"Vous avez vu comment l'équipe joue ? Je salive déjà en voyant ça ! " La veille, Genk a donné une leçon de football à Lokeren et Zinho Gano, le nouvel avant des Limbourgeois, ne peut dissimuler son enthousiasme, quand nous le retrouvons à la Luminus Arena.
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"Vous avez vu comment l'équipe joue ? Je salive déjà en voyant ça ! " La veille, Genk a donné une leçon de football à Lokeren et Zinho Gano, le nouvel avant des Limbourgeois, ne peut dissimuler son enthousiasme, quand nous le retrouvons à la Luminus Arena. Le longiligne avant, qui a longtemps emmené le classement des buteurs la saison passée, se voit déjà dans le rôle de buteur de cette phalange, malgré une concurrence féroce en front de bandière. Quelques jours après notre rencontre, Gano couronne d'ailleurs sa première titularisation, au match retour contre Fola Esch, d'un premier but officiel pour le compte de son nouveau club. Philippe Clement voulait absolument le jeune Malinois, qu'il avait eu sous ses ordres à Waasland-Beveren déjà, en début de campagne 2017-18. " La cellule sportive de Genk a estimé qu'il fallait obteir le concours d'un avant-centre ", a expliqué le T1 de Genk lors de l'officialisation du transfert. " Nous avions surtout besoin d'un joueur de ce type contre les formations qui jouent bas ou quand nous devons procéder par des balles à suivre. À cet égard, Zinho a un profil unique : il est capable de conserver le ballon, est fort de la tête, bon dans le rectangle. En outre, il a le sens du but et est rapide. Ça fait beaucoup de qualités. A l'étranger, on dépense beaucoup d'argent pour de tels joueurs. " Le tandem Clement-Gano fonctionne bien et l'a démontré il y a tout juste un an à Waasland-Beveren. Le club du Freethiel avait alors développé un football pétillant et, après trois journées, Gano emmenait déjà le classement des buteurs avec quatre goals. Le conte de fées a toutefois été bref. Les deux buts du joueur, à Ostende, avaient convaincu Marc Coucke et Luc Devroe de s'attacher ses services. Après trois journées, Gano avait donc rejoint la Côte pour deux millions. Voilà pour la partie happy de l'histoire. Car le temps s'est ensuite gâté. " Coucke et la stabilité d'Ostende m'avaient charmé ", raconte l'intéressé. " On m'a offert un bon contrat, même si je ne faisais pas une fixation de l'argent. Sinon, j'aurais accepté une offre d'Angleterre, où je pouvais gagner quatre fois plus, ou de Gand et d'Anderlecht, dont les propositions étaient alléchantes aussi. En fait, je voulais confirmer dans une équipe plus huppée, où je serais quasi sûr de jouer, avant de m'expatrier. C'était mon plan. " Il ne s'est pas déroulé selon tes voeux. ZINHO GANO : Je ne pouvais pas le savoir. Pour le même prix, j'aurais continué à Ostende sur l'élan de Waasland-Beveren et j'aurais été sacré meilleur buteur. On qualifie ton passage au KVO d'échec mais tes chiffres sont bons. GANO : Ils ont toujours été bons durant ma carrière. La saison passée, j'ai marqué quinze buts et délivré une poignée d'assists en 37 matches. Ce n'est pas mal, surtout compte tenu de mon temps de jeu à Ostende (Gano a entamé 21 des 37 matches, ndlr).Quel sentiment conserves-tu de la saison écoulée ? GANO : Sur le plan humain, tout se passait bien avec Yves Vanderhaeghe mais les résultats n'ont pas suivi et Coucke a changé d'entraîneur. Je m'entendais moins bien avec Adnan Custovic. Nous avons eu des discussions et j'ai traversé une période plus difficile. Tout allait bien, j'étais le meilleur buteur et j'avais une trajectoire sportive en tête. Mais d'un coup, tout a été compromis. Ce fut dur. Tu as besoin de confiance et de chaleur, non ? Il te faut des entraîneurs comme Stijn Vreven et Philippe Clement, qui te consacrent beaucoup de temps. GANO : En effet. C'était pareil avec Cedo Janevski à Waasland-Beveren en 2016-2017. J'ai besoin de sentir que je compte pour un entraîneur. Si c'est le cas, je veux lui montrer que je mérite cette confiance. Quel a été l'influence de Clement dans ton choix pour Genk ? GANO : Considérable. J'ai appris à quel point le soutien de l'entraîneur était important dans tout ce que j'ai vécu jusqu'ici. C'est pourquoi j'ai opté pour Genk. Ton transfert au Racing a été une surprise car tes négociations avec le Standard étaient assez avancées. GANO : J'ai eu quelques entretiens très positifs avec Olivier Renard et Michel Preud'homme. Financièrement et sportivement, les projets de Genk et du Standard étaient plutôt similaires. Il aurait été plus logique de choisir le Standard car il y avait moins de concurrence à mon poste là-bas. Les Liégeois n'ont que Renaud Emond et il n'a pas le profil d'un avant-centre. Genk en possède quatre mais la concurrence ne m'effraie pas et j'ai confiance en Clement. As-tu dû te justifier auprès de lui après ton brusque départ de Waasland-Beveren ? GANO : Non. La nouvelle ne l'avait pas ravi à l'époque mais il avait aussi été le premier à me téléphoner pour me souhaiter bonne chance. J'avais été franc en lui disant que je voulais effectuer un