Eziolino Capuano est un personnage connu du football italien. Il peut se targuer d'avoir sur le net des fans clubs qui lui sont dédiés. Bizarre pour un coach qui s'est forgé une solide réputation jusqu'en en D3 seulement, sans jamais recevoir la moindre chance de diriger une équipe de Serie A. En fait, ses bons mots ne laissent personne indifférent et ses imitations de stars de la télé non plus. Son discours n'est pas formaté. Un exemple : il y a quelques années, à la question de savoir ce qu'il pensait de son noyau, il a répondu : -C'est comme si on devait frire du poisson avec de l'eau. La direction a probablement apprécié.
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Eziolino Capuano est un personnage connu du football italien. Il peut se targuer d'avoir sur le net des fans clubs qui lui sont dédiés. Bizarre pour un coach qui s'est forgé une solide réputation jusqu'en en D3 seulement, sans jamais recevoir la moindre chance de diriger une équipe de Serie A. En fait, ses bons mots ne laissent personne indifférent et ses imitations de stars de la télé non plus. Son discours n'est pas formaté. Un exemple : il y a quelques années, à la question de savoir ce qu'il pensait de son noyau, il a répondu : -C'est comme si on devait frire du poisson avec de l'eau. La direction a probablement apprécié. Sa première montée avec l'Altamura ne passa pas inaperçue : pour atteindre l'objectif, il avait modifié le programme, entraînant son équipe la nuit à la lumière des phares des voitures. Cet été, il était annoncé à l'ACR Messine mais comme le club sicilien n'a pas été repêché en D2, Capuano est resté sans employeur. Cela l'a sans doute poussé à accepter la proposition de remplacer Danny Ost à Eupen avec pour mission de maintenir le club en D1. Rencontre avec un technicien qui, comme Francesco Totti, est surnommé le Gladiateur et qui fait preuve d'autant de fantaisie (au bord du terrain !) que le numéro 10 de l'AS Rome. Eziolino Capuano : Capuano est l'homme des causes prétendument perdues d'avance. Ce sont ces situations-là qui m'exaltent le plus. Il ne m'a pas fallu longtemps pour accepter de relever le défi. J'ai rencontré la direction le vendredi, j'ai pris le temps de visionner toutes les vidéos des matches et le dimanche, nous avons scellé l'accord. Le lundi, j'ai mis le cap sur Eupen alors que j'aurais bien aimé assister au derby entre Salerne et la Paganese, une équipe que j'ai maintenue en D3 il ya deux ans alors qu'on la disait mûre pour la descente. Disons que si Eupen se maintient en D1, j'aurais gagné ma Champions League à moi. Comme je suis resté régulièrement en contact avec Imborgia, je peux dire que j'avais une connaissance générale de ce club. Il m'a souvent parlé de ce qu'il s'y passait. Et certains noms ne m'étaient pas inconnus comme ceux d'Alex Iandolo (ex Avellino et Pescara), Ibrahima Camara (Parme), Marcus Diniz (Milan et Livourne), Matthias Lepiller et Andrade Jefferson, tous deux prêtés par la Fiorentina. Pour ma part, j'ai tout de suite été enthousiaste et prêt à tenter l'aventure même si je devais m'éloigner de mon épouse Maria et de mes deux garçons Michele Antonio et Giuseppe. Je me suis dit qu'après tant d'années de football en Italie, cela constituerait une étape importante dans ma carrière. Le championnat de Belgique possède un bon niveau et peut servir de tremplin... même pour un coach. C'est vrai que je n'ai pas reçu de propositions d'un club de Serie A. Mais cela s'explique : je suis un homme difficile à gérer. Je n'ai pas de patron et il faut être fort pour me diriger. Ceci dit, ce ne sont pas forcément les meilleurs qui entraînent en D1. Il faut être capable de faire des concessions, ce que je ne sais pas faire car j'ai été élevé dans le respect des autres et je ne peux aller à l'encontre de certains principes qui m'ont été inculqués. Ainsi en Italie, les transferts ne sont pas toujours effectués dans le but de combler un vide. Les dirigeants travaillent avec des écuries et si on n'accepte pas cette règle, on est écarté. Ce qui fait que j'ai eu beaucoup de problèmes avec des directeurs sportifs qui sont très souvent des incapables. Les détails, il faut les demander au président Pieroni. Je préfère ne pas en parler. Dans les grandes lignes, c'est ça. Les discussions avaient commencé dès la préparation alors qu'il voulait que je prenne des joueurs dont je dirais pour être gentil qu'ils n'avaient pas le niveau. Je n'en dirai pas plus. Si j'ai accepté, c'est parce que nous sommes sur la même longueur d'onde. L'avenir et les résultats nous dicteront quelles mesures nous devrons prendre. On verra le moment venu. Je ne déroge pas à mes principes. J'adore ce métier et je demande à tout le monde de faire preuve de la même envie et du même respect mutuel. Ce qui n'est malheureusement pas le cas... On parle beaucoup d'une vidéo qui circule sur YouTube sur laquelle, soi-disant, je casse une voiture après une victoire avec Juve Stabia contre Avellino. Eh bien, ce que l'on voit sur ce film, qui de surcroît n'est pas net, c'est que le derby ayant eu lieu à huis clos, quelques milliers de supporters nous attendaient à la sortie pour faire la fête. Comme les joueurs, j'ai été porté en triomphe. J'ai été déposé sur le capot d'une voiture et j'ai heurté le pare-brise avant de descendre. Il y a de la marge avec ce qu'annonce le titre de la séquence ! En fait, je suis un représentant du peuple, de toutes ces personnes qui vivent leur passion pour le football à fond. Il faut replacer cette phrase dans son contexte : la commission d'enquête du tribunal sportif allait se prononcer sur le