Liverpool-Borussia Dortmund a été un match passionnant. Un thriller. La messe semblait dite en première mi-temps mais Jürgen Klopp a endurci Liverpool et les Anglais ont réussi l'impossible : menés 1-3, ils ont gagné 4-3, assurant leur qualification pour les demi-finales de l'Europa League. Cette saison, Liverpool est d'ailleurs invaincu sur cette scène. Simon Mignolet, le premier Belge de Liverpool en 2013, peut donc convoiter un premier trophée. Nous lui avons rendu visite deux jours avant cette joute mémorable, entre Liverpool et Manchester, où travaille sa femme.
...

Liverpool-Borussia Dortmund a été un match passionnant. Un thriller. La messe semblait dite en première mi-temps mais Jürgen Klopp a endurci Liverpool et les Anglais ont réussi l'impossible : menés 1-3, ils ont gagné 4-3, assurant leur qualification pour les demi-finales de l'Europa League. Cette saison, Liverpool est d'ailleurs invaincu sur cette scène. Simon Mignolet, le premier Belge de Liverpool en 2013, peut donc convoiter un premier trophée. Nous lui avons rendu visite deux jours avant cette joute mémorable, entre Liverpool et Manchester, où travaille sa femme. SIMON MIGNOLET : Il serait prématuré de faire un bilan définitif. La saison passée, nous sommes arrivés en demi-finale de la FA Cup et de la Coupe de la Ligue, et cette année nous avons buté sur Manchester City en finale de cette dernière épreuve. Un trophée qui nous a échappés suite aux tirs au but. Nous avons donc progressé en l'espace d'un an, même s'il nous manque toujours la cerise sur le gâteau. L'entraîneur nous a dit que cette défaite, in extremis, était peut-être une expérience intéressante pour l'avenir, vu que le groupe est jeune et que bon nombre de joueurs en étaient à leur première apothéose. Pour ce qui est du championnat, le nombre de matches et les blessures ont eu raison de notre régularité. Nous avons signé de bons résultats contre les meilleurs mais nous avons hélas perdu des points contre les moins bons, même si cette notion est relative en Angleterre. Regardez qui alignent West Ham et Stoke : Payet, Shaqiri, Arnautovic, des gars qui ont joué la Ligue des Champions il y a quelques années. Gagner devient de plus en plus ardu. MIGNOLET : Leicester City en est le meilleur exemple. J'ai déjà parlé de Stoke, de West Ham. Mais il y a Southampton aussi... Ces clubs ne comptaient pas en début de saison. Les côtiers ont perdu beaucoup de joueurs, l'été passé, et on pensait qu'il connaîtrait des difficultés. C'est le contraire. Newcastle, en revanche, avait procédé à de nombreux achats. Mais il lutte pour le maintien. Quant à nous... Chacun pensait pouvoir nous chiper des points après des mid-week games car les blessures nous empêchaient souvent de faire tourner le noyau. Ces dernières semaines, les sorcières ont moins eu l'occasion de s'acharner sur nous et ça s'est remarqué au niveau des résultats : nous avons la meilleure attaque de 2016 et je pense que nous figurons aussi parmi les trois premiers d'un classement virtuel sur cette période. Nous avons dû nous habituer au nouvel entraîneur, d'autant que la succession des matches nous a laissé peu de temps pour nous entraîner mais il a réussi à imposer des changements. MIGNOLET : Au début, il voulait surtout changer la mentalité des joueurs. Nous baissions la tête dès que nous encaissions un but. Il nous a insufflé l'idée que nous pouvons gagner même quand nous sommes menés. Ensuite, il nous a inculqué son style de jeu : une pression élevée, dès que nous perdons le ballon, pour empêcher l'adversaire de développer son jeu. C'est physiquement dur mais chaque coach a sa propre vision. Klopp l'adapte à l'adversaire. Notre jeu est globalement plus direct : Brendan Rodgers misait sur la possession du ballon tandis que son successeur vise l'attaque directe. Il nous présente les choses plus facilement. S'il peut mettre à profit la préparation estivale pour régler les ultimes détails, nous partirons du bon pied la saison prochaine et nous pourrons rivaliser avec les meilleurs, sans plus nous laisser faire. Pour l'heure, nous devons devenir plus réguliers, plus brutaux. MIGNOLET : C'est son caractère. Il est très différent dans le vestiaire, plus intellectuel, rationnel dans ses analyses, mais sur la touche, il laisse libre cours à ses émotions. MIGNOLET : Ma vie est plus facile. Il sait qu'un gardien doit opérer ses propres choix, en son âme et conscience, quitte à en discuter après. Il me fait