Charleroi est toujours dans la zone très trouble du classement et possède toujours l'attaque la moins productive de D1 après la neuvième journée. C'est l'analyse des chiffres bruts. Et pourtant, on peut rester optimiste après le duel perdu face à Anderlecht. Les Zèbres ne sont pas exagérément moribonds.

En attendant de devenir consultant de Canal + à la place de Robert Waseige, Enzo Scifo a suivi d'un £il intéressé ce match qui opposait les deux derniers clubs de sa carrière. Il avoue n'avoir guère été emballé : " Aussi déçu que la plupart des spectateurs. Cela veut donc dire, sans doute, que je m'y connais quand même un peu (il rit)... "

Avez-vous vu une évolution dans le jeu de Charleroi, par rapport aux matches précédents ?

Enzo Scifo : Pas vraiment. Les problèmes restent les mêmes : la solidité défensive ne suffit pas à compenser le manque d'animation offensive. Quand les Carolos récupèrent le ballon, ils ne parviennent pas à emballer une action.

Etes-vous aussi frappé par le manque de bonnes solutions offensives dans le noyau ?

Pas du tout. Je répète que c'est uniquement une question d'animation, pas de qualités. Donnez-moi cette équipe et j'en ferai quelque chose de valable ! Je ne comprends pas Dante Brogno quand il se plaint de manquer de potentiel offensif. Adekanmi Olufade, Grégory Dufer et Alex Di Gregorio, c'est quand même tout bon, non ? Il y a aussi Nanidjan Traoré et Laurent Macquet pour conclure des actions. Seulement, il faut savoir ce qu'on veut : pratiquer un 4-5-1 prudent en sachant que ce sera difficile de faire mieux que 0-0, ou viser la victoire ?

Le premier effet Waseige s'est manifesté dès le début de la deuxième mi-temps, quand Charleroi a abandonné le 4-5-1 pour le 4-4-2. Qu'en pensez-vous ?

C'était nécessaire.

Comment avez-vous réagi à l'annonce du retour de Robert Waseige ?

Je m'attendais à ce qu'il se passe quelque chose, vu les mauvais résultats. Mais j'ai été fort surpris quand on a annoncé le come-back de Waseige. Puis, avec le recul, je l'ai mieux compris. Sa passion est restée tellement forte, qu'il ne supportait sans doute plus d'être sans boulot. Il le prouve en attaquant un défi qui n'a rien de facile. Ses motivations ne sont sûrement pas financières. Il mourait d'envie de retrouver le terrain, la seule explication est là. Ce retour, c'est une toute bonne chose pour le Sporting. Waseige va faire du bon boulot. Il suffirait de quelques bons résultats pour que le club revive et que le public revienne. Ces gens-là en ont assez d'attendre. Cela fait plusieurs années qu'on leur demande d'être patients en leur prétextant qu'on prépare l'avenir en formant des jeunes. Je crois qu'aujourd'hui, ils ne veulent plus croire à ce discours. C'est pour cela qu'ils se sont découragés. Ils veulent des résultats immédiats. Waseige est capable de stabiliser le club sur un plan purement sportif et il faudrait alors que la direction profite d'une bonne période de l'équipe pour régler discrètement tous les problèmes dans la coulisse.

Brogno et Scifo comme Gullit

Que vous inspire la cohabitation Waseige-Brogno ?

Ça risque de ne pas être facile.

Auriez-vous pu fonctionner dans une cohabitation du même style ?

J'ai prouvé que je savais prendre mes responsabilités quand mon staff ne me convenait plus : ça ne marchait plus entre Brogno et moi, et j'ai donc quitté le Sporting.

Avant de devenir entraîneur du Sporting, vous aviez contacté Guy Roux : cette construction aurait pu faire penser au duo Waseige-Brogno, non ?

Non, cela aurait été différent. J'aurais clairement été l'adjoint de Guy Roux, je ne me serais pas fait appeler entraîneur principal.

