Cyriel Dessers (25) n'est pas un footballeur comme les autres. Alors qu'il est déjà fort sollicité par la presse néerlandaise et belge, pendant ses congés, il nous accorde volontiers du temps. Il est toujours disponible, souriant, enthousiaste. Il était comme ça quand il a émergé à Lokeren et trois ans et trois clubs plus tard, le Limbourgeois est toujours aussi sympathique. Parce que, dit-il, il n'a jamais considéré le football comme son plan A.
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Cyriel Dessers (25) n'est pas un footballeur comme les autres. Alors qu'il est déjà fort sollicité par la presse néerlandaise et belge, pendant ses congés, il nous accorde volontiers du temps. Il est toujours disponible, souriant, enthousiaste. Il était comme ça quand il a émergé à Lokeren et trois ans et trois clubs plus tard, le Limbourgeois est toujours aussi sympathique. Parce que, dit-il, il n'a jamais considéré le football comme son plan A. Il a entamé le droit à l'université de Louvain alors qu'il jouait avec les espoirs d'OHL. À 19 ans, au Lokeren de Peter Maes, il a commencé à croire à une carrière sportive. Depuis, il a reconduit le NAC Breda en Eredivisie, avec 29 buts, il a disputé deux bonnes saisons au FC Utrecht (19 buts) et est maintenant dans le ventre mou de la Eredivisie avec Heracles Almelo tout en étant le meilleur réalisateur de la compétition. Tu es sous les feux de la rampe. Tu aimes ça ? CYRIEL DESSERS : Apparemment, être le meilleur buteur et le joueur du mois de novembre fait bouger les choses. Cette reconnaissance me fait plaisir mais elle ne va pas me changer. J'aime tout simplement le foot. Comment vis-tu les critiques ? DESSERS : Les gens doivent pouvoir donner leur avis et je ne me gène pas non plus après un mauvais match. Je dis ce que je pense dans le vestiaire comme à la presse. Ce n'est pas un problème tant qu'on reste correct et respectueux. À Lokeren, j'ai été confronté à Peter Maes, qui peut être dur mais accepte qu'on lui réponde. C'est d'ailleurs ce qu'il cherchait : aviver le feu du groupe. Stijn Vreven était un peu pareil, au NAC. D'autres apprécient moins cette franchise, surtout de la part d'un jeune. Comment te définis-tu ? Tu es un voleur de buts, un avant-centre, un travailleur ? DESSERS : Je suis davantage qu'un voleur de buts. J'aime être au contact du ballon et aider l'équipe en exerçant de la pression, en conservant le ballon, en dribblant, en effectuant un une-deux. Durant ma meilleure année au NAC, j'ai délivré treize assists et j'en suis à six cette saison. C'est beaucoup. Fin novembre, tu as marqué dans une Johan Cruijff Arena comble. Un grand moment ? DESSERS : Bof. Nous avons perdu 4-1. J'ai marqué juste avant le coup de sifflet final. J'étais content de me mesurer avec de grands défenseurs. Daley Blind, c'est vraiment la classe. Mais on s'habitue aux conditions. Ainsi, je me suis produit avec Utrecht dans le nouveau temple du Zenit Saint-Pétersbourg, devant 70.000 personnes. C'est mon expérience la plus impressionnante jusqu'à présent. J'étais face à Branislav Ivanovic, une légende de Chelsea, mon club favori. Inoubliable. À Utrecht, tu as travaillé avec Erik ten Hag, le coach de l'Ajax. Qu'est-ce qui fait son succès ? DESSERS : Ses présentations tactiques étaient d'un niveau exceptionnellement élevé. Dans le vestiaire d'Utrecht, nous nous disions qu'un jour il entraînerait un grand club européen. Il a l'art d'aligner la meilleure équipe, avec un plan clair, adapté à chaque adversaire. Il parvient à désarçonner celui-ci en changeant des détails ou en plaçant des accents différents. Je n'ai travaillé avec lui que six mois mais c'est sans doute pendant ce temps que j'ai effectué le plus de progrès. Ten Hag améliore les joueurs. Tu reconnais dans cet Ajax des aspects tactiques d'Utrecht ? DESSERS : Oui. Tout tourne autour de la flexibilité. Heracles a réussi à mettre l'Ajax sous pression et à contrarier sa relance en début de match mais il est intervenu à bon escient en adaptant certaines positions : construire à deux, trois ou quatre, des médians qui descendent... L'Ajax a repris le match en mains. Les lignes de course sont importantes dans son système : même quand on n'a pas le ballon, on sait qu'on permet à d'autres de se démarquer. Je retrouve tout ça à l'Ajax. Comment décrirais-tu Heracles ? DESSERS : C'est un des clubs les moins connus en Belgique, avec un petit stade moderne, presque toujours plein. Il offre une nouvelle chance à des joueurs, qu'il repère parfois dans des