Stade Yernaux à Montignies-sur-Sambre, neuf heures du matin, Dante Brogno sirote une tasse de café brûlant avant de rejoindre ses jeunes. L'ambiance est agréable et le complexe d'entraînement doté d'une excellente pelouse synthétique. Il peut pleuvoir des cordes sans que cela gêne le travail. Il faut regretter, cependant, que cet écrin ne soit pas grillagé ou attentivement gardé. Une surveillance accrue aurait permis d'écarter des taggueurs nocturnes. Leurs messages sont désagréables et perturbent la sérénité de cet endroit. Les sportifs méritent une tribune plus propre et un coup de balai ne serait pas inutile.
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Stade Yernaux à Montignies-sur-Sambre, neuf heures du matin, Dante Brogno sirote une tasse de café brûlant avant de rejoindre ses jeunes. L'ambiance est agréable et le complexe d'entraînement doté d'une excellente pelouse synthétique. Il peut pleuvoir des cordes sans que cela gêne le travail. Il faut regretter, cependant, que cet écrin ne soit pas grillagé ou attentivement gardé. Une surveillance accrue aurait permis d'écarter des taggueurs nocturnes. Leurs messages sont désagréables et perturbent la sérénité de cet endroit. Les sportifs méritent une tribune plus propre et un coup de balai ne serait pas inutile. " En général, nous travaillons à Marcinelle ", avance Brogno. " Durant les vacances scolaires de Pâques, j'ai réuni les Espoirs le matin. Normalement, ils s'entraînent en soirée, de 18 à 20 heures. Les terrains de Marcinelle étaient pris et je me suis replié sur le Stade Yernaux : c'est pas mal et j'aime bien y travailler avec l'apport d'un adjoint aussi motivé que Jean-Pierre Matton " Ce dernier sourit. Sa vie, ce sont les jeunes. Il est animé par la certitude que le Pays de Charleroi regorge de jeunes qui peuvent montrer le bout du nez en D1. Brogno approuve : " Les jeunes, si on est patient, c'est de l'or en barre ". Les Espoirs répètent leurs gammes. Dante les pousse sans hésiter dans leurs derniers retranchements, les incitent à dribbler, à domestiquer la possession du ballon. Place à une technique efficace comme lors des plus beaux jours de Capitaine Crochet. Dante Brogno : Non, la D 1 était mon paradis, pas mon enfer mais je comprends le jeu de mots. Les jeunes, c'est vrai, c'est l'envers du décor et, avec l'aide de tous ceux qui se dévouent pour eux, je les prépare pour... Pour le plus haut niveau. Bon, si vous insistez sur les flammes, on peut s'y brûler les ailes et trop de promesses n'ont pas tenu la distance, ou résisté à la pression, dans les vestiaires de D1. C'est la preuve qu'il y a un problème quelque part. Mon but est d'aider les jeunes Carolos à franchir les dernières haies, les plus hautes, de leur formation. Ils terminent un cycle tout en entrevoyant ce que sera la post formation. C'est en fin de saison que le Sporting m'a proposé de rejoindre les jeunes. En effet, je ne m'y attendais pas du tout. Il me semblait que j'étais lancé dans l'univers de la D1. J'avais été T1 et T2 de Jacky Mathijssen durant trois belles années quand même. Quand Jacky est parti, avant la fin de la saison passée, pour les raisons que tout le monde connaît, j'ai aidé le staff à terminer le boulot. Je suis un employé du club et le président avait opté pour un cap après la mise à l'écart de Jacky : j'ai accepté car je suis un clubman. Quand la proposition de m'occuper des Espoirs est venue, j'ai réfléchi tout en mesurant l'importance de ce job. La formation sera la bouée de sauvetage du football belge. De plus, si j'ai déjà été T1 ou surtout T2, je ne m'étais jamais occupé de formation des jeunes. Ils apprennent et moi aussi. Il y a du boulot et on progresse. Cela complétera mon savoir et mon vécu de coach. Je prends du plaisir mais je ne resterai pas éternellement coach des Espoirs, c'est évident. J'ai un contrat de deux ans. Après, on verra. Et, de toute façon, je dresserai déjà le bilan en fin de saison. Je n'ai pas dit cela. Je me suis tout de suite piqué au jeu avec mes jeunes. Le travail paye et, pour ceux qui ne le savent pas, je suis fier de dire que Charleroi a une des meilleures équipes Espoirs de