Il pleut sur Anvers. Une bruine aussi légère que désagréable. Pourtant, au bord du terrain jouxtant le Bosuil, les sourires foisonnent. L'immense parking qui longe la pelouse d'entraînement semble être un site de déversement oublié, mais la cinquantaine de curieux présente pour suivre la séance matinale sont heureux. Exclusivement des hommes, majoritairement arrivés en vélo. L'un d'eux, la soixantaine, profite d'un ballon sorti de la zone pour tenter un double jonglage.
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Il pleut sur Anvers. Une bruine aussi légère que désagréable. Pourtant, au bord du terrain jouxtant le Bosuil, les sourires foisonnent. L'immense parking qui longe la pelouse d'entraînement semble être un site de déversement oublié, mais la cinquantaine de curieux présente pour suivre la séance matinale sont heureux. Exclusivement des hommes, majoritairement arrivés en vélo. L'un d'eux, la soixantaine, profite d'un ballon sorti de la zone pour tenter un double jonglage. Raté et il se prend un quolibet de volée. Ambiance décontract' donc dans un Great Old qui revit. Et, avec lui, ou grâce à lui, GrégoryDufer prouve qu'il n'est pas mort. A bientôt 34 ans, l'Antwerp est son neuvième club pro, celui qu'il doit aider à retrouver la D1 dans une liesse populaire peut-être inégalée en Belgique. Rencontre avec celui qui a tout connu, du titre de champion de Belgique avec le Standard aux Diables rouges (4 sélections) jusqu'à la D. 2 : une leçon de football, une leçon d'humilité. Grégory Dufer parle de sa famille. En permanence. Sa femme et ses enfants, Kiara et Louka, lui manquent. Mais en choisissant l'Antwerp il y a quelques mois, il savait que des sacrifices seraient nécessaires pour s'octroyer une fin de carrière digne de ce nom. C'est que le natif de Marcinelle le mérite. On l'oublie peut-être mais sa carrière a démarré dans un éclair, façon Saturn V lors de la mission Apollo 11. Charleroi d'abord, son club de coeur, son club de gosse. Bref séjour à l'étranger puis Bruges, le Standard, les Diables. Avant de rétrograder. La dure loi du football. Intrépide, brutale et sauvage. " Dans le foot, tout est une question de choix, de décisions, d'opportunités ", explique-t-il. " On mène sa carrière comme on l'entend. Moi, j'ai tenté des choses. Certaines ont porté leurs fruits, d'autres un peu moins. On me dit parfois que je me suis fourvoyé à Caen mais ce n'est pas vrai. Ce fut une expérience magnifique, avec une finale de coupe de la Ligue à la clé, et si le club n'avait pas été relégué, je serais resté. Mais quand un Monsieur tel que MarcDegryse vous appelle pour vous proposer de préparer l'après-GertVerheyen, ça fait réfléchir... Mes expériences m'ont pas mal fait réfléchir sur le milieu. J'ai assez vite compris que la chute pouvait être plus difficile que la montée. Je ne pense pas m'être fait d'illusions. Je suis assez réaliste, j'ai eu ce que je méritais. J'ai travaillé dur pour me faire un nom et une place en D1 et je suis heureux de la façon dont j'ai mené ma barque. " Explosif, déroutant, doté d'une bonne frappe, Greg a fait mal sur de nombreuses pelouses de l'élite. Il semblait vraiment être lancé sur la rampe de la gloire. Mais avec beaucoup d'humilité, il n'oublie pas d'où il vient. " Charleroi représente beaucoup pour moi. Je vis désormais près de Liège, à Beaufays pour être exact, non loin de chez KevinMirallas et DanielVanBuyten, parce que mon épouse et moi y avons trouvé ce que nous cherchions. On peut tout faire à pied, les enfants sont dans une chouette école ; ce sont des choses qui comptent. Mais