Les policiers de l'entrée ont de quoi intriguer. Derrière leur " poste-frontière ", ils vérifient l'identité de tous les passants. À 30 kilomètres au nord de Rome, Olgiata est une des deux seules communautés contrôlées d'Italie. Cette zone protégée et accessible uniquement via deux entrées est habitée par environ 10.000 familles. Dont celle de Silvio Proto.
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Les policiers de l'entrée ont de quoi intriguer. Derrière leur " poste-frontière ", ils vérifient l'identité de tous les passants. À 30 kilomètres au nord de Rome, Olgiata est une des deux seules communautés contrôlées d'Italie. Cette zone protégée et accessible uniquement via deux entrées est habitée par environ 10.000 familles. Dont celle de Silvio Proto. " C'est le bonheur ici ", s'extasie-t-il, le ton enjoué. " Il y a un super terrain de golf, c'est calme et on est entouré de nature. " En septembre, à son retour d'un match de championnat face à Empoli, c'est d'ailleurs une petite troupe de sangliers qui accueille le gardien dans le domaine. De quoi lui rappeler des souvenirs belges. " Pourtant, ma mémoire, c'est zéro ", rigole l'ancien portier d'Anderlecht, qui ignore que s'il ne s'est pas inscrit à Châtelet à l'âge de six ans, c'est parce que le responsable des affiliations préférait enchaîner les parties de cartes. " Si ça tombe, le mec ne s'en est même pas voulu ! " Tant mieux. 29 ans plus tard, Proto vit un rêve éveillé à la Lazio où il a signé jusqu'en 2021. Retour un an en arrière : tu signes à l'Olympiacos en tant que deuxième gardien après un été chahuté à Ostende. Honnêtement, c'est l'endroit idéal pour une retraite anticipée ? Silvio Proto : Mon objectif était de ponctuer ma carrière en tant que deuxième gardien, sans aucune prétention, avec Besnik ( Hasi, ndlr) et les autres Belges là-bas. C'était l'occasion de terminer par une aventure exotique, au soleil... Puis j'ai eu la chance de jouer et je n'ai plus lâché la cage. C'est le 0-0 contre le Barça en Champions League qui marque le sommet de ta saison ? Proto : Franchement, je n'avais jamais vu une ambiance pareille dans le stade. Je n'avais rien à perdre, c'était le match le plus facile : si le Barça m'en mettait cinq, c'était normal. Par contre, quand on affrontait l'avant-dernier du championnat grec et que je savais que je n'aurais peut-être qu'une seule balle à la 95e minute, c'était plus difficile. Face aux Catalans, tu démarres en espérant ne pas prendre de but dans les vingt premières minutes, puis tu fixes l'objectif à la mi-temps, ensuite au premier quart d'heure de la deuxième période... Puis le temps passe et tu te retrouves avec cinq minutes à tenir. Qu'est-ce qui explique qu'à part toi, les cinq autres belges (Vadis, Engels, Mirallas, Carcela et Gillet) n'aient pas réussi à l'Olympiacos ? Proto : C'est difficile de parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, j'ai presté dès le premier match : il n'y a pas une seule rencontre où l'on peut dire que j'ai fait perdre des points à l'équipe. Les supporters ont vu mon état d'esprit sur le terrain, c'est peut-être ça qui a fait la différence... Le contexte de vie à Athènes n'a pas l'air évident tous les jours et les footballeurs sont régulièrement victimes de cambriolages...Proto : Carcela a été cambriolé deux fois et un mois après mon arrivée, alors que j'étais justement en Italie, on a essayé de dévaliser mon domicile. C'était en début de soirée et heureusement que mes parents étaient dans la maison. On avait un garde 24h/24 devant l'habitation, qui a couru après les voleurs avec mon père pour les faire fuir. Chaque fois qu'il y avait un cambriolage, c'était chez des joueurs de l'Olympiacos. Deux semaines plus tôt, alors qu'on est en promenade avec ma femme, on s'arrête sur une aire de repos pour prendre une belle photo de la mer. On est un peu en contrebas de la voiture, mais à seulement 70 mètres de là. À notre retour, le carreau était pété et le sac de ma femme, placé en dessous du siège, avait disparu. Point de vue sécurité, ce n'était pas le pays le plus sûr. Mais d'un côté, quand des milliers de personnes