José Riga habite à cinq minutes du stade de la Cité de l'Oie. Pratique en cas d'oubli de matériel, sauf que ça n'arrive jamais à l'actuel manager de l'URSL Visé. 19 ans après ses débuts en tant qu'entraîneur principal, le citoyen d'Hermalle-sous-Argenteau est plus professionnel que jamais, même à la tête d'une formation où se côtoient joueurs pros, semi-pros et amateurs. C'est selon lui la meilleure manière de stabiliser les Visétois en Division 1 amateur cinq ans après la faillite du CS*.
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José Riga habite à cinq minutes du stade de la Cité de l'Oie. Pratique en cas d'oubli de matériel, sauf que ça n'arrive jamais à l'actuel manager de l'URSL Visé. 19 ans après ses débuts en tant qu'entraîneur principal, le citoyen d'Hermalle-sous-Argenteau est plus professionnel que jamais, même à la tête d'une formation où se côtoient joueurs pros, semi-pros et amateurs. C'est selon lui la meilleure manière de stabiliser les Visétois en Division 1 amateur cinq ans après la faillite du CS*. Début octobre, vous disiez ne pas imaginer votre futur en Belgique. Que s'est-il passé ? JOSÉ RIGA : ( rires) Je ne suis pas le seul décideur et il faut que les offres conviennent. Globalement, c'est vrai que j'étais toujours attiré par l'étranger parce que j'aime voyager et découvrir. Et puis après le Standard, Mons et le Cercle, je ne dirai pas que la Belgique est trop petite pour moi, mais je comptais encore découvrir d'autres choses. Il y a eu peu de propositions sérieuses et puis le président visétois, Guy Thiry, m'a demandé si ça m'intéressait de reprendre l'équipe après la démission de Stéphane Huet. C'était une manière de lui rendre service tout en restant accroché au monde du foot. Je n'ai pas hésité longtemps, tout en concluant l'accord tacite que si une autre opportunité qui vaut la peine se présente, je pourrai la saisir. Mais ce n'est pas pour autant que je suis ici en pensant à ailleurs : j'ai la conviction qui me caractérise. Votre nom a aussi été lié à la Chine et à un poste de directeur sportif au RFC Seraing. RIGA : J'ai aussi déjà eu des contacts avec les Émirats, l'Arabie saoudite... La Chine m'attire parce qu'elle s'ouvre complètement au foot. Ça me plairait de voir ce qu'il s'y passe et ce qu'on veut consacrer au foot, parce que j'estime avoir récolté une certaine expérience qui pourrait être utile là-bas. Peu importe la porte qui me permet d'entrer dans ce foot, ça m'intéresse. Par rapport à Seraing, dès qu'il y a un départ dans la région, les noms du coin sont rapidement cités comme potentiels remplaçants. Mais très honnêtement, je ne me suis pas proposé et ce n'était pas mon idée première. Huit ans après votre dernier passage à Visé, qu'est-ce qui vous a marqué à votre retour ? RIGA : L'état d'esprit est toujours le même, l'amour du foot aussi, mais l'académie est un nouvel outil très important. Surtout qu'elle n'a rien d'élitiste et favorise l'aspect social. Je reconnais la patte d'un président qui ne sait pas faire les choses sans une certaine rigueur. Visé a toujours été un club référence en termes de sympathie, de sérieux et d'organisation. Il ne faut pas oublier que c'est le premier club belge qui a fait l'objet d'une reprise par des étrangers ( les Indonésiens de Bakrie en 2011, ndlr). Le projet aurait pu mener à une fusion plus large avec Liège, mais ça n'a pas pu se faire à cause de guerres de clochers. C'est dommage parce que ces deux clubs sont complémentaires : Liège a un passé et un potentiel spectateur, Visé avait plus de moyens et un stade. L'implication indonésienne a fini en eau de boudin. Ce genre de reprise ne pourrait plus se faire aujourd'hui à Visé ? RIGA : Non, je ne pense pas. Le président mérite un grand coup de chapeau parce qu'il faut être courageux pour reprendre un club en quatrième provinciale après avoir connu la D2 et la D3. Il l'a fait et de très belle manière avec six montées d'affilée* ! Je pense qu'il n'est plus question de reprise mais de faire les choses