pas en avant. Ça avait toujours été mon objectif. En signant à Waasland-Bevren, j'avais dit au président que je voulais y jouer deux ans avant de franchir un cap supplémentaire. Mon contrat comportait d'ailleurs une clause de départ qui empêchait le club de me retenir. Mais je pense que Clement n'était pas au courant. Tu connais Clement depuis ton passage en Espoirs du Club Bruges. GANO : Oui. J'avais été le meilleur buteur avec 40 goals au cours de ma dernière saison chez les Blauw en Zwart mais je n'ai pas reçu ma chance en équipe première. J'ai donc préféré être loué à Lommel. J'ai eu plusieurs entraîneurs au Club : Georges Leekens, Christoph Daum, Adrie Koster et Juan Carlos Garrido. Certains croyaient en moi, d'autres pas. Comment Clement a-t-il subitement obtenu un tel rendement de ta part, en si peu de temps ? GANO : Grâce à sa confiance. Notez, ça ne veut pas dire que nous sommes toujours gentils. A Lommel, Vreven et moi nous sommes souvent disputés à l'entraînement. Je me rappelle qu'après une dispute en public, il m'a convoqué dans son bureau pour me dire qu'il appréciait mon attitude. Il aime les joueurs qui ont du caractère. Nous nous entendions bien, y compris en dehors du terrain. Ça m'incite à courir encore plus. C'est pareil avec Clement. Il ne porte pas de masque et est direct. Waasland-Beveren jouait-il autrement avec Clement qu'avec Vreven ? GANO : C'est simple : j'ai été mieux servi. Tout coulait de source avec Morioka. Nous nous sommes immédiatement trouvés. J'ai de bonnes trajectoires de course, quoique je le dise moi-même, et pour autant que le ballon arrive bien, je me crée de nombreuses occasions de but. Sur les flancs, Ampomah créait beaucoup d'occasions aussi. Nous nous rappelons quand même une fameuse engueulade avec Ampomah. GANO : A domicile, contre Malines ? J'étais en effet très fâché. J'étais seul devant le but et il devait me céder le ballon. Le soir, Nana m'a téléphoné, au bord des larmes, pour s'excuser. Je l'aime bien. Je suis en quelque sorte son grand frère. Il doit être possible d'avoir des mots. C'est à classer sous le label " rage de vaincre ". On oublie tout en quittant le terrain. Remarques-tu d'autres accents dans le jeu de Clement, maintenant qu'il dirige une meilleure équipe ? GANO : Non. Il demande à peu près la même chose qu'à Waasland-Beveren. Quand je joue, les flancs doivent m'approvisionner. Nous devons encore améliorer nos automatismes mais je suis optimiste. Le groupe recèle énormément de qualités. Ça se remarque à l'entraînement et jusqu'à présent, elles sont aussi apparues lors des matches. Tu es entouré de magiciens, comme Pozuelo et Trossard. Sont-ils les meilleurs partenaires que tu aies jamais eus ? GANO : Oui, même si Nabil Dirar m'impressionnait beaucoup à Bruges. Il jouait encore sur le flanc. J'admirais aussi Victor Vazquez, qui est comparable à Pozuelo. A Waasland-Beveren, je m'entendais bien avec Morioka et Schrijvers. Dans quelle mesure as-tu changé depuis Bruges ? GANO : Je suis beaucoup plus solide. Je parviens à rester concentré 90 minutes. Ça a été un processus assez long. Je me focalisais moins et je baissais trop vite les bras quand ça n'allait pas comme je le voulais. Comment y as-tu remédié ? GANO : Vreven insistait beaucoup sur ce point. Quand je perdais le ballon ou que je ratais une occasion, je devais reprendre immédiatement le cours du jeu et pas râler pendant trois secondes. Clement disait que c'était surtout une question de perception car je cours en moyenne onze kilomètres par match. C'est énorme pour un avant. On ne peut donc pas me reprocher un manque d'engagement. C'est dû à mon langage corporel. J'ai tendance à baisser la tête. Il m'a fallu du temps pour en prendre conscience. Je me suis bonifié mais je peux faire encore mieux. Tu as des points communs avec Romelu Lukaku : ta posture et une perception négative. C'est un ancien coéquipier et un copain, non ? GANO : Oui. Nous avons passé de bons moments en équipes d'âge du Lierse. Nous jouions ensemble en pointe et nous avons marqué quinze buts chacun. Nous nous voyons moins aujourd'hui mais nous sommes toujours en contact. Il a eu sa part de critiques mais il ne se laisse pas plus que moi influencer par les commentaires négatifs. Au contraire, nous essayons d'en retirer une énergie positive. Malgré toutes ces critiques, nous trouvons le chemin des filets saison après saison. C'est une preuve de caractère. Je sais que je marquerai toujours. Consultes-tu parfois tes statistiques pour te motiver ? GANO : Je les connais par coeur ! J'ai 24 ans et j'ai inscrit une quarantaine de buts en Jupiler Pro League. C'est bien. Le Taureau d'Or m'a rempli de fierté. Je l'ai porté près d'une demi-saison. Quand tu vois Lukaku, qu'est-ce qui te frappe le plus par rapport à ses jeunes années ? GANO : Oh... Son évolution ne me surprend pas vraiment. Quand nous avions douze ans, il logeait parfois chez moi. Il effectuait déjà des sit-ups. A huit heures du matin, pendant les vacances. Il était déjà terriblement motivé. Je suis heureux qu'il réalise ses rêves.