Un grand sourire accentue tout le bonheur de Zoran Ban de retrouver les Hurlus. Il a signé un contrat de trois ans pour le compte du club qui le révéla en Belgique. C'est en se souvenant avec une émotion très touchante de tout ce qui l'unit à Mouscron que Ban enterre deux championnats de galère vécus dans le Limbourg: "Je retrouve une famille à l'Excelsior alors que j'ai été traité comme un numéro, même comme un chien à Genk. A un moment, je m'excuse, j'ai dit : -Merde aux dirigeants de ce club".
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Un grand sourire accentue tout le bonheur de Zoran Ban de retrouver les Hurlus. Il a signé un contrat de trois ans pour le compte du club qui le révéla en Belgique. C'est en se souvenant avec une émotion très touchante de tout ce qui l'unit à Mouscron que Ban enterre deux championnats de galère vécus dans le Limbourg: "Je retrouve une famille à l'Excelsior alors que j'ai été traité comme un numéro, même comme un chien à Genk. A un moment, je m'excuse, j'ai dit : -Merde aux dirigeants de ce club". Ban est un homme bien éduqué, poli, sympathique, souriant, posé et il aura fallu que le ciel lui tombe sur la tête pour entraîner chez lui une telle réaction. Au départ, son transfert en direction de Genk constituait une bonne affaire pour tout le monde. Les Hurlus mettaient un peu de bon beurre de ferme dans leurs épinards. Après deux exercices de qualité à l'Excel, Ban était recruté par les champions de Belgique en titre : c'était une promotion sportive. Genk mettait la main sur un élément en plein boum. Hélas, le film ne fut pas du tout à la hauteur du scénario. "Les principaux coupables de la faillite sportive de ce club ne sont autres que les dirigeants", affirme Zoran Ban. "Ils ont commis une lourde erreur en défenestrant Jos Heyligen. Johan Boskamp a ensuite bousillé toute l'équipe". Il y a deux ans, le Racing Genk de l'après- Aimé Anthuenis fut bloqué par une rapide élimination au tour préliminaire de la Ligue des Champions, des oeuvres de Maribor. Une catastrophe dont les Limbourgeois ne se remirent jamais. Ban fut blessé au pied et ne joua pas durant quelques semaines après cet échec européen. La pression était énorme. Sans Souleymane Oulare, Genk se chercha avant le départ de Branko Strupar vers Derby County. Heyligen recruta Josip Skoko tandis que l'attaque limbourgeoise était composée de Zoran Ban, Mike Origi, Ferenc Horvath et Thordur Gudjonsson principalement. Genk était en train de se rédéfinir sur le terrain quand la direction expulsa Jos Heyligen au profit de Johan Boskamp. "Ce fut peut-être la plus grosse gaffe de l'histoire de ce club", prétend Zoran Ban. "Genk était parfaitement en course pour se payer un billet européen via le championnat. La direction a paniqué et avait besoin d'un coupable au cas ou cela tournerait mal. Elle n'a pas eu de vision et aurait dû faire bloc derrière son coach. Il était évident que le travail de Jos Heyligen allait être difficile après la conquête d'un titre et la vente de joueurs importants. Jos Heyligen était un coach sérieux, juste, attentif, compétent et épris d'un style de jeu attrayant. Pour moi, c'est un grand entraîneur. Son départ m'a beaucoup peiné et je savais que Genk commettait une erreur".Ce fut le début du règne très contesté de Johan Boskamp. Le Hollandais n'est pas du style diplomate ou humaniste. "Au début, il faisait peur et le groupe s'est dit que nous avions peut-être besoin de ce genre de gars qui ne fait que crier", ajoute Zoran Ban. "A la longue, on se rend bien compte que c'est du cirque. Boskamp n'était plus craint. Il prêtait même à rire. La catastrophe, ce fut finalement notre succcès en finale de la Coupe de Belgique. l'entraîneur a fait croire à tout le monde que nous avions gagné grâce à son coaching. Ce sont les joueurs qui ont mérité cette Coupe gagnée face au Standard, pas lui. Les dirigeants ont gobé les paroles de Boskamp et ils lui ont donné les pleins pouvoirs pour la saison suivante. Je crois qu'ils s'en mordent encore les doigts".La légende raconte que Johan Boskamp dépensa près de trois cents millions de francs belges afin de créer une équipe à son image et à sa ressemblance. "J'avais eu l'un ou l'autre contact mais il me semblait que ma première saison à Genk avait été bonne avec onze buts en championnat et une excellente finale de Coupe de Belgique", souligne Ban. "Je voulais continuer sur cette lancée. Je m'étais intégré, je commençais à parler flamand, je sympathisais avec les formidables supporters de Genk. J'étais loin d'imaginer ce qui allait m'arriver". Genk acheta Davis Paas, Wesley Sonck, Thomas Chatelle et Bernd Thijs, notamment. "Je les respecte tous car ils ont du talent mais, dès le départ, Boskamp favorisa ses transferts", observe Ban. "Ça sautait aux yeux. Je suis un pro, je travaille et je ne suis pas du genre à aller demander des explications. Je crois qu'il y avait moyen de faire du bon travail avec Sonck, Paas et moi. Mais Johan Boskamp est un peureux sur le plan tactique et il