séries inférieures. Cette stratégie porte ses fruits. En moyenne, il est le neuvième club du pays ces dernières années. Il a raté l'Europe de justesse la saison passée. Heracles est un bon club pour les avants. Samuel Armenteros, Wout Wieghorst et Bas Dost ont éclos ici. J'espère faire partie de cette liste. Tu t'attends à recevoir des offres ? DESSERS : Je sens que ça bouge mais je ne m'en soucie pas encore. Ce serait stupide d'effectuer déjà un nouveau pas en avant. Je me suis fixé plusieurs objectifs pour cette saison et je veux les atteindre. Par exemple, je veux nous qualifier pour l'Europe. Il est aussi possible que je ne trouve plus le chemin des filets au second tour et que je reste à Heracles, comme il se peut que je marque dix buts et que j'obtienne un beau transfert. L'année passée au même moment, Utrecht était sur le point de me louer à Waasland-Beveren mais je me suis blessé et le plan a capoté. Finalement, j'ai été important dans les play-offs pour l'Europe. Il vaut donc mieux ne pas trop anticiper les événements. Tu es souvent apprécié des supporters. À Lokeren, au NAC, maintenant à Heracles. Il n'y a qu'à Utrecht qu'on t'a parfois sifflé. Pourquoi ? DESSERS : On a l'impression que j'y ai échoué alors que j'ai joué pas mal de matches et marqué. J'ai vécu beaucoup de bons moments à Utrecht et je m'y suis fait de vrais amis, ce qui est assez rare en football : Joris van Overeem, Mark van der Maarel, Lukas Görtler, mon camarade de chambre en mise au vert. J'aurais pu faire mieux mais les circonstances ne s'y prêtaient pas. Des changements d'entraîneur, des nouvelles tactiques... Je me suis retrouvé sur le flanc à courir derrière le back adverse. Je ne suis pas arrivé suffisamment dans le rectangle alors que c'est là que j'exprime le mieux mes qualités. Mes débuts et la fin ont été bons, le reste a juste été ok. Qu'as-tu fait pour être hué ? DESSERS : Je suis assez critique envers moi-même Je sais quand je joue mal mais, parfois, on m'a sifflé au premier ballon raté. Ça venait d'un petit groupe mais ça s'entendait. Ce n'est pas marrant, surtout quand on se sent moins bien et qu'on n'est pas titulaire. C'est un cercle vicieux : en voulant trop faire ses preuves, on force son jeu. Un avant ne doit pas trop réfléchir : il doit s'appuyer sur son intuition. J'ai discuté avec un coach mental à Utrecht. J'ai appris à faire abstraction de certaines choses, j'ai cessé de lire les journaux. On sous-estime l'impact des critiques ? DESSERS : Absolument. Elles peuvent briser une carrière. Elles peuvent enfoncer quelqu'un qui ne se sent pas bien. Les supporters ne le comprennent pas toujours. C'est devenu grave sur les réseaux sociaux. Il faut lire les réactions aux matches. Je trouve ça scandaleux, inhumain même. Je ne comprends pas comment des gens peuvent écrire des choses pareilles sur d'autres personnes. Et le joueur concerné en a toujours connaissance, même si ce n'est pas le but poursuivi. Tu consultes parfois des ouvrages de psychologie. DESSERS : J'ai lu une sorte d'alphabet de la psychologie du sport. À la lettre F, il y a flow. Ce chapitre m'a beaucoup appris. Un avant doit trouver le bon flow, qui lui permet d'exécuter ses tâches automatiquement. C'est le sentiment que j'ai pour le moment à Heracles. Un avant doit être à la bonne place à la bonne seconde pour marquer. C'est fou comme un avant peut être intuitif mais j'ai toujours eu cet instinct, déjà en espoirs à OHL. Tu as étudié le droit et tu travailles avec Stijn Francis, un manager qui milite pour un football plus propre. Tu suis de près les négociations pour tes contrats ? DESSERS : J'ai participé aux négociations lors de mon transfert d'Utrecht à Heracles. C'était super intéressant. Je gère moi-même mes contrats immobiliers, comme la location de mon appartement à Anvers. Stijn Francis m'a d'ailleurs déjà demandé d'intégrer son agence plus tard. Je n'ai encore jamais vécu de situations bizarres lors de mes transferts. Mais j'apprends beaucoup. Par exemple, le système fiscal néerlandais est différent du belge, de même que les règles d'épargne-pension. L'été dernier, tu as été impliqué dans un échange sans indemnité de transfert. Qu'en as-tu pensé ? DESSERS : C'était bizarre au début. Utrecht m'a téléphoné pour me dire que je pouvais discuter avec Heracles le soir. C'était un échange. J'ai sursauté mais bon, je voulais de toute façon rejoindre Heracles et je pense que cette construction s'avère très positive pour le club. C'est une chouette équipe et je suis donc heureux.