En avril, l'hebdomadaire sportif argentin, El Grafico, publie une longue interview de Gabriel Batistuta. Sur la première page, une photo du joueur et un titre explicite : " Soy el mejor" (je suis le meilleur). La conclusion de cette entrevue est sans équivoque puisque le joueur affirme : "Qu'il n'y a pas un autre attaquant qui marque autant de goals que moi". Le moment ne semblait pas bien choisi pour lancer une telle affirmation. Des ennuis chroniques au genou venaient justement de l'écarter des terrains pendant un mois, et tant à la Roma qu'en équipe nationale, Montella et Crespo avaient profité de son absence pour inscrire des buts d'anthologie.
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En avril, l'hebdomadaire sportif argentin, El Grafico, publie une longue interview de Gabriel Batistuta. Sur la première page, une photo du joueur et un titre explicite : " Soy el mejor" (je suis le meilleur). La conclusion de cette entrevue est sans équivoque puisque le joueur affirme : "Qu'il n'y a pas un autre attaquant qui marque autant de goals que moi". Le moment ne semblait pas bien choisi pour lancer une telle affirmation. Des ennuis chroniques au genou venaient justement de l'écarter des terrains pendant un mois, et tant à la Roma qu'en équipe nationale, Montella et Crespo avaient profité de son absence pour inscrire des buts d'anthologie. "Malgré certaines blessures, je ne peux me plaindre. J'ai eu la chance de marquer beaucoup de goals sans être au maximum de mes possibilités". Là, plus de doute : malgré les difficultés qu'il éprouvait pour se déplacer comme il l'entendait, Batistuta a démontré qu'il était un véritable joueur de niveau mondial. "Je n'ai jamais eu de doute quant au titre. L'été dernier, j'avais le choix entre plusieurs options et si j'ai choisi la Roma, c'est parce que j'étais convaincu que c'était le club qui possédait le meilleur noyau et la mentalité qui me convenait le mieux. J'ai parlé du Scudetto lorsqu'on m'a présenté au public. J'ai soutenu que j'étais venu ici pour finalement atteindre l'objectif derrière lequel je cours inlassablement depuis dix ans. J'ai passé toute ma carrière à espérer remporter ce titre de champion d'Italie. Cette année, l'occasion s'est présentée et il n'était pas question de la laisser passer. Et comme chaque fois que je monte au jeu, j'ai des buts plein la tête... De toute façon, je ne suis pas superstitieux. La superstition c'est bon pour ceux qui ne croient pas en leurs moyens". D'accord mais contre Vérone, début avril, il a changé ses chaussures rouges contre des grises et comme il a marqué un but, il a continué à les porter. "Je n'ai plus que deux paires : une rouge et une grise. Et comme j'ai marqué avec mes souliers gris, j'ai décidé de les remettre. Mais cela n'a pas d'explication ésotérique. Quand je ne marque pas deux fois d'affilée avec une paire, je la mets au repos".Le rendement de Batistuta a été excellent pendant la première partie de la compétition et en dessous de ses possibilités lors de la seconde. Pourtant, jamais l'entraîneur ne l'a rappelé avant la fin de la rencontre. Mésaventure qui est arrivée à deux reprises à Francesco Totti, qui, avec Damiano Tommasi, a été le véritable artisan du titre romain. Un choix tactique qui n'a évidemment pas plu au public. "Je dis tout de suite que ce n'est pas un déshonneur d'être remplacé et que ce changement ne modifie en rien l'opinion qu'un entraîneur a d'un joueur. Pour ce qui me concerne, si Capello ne m'a jamais substitué c'est parce que je suis le seul attaquant de poids qui lui accorde certaines garanties et, par conséquent, il préfère me tenir au jeu. Il y a des entraîneurs qui ont deux ou trois joueurs qu'ils ne changent jamais. Ils ne le font certainement pas parce qu'ils ont envie de perdre. Si j'étais à la place de Capello, je ne remplacerais jamais Batistuta. Je suis un joueur qui a toujours envie de se défoncer. Pour ce qui est des remplacements de Totti, il faut dire que les résultats forgés à la Juventus et à l'Atalanta ont démontré