sérieusement. La marque de fabrique visétoise va continuer à grandir et, qui sait, avoir un attrait régional un peu plus important. C'est facile de vous réadapter à cet univers semi-pro ? RIGA : Je pense avoir une capacité d'adaptation qui m'a permis de voyager précédemment. C'est vrai que je ne suis plus nécessairement habitué à m'entraîner à 19 h, mais j'oublie assez vite une fois que la séance a démarré. Je me considère encore capable de coacher des professionnels, mais je n'ai jamais été quelqu'un de prétentieux : c'est le foot en soi qui m'intéresse. Il n'y a pas de risques d'être " trop " professionnel ? RIGA : Après l'Angleterre, où il y a dix personnes dans le staff, l'AC Milan ou le Standard de Liège, il faut adapter ses exigences en revenant ici. Le noyau est pro pour moitié et semi-pro voire amateur pour l'autre, donc on ne peut pas tout faire : je demande aux joueurs d'être présents une heure avant l'entraînement, mais je ne vais pas bombarder d'amendes ceux qui reviennent du boulot et qui sont coincés dans les embouteillages. Quel que soit le niveau, un collectif a toujours besoin de rigueur, mais le contexte est la première chose à laquelle il faut faire attention : c'est important que les joueurs passent une ou plusieurs soirées avec madame chaque semaine. La performance part d'un bien-être et d'un équilibre. C'est vous qui avez demandé à gérer les transferts, ce qui n'était pas le cas de votre prédécesseur Stéphane Huet par exemple ? RIGA : Je n'ai pas besoin de demander ça. Il n'est pas question d'imposer mon autorité, mais ça tombe un peu sous le sens. Je ne prétends pas avoir une grosse connaissance de la D1 amateur - je serais incapable de vous citer trois joueurs de Heist maintenant - mais j'estime avoir l'expérience pour accueillir un joueur, lui faire passer un test d'une semaine et me faire une idée claire sur lui. J'aime bien la formule à l'anglaise qui fait du manager le responsable des transferts parce qu'il sait ce qu'il veut en termes de jeu et de philosophie. Après, il est responsable de tout, c'est à lui d'assumer. Vous pouvez expliquer ce rôle de manager " à l'anglaise " et votre duo d'entraîneurs avec Bernard Smeets ? RIGA : On prépare les entraînements ensemble et on accorde nos violons avec tout le monde, préparateur physique, entraîneur des gardiens, etc. La volonté du président est que ma présence à l'entraînement ne soit pas indispensable si je suis amené à faire autre chose pour le club, comme discuter avec un joueur ou, imaginons, avec un club qui cherche un partenariat. En match, par contre, c'est vous qui êtes debout. RIGA : J'ai du mal à rester assis ( sourire) mais c'est complètement cautionné. Je fais mes remarques, Bernard les note, on en discute à la pause, c'est un partage. Je sais ce que je dois à Visé, qui m'a lancé avant le Standard, donc si je peux rendre en retour, c'est avec plaisir. Peu après votre arrivée, l'entraîneur des gardiens Philippe Jacquemin et Stéphane Delhalle ont réintégré le staff après l'avoir quitté quelques semaines plus tôt. C'est vous qui les avez contactés ?RIGA : Non, pas directement. Philippe a expliqué au directeur sportif Alain Dhuys qu'il avait d'abord quitté Visé par solidarité avec l'ancien staff, mais qu'il avait peut-être agi trop vite. J'avais eu de bons échos à son propos, donc on n'allait pas chercher midi à 14 h, surtout que je n'étais pas là pour placer mes hommes. On est ici pour travailler dans une atmosphère de convivialité et de bien-être. Le terrain synthétique a à peine trois mois. Ça change votre philosophie et celle de Visé ? RIGA : Au départ, je ne suis pas favorable au terrain synthétique, mais c'était la meilleure solution. D'abord, lorsque j'arrive, je n'ai plus la préoccupation de savoir si le terrain a été fait. Et puis, l'équipe n'est pas constituée de gabarits énormes, il y a donc une recherche de jeu au sol, de vitesse, de rythme. Notre terrain doit devenir un atout. Julien Célestine (ex-Charleroi) et Faysel Kasmi (ex-Standard) sont