Belgique. Si une autre piste se dégage, on verra mais je ne lis pas dans une boule de cristal. Je suis motivé et quand je me lance dans une aventure, je le fais à 100 %. Quand j'ai accepté cette offre, j'ai aussi dit OK à Didier Beugnies qui est le directeur de l'école des jeunes. Je comprenais sa hantise : est-ce que j'étais motivé ? Oui. C'est pas le même job mais ce n'est pas une marche arrière. Je suis un pro et j'entraîne ces jeunes quasiment comme je le ferais avec des pros. Mon nom y avait circulé mais ce n'est pas cela qui compte. Je suis à Charleroi, j'ai un job. Même si on s'entraîne principalement le soir, j'ai de quoi m'occuper. Il y a la préparation des séances de travail, les contacts avec Didier et le staff, etc. De la joie, du bonheur. Je savais depuis l'été que le groupe en tirerait un gros profit. Si j'étais là, c'était aussi pour corser la donne. Les Espoirs ont désormais une structure quasiment pro : T1, T2, kiné, doc, entraîneur des gardiens, etc. Avant le début de leur championnat, ils n'ont joué que contre des adultes : La Louvière, Seraing, Union Saint-Gilloise, Virton, Peruwelz, etc. Je voulais les endurcir, les obliger à répondre présent face à des roublards ou des gars plus solides qu'eux. Ils ont compris le message. J'ai travaillé la possession de balle. Je suis très offensif. Il faut jouer haut, en 4-4-2 ou en 4-3-3. Je suis exigeant mais je me méfie: il ne faut pas aller trop vite ou trop loin. Il faut aussi de la patience. En janvier, nous nous sommes retrouvés à Faro, en Algarve. Au même endroit que les pros de Willem II. Des sponsors régionaux nous ont aidés. Puis Mogi et Mehdi Bayat ont ajouté ce qu'il fallait, et c'était important, je suppose, pour financer ce séjour au Portugal. Le groupe y a réalisé un travail tout à fait remarquable sous la direction du staff, de Michel Triegel, André Plasman, Frédéric Van Belle. Cet effectif progresse. Oui, je sais. Ils ne sont plus là et je regarde devant moi. Je retiens, et c'est la seule chose qui m'intéresse : que Charleroi détienne une vraie compétence si ces jeunes ont été dégrossis chez nous. Notre terroir est riche, vous savez ! Tout à fait. C'est un des facteurs qui m'incita à opter en leur faveur. Le staff est plus développé qu'avant. Il faut aligner au minimum sept joueurs belges, pas plus de trois éléments non formés ces trois dernières années en Belgique ou trois joueurs de plus de 23 ans, pas plus d'un test par match, etc. Pas Charleroi, le staff est là pour travailler sérieusement. Le plan Preud'homme a initié ces changements. Si c'est pour faire n'importe quoi, cela ne vaut pas la peine. Je suis ici pour obtenir un résultat. Quand Thierry Siquet fait appel à un de mes Espoirs, je veux que ce dernier soit à la hauteur de ce qu'on attend de lui. Oui, c'est le neveu d'Enzo Scifo, le fils de sa s£ur. C'est un médian qui a des qualités et qui peut faire son chemin, comme d'autres. Quand ils reviennent parmi les Espoirs, ils adorent car " l'ambiance de travail est géniale ". Cela fait plaisir à entendre. Il faut laisser le temps au temps. Ce n'est pas parce qu'on redécouvre les jeunes qu'on doit brûler les étapes. Là, le manque de patience aurait l'effet inverse. Nous avons un attaquant qui révèle des qualités de buteur : Nicolas Digiugno. Mais prudence. C'est plus difficile à mettre au point chez nous. Tous les Espoirs ne fréquentent pas les mêmes écoles et deux sont déjà à l'université. L'idéal serait de s'entraîner la journée mais ce n'est pas possible. Je suis et je reste un battant. Il y a des analyses et il y a la mienne. Je ne retiens que le volet sportif. J'ai été engagé dans ma fonction actuelle afin d'aider les jeunes à devenir des compétiteurs. Moi, je sais que le vestiaire d'une équipe première peut être réconfortant mais que c'est un endroit où cela peut chauffer. Quand je suis arrivé de Marchienne à Charleroi, j'avais un avantage : un vestiaire d'adultes n'avait plus de secrets pour moi même si j'étais jeune. Je n'en sais rien. J'ai déjà coaché en D1 et j'adore ça. Je suis fait pour ce métier et je reviendrai un jour en D1, c'est certain. par pierre bilic - photos : reporters