doivent vivre avec 400 euro par mois, ces vols ne sont pas étonnants. L'Olympiacos est souvent accusé par ses adversaires de bénéficier de fameux coups de pouce au sein du championnat grec. As-tu senti une sorte de révolte la saison dernière ? Proto : L'Olympiacos avantagé ? S'il y avait eu la vidéo, on aurait été champion, tellement on a été volé. Un exemple parmi d'autres : à un moment où on peut encore accrocher le titre, on joue contre le Panathinaïkos à la maison. À quelques minutes de la fin, on mène 1-0 et Bjorn ( Engels, ndlr) fait une faute à 3-4 mètres du rectangle. L'arbitre court et indique le point de penalty. Je n'affirme pas qu'il y a eu de la corruption, mais ça pose question. Au-delà de ça, ce passage en Grèce a été une super expérience pour moi. Malheureusement, on n'a pas été champion alors qu'on avait un pré-accord avec le club pour me prolonger en tant que titulaire en cas de titre. À la fin de la saison, comme ils devaient dégraisser leur masse salariale, les dirigeants m'ont dit qu'ils ne me bloqueraient pas en cas d'offres. D'un autre côté, le club a transféré un gars comme Yaya Touré. La justification financière n'explique donc pas tout.Proto : Je suis quelqu'un d'un peu âgé et je sais que le club allait récupérer un jeune gardien prometteur d'un prêt. Peut-être qu'il ne voulait pas se retrouver sur le banc et que les dirigeants lui ont laissé la place. On t'a cité à l'Antwerp pour pallier l'éventuel départ de Bolat...Proto : Je n'ai pas eu d'offre concrète de l'Antwerp. Mon manager s'est renseigné, plusieurs clubs belges étaient intéressés, mais le seul pour lequel j'avais vraiment envie de revenir en Belgique, c'était Anderlecht. Pour jouer ou dans une autre fonction. En dehors des terrains ? Proto : Non, non, non, pour continuer à jouer, mais en tant que gardien titulaire ou remplaçant. Quand je voyais comment ça se passait là-bas, je me disais que je pouvais revenir et reprendre ma place dans les buts. Mais ça ne s'est pas fait. J'ai eu une offre financièrement intéressante de Turquie - mais ce pays ne me tentait pas - de Chypre - mais c'était la Grèce en un peu moins bien - et d'Allemagne - mais je n'avais pas envie d'aller en D2. Quand je suis revenu à Athènes, les dirigeants m'ont fait comprendre qu'ils ne comptaient plus sur moi et que je devais m'entraîner avec un groupe de joueurs en partance. Du coup, on a mis fin à mon contrat et, une fois libre, j'ai reçu un tas d'offres. Dont celle de la Lazio. Il y a un an, tu n'imaginais pas rejouer la Champions League et ça s'est fait. Cette saison, tu as aussi pu réaliser ton rêve de rejoindre la Serie A.Proto : Déjà à l'époque des trêves en Belgique, on venait 3-4 fois par an en Italie avec mon épouse, Rome était notre ville préférée. Je me suis toujours dit que si j'avais la possibilité de jouer pour un des deux clubs de la ville, je n'hésiterais pas. Tout a été clair dès le début : je serais deuxième gardien pour aider le titulaire, Thomas Strakosha. Je n'ai jamais vu un gardien aussi fort, dans un groupe ayant autant de qualités. L'Albanais est jeune, grand, explosif... il a tout pour faire une top carrière. Qu'est-ce que tu peux apporter à un gars que tu estimes déjà bourré de talent ? Proto : Sa force, c'est qu'il est intelligent : si tu lui donnes un conseil, il va l'écouter, contrairement à certains jeunes gardiens à qui je disais de faire quelque chose et qui refusaient en assurant qu'ils savaient mieux quoi faire. Évidemment, je ne lui dis pas s'il doit plonger à droite ou à gauche, mais quand arrivent des situations que j'ai déjà vécues, je le conseille sur la façon dont il peut réagir. En évoluant pour un club de Serie A, tu as réalisé le rêve de ton grand-père, italien d'origine. Quel a été son parcours ? Proto : Mes grands-parents paternels viennent de Sicile. Ils sont arrivés en Belgique quand mon papa avait trois ans. Mon grand-père a échappé à la mine, il a travaillé comme maçon en Belgique puis en Allemagne. À la maison, mes parents me parlaient français et chez mes grands-parents, c'était l'italien. Je les ai longtemps écoutés, surtout que le dimanche, on