que c'était un choix juste mais j'ajouterai que ce n'est pas facile de substituer un élément comme notre capitaine". Autre certitude : tout au long de la saison, c'est pratiquement toujours au cours de la deuxième mi-temps que la Roma a fait la différence. "C'est vrai que l'équipe est toujours parvenue à élever le rythme et à s'imposer après le repos. C'est une caractéristique qui me fait un peu peur parce qu'en football on ne parvient pas facilement à inverser le cours d'une rencontre. A mon avis, nous devons nous bonifier à ce niveau-là et être capables de tuer rapidement le match. Parce que ce n'est pas une question de conviction. Ce n'est pas volontairement que nous avons attendu la deuxième période pour asseoir le résultat". Le sélectionneur de l'équipe d'Italie, Giovanni Trapattoni, a été le dernier entraîneur de Batistuta à la Fiorentina. Et s'il n'a pas resigné, c'est probablement aussi parce qu'il savait que l'Argentin avait l'intention de s'en aller. "J'ai beaucoup d'estime pour cet homme et pas seulement parce qu'il parle toujours de manière positive de moi. Je suis heureux pour lui que tout aille bien en équipe nationale parce que je ne pensais pas qu'il accepterait ce poste. C'est un rôle peu commode car s'il ne termine pas parmi les quatre premiers en Coupe du Monde, il aura échoué. S'il a relevé le défi, c'est parce qu'il a encore envie de surprendre. C'est un exemple pour ces jeunes qui, après deux championnats, croient qu'ils sont arrivés. De toute façon, quand il dit que je suis l'élément déterminant dans la lutte pour le titre, ce n'est pas exact. Si nous sommes arrivés-là, cela signifie que tous les joueurs ont donné le maximum".Batistuta sait très bien de quoi il parle. S'il voulait absolument quitter la Fiorentina, où il se sentait bien, c'est qu'il était conscient que, seul, il ne pouvait jamais remporter le titre. Son rapport avec le président Vittorio Cecchi Gori était de plus en plus tendu. Pourtant, c'est précisément cet homme qui, en 1991, avait fait des pieds et des mains pour amener "Batigol" à Florence. Vice-président à l'époque, il visionnait une cassette du Boca Juniors et suivait attentivement Diego Latorre, considéré comme le digne successeur du grand Diego Maradona, et qui se préparait à signer un contrat avec son club. Vittorio ne comprenait pas ce choix et eut un coup de foudre pour un jeune joueur aux cheveux longs. Il ne laissa aucun répit à ses adjoints jusqu'au moment où Batistuta avait paraphé le contrat qui lui avait été proposé. Au début, les rapports entre les deux hommes étaient idylliques. Puis arrivèrent les renouvellements de contrat. Cecchi Gori se montrait très chiche alors que Batistuta devenait l'attaquant le plus prolifique de toute l'histoire de la Fiorentina et faisait entrer pas mal de milliards dans les caisses du club. "Je ne le vends pas. Je ne le vends pas", a hurlé au moins un millier de fois celui qui, entre-temps, était devenu le patron de la Fiorentina. "Ce n'est pas un club sérieux, il n'y a aucune logique dans la gestion", rétorquait Batistuta dont les attaques devenaient de plus en plus virulentes. Tout a commencé quand le président tenait à ce que Malesani aligne absolument Robbiati alors que l'entraîneur ne le voulait pas. Il s'ensuivit une bagarre et Batistuta, le capitaine, prit publiquement le parti du sélectionneur. Et l'été dernier, Cecchi Gori dut se rendre à l'évidence. Il ne pouvait retenir son attaquant vedette. Pas question de refuser septante milliards de lires (1,5 milliard de francs). "J'ai fait une affaire", ajouta-t-il. "Pour avancer, Batistuta a besoin de Gerovital". Les vingt goals marqués cette saison prouvent combien il avait vu juste. Existe-t-il dans le monde un meilleur attaquant que Batistuta? "C'est une question de goût. Ce qui est certainement difficile à trouver, c'est quelqu'un qui marque autant de goals que moi. Qu'il remporte des trophées ou pas, c'est autre chose : les chiffres me donnent raison et, en ce sens, je suis le meilleur".Nicolas Ribaudo avec ESM