confiance, comme le club. J'ai d'ailleurs prolongé mon contrat après son arrivée. Maintenant, c'est à moi de leur rendre quelque chose. MIGNOLET : Oui, Leicester est spécial. On prédit sa défaite chaque semaine mais elle ne se produit jamais. Partiellement parce qu'il est éliminé des épreuves de coupes et peut se concentrer sur le championnat, bien se préparer. Ensuite, il a joué 90 % de ses matches avec la même équipe. Troisièmement, il aligne des joueurs comme Vardy et Mahrez, qui peuvent faire la différence. Or, Leicester jouer le contre... MIGNOLET : Plutôt un constat. C'est la meilleure tactique, quand elle fonctionne. C'est comme ça que Chelsea a été champion la saison dernière. Deux lignes de quatre, impossibles à démanteler, et Eden Hazard qui faisait la différence ou Costa qui marquait. J'ai vu Vardy et Mahrez à l'oeuvre contre Sunderland. L'équipe ne s'est pas créé cinq occasions mais Vardy a concrétisé celles qu'il a obtenues et la défense n'a rien laissé passer. MIGNOLET : Oui, ils faisaient la différence et ils nous rassérénaient car nous savions que prendre un but n'était pas fatal. Nous avions aussi été éliminés des épreuves de coupe. C'est un gros avantage dans un championnat aussi physique. Je travaille tous les jours au fitness pour m'affûter, devenir plus rapide, plus costaud. C'est un processus constant, lent à cause du calendrier car je ne peux pas oublier le match suivant. Ces séances préviennent aussi les blessures. Nous avons eu notre lot et c'est pour ça qu'on nous trouve si souvent à la muscu. MIGNOLET : Ils prennent la forme du ballon, à la longue. Tous les gardiens ont ce problème. MIGNOLET : Pour un gardien, ça doit être le championnat le plus exigeant. Je le sens quand je joue en Coupe d'Europe ou en équipe nationale. J'y suis mieux protégé et on développe un autre football. Ici, il est direct et les matches se décident dans les deux rectangles alors que dans les autres compétitions, la décision se fait dans l'entrejeu ou sur le plan tactique. On dit souvent dans l'émission Match of the Day que le gardien n'a pas eu de travail mais c'est faux. On doit intercepter trois ou quatre hauts ballons et faire son boulot sur les coups de coin. C'est ce qui est le plus difficile pour un gardien de but. MIGNOLET : Vous ne l'entendez pas à ma conversation ? Il me devient difficile de m'exprimer en néerlandais. Ma femme travaille ici et nous parlons plus souvent anglais que néerlandais ensemble. Il n'y a pas que la langue. Nous vivons dans une autre culture. Nous nous plaisons ici. Je suis content que ma femme travaille, qu'elle ait sa vie. Elle l'a toujours souhaité. J'aurais été triste qu'elle ne puisse pas mettre à profit son diplôme. MIGNOLET : Non. Cette semaine encore, ma femme et moi l'avons encore dit : nous sommes en Angleterre depuis six ans et nous n'avons encore rien vu du pays. Ça allait encore à Sunderland car nous ne disputions qu'un match par semaine et nous avions congé le mercredi. Nous pouvions nous rendre en Ecosse, par exemple. Mais cette année, il y a tellement de matches... Nous n'avons pas un seul jour de congé en avril. Après, il y a l'EURO et j'enchaînerai avec la préparation. C'est bien d'être occupé mais... MIGNOLET : Si. De justesse car nous sommes proches du Lake et du Peak District. En fait, il y a tant de choses à voir... MIGNOLET : On sent les supporters dans son dos. Ils entretiennent d'ailleurs d'excellentes relations avec le gardien. Après trois ans, j'y suis habitué. Nos supporters sont partout dans le monde. Nous ne sommes pas seulement suivis par des gens de Liverpool ou du North West, comme à Sunderland, mais du monde entier. En Asie, en Amérique, en Australie, en Inde... Nous avons joué devant 90.000 personnes en Australie et en Amérique, au Yankee Stadium, contre Manchester City. 90 % des gens supportaient Liverpool ! Là, on sent à quel point la base du club est large. J'ai 740.000 suiveurs sur Twitter. Après chaque match, j'ai des messages en chinois, en japonais ou je ne sais quelle autre langue. Etre soutenu par des gens du monde entier est positif mais ça implique d'accepter qu'ils soient moins contents quand les résultats ne suivent pas. MIGNOLET : Oui, à condition d'accepter que les gens demandent une photo ou un autographe. Ça fait partie du jeu. Je n'ai pas oublié comment j'étais quand je voyais un joueur de Saint-Trond. Je voulais aussi une signature ou une photo. J'essaie d'appréhender ma situation comme ça, même en