe actuelle aura gagné deux titres. J'espère. Oui, pour moi et pour tout le monde. Je vais essayer d'oublier toute forme d'émotion. Si le coach fait appel à moi, je me donnerai à 500 %. Je ferai tout pour gagner et marquer. Si je trompe Bolat, je garderai cette joie pour moi, en signe d'hommage au Standard qui gardera toujours une place à part dans mon coeur. Je ne suis pas un joueur qui part et qui oublie. Je suis un homme heureux car " mon c£ur peut porter beaucoup d'amour " (sic). Je connais des joueurs qui crachent sur le club où ils ont vécu de grands moments. Moi, je ne peux pas. Impossible. J'ai des tas de raisons pour descendre Liverpool. Quand l'ai-je fait ? Jamais et je ne le ferai jamais même si je n'ai pas eu droit à un traitement décent là-bas. Dès que j'y suis arrivé, on a demandé quand je partais car Rafael Benitez qui me fit venir était parti. Je n'ai jamais reçu honnêtement ma chance. Personne n'aurait tenu le coup, même pas Ronaldo. J'aurais dû marquer deux buts par match et encore... Enfin, c'est une autre histoire. Non, presque pas. J'ai travaillé six mois avec de Sart qui était le T2 de Dominique D'Onofrio : c'est un gentleman. Il y a encore Bolat, Pocognoli, Goreux et c'est tout. Je me souviens de José Riga en tant que coach de Mons. C'est un homme correct et très sympathique. Je sais que cette équipe fait peau neuve. Ce n'est pas facile car des joueurs importants et confirmés sont à nouveau partis cet été. J'ai cependant l'impression que le Standard a déjà progressé dans l'après Witsel et Defour. Je ne sais pas si cette équipe sera aussi forte que celle des deux titres et des exploits européens. Seul le temps apportera une réponse mais je suis sûr que ce club travaille bien. Cela dit, j'ai quand même relevé que le Standard et Genk ont perdu pas mal de points en championnat. Anderlecht est plus concret, plus réaliste : c'est un gros avantage. Non. Je me rends encore régulièrement dans le centre de Liège avec ma femme. Nous allons manger un bout avec des amis. Les passants me reconnaissent et me saluent. Pas de problème. C'est normal : qu'est-ce que Milan Jovanovic a fait de mal lors de ses quatre saisons passées au Standard ? Rien, au contraire. Moi, en tout cas, je ne garde que de souvenirs formidables d'une belle époque. C'était une équipe jeune, énergique, pleine de rage de vaincre avec une ambiance parfois électrique et des gars qui avaient envie d'être des leaders, des patrons. A Anderlecht, c'est plus calme, plus cultivé et il n'y a pas de guerre des chefs. C'est très différent. Cet Anderlecht est sur le bon chemin pour être meilleur que le Standard des deux titres. Nous sommes en pole position au classement de la D1 et nous jouons à domicile. Anderlecht sait négocier ses grands rendez-vous. En Europa League, nous avons déjà aligné trois succès et un nul contre Bursa, AEK et Lokomotiv Moscou, c'est magnifique. Pour raccourcir cette histoire, Anderlecht sera champion. Nous décrocherons le titre, je n'ai aucun doute là-dessus. Je le répète tous les jours à mes équipiers. Je me suis plus vite adapté et intégré à Anderlecht que je ne m'y attendais. L'espérance que mon arrivée de Liverpool déclencha était quand même énorme car j'ai entendu dire : - Avec Jova, nous gagnerons le titre. Ces attentes et commentaires m'ont un peu effrayé. Je ne suis évidement pas un magicien. Si cette équipe ne comptait pas des Proto, Juhasz, Biglia, Kljestan, Canesin, Mbokani, Suarez, et je peux en citer d'autres, elle ne pourrait pas viser haut. Je suis venu pour l'aider, pas pour gagner le titre tout seul ; ce qui est d'ailleurs impossible. Je serais incapable de marquer sans eux. Cela vaut pour tout le monde. On ne peut pas progresser sans un bon esprit collectif. Mes débuts sont encourageants, tant mieux, mais je n'ai pas encore atteint mon rythme de croisière. J'ai exploité le maximum du potentiel qui est le mien pour le moment. Peut-être mais, moi, j'ai d'abord été charmé par l'accueil sympathique et positif qui m'a été réservé par le président Roger Vanden Stock, Herman Van Holsbeek, Ariel Jacobs, Davis Steegen, les joueurs, le staff, le personnel, les supporters, etc. J'y suis très sensible et quand on me donne de la chaleur, de l'amour, de l'amitié et du respect, je rends toujours tout cela. Et j'ai de la chance car j'ai déjà vécu cela à Vojvodina Novi Sad, au Standard et en équipe nationale serbe. Je mesure la place que Mbark et Romelu occupaient dans cette équipe. Matias est unique en son genre. Je