Le lieu est sympa, convivial, à quelques kilomètres du centre de Mouscron, sa ville. Là où il a appris ses gammes de footballeur et là où il compte bien finir sa carrière " à moins d'une offre pharaonique d'un club richissime ", lâche-t-il sur un air goguenard. Il a choisi une petite fermette familiale, le Resto. G retapée en restaurant par des amis, comme cadre de l'interview.
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Le lieu est sympa, convivial, à quelques kilomètres du centre de Mouscron, sa ville. Là où il a appris ses gammes de footballeur et là où il compte bien finir sa carrière " à moins d'une offre pharaonique d'un club richissime ", lâche-t-il sur un air goguenard. Il a choisi une petite fermette familiale, le Resto. G retapée en restaurant par des amis, comme cadre de l'interview. Gonzague Vandooren n'est pas seulement le capitaine de Mouscron. Il en est devenu l'âme. " Je souhaite terminer ma carrière ici. Après sept ans loin de Mouscron, je recherchais une stabilité. Mes parents sont d'ici. Mes beaux-parents également. Je voulais aussi revoir plus souvent mes amis. Suite aux problèmes financiers de l'Excel, je me suis posé des questions pendant des mois. La faillite aurait constitué une petite catastrophe car j'étais revenu pour me poser. C'était délicat car je n'avais pas le courage de partir sous d'autres cieux. J'aurais d'ailleurs été le dernier joueur à partir ! " Aujourd'hui, les pépins financiers ne sont plus d'actualité et plus rien ne l'éloignera de ses terres mouscronnoises. " Même en cas de mésentente avec un entraîneur ou de perte de place, je resterai. " Lundi, Vandooren a fêté ses 30 ans et cela fait maintenant 12 ans qu'il arpente les pelouses belges. Avec 135 matches de compétition pour Mouscron, il n'est plus très loin des 189 matches de Marcin Zewlakow, cinquième joueur le plus capé de l'histoire des Hurlus. Avec 293 matches au total, il fait partie des seigneurs de la D1, lui qui fut balloté, tout au long de sa carrière d'un poste à l'autre. Pas assez buteur comme attaquant, pas assez défensif comme arrière, voilà les rengaines qu'il a dû entendre des années durant. Et pourtant, il a connu le top belge et incarne l'image régionale. A tel point que sa photo sert toujours de fond à l'affiche du Futurosport. " A Herseaux, à l'internat, il y a toujours cette grande photo. J'avais de longs cheveux à l'époque. Quand je passe devant avec mon fils, il s'écrie - Eh, papa, regarde, tu es là. " C'est à 18 ans qu'il fut lancé dans le grand bain. Il jouait encore attaquant et durant trois saisons, il allait animer l'attaque de l'Excel. " J'ai vécu les meilleures périodes du club. Il y avait autant de qualités dans cette équipe que dans celle que j'ai connue au Standard. Quand je suis revenu, il y a un an et demi, il y avait peut-être moins de qualités dans le noyau mais j'ai reconnu le club que j'avais quitté. Je connaissais la maison et je n'ai pas eu de mal à m'acclimater. "Pourtant, en 2000, la rupture avec le club s'avérait brutale. " Mouscron voulait me prolonger mais je jugeais que ce qu'il me proposait n'était pas suffisant. Pendant trois, quatre mois, nous avons discuté sans trouver d'accord. Et un jour, j'ai reçu un message de Jean-Pierre Detremmerie me disant que je pouvais vider mon casier et rejoindre le noyau B. Pourtant, à 20 ans, je me disais que j'aurais pu rester 10 ans à Mouscron et réaliser une carrière à la Steve Dugardein ou Olivier Besengez. Avec le recul, je ne regrette pas du tout être parti car cela m'a fait découvrir du pays et d'autres clubs. " Il quitta donc son Excel pour une destination inattendue, le Lierse, où il avoue s'être un peu ennuyé. " J'étais tout seul dans mon appart et en temps normal, je m'emmerdais pas mal. Lierre était une ville de vieux. Au bout de cinq mois, je suis parti habiter à Bruxelles. C'était... plus agréable. " Et sur le plan sportif, ça ne souriait pas beaucoup. " J'étais un peu blessé en arrivant. Je suis resté sur le côté deux mois. Pour l'intégration, on peut rêver mieux. " Au bout du compte, 17 matches et deux maigres buts. " Mais j'ai quand même rencontré de chouettes gars comme Eric Van Meir et Axel Smeets. Par moments, il y avait une bonne ambiance mais on était loin de ce que j'avais connu à Mouscron. " Une mauvaise saison peut parfois receler de bons côtés. En juin 2001, ce fut la consécration. Un transfert d'1,25 million d'euros pour le Standard. " On peut se montrer surpris car je restais sur une saison pas terrible. C'est impossible que le Standard m'ait acheté sur cette seule saison. Les Liégeois avaient déjà montré de l'intérêt quand j'évoluais à Mouscron mais les relations entre les deux clubs étaient tendues suite à l'affaire Mpenza. Ils ont pris le temps et ils m'ont acquis un an plus tard. " A Liège, il découvrit un autre monde, une autre position. " Je suis arrivé comme attaquant et petit à petit, j'ai glissé sur le flanc gauche pour finir par aboutir au poste d'arrière gauche quand Ivica Dragutinovic s'est blessé. Aujourd'hui, j'ai passé autant de temps en attaque que comme