vacances. J'ai envie d'être tranquille mais je dois accepter ma situation de joueur de Liverpool. MIGNOLET : Non. Il faut être fier que les jeunes nous admirent. Mon frère se fait régulièrement aborder aussi. Nous nous ressemblons et les gens nous confondent parfois. On ne rêve pas de tout ça quand on est jeune. On veut devenir footballeur pour ce qui se passe sur le terrain. Le reste suit et on s'y plie. On est footballeur du matin au soir, dans tout ce qu'on fait. MIGNOLET : Donner une conférence de presse devant cent journalistes comme avant le match contre Dortmund ne me fait plus peur. Nous sommes les nouveaux Belges, hein ! Avant, les joueurs avaient beaucoup moins d'assurance, me dit-on, mais maintenant, nous nous produisons tous pour des grands clubs et tout est devenu normal. MIGNOLET : Oui. Tout va encore gagner en grandeur. La Premier League est toutefois confrontée à une plus grande concurrence. Avant, ses rivales étaient l'Allemagne et l'Espagne mais quand on voit ce qui se passe aux Etats-Unis et en Chine ou en Inde... Le football se mondialise et les joueurs doivent suivre le mouvement. En NFL, on fait les interviews dans le vestiaire, deux minutes après la douche. Je suis certain que ça va se produire ici dans les années à venir. Avant, il n'y avait pas d'interviews avant les matches mais désormais, nous devons en accorder dix minutes avant le début de l'échauffement. Qu'on trouve ça dingue ou pas, ça fait partie du métier. Inside est devenu le mot-clef. Tout le monde veut voir ce qui se passe et à certains moments, notre sphère privée est envahie. MIGNOLET : Nous n'avons pas beaucoup de vacances. Si nous obtenons deux semaines, ce sera beaucoup. On ne perd pas sa condition en aussi peu de temps. Donc, on peut s'entraîner le matin pour consacrer l'après-midi à des activités commerciales avant de poursuivre la tournée. Mais c'est un souci pour l'entraîneur, c'est un fait. MIGNOLET : La NFL a disputé des matches à Londres. Il ne faut jamais dire jamais. Des matches de championnat à Johannesbourg ou à New York... Qui peut le dire. MIGNOLET : Il faudra s'y faire. Mais je ne me préoccupe pas. MIGNOLET : Je n'ai que 28 ans. Deux choses sont capitales pour un gardien : l'assurance et l'expérience. Toutes deux s'améliorent avec l'âge. Se placer plus vite au bon endroit. Avant, j'étais peut-être plus vif mais je compense cette perte de vitesse par mon placement. MIGNOLET : Buffon, Van der Sar sont les plus grands modèles des gardiens. Des quadragénaires qui sont encore capables de jouer au plus haut niveau. Mes meilleures années sont-elles à venir ? Qui peut le dire ? Je sens en tout cas que tout devient plus facile. Je suis en pleine confiance aussi. Quand je pense au chemin accompli, au stade où j'en étais à mon arrivée à Sunderland et où j'en suis maintenant. J'ai du mal à réaliser que cinq ans seulement se sont écoulés. MIGNOLET (RIT) : Je n'étais gardien de but que depuis trois ans... MIGNOLET : Ça fait plaisir à entendre. C'est peut-être parce que je parle plusieurs langues : l'allemand, le français, l'anglais et j'essaie d'assimiler l'espagnol. Je ne fais pas non plus de bêtises en dehors du terrain. L'entraîneur m'a vu aider les jeunes, Christian, Divock. Cette année, en Coupe de la Ligue, nous avons remanié toute l'équipe à plusieurs reprises pour ménager certains titulaires. J'ai guidé les jeunes. C'est sans doute ce qu'il veut dire en me qualifiant de smart. C'est un ensemble, sur le terrain et en dehors. Je communique des informations et des directives aux joueurs de champ pendant les entraînements et les matches, ne serait-ce que pour me faciliter la vie : mieux l'équipe est organisée, plus ma tâche est facile. Je l'ai dit au club en signant un nouveau contrat : diriger mes coéquipiers est un des aspects dans lesquels je peux encore progresser. MIGNOLET : Je le vois de temps en temps après un match. L'année dernière, les Liverpool Legends m'ont élu Joueur de l'Année. J'ai reçu le trophée durant l'awards dinner des légendes. C'était merveilleux. Ils étaient tous si gentils... Liverpool a une histoire très riche. MIGNOLET : Mon anglais est désormais suffisant pour me permettre de reconnaître et de comprendre tous les dialectes (Rires). PAR PETER T'KINT À LIVERPOOL - PHOTOS BELGAIMAGE - BARBARA COOK" Pour un gardien, la Premier League est le championnat le plus exigeant. " SIMON MIGNOLET " L'âge aidant, je sens que tout devient plus facile pour moi. " SIMON MIGNOLET