N'avez-vous pas commis la même erreur, Brogno et vous, en ne passant pas par une longue période d'adaptation au métier, en tant qu'adjoint ?

C'est possible. C'est probablement la meilleure école, mais il y a des propositions qui ne se refusent pas. Devenir entraîneur principal d'un club de D1 en est une. Ruud Gullit aussi pensait sans doute se faire les dents comme assistant, mais quand on lui a proposé un poste de coach principal, il ne s'est pas fait prier. Et, quelque part, c'est peut-être bon de prendre très vite des coups. Cela aussi, c'est une excellente école. Le manque d'expérience n'est peut-être qu'une notion très vague, finalement. Il y a des gars qui sont entraîneurs depuis 20 ans mais se plantent encore. Quand j'entraînais Charleroi, j'ai laissé derrière moi, au classement, des confrères qui étaient dans le métier depuis une éternité. A ce moment-là, on ne disait pas que Scifo manquait d'expérience.

Si vous aviez été président de Charleroi, auriez-vous consacré votre cagnotte à Waseige ou à un bon attaquant qui aurait débarqué en janvier ?

J'aurais pris Waseige sans hésiter. Il sait de quoi il parle : s'il est revenu au Sporting, c'est parce qu'il est convaincu que cette équipe vaut bien mieux que son classement actuel. C'est encourageant. S'il n'avait pas vu de potentiel dans le noyau, il serait resté chez lui. Soyons clairs : Charleroi a un bon groupe.

" Baseggio et Zetterberg doivent jouer ensemble "

Même un petit Anderlecht a quand même pris les trois points contre ce bon groupe : cela veut-il dire que les Mauves sont trop forts pour le championnat de Belgique ?

Ils vont dominer la saison parce qu'ils sont les plus forts : c'est incontestable. La meilleure preuve de leur force, c'est la continuité des résultats malgré des blessures importantes. Les absences de Nenad Jestrovic, de Martin Kolar, d'Yves Vanderhaeghe et de Glen De Boeck ont été à peine ressenties. Tout comme le départ de Bertrand Crasson. C'est la meilleure preuve de la richesse en profondeur du noyau. Anderlecht a clairement des arguments plus intéressants que Bruges. Techniquement, il n'y a pas photo entre les deux équipes. Au Club, dès qu'apparaît un petit déficit d'engagement : les résultats ne suivent plus. Alors qu'au Sporting, ces manquements peuvent être compensés par l'un ou l'autre exploit individuel.

L'éclosion de Vincent Kompany ne vous fait-elle pas penser à la vôtre ?

Attendons un peu (il rit)... Même s'il est clair que son éclosion médiatique me rappelle fort ce que j'ai vécu au même âge à Anderlecht. En plus, Kompany a quelque chose que je ne possédais pas : il en impose physiquement. Je n'avais guère de présence physique sur le terrain, alors que dans son cas, c'est tout l'inverse. Il a clairement le bon profil pour réussir une toute grande carrière.

Anderlecht trop fort pour le championnat de Belgique, mais trop court pour la Ligue des Champions ?

Trop court face aux grosses cylindrées comme le Real ou l'AC Milan, c'est sûr. Mais pas trop court, sur le papier, pour bien figurer dans un groupe avec le Bayern, Lyon et le Celtic.

On accuse Hugo Broos d'être trop prudent en Ligue des Champions : votre avis ?

Il connaît mieux le noyau que moi : je ne le jugerai pas.

Vous n'avez jamais eu l'impression que Broos manquait d'audace ?

Peut-être, quand même...

Et que pensez-vous de la polémique Zetterberg ?

Là aussi, Broos est mieux placé que moi. Mais je pense que n'importe quel entraîneur possédant un Pär Zetterberg dans son noyau doit le mettre sur le terrain s'il est en forme. Si un de mes joueurs met trois buts le week-end et prouve ainsi qu'il a retrouvé toutes ses sensations, je l'aligne le mercredi en coupe d'Europe. Qu'il ait 32, 34 ou 36 ans ! Un gamin peut accepter de retourner sur le banc après avoir fait basculer un match, mais j'imagine que Zetterberg ne le digérera pas indéfiniment.