match prétendument truqué entre la Ternana et Manfredonia ( deux clubs tiers pour moi). Et j'ai bien dit : - Si une tricherie est prouvée, il faut mettre les joueurs dans les fours crématoires et si ce n'est pas prouvé, on aura encore eu droit à une comédie à l'italienne. Dans ces propos, il ne faut pas y voir une attaque à l'égard du peuple juif. D'ailleurs, ces personnes n'ont pas cru que j'avais tenu des propos dépassant la décence. Je voulais simplement dire que ces tricheurs méritaient ce que je considère comme la plus tragique des punitions infligées par l'homme à d'autres hommes, celle des camps de concentration. Vous savez, j'ai entraîné Trapani en D4 alors que l'équipe allait être rétrogradée en fin de saison. En restant à la tête de ce club, j'ai garanti auprès de la Ligue et de la Fédération la régularité du championnat. J'aurais mérité une médaille pour le fair-play et l'honnêteté professionnelle dont j'ai fait preuve. Potenza c'est mon chef-d'£uvre. Le Nobel de la sportivité. Alors que le club était condamné pour avoir vendu des matches la saison précédente, l'équipe s'est maintenue. Les conditions de travail étaient catastrophiques, une partie de la direction, dont le président Giuseppe Postiglione qui s'est retrouvé en prison, était absente et les joueurs disparaissaient au fur et à mesure. C'était la déliquescence en plein. Vous savez, ce n'est pas la première fois de ma carrière que je joue à l'ambulancier. Il ne faut pas oublier que cela fait 11 ans sans interruption que j'entraîne chez les professionnels. Cela représente 400 matches. J'ai commencé très tôt dans le métier et cela fait croire à certaines personnes que je suis plus vieux que je ne le suis. J'ai passé tous les stades de la formation et, depuis l'année dernière, je suis en possession du Master de l'école des entraîneurs de la fédération italienne, le plus haut diplôme reconnu par l' UEFA . Je me suis directement basé sur une donnée mathématique : il ne faut pas être malin pour se dire qu'une équipe qui encaisse en moyenne près de trois buts par match connaît des problèmes en défense. Il était indispensable de prendre des mesures, laisser moins d'espaces entre les lignes et accélérer les enchaînements. Sur un plan personnel, il fallait que les joueurs retrouvent la confiance en eux et l'enthousiasme. C'est clair qu'abnégation et souffrance sont deux mots-clés. Celui qui ne combat pas ne peut pas jouer au football. Ceci dit, j'ai trouvé un groupe disponible et une équipe très jeune. En tout cas, il était temps de revoir certains principes de base et c'est pour cela que j'ai instauré deux séances d'entraînement le mardi et le mercredi. L'objectif est clair : l'équipe doit être tactiquement équilibrée que ce soit devant et derrière. A tout cela, il faut évidemment allier une volonté de se surpasser sans faille. Non, je ne me permettrais pas de critiquer mon prédécesseur. Il devait avoir ses raisons pour disposer son équipe comme il l'a fait. Puis, il y a une si grande différence entre les deux équipes. Disons qu'à moins de circonstances particulières, aucune de mes équipes ne prendra quatre goals. Ecoutez, je connais le championnat de Belgique. Avant notre déplacement à Zulte Waregem, j'avais visionné les DVD de toutes les équipes et j'ai assisté à Saint-Trond-Anderlecht. Cette compétition est spectaculaire parce qu'il y a beaucoup de buts mais elle n'est pas cynique et on y concède beaucoup trop d'occasions quand on rencontre un adversaire d'égale valeur. Mon objectif est de sauver Eupen et il faut commencer par ne pas prendre de but. Ceux qui réclament du spectacle à tout crin peuvent aussi bien aller au théâtre ou au cirque. Le football est le même partout et je n'ai jamais prétendu, comme certains, que j'avais inventé ce sport. Je m'adapte aux circonstances. Je n'ai jamais déclaré que nous jouerions toujours selon le même dispositif. J'avais visionné deux matches de Zulte Waregem : le déplacement à Anderlecht et celui contre le Cercle. Comme d'autres à ma place, je me suis dit qu'il fallait bloquer N'For, Habibou et Hyland. Ces trois hommes, mes joueurs les ont annulés et, pour moi, c'est ce qui comptait. Avant le coup d'envoi, tout le monde aurait signé des deux mains pour un match nul. Je crois que les critiques qui m'ont été adressées sont dans la lignée de celles qui ont été faites à la direction lorsqu'elle a viré l'entraîneur. Je ne pense pas que cela aurait fait tant de bruit si le président d'un autre club du bas de classement s'était séparé d'un coach qui n'aurait pas récolté un seul point en cinq matches. Quant à moi, je sais que l'on va me coller l'étiquette de coach défensif mais bon, la pression que j'ai connue en D3 italienne n'est pas inférieure à celle de la D1 belge. Quand on parle de catenaccio, je rigole. Je ne suis pas de ceux qui prétendent aligner trois défenseurs alors que dans les faits ils sont cinq. Il faut analyser les matches de manière honnête. A Anderlecht, Zulte Waregem a fait la même chose que nous mais on a loué son partage alors que c'est un miracle si cette équipe n'a pas pris cinq goals. Et contre nous, ce ne fut guère plus brillant. Zulte Waregem a eu moins d'occasions que nous et notre gardien, Petr, n'a même pas sali ses gants. Je me suis laissé dire que la télévision n'a pas traduit fidèlement mes propos après ce match. Tant pis, je n'ai pas demandé de vérifier. Mais que ces personnes sachent que sur le rectangle que représente un terrain de football, je n'ai peur de personne. par nicolas ribaudo- photos : reporters/ hamers"Sur le rectangle d'un terrain, je n'ai peur de personne."