le sens bien car il pense et respire football. Suarez sait tout faire : dribbler, marquer, adresser des assists ; c'est la grande classe. Et on oublie qu'il est très jeune. A 20 ans, je ne devinais pas tout ce que je sais aujourd'hui et, à 30 ans, j'apprends encore tous les jours. Suarez a tout pour aller très loin, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Il y a de la concurrence en pointe. Et c'est très bien. Mbokani est là et j'avais dit que Dieu rendrait des services, comme cela s'est déjà vérifié. Mais il n'y a pas que Matias, Dieu, moi ou Canesin. Je suis arrivé au bon moment... Je ne suis pas coach ; ce n'est pas à moi de parler de cela. Je suis là pour rendre service. Il y a d'excellents attaquants dont on ne parle pas pour le moment mais qui auront certainement leur chance : Kanu, Iakovenko, De Sutter... Tom n'a pas perdu son football ; il reviendra. C'est une question de temps. Cela en fait du monde en pointe, oui, mais la saison est longue. Anderlecht a besoin de tout son effectif et il faut de la concurrence pour que tout le monde progresse. Contre Mons, c'est Kabasele qui a changé la donne... Que les meilleurs et les plus frais jouent, c'est sain. Il y a beaucoup de talents et il manque juste un peu de métier. Je suis aussi emballé par le calme d'un autre joueur... Son importance dans notre jeu est tout simplement inestimable. Lucas ne panique jamais. Quand il a le ballon et même si ça chauffe, je ne crains rien car je sais qu'il en fera un bon usage. Lucas joue juste, c'est du travail bien fait. Je n'ai jamais vu un joueur aussi calme. D'une manière générale, l'atmosphère est superbe à Anderlecht. Je n'ai pas ressenti de pression ou de nervosité dans le vestiaire. En ce qui me concerne, seuls les anciens joueurs peuvent comprendre que j'ai besoin de temps, encore maintenant, avant d'être à mon top. Quand une équipe doit se passer d'un élément comme Lukaku, ce n'est pas rien. On ne remplace pas un joueur de cette importance par un autre et basta. Ce n'est pas aussi simple car cela suppose aussi un gros travail de réajustement tactique. Oui, le championnat anglais lui convient à merveille. Je l'ai vu à l'£uvre en Coupe de la Ligue. Lukaku a été tout bon et il ne lui a manqué qu'un brin de chance pour marquer. J'entends dire qu'il doit travailler sa technique. C'est une affaire de patience car il est doué, sait quand un dribble peut être tenté ou pas. Lukaku est un surdoué et il serait fou d'en douter. Chelsea n'a pas acheté Lukaku les yeux fermés et le destine au top européen. Quel stopper est plus fort que lui en Angleterre ? Aucun. Physiquement, c'est un phénomène. Et dans deux ans, Lukaku sera le meilleur attaquant de Premier League... Non, une certitude. Lukaku sera-t-il titulaire à Chelsea ? Oui. Marquera-t-il des buts ? Oui, beaucoup. Il faut bien se comprendre : en Belgique, on pense que tous les joueurs de Premier League sont des extra-terrestres. Désolé, c'est faux, ce ne sont pas des martiens (sauf Steven Gerrard) : Braga a éliminé Liverpool en Europa League la saison passée. Et qui vient de gagner 1-2 à Braga ? Bruges. A Manchester United, il y a 11 phénomènes sur le terrain et 7 autres phénomènes sur le banc. Chelsea a 22 magnifiques joueurs. En Belgique, il y en a 4 ou 5 de haute qualité par équipe. Suarez et Biglia auraient leur place dans n'importe quelle équipe du top de la Premier League, que ce soit Arsenal, Chelsea, Manchester City, etc. Biglia est meilleur que Lucas, de Liverpool. Le plus important pour Lukaku, ce sera l'intégration. Si la greffe prend, il n'y aura pas de problème. Et si la chance lui sourit un peu, ce sera une très belle aventure. Oh là là... On m'en avait dit le plus grand bien et je le constate à l'entraînement. C'est la classe, un médian super-créatif... Des doutes ? Non. Des questions pour l'immédiat, oui : qui n'en a pas en relevant un nouveau défi ? J'étais un peu court physiquement en arrivant. Anderlecht le savait et personne n'a rien exigé dans l'immédiat. Je me suis quand même interrogé car comment faire la différence quand on n'est pas à 100 % ? J'ai eu des craintes. Mais on m'a fait totalement confiance, c'est décisif, et mon expérience m'a permis de marquer en championnat et en Coupe d'Europe. Un joueur sans gros vécu a plus de mal, et c'est normal, à se gérer et à maîtriser le stress face aux attentes et à ses ambitions. Anderlecht m'a rassuré avant mes premiers buts... Tout à fait. Je dirais même qu'Anderlecht m'a protégé. Là, on est