deux joueurs à potentiel qui se sont un peu perdus. Il y a aussi cet objectif de relancer ce genre de gars ? RIGA : Oui, bien sûr. Kasmi était dans un contexte idéal quand il évoluait en jeunes au Lierse. Ça a été un grand pas pour lui de passer au Standard, puis il a connu cette grande chute quelques années plus tard. À Visé, il retrouve un peu l'environnement qu'il avait au Lierse, donc il est tout à fait possible de l'aider à se bonifier au maximum. La Division 1 amateurs compte pas mal de noms comme Marc Grosjean (Liège), Alex Czerniatynski (Olympic), Fred Vanderbiest (RWDM) ou vous. Des entraîneurs qu'on avait l'habitude de voir en D1A. RIGA : Les entraîneurs, c'est une question de mode : vous avez le vent en poupe ou pas. Il y a aussi quelques retours à la case départ, comme Marc à Liège. C'est bien d'essayer d'apporter sa connaissance, même au troisième niveau, ça peut être bénéfique pour le foot. Maintenant, je pense qu'on ne parle pas assez des entraîneurs belges et ils ne sont pas suffisamment bien représentés : il faudrait des règles de protection des coachs belges comme un salaire minimum, par exemple. Mais je le répète : c'est une question de mode. Aujourd'hui ce sont les Espagnols, hier c'était les Français puis les Portugais avec la brèche ouverte par Mourinho. Vous pensez être sorti de ce fameux carrousel des entraîneurs de D1 après avoir quitté le Standard en 2012 ? RIGA : Oui oui. C'était un moment difficile parce que l'effectif de qualité s'était évaporé au fil de la préparation estivale : Witsel, Defour, Mangala, Benteke... C'était une saison de transition et je pense qu'on a pas mal fait les choses sur tous les tableaux ( 5e en championnat, 1/4 de finale de Coupe de Belgique et 1/8e de finale d'Europa League, ndlr). C'est vrai qu'à l'époque, j'avais une bonne cote. Après, j'ai quitté le Standard parce qu'il y avait de belles opportunités comme ASPIRE donc je ne regrette pas : j'ai peut-être vécu des choses qu'aucun entraîneur ne vivra. Avoir des réunions au Milan Lab avec Allegri ou avec Valter Di Salvo ( directeur de l'ASPIRE Academy, ndlr) où vous êtes autant écouté que vous écoutez, c'est une manière de se rappeler qu'on a un minimum de connaissances. Ça fait du bien, parce que je ne suis pas tombé dedans quand j'étais petit, je me suis fait tout seul. Il y a eu peu de retours sur votre expérience à Blackpool, qui était pourtant la plus folle de votre parcours ? RIGA : Il faut remonter à l'origine, à Charlton, où je suis devenu le premier coach belge en Angleterre. Lors du dernier match de championnat, on a gagné 0-3 à Blackpool et je me suis retrouvé au sommet de la wish-list des supporters de Blackpool pour être le prochain manager. Forcément, la première rencontre avec le président Karl Oyston a été bonne, mais pratiquement d'entrée de jeu, il a cessé de me suivre dans mes idées, mon recrutement, etc. Il voulait à la limite que ce soit journée portes ouvertes à chaque entraînement, à essayer des joueurs dans tous les sens. Il organisait des réunions auxquelles il ne venait pas, il disparaissait soudainement, etc. Et puis j'ai commencé la prépa avec six joueurs. Je pense que les supporters espéraient que je résiste à ce président fantasque et méprisant, mais l'expérience fut courte. Votre dernière aventure professionnelle au Club Africain n'a duré que quelques semaines... RIGA : Je marche au feeling et parfois il n'est pas bon ou trop humain. Je devais normalement être accompagné d'un directeur technique belge, mais il a refusé l'offre au dernier moment. Je suis arrivé dans un club laissé à l'abandon par ses derniers présidents : on n'avait pas de terrain d'entraînement privé, donc on allait sur des surfaces parfois occupées par d'autres ou qui n'étaient pas tracées. Beaucoup de choix de joueurs avaient été faits avant mon arrivée et peut-être que mon côté un peu trop exigeant ne correspondait pas au club. C'est une expérience qui m'interpelle : il ne faut probablement pas vouloir tout changer d'un coup.