back gauche. C'était plus facile pour moi de réussir au Standard comme défenseur car dans un club du top, un attaquant n'a pas le choix ; il doit mettre 15 buts. Or, moi, je ne suis pas un buteur. Je soulage, je dévie et à l'occasion, je mettrai cinq ou six buts, pas plus. Ce rôle d'attaquant, je pourrais le remplir, ici, à Mouscron mais pas au Standard. A Genk, Hugo Broos m'envoyait encore devant en fin de match. " Pourtant, ce changement de poste brouilla les pistes. Vandooren devint un dépanneur de service. Le genre de joueur que l'on disait toujours le premier à sauter de l'équipe type en cas de transfert mais qui en définitive demeurait toujours dans le onze de base. " En quatre ans à Sclessin, je fus titulaire trois ans et demi. J'étais un joueur polyvalent et donc précieux. Moi, ça m'amusait de passer de derrière à l'avant. Je n'aime pas la routine mais cela a freiné ma carrière. En effet, Quand un club me trouvait bon et revenait me voir, je jouais à une autre position. Ce n'était pas très crédible. "Au Standard, il vécut ses meilleurs moments. " J'aurais bien voulu y évoluer avec un peu plus de maturité. A part la mauvaise passe sous Robert Waseige, je ne conserve que des bons souvenirs de Liège. Chaque week-end, on disputait des matches à enjeu, devant 20.000 personnes. Il y avait de la ferveur en ville, on sentait qu'on évoluait dans un club mythique. J'ai pu côtoyer des joueurs comme Ali Lukunku avec qui je suis resté en contact, Almami Moreira, Sergio Conceiçao, Dragutinovic, Vedran Runje. Que des caractères forts mais j'aime bien cela. Il fallait des grandes gueules dans ce groupe. Il faut cette âme à une équipe et puis, c'étaient des battants qui tiraient l'équipe sur le terrain. Moi, on me considérait aussi comme un battant, un joueur physique, bref un élément typique pour le Standard. C'est ce que les supporters et les dirigeants aimaient même si cela a quelque peu changé. Vu la concurrence, je me disais, en arrivant, que je resterais sur le banc. Ma plus grande surprise fut de jouer autant. " 2005 sonna la fin de l'aventure. " J'avais fait mon temps. Après quatre ans, je voyais qu'on ne comptait plus vraiment sur moi. Et puis, Philippe Léonard est arrivé. " Direction Genk. " Il s'agissait également d'un club du top. " Là, il retrouva Broos qui l'avait déjà entraîné à Mouscron. " Ma fin de parcours me laisse un goût amer. J'aurais préféré que cela se termine bien mais le business du football en décide parfois autrement. Que ce soit à Mouscron ou à Genk, j'ai eu des problèmes avec mon ami Broos, qui ne m'a pas lâché ", dit-il avec un petit sourire en coin. " C'est un entraîneur qui ne prend pas de risques. Il a son planning et quand tu vas à l'entraînement, tu sais très bien ce qui va se passer. Il est fade et pas très intéressant. A Genk, quand les résultats sont devenus mauvais, il avait la pression sur les épaules. A l'intérieur du groupe, tout le monde savait où se situait le problème : des mauvais choix tactiques et une concurrence malsaine. Je lui ai dit en face que le problème venait de lui. Il y avait une réunion d'urgence avec les dirigeants. Dans ces cas-là, certains ne disent rien pour ne pas se brûler mais moi, si tu me demandes où est le problème, je te le dis. Finalement la direction a dû choisir. Elle savait très bien que j'avais raison mais elle n'a pas pris le risque de virer l'entraîneur. C'est triste même si derrière tout cela, tu sais qu'il y a du business : virer un entraîneur, cela coûte cher. " Ce fut le fameux épisode des pommes pourries, toutes francophones ( Jean-Philippe Caillet, Momo Dahmane, Logan Bailly et Vandooren). " C'est une question de tempérament : le néerlandophone essaye toujours d'assurer ses arrières alors que le francophone prend ses responsabilités. Dans cette histoire, comme le noyau s'entendait bien, j'étais persuadé qu'il allait y avoir un mouvement de groupe quand nous avons été envoyés dans le noyau B. Mais rien n'a bougé. J'étais dégoûté. Aujourd'hui, j'y pense quand je prends la parole comme capitaine. Parfois, il faut réfléchir à ce que tu dis. Cela me perturbe un peu car il faut savoir être hypocrite. Ce que je n'arrive pas. " Depuis un an et demi, il a bouclé la boucle, par un retour au bercail. " La saison dernière, les problèmes financiers ont débouché sur une campagne compliquée. On était une bande de potes. On en parlait tout le temps et on nous posait sans cesse des questions là-dessus. Pourtant, on n'avait pas envie de baisser les bras. Aujourd'hui, on se dit qu'on l'a échappé belle. "Cette année, l'Excel a pris un nouveau virage. Plus international. " On nous parle de la perte de l'identité régionale mais avant l'arrivée des Espagnols, il y avait quoi comme identité régionale ? Certes, c'est un peu bizarre de voir débarquer sept Espagnols mais quelle différence y a-t-il avec l'arrivée au compte-gouttes de Croates ou d'Africains ? Il y aura toujours des jeunes qui vont percer et des vieux qui vont tenir la baraque. "par stéphane vande velde - photos: reportersSi tu me demandes où est le problème, je te le dis.