c'est à Charleroi que j'ai mes attaches et mes racines. Avec mon premier contrat pro, j'ai acheté une maison à mes parents à Thy-le-Château pour les remercier de ce qu'ils avaient fait pour moi. Le Sporting ? J'aurais rêvé d'y finir ma carrière. Je vénère ce club. On ne sait jamais de quoi demain sera fait dans le football... " C'est que le lascar se sent bien et dans une équipe confectionnée par PatrickDecuyper, l'ancien mage de Zulte-Waregem. A Deurne, il est indéboulonnable, même s'il fait partie des anciens. " Je suis beaucoup plus raisonnable que quand j'étais jeune. Je vis à Anvers pendant la semaine mais dès que je peux, je retourne passer du temps auprès des miens. Il m'est arrivé de faire des excès que je ne me permets plus depuis longtemps. Cela doit être l'une des clés de la longévité. Il arrivera peut-être un matin où je me lèverai et que je sentirai que je ne suis plus capable de jouer mais là, j'en suis loin. Et mes stats le prouvent. " Quinze buts sous le maillot de Seraing la saison dernière, cinq depuis le début de la nouvelle campagne : Dufer pète des flammes. " Nous avons un statut à assumer et j'aime ça. Prendre mes responsabilités, c'est quelque chose que j'ai toujours aimé faire. C'était déjà le cas à Charleroi quand j'étais jeune parce que l'on attendait beaucoup de moi. C'est encore le cas ici. " Le Carolo aime replonger dans le passé. Il aborde les thèmes sans se tracasser, sans se défiler. Lokeren ? " J'aurais mieux fait de ne pas y aller mais je n'ai pas vraiment eu le choix. " A tel point qu'on a failli oublier cette brève étape de sa carrière. Tubize ? " J'ai fait plaisir à un ami intime qui avait investi dans le club, Nicolas, qui m'avait beaucoup aidé depuis mes débuts et à qui j'ai rendu la pareille. Il m'a tendu la main quand j'étais à la cave. Dans la vie, c'est chacun son tour. " L'école ? Hésitation puis un éclat de rire. " Je n'aimais pas trop y aller, je rêvais de devenir footballeur pro et je savais que j'étais à deux doigts d'y parvenir. J'ai arrêté du jour au lendemain mais mes parents ne l'ont su que six mois plus tard. Ils sont tombés des nues mais ont toujours été très compréhensifs. " Saint-Trond ? " Quasiment trois chouettes saisons, énormément de matchs, pas mal de buts. Une bonne ambiance. " On en arrive alors à l'Antwerp. Une ville aux mille facettes, déchirée entre deux clubs qui se détestent. Un matricule historique, un public de feu, une ambiance électrique. " J'étais à deux doigts de signer à Mouscron mais quand l'Antwerp est entré dans la danse, j'ai été séduit. J'ai opté pour l'histoire, la direction, l'ambition et le fait que l'on me propose un contrat de deux ans. D'autres joueurs, comme SteveColpaert et JoeriDequevy, ont signé aussi. Je me suis dit qu'on allait faire une belle saison. Et actuellement, je ne me suis pas trompé. Il y avait 14.000 spectateurs déchaînés il y a peu. Nous sommes en tête. L'ambiance est bonne. Je crois que je fais ce que l'on attend de moi. " Grégory Dufer se fait entendre quand c'est nécessaire et le coach, relativement méconnu, compte sur lui pour être le chef de meute de la section francophone du noyau. " Il a dit en début de saison qu'il y avait cinq capitaines dans le groupe même si Steve porte le brassard. Je me sens bien et utile. Récemment, DjaïdKasri, qui a fait ses classes à Nantes, me disait encore : -Je ne suis pas sûr que je pourrais faire ce que tu fais. Ce sont des compliments qui font plaisir. Je reste très motivé et quelque chose me dit que je pourrais encore jouer en D1. " PAR DAVID DUPONT - PHOTOS BELGAIMAGE