Lors de la reprise des entraînements, Ivan Leko disait qu'il espérait que le groupe qui partirait en stage le 1er juillet serait celui qui entamerait le championnat mais la réalité est tout autre puisque, alors que les choses sérieuses commencent ce week-end, il reste de nombreux points d'interrogation.
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Lors de la reprise des entraînements, Ivan Leko disait qu'il espérait que le groupe qui partirait en stage le 1er juillet serait celui qui entamerait le championnat mais la réalité est tout autre puisque, alors que les choses sérieuses commencent ce week-end, il reste de nombreux points d'interrogation. La moitié de l'équipe championne (Wesley Moraes, Abdoulay Diaby, Anthony Limbombe, Stefano Denswil et Hans Vanaken) suscite de l'intérêt mais Leko refuse d'endosser le rôle de victime. " J'espère juste que, la saison prochaine, la Jupiler Pro League suivra l'exemple de l'Angleterre et que le marché des transferts fermera ses portes à la veille du début du championnat et pas le 1er septembre ", dit-il. " En été mais aussi en hiver. Les joueurs, les agents et le clubs auront ainsi moins le temps de spéculer et cela aidera les clubs à se concentrer sur l'aspect sportif. Tant que cette règle ne sera pas d'application, nous devrons nous adapter et c'est ce que nous faisons. Je suis satisfait de l'ambiance de travail, de l'ambition et de la hargne dont mes joueurs font preuve. Et je suis certain que, fin septembre, nous aurons une bonne équipe. Notre objectif principal est d'être meilleurs que la saison dernière et nous avons encore du travail. Notre deuxième objectif, c'est de remporter le match suivant. " Dimanche dernier, Bruges a commencé par une victoire en Supercoupe. Dans quelle mesure avez-vous changé en tant que coach ? LEKO : Je suis meilleur qu'il y a un an. Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ? LEKO : C'est difficile à expliquer car il s'agit de détails mais je pense qu'après un an dans un grand club, j'ai progressé dans tous les domaines. C'est normal car je sais que je suis encore jeune et que je veux encore progresser chaque jour. Il n'y a que cinq ans que j'entraîne. Ce n'est pas parce que j'ai été champion avec Bruges que je me prends pour Conte ou Guardiola. Mais je suis fier de ce que nous avons fait la saison dernière et ça me motive encore plus pour la suite. La saison a été un succès mais elle a aussi été agitée avec une élimination précoce en Coupe d'Europe et une fin de play-offs très difficile. Comment avez-vous vécu ces moments et quels enseignements en avez-vous tiré ? LEKO : Ce sont des choses qui arrivent en football : on gagne et on perd. Je savais que beaucoup de choses allaient se passer pendant la période de préparation : j'étais jeune, je débarquais après quatre ans de règne de Michel Preud'homme, certains joueurs étaient arrivés plus tard, d'autres avaient la transférite et nous devions affronter l'AEK, champion de Grèce, puis Basaksehir, qui avait une meilleure équipe que nous. Cette élimination m'a déçu et frustré, elle a fait très mal mais que pouvais-je faire ? Travailler plus et mieux. Si j'avais commencé à paniquer, à avoir peur, cela aurait été le début de la fin. Ce n'était pas facile mais cela fait 23 ans que je suis dans le monde du football professionnel et je sais que celui qui ne résiste pas à la pression doit jouer en P2 avec ses copains. Pour faire ce job, il faut être passionné. Quand on est ambitieux, on sait qu'il y aura des moments difficiles mais je n'aime pas utiliser ce mot-là quand je parle de football. Pourquoi ? LEKO : Parce que le football est plus simple qu'on le pense. Parfois, les entraîneurs ou les journalistes en parlent comme s'il s'agissait d'une matière universitaire mais n'oublions pas que ça reste un jeu entre deux équipes qui veulent gagner et que le reste est secondaire. S'il y a beaucoup de stress en football, c'est parce qu'il y a beaucoup d'argent en jeu et que la commercialisation de chaque match a une importance capitale. Un entraîneur ne peut rien y changer et doit donc accepter cela, vivre avec et tenter, malgré tout, de trouver du plaisir dans l'amour du ballon et du jeu. Pour nous, c'est un exercice mental car nous ne cessons de lire que des collègues sont limogés après quelques mois, parfois même après quelques semaines. J'essaye donc de me concentrer au maximum sur mon travail au quotidien et de ne pas me poser de questions mais de rester positif, de faire mon job le mieux possible tout en restant motivé et en y prenant du plaisir. Je suis également bien conscient que tout ne dépend pas d'un seul homme. Ce qui compte, c'est le travail d'équipe et l'ambiance au sein du club, la collaboration entre le staff technique, le staff médical, les joueurs et les supporters. Je dis toujours que, pour que l'équipe première gagne, il faut une synergie entre le président et la femme d'ouvrage. Tout le monde doit tirer à la même corde, travailler de la même façon et avec la même passion. C'est ce qui a fait notre force la saison dernière. On formait le collectif le plus fort. On