dans un domaine plus mental qui échappe à l'attention générale. J'ai vite marqué, mais que se serait-il passé si j'étais resté muet ? Rien. Anderlecht m'a affirmé que ce n'était pas la priorité ou une exigence immédiate. Le club a dit clairement que j'avais besoin d'un peu de temps. Les supporters l'avaient même compris, je crois. Ariel Jacobs m'a tout expliqué avec patience. La présence de Besnik Hasi a été importante pour moi : il parle ma langue et cela a facilité mes premiers pas dans l'équipe. Je sais, je ne le connaissais pas bien. C'est un gars formidable qui s'exprime dans cinq ou six langues. Le sport rapproche les gens, on se comprend mieux. L'incident de Bruges ? On m'a cherché, j'ai répondu à quelques esprits mal tournés. Je ne le ferai plus mais je le répète si nécessaire : je respecte les supporters du Club Bruges. Le courant passe bien... C'est un coach et un coach se doit d'être plus réservé. Nous, on sait comment il vit ses émotions dans le vestiaire. Ce compétiteur ne supporte pas la défaite. Même si je suis solide dans ma tête, cette tranquillité du staff m'a rassuré et explique en grande partie une bonne adaptation et tout a immédiatement bien démarré. La confiance mutuelle paye. Le coach et ses adjoints me connaissent, savent exactement où j'en suis, et comprennent quand il m'arrive de ne pas effectuer tout mon travail défensif. Il y a heureusement Kljestan qui ramasse un énorme paquet de ballons dans la ligne médiane. Sacha m'impressionne par son énorme travail de colmatage. A mon avis, oui, il y a une philosophie de jeu et elle passe par une bonne circulation du ballon. Anderlecht soigne son jeu, joue, construit, pense offensif, s'orchestre bien, sait être patient. Tout le monde a du ballon et je me sens bien dans cet environnement, que ce soit sur l'aile ou plus en pointe. Il y a des variantes 4-2-3-1, 4-5-1, 4-4-2. L'essentiel dans tous les cas de figure est d'avoir la possession du ballon. Je n'étais pas ici à la reprise des entraînements. Je n'ai pas encore résorbé ce retard. Et c'est difficile à faire quand les matches se suivent à un tel rythme. J'ai du métier, je n'ai jamais perdu mon football, je suis plus malin et plus rationnel que quand je jouais au Standard, mais comment allais-je tenir le coup ? Pour le moment, je cours moins mais je suis plus productif. Je fais le maximum pour être au plus vite en top condition. Je donne tout pour y arriver mais ce n'est pas facile, et même fatiguant, car le programme est très chargé, ce qui a expliqué la petite déchirure à la cuisse que j'aurais évitée si j'avais pris part à la reprise du travail avec tout le groupe en été. A mon avis, la machine sera parfaitement au point après le petit stage hivernal. Tout ce qui est pris avant, c'est bien mais on entrera alors dans le money time pour le titre ou les missions européennes. Je travaille beaucoup au club mais j'ai aussi mon préparateur physique personnel... Tout à fait. Il faut être clair : Anderlecht a des préparateurs physiques de haut de gamme et un magnifique nouveau centre d'entraînement à Neerpede. Mais dans mon désir d'être " top-top " (sic), j'ai aussi besoin d'un peu travailler chez moi pour renforcer ma musculature, mes abdos, etc. Je suis un couche-tard, je vais souvent au lit après une heure du matin. En soirée, je m'entraîne à la maison sous la surveillance d'un jeune préparateur physique connu en Serbie et que je paye moi-même, Vladan Cebesanovic. Mon club est tout à fait au courant ; Vladan a rencontré le staff médical d'Anderlecht et ils ont échangé leurs idées et plans. J'ai besoin de ces séances supplémentaires. Je le fais pour moi, bien sûr, mais aussi pour le club. Anderlecht m'a tout donné et il est normal que je fasse le maximum pour l'aider à atteindre son objectif : décrocher le titre. Ma femme qui adore la Belgique attend notre troisième enfant pour dans trois mois. Ce sera un troisième fils. Je me partagerai probablement entre la Belgique et la Serbie. Je me sens tellement bien en Belgique. J'aime tout ici, surtout les gens. A Gand, les supporters anderlechtois ont scandé mon nom alors que je quittais le terrain sur blessure. J'en ai encore la chair de poule. C'est superbe, merci, et je ferai tout pour leur rendre tout cela. Merci, my friends... PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : IMAGEGLOBE" Si je trompe Bolat, je garderai cette joie pour moi, en signe d'hommage au Standard. " " Dans deux ans, Lukaku sera le meilleur attaquant de Premier League "