Il y a quelques mois, on a dit que le projet de reprise par des Omanais avait capoté à cause de votre personnalité.

TENI YERIMA : On discute depuis une heure, vous voyez bien que vous avez un gangster en face de vous... Je blague, hein ! Le projet omanais tenait parfaitement la route. S'ils étaient venus, ils auraient pris Pini Zahavi comme partenaire dans un second temps. Parce que les Omanais ne connaissent pas le foot. Et ils connaissent Monsieur Pini pour avoir traité avec lui dans des affaires de pétrole, de gaz, de pipelines. Le projet n'a pas échoué à cause de moi mais à cause de la presse belge.
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TENI YERIMA : On discute depuis une heure, vous voyez bien que vous avez un gangster en face de vous... Je blague, hein ! Le projet omanais tenait parfaitement la route. S'ils étaient venus, ils auraient pris Pini Zahavi comme partenaire dans un second temps. Parce que les Omanais ne connaissent pas le foot. Et ils connaissent Monsieur Pini pour avoir traité avec lui dans des affaires de pétrole, de gaz, de pipelines. Le projet n'a pas échoué à cause de moi mais à cause de la presse belge. YERIMA : Tout à fait. On a écrit ici que le club allait être racheté par le Sultan d'Oman. N'importe quoi. C'était un homme d'affaires passionné qui voulait reprendre Mouscron. Il aurait amené ses sociétés comme sponsors. L'ambassadeur d'Oman en Belgique a envoyé dans son pays l'article où il était écrit que c'était le Sultan qui voulait acheter le club. Vous savez, au Moyen-Orient, les gens sont très susceptibles.. Et ils ont encore la valeur de la position sociale. Là-bas, on ne parle pas du Sultan ou d'un prince de premier ordre comme on parle de Monsieur Tout-le-monde. Cette rumeur de reprise, le peuple omanais l'a prise comme une insulte. La presse belge a fait passer le message qu'un multimilliardaire comme le sultan allait investir non pas à Anderlecht ou au Standard, mais dans un club de rien du tout comme Mouscron. Comme s'il n'était pas assez intelligent. Et c'est pour ça que ce projet a capoté. En plus, le Sultan était en traitement en Allemagne pour une maladie assez grave, donc ça tombait très mal. YERIMA : Sulfureux, moi ? (Il rigole). On a rappelé ma courte aventure à l'Olympic Charleroi, où je n'aurais pas honoré mes obligations. On a rappelé le fameux reportage de la BBC dans lequel je proposais soi-disant des dessous de table à des entraîneurs pour qu'ils prennent mes joueurs. Mais tout ça a été éclairci entre-temps. Bien éclairci ! YERIMA : Pour l'Olympic, mon vieil ami Peter Harrison m'avait demandé de lui trouver 500.000 euros pour sauver le club. J'ai déniché un ami qatari qui était d'accord de mettre la moitié, j'aurais mis le reste. Puis, chaque fois que j'allais au stade, je tombais sur des huissiers. J'ai compris qu'il fallait un million et demi pour liquider la dette et finir la saison. Je ne pouvais pas rappeler le Qatar pour dire qu'il fallait trois fois plus que prévu au départ. Ce n'était pas sérieux. Et je me suis retiré. YERIMA : Une farce. Une longue histoire, je vais vous la résumer. Un producteur qui venait d'être engagé par la BBC a voulu faire du buzz. Il a réalisé une première émission qui a fait beaucoup de bruit, sur les homosexuels si je me souviens bien. Puis, il a décidé d'attaquer le football. Il a contacté des frustrés du monde du foot, convaincu qu'ils allaient cracher dans la soupe. Il voulait démontrer qu'il y avait de la corruption dans le milieu des agents. Il s'est adressé à un gars qui avait été viré de West Ham et d'autres clubs, et ce type lui a fourni des infos soi-disant fiables qui ne l'étaient pas du tout. On m'a filmé en caméra cachée, on a sorti certaines de mes déclarations de leur contexte, on les a retournées, ils ont chipoté au montage des images. La veille de l'émission, quand la BBC m'a prévenu de la diffusion, je leur ai dit que s'ils la passaient, ils allaient devoir cracher. Ils l'ont passée, et moi, en bon procédurier, j'ai attaqué derrière. La Fédération anglaise s'est portée partie civile. La BBC a été condamnée, la fédé a touché une livre Sterling symbolique, la chaîne a dû s'excuser publiquement (une mesure très forte en Angleterre parce que c'est la chaîne nationale, une institution), j'ai été innocenté, comme les autres agents cités dont John Collins et Peter Harrison. Je n'ai même pas pris d'argent. Je suis un homme noble, je n'en ai pas besoin. Et le producteur a été viré. Vous croyez que si j'avais été reconnu coupable, j'aurais pu continuer à travailler dans le foot ? Vous croyez que je continuerais à traiter avec des princes arabes ? YERIMA : Je sors de la jungle et j'en suis fier. Quand j'ai dit ça au président Van Daele, il était mort de rire. Je lui ai expliqué qu'à neuf ans, quand j'allais à l'école, je prenais volontairement une piste où il y avait des gorilles en train de cueillir des mangues. Ils ne voulaient pas qu'on passe, ils croyaient qu'on voulait leur piquer les fruits. Alors, on faisait des batailles de mangues. On faisait la guerre. Si vous osez faire ça à neuf ans, ça veut dire que vous êtes fort, blindé. Je sors d'une tribu de chasseurs, alors ce n'est pas un reportage de la télé qui va m'ébranler. Je lève la tête droite et j'avance, j'ai été éduqué comme ça.