a été en confiance de la première à la dernière journée du championnat. On ne s'est occupé que de nous et on a respecté les autres équipes, les arbitres et les journalistes. Quand il y a du respect, il y a de la confiance et c'est tout le football qui en bénéficie car on est tous dans le même bateau. Tout le monde veut gagner mais on tente de le faire de façon positive. Comment vous détendez-vous ? LEKO : En restant moi-même et en tentant de vivre normalement avec ma famille et mes amis. Le plus important, pour moi, c'est que les gens disent que je suis avant tout un brave gars, puis seulement un bon entraîneur. Le boulot, c'est important mais les qualités humaines doivent toujours passer avant les qualités professionnelles. Voici peu, votre frère nous a dit : " Je pense que le plus important, c'est qu'Ivan ne communique pas avec ses joueurs comme avec ses amis ". C'est quelque chose que vous avez dû apprendre, vous " le brave gars " ? LEKO : C'est quelque chose qu'on apprend tous les jours. Au club, tout le monde sait que je suis un ami mais que je peux aussi devenir un ennemi. Je suis ouvert et honnête. Avec moi, chacun a sa chance. Mais si je ne vois pas de réponse ou si je sens qu'on entre dans une spirale négative, je peux me fâcher très fort. Le plus important pour moi, c'est d'être honnête et ouvert envers chacun car je veux que les gens sachent pourquoi nous faisons telle ou telle chose, pourquoi tel joueur joue et tel autre ne joue pas. Cela fait en sorte que chacun pense, agisse et se comporte de la même façon, c'est donc favorable à l'unité du groupe. Être honnête et ouvert n'est pas toujours facile. Parfois, ça fait mal mais mieux vaut mettre immédiatement le doigt sur un problème que faire l'autruche. C'est quelque chose que vous avez appris à Bruges ? LEKO : Oui. C'était ma première expérience d'entraîneur au sein d'un grand club mais je suis surtout très heureux que le club m'ait donné ma chance et que le président, le CEO et toute la famille blauw en zwart aient continué à me faire confiance en début de saison. Cela m'a aidé à progresser. Cette confiance, je l'utilise chaque jour pour tout donner au club. Je pense que celui qui débarque à Bruges peut constater que l'entraîneur a une philosophie, que les joueurs savent ce qu'ils doivent faire avec ou sans ballon, qu'ils se battent l'un pour l'autre et n'abandonnent jamais. On ne peut pas juger un entraîneur sur ses résultats à court terme. Personne n'est certain de remporter trois matches d'affilée, même pas Mourinho ou Guardiola. Mais un entraîneur qui travaille de la sorte obtiendra toujours des résultats à moyen terme. Quand vous rentrez chez vous, vous oubliez le football ? LEKO : Pas vraiment. J'y pense 24 heures sur 24. Mais je n'oublie pas ma famille et mes amis non plus. Ils passent en premier lieu, juste avant le football, qui est non seulement mon job mais ma passion. Si c'était juste un boulot, j'y penserais de 9 h à 17 h et je tirerais un trait à 17h05 pour aller jouer au golf ou au tennis. Mais je n'ai pas le temps. Je prends également du plaisir à regarder un match à la télévision, à analyser des images ou à lire ce que d'autres pensent. Je ne le fais pas par obligation. Mais j'aime aussi aller au restaurant ou au cinéma en famille. Vous habitez à Schilde, en région anversoise et passez donc beaucoup de temps dans la voiture. Que faites-vous en route ? LEKO : Je réfléchis à certaines situations et je passe des coups de téléphone. Ce n'est pas seulement le noyau du Club Bruges qui a changé : le staff technique aussi. Renaat Philippaerts, le préparateur physique, est parti au Standard et a été remplacé par Eddie Rob, avec qui vous aviez déjà collaboré. C'est important, pour vous, d'être entouré de gens que vous connaissez bien ? LEKO : C'est le club qui a pris cette décision, pas moi. Oui mais sur vos conseils ? LEKO : Oui car il est bon. Son premier contact avec notre CEO et notre président a été très positif et c'est pourquoi il est chez nous à présent. Vous ne partagiez pas entièrement la vision du préparateur physique précédent ? LEKO : Renaat était un spécialiste mais ce qui est intéressant, en football, c'est qu'il y a vingt façons différentes d'arriver à un résultat. J'ai ma philosophie, mes convictions et mon expérience. Nous en avons parlé ouvertement mais à la fin, c'est l'entraîneur qui décide et le préparateur physique fait son job parce qu'on doit travailler dans la même direction. Et le fait est que les résultats des tests physiques sont meilleurs cette saison que l'an dernier. Sur quoi mettez-vous l'accent en matière de préparation physique ? LEKO : C'est assez simple : pour bien jouer, il faut s'entraîner dur. Je ne pense pas que celui qui s'entraîne calmement puisse hausser son niveau en match. Des entraînements durs suivis de longues périodes de récupération ? La fraîcheur ne compte-t-elle pas aussi ? LEKO : Oui. Et la fraîcheur dépend de la qualité des entraîneurs. Mais ce que je veux dire, c'est que, quelle que soit la durée de l'entraînement, il faut de l'intensité. Sans intensité à l'entraînement, il n'y a