n'a pas osé. J'étais souvent sur le banc alors que je me sentais plus fort que ceux qui jouaient. Je bossais beaucoup car je voulais être prêt si un autre club s'intéressait à moi. Quand Boskamp a été renvoyé, tout le groupe s'est senti libéré mais ce ne fut pas du tout la fin de mes ennuis, loin de là". Coincé sur le plan des gros sous, Genk cherchait des solutions. Il y avait des échéances à respecter, d'autant plus que les Limbourgeois n'avaient pas touché leur dû lors du transfert de Thordur Gudjonsson en Espagne, à Las Palmas. Pour retrouver des liquidités, Genk poussa Ban dans les bras de Duisbourg. Il fallait qu'il accepte. Mais il refusa cette éventualité : "Je ne suis pas là pour réparer les erreurs de gestion d'un club. Si Genk s'est trompé avec Boskamp, ce n'était pas mon problème. Duisbourg vivait à mi-classement en D2 et pouvait tout aussi bien chuter en D3 que monter en Bundesliga. C'était un choix beaucoup trop incertain pour la suite de ma carrière. J'ai refusé et j'ai senti que je devenais un budget, un numéro. Les dirigeants de Genk ne se souciaient pas de ma famille, de la façon dont les miens vivraient en Allemagne. Ils m'ont dégoûté et leur pression n'eut de cesse de s'accentuer". En fin de saison, Genk rata de peu l'occasion de se retrouver une nouvelle fois au dernier stade de la Coupe de Belgique. Lors du match retour de la demi-finale contre Lommel, Ban fut exclu pour une carte rouge. Genk prit la porte de sortie. "Inutile de dire que les dirigeants détenaient leur coupable : c'était moi", dit Ban. "Cela les arrangeait bien, comme avec Heyligen. J'ai toujours résisté car je défendais ma carrière, ma famille. Quand j'ai refusé l'offre de Duisbourg, la direction m'a dit que je ne jouerais plus. Ce n'était pas mon problème, j'avais un contrat. Pierre Denier remplaça Johan Boskamp en cours de saison. Brave garçon et même compétent mais il n'avait rien à dire. Il ne faisait pas l'équipe : la direction lui a imposé des joueurs et des choix tactiques. Genk a fait appel à des jeunes. Bien, bonne idée pour préparer l'avenir mais je me sentais quand même plus fort que Thomas Chatelle et Alex Di Gregorio. Moi, je n'en revenais pas. Il fallait que je parte. Pour m'en sortir, il convenait que je réfléchisse". Nuremberg frappa à la porte de Zoran Ban. En cas de transfert, Ban voulait gagner un peu plus qu'à Genk. Nuremberg préféra attendre, Zoran aussi. Il souhaitait rester en Belgique: "Je connais ce pays et son football depuis quatre ans. J'ai déjà pas mal voyagé en Italie, au Portugal et j'ai trouvé une ambiance qui me va comme un gant. Ailleurs, j'aurais dû repartir de zéro et c'est pour cela que l'offre de Nuremberg ne m'intéressait guère. Istanbulspor me fit une proposition aussi mais je ne me voyais pas vivre loin de ma famille qui n'allait pas me suivre en Turquie. L'argent est important, je ne le nie pas, mais je me connais et, à la longue, on ne tient pas le coup loin des siens. Ma fille a sept ans, elle va à l'école et je dois en tenir compte. Même si j'avais encore un contrat de deux ans, je ne pouvais pas rester à Genk sous peine de disparaître à jamais en Réserve : la suite de ma carrière était en danger, Mouscron la relance". Zoran Ban se posait donc pas mal de questions quand Hugo Broos lui téléphona. Il avait déjà songé à lui avant que Nenad Jestrovic ne débarque au Canonnier la saison passsée. Ban resta finalement à Genk. Cette fois, la donne était très différente. Il donna sa parole à Hugo au téléphone mais les négociations furent plus longues que prévu car chacun s'accrocha à son bout de gras avant la signature d'un contrat de trois ans. Ban se fit un plaisir de d'abord téléphoner à Jean-Pierre Detremmerie pour lui annoncer la bonne nouvelle après avoir conclu un accord avec Hugo Broos: "Le président de Mouscron est un homme exceptionnel, un père pour ses joueurs", souligne Ban. Quand j'avais été transféré à Genk, je n'avais pas caché mon émotion car je suis un sentimental. Je quittais une famille. Je me souviens que le président était ému comme il l'est quand un de ses joueurs quitte le Canonnier. C'est très fort comme sentiment: les footballeurs sont des pros mais ceux qui quittent l'Excel le font avec un pincement au coeur. Je reviens, je rentre à la maison, je retrouve ma famille, je suis heureux". Mouscron vient de signer une saison moyenne. Les défis seront importants la saison prochaine et il s'agira d'être moins gris, de se rapprocher des trois grands, de retrouver les couleurs du spectacle. Mouscron est encore et toujours une famille mais le romantisme du début de la grande et belle aventure en D1 a cédé sa place aux réalités de l'ambition et du business. L'Excel a grandi et demeure un club régional mais les objectifs sont de plus en plus grands car l'appétit vient en mangeant. "J'ai soif de revanche", poursuit Ban. "Je me sens motivé, très fort. Je prouverai que Genk a eu tort de me traiter de la sorte. Mouscron a pensé à moi, je serai à la hauteur de cette confiance".Dia 1Pierre Bilic