était toute la journée sur la RAI, donc j'avais des bases. Mais c'est au moment d'arriver à Rome l'été dernier que j'ai vraiment commencé à maîtriser la langue. Pour moi c'est clair, je suis Belge. Je ne suis pas comme une grosse partie des Italiens de Belgique - dont certains de ma famille - qui critiquent le pays qui leur a donné à manger. Maintenant, je ne sais pas si je rentrerai en Belgique au terme de ma carrière. Il y a d'autres pays que j'aimerais voir et habiter. Lesquels ? Proto : J'aimerais bien tenter le Canada. J'adore la nature et j'ai l'impression que je pourrais vivre très proche d'elle en allant là-bas. J'ai plusieurs connaissances qui m'ont également parlé des côtés " communauté " et " entraide " du pays qui m'attirent beaucoup. Depuis mon arrivée à Rome, je suis fasciné par la solidité des ses édifices construits il y a des centaines d'années. Ce qui est génial pour le touriste, c'est que l'accès au centre historique a récemment été interdit aux voitures, tout est pratiquement piétonnier. Du coup, on se rend régulièrement sur la Piazza di Spagna avec ma famille. Et je passe davantage incognito qu'en Belgique (sourire). Tu débarques en Serie A au moment où elle prend un coup de boost au niveau popularité avec l'arrivée de CR7, le passage d'Higuain au Milan AC, etc.Proto : Ce qui m'a marqué, c'est que dans toutes les équipes de Serie A, il y a minimum deux joueurs qui peuvent faire la différence à eux seuls. Alors qu'en Belgique et en Grèce, j'ai rencontré des équipes qui misaient tout sur leur bloc-équipe. Le championnat retrouve de sa superbe, surtout qu'au niveau fiscal, la Serie A est intéressante pour les grosses stars. Comment as-tu vécu le derby romain (défaite 3-1 à l'AS Roma, ndlr) ? Proto : Dans les jours qui ont précédé le match, il y a eu de l'engouement, mais pas autant que pour Inter-Milan AC, disputé quelques semaines plus tard. Il y a eu de l'excitation, un respect mutuel, beaucoup de stress... et finalement de la frustration de notre côté suite à la défaite. Tu as jusqu'ici été aligné en Europa League et en Copa Italia. Est-ce un objectif de disputer quelques minutes de Serie A ? Proto : Je n'espère rien, le rôle qu'on m'a donné me plaît bien jusqu'à présent. J'ai joué plus de 500 matchs, donc je sais comment ça va. C'est pas comme si je débutais ma carrière et qu'il fallait absolument que je joue, je suis là pour dépanner. Le tout alors que tu te sens en très bonne forme...Proto : Même à 35 ans, je pense que je suis dans la période de ma carrière où je suis le plus fort. Physiquement, je n'ai plus les mêmes jambes qu'à 25 ans, mais je comble au niveau de l'expérience. En Italie, ils le comprennent, pas dans d'autres championnats. Avec l'âge, tu deviens plus calme et tu ne vis plus 24h/24 pour le football. Plus jeune, tu te forces à ne pas partir en vacances quand tu veux, à ne pas manger ce que tu veux... puis au fur et à mesure, tu te laisses un peu plus de liberté. Je profite plus de la vie aujourd'hui : je bois un verre de vin, je vais plus souvent au resto, je parviens à mieux gérer mes heures de sommeil, j'ai moins de stress... Mais il faut aussi se dire que je travaille deux fois plus ici que dans les autres clubs par lesquels je suis passés la charge de travail est beaucoup plus importante. À côté de ça, le club laisse une grande liberté à ses joueurs. On a tout à notre disposition, mais ce n'est pas comme en Belgique où tu es obligé de suivre des séances de cryothérapie, etc. Ici tu le fais si tu en as envie. On est traité comme des adultes et pas comme une bande de gamins qui doit respecter un programme à la lettre. Comment ça se passe avec le coach, Simone Inzaghi ? Proto : Il se met vraiment au même niveau que les joueurs, il n'est pas du genre à dire : " Je suis le boss ici, tout le monde doit m'écouter. " C'est un jeune coach, il vit le match comme s'il était encore joueur et il est ouvert au dialogue. Du coup, je pense qu'il reçoit beaucoup plus de respect de la part de son groupe qu'un entraîneur qui impose ses idées sans accepter la discussion... et qui se fait critiquer par tout le monde dans son dos.