On oppose aujourd'hui Pär Zetterberg et Walter Baseggio comme on vous a souvent opposé à des joueurs qui avaient des caractéristiques semblables aux vôtres.

Je rappellerai juste une chose : lorsque nous avons fait notre fameux deuxième tour canon avec Jean Dockx à Anderlecht, il y avait dans cette équipe à la fois Zetterberg, Baseggio et moi. J'étais médian défensif aux côtés de Baseggio, et Zetterberg jouait devant nous. Pour moi, Baseggio est de toute façon un pur médian défensif. Il a les qualités pour jouer plus haut sur le terrain, mais il a été formé comme milieu défensif et il ne faut pas essayer de le faire sortir de ce rôle.

" J'ai été surpris par le come-back de Waseige "

Charleroi est toujours dans la zone très trouble du classement et possède toujours l'attaque la moins productive de D1 après la neuvième journée. C'est l'analyse des chiffres bruts. Et pourtant, on peut rester optimiste après le duel perdu face à Anderlecht. Les Zèbres ne sont pas exagérément moribonds. En attendant de devenir consultant de Canal + à la place de Robert Waseige, Enzo Scifo a suivi d'un £il intéressé ce match qui opposait les deux derniers clubs de sa carrière. Il avoue n'avoir guère été emballé : " Aussi déçu que la plupart des spectateurs. Cela veut donc dire, sans doute, que je m'y connais quand même un peu (il rit)... " Enzo Scifo : Pas vraiment. Les problèmes restent les mêmes : la solidité défensive ne suffit pas à compenser le manque d'animation offensive. Quand les Carolos récupèrent le ballon, ils ne parviennent pas à emballer une action. Pas du tout. Je répète que c'est uniquement une question d'animation, pas de qualités. Donnez-moi cette équipe et j'en ferai quelque chose de valable ! Je ne comprends pas Dante Brogno quand il se plaint de manquer de potentiel offensif. Adekanmi Olufade, Grégory Dufer et Alex Di Gregorio, c'est quand même tout bon, non ? Il y a aussi Nanidjan Traoré et Laurent Macquet pour conclure des actions. Seulement, il faut savoir ce qu'on veut : pratiquer un 4-5-1 prudent en sachant que ce sera difficile de faire mieux que 0-0, ou viser la victoire ? C'était nécessaire. Je m'attendais à ce qu'il se passe quelque chose, vu les mauvais résultats. Mais j'ai été fort surpris quand on a annoncé le come-back de Waseige. Puis, avec le recul, je l'ai mieux compris. Sa passion est restée tellement forte, qu'il ne supportait sans doute plus d'être sans boulot. Il le prouve en attaquant un défi qui n'a rien de facile. Ses motivations ne sont sûrement pas financières. Il mourait d'envie de retrouver le terrain, la seule explication est là. Ce retour, c'est une toute bonne chose pour le Sporting. Waseige va faire du bon boulot. Il suffirait de quelques bons résultats pour que le club revive et que le public revienne. Ces gens-là en ont assez d'attendre. Cela fait plusieurs années qu'on leur demande d'être patients en leur prétextant qu'on prépare l'avenir en formant des jeunes. Je crois qu'aujourd'hui, ils ne veulent plus croire à ce discours. C'est pour cela qu'ils se sont découragés. Ils veulent des résultats immédiats. Waseige est capable de stabiliser le club sur un plan purement sportif et il faudrait alors que la direction profite d'une bonne période de l'équipe pour régler discrètement tous les problèmes dans la coulisse. Ça risque de ne pas être facile. J'ai prouvé que je savais prendre mes responsabilités quand mon staff ne me convenait plus : ça ne marchait plus entre Brogno et moi, et j'ai donc quitté le Sporting. Non, cela aurait été différent. J'aurais clairement été l'adjoint de Guy Roux, je ne me serais pas fait appeler entraîneur principal. C'est possible. C'est probablement la meilleure école, mais il y a des propositions qui ne se refusent pas. Devenir entraîneur principal d'un club de D1 en est une. Ruud Gullit aussi pensait sans doute se faire les dents comme assistant, mais quand on lui a proposé un poste de coach principal, il ne s'est pas fait prier. Et, quelque part, c'est peut-être bon de prendre très vite des coups. Cela aussi, c'est une excellente école. Le manque d'expérience n'est peut-être qu'une notion très vague, finalement. Il y a des gars qui sont entraîneurs depuis 20 ans mais se plantent encore. Quand j'entraînais Charleroi, j'ai laissé derrière moi, au classement, des confrères qui étaient dans le métier depuis une éternité. A ce moment-là, on ne disait pas que Scifo manquait d'expérience. J'aurais pris Waseige sans hésiter. Il sait de quoi il parle : s'il est revenu au Sporting, c'est parce qu'il est convaincu que cette équipe vaut bien mieux que son classement actuel. C'est encourageant. S'il n'avait pas vu de potentiel dans le noyau, il serait resté chez lui. Soyons clairs : Charleroi a un bon groupe. Ils vont dominer la saison parce qu'ils sont les plus forts : c'est incontestable. La meilleure preuve de leur force, c'est la continuité des résultats malgré des blessures importantes. Les absences de Nenad Jestrovic, de Martin Kolar, d'Yves Vanderhaeghe et de Glen De Boeck ont été à peine ressenties. Tout comme le départ de Bertrand Crasson. C'est la meilleure preuve de la richesse en profondeur du noyau. Anderlecht a clairement des arguments plus intéressants que Bruges. Techniquement, il n'y a pas photo entre les deux équipes. Au Club, dès qu'apparaît un petit déficit d'engagement : les résultats ne suivent plus. Alors qu'au Sporting, ces manquements peuvent être compensés par l'un ou l'autre exploit individuel. Attendons un peu (il rit)... Même s'il est clair que son éclosion médiatique me rappelle fort ce que j'ai vécu au même âge à Anderlecht. En plus, Kompany a quelque chose que je ne possédais pas : il en impose physiquement. Je n'avais guère de présence physique sur le terrain, alors que dans son cas, c'est tout l'inverse. Il a clairement le bon profil pour réussir une toute grande carrière. Trop court face aux grosses cylindrées comme le Real ou l'AC Milan, c'est sûr. Mais pas trop court, sur le papier, pour bien figurer dans un groupe avec le Bayern, Lyon et le Celtic. Il connaît mieux le noyau que moi : je ne le jugerai pas. Peut-être, quand même... Là aussi, Broos est mieux placé que moi. Mais je pense que n'importe quel entraîneur possédant un Pär Zetterberg dans son noyau doit le mettre sur le terrain s'il est en forme. Si un de mes joueurs met trois buts le week-end et prouve ainsi qu'il a retrouvé toutes ses sensations, je l'aligne le mercredi en coupe d'Europe. Qu'il ait 32, 34 ou 36 ans ! Un gamin peut accepter de retourner sur le banc après avoir fait basculer un match, mais j'imagine que Zetterberg ne le digérera pas indéfiniment. Je rappellerai juste une chose : lorsque nous avons fait notre fameux deuxième tour canon avec Jean Dockx à Anderlecht, il y avait dans cette équipe à la fois Zetterberg, Baseggio et moi. J'étais médian défensif aux côtés de Baseggio, et Zetterberg jouait devant nous. Pour moi, Baseggio est de toute façon un pur médian défensif. Il a les qualités pour jouer plus haut sur le terrain, mais il a été formé comme milieu défensif et il ne faut pas essayer de le faire sortir de ce rôle. " J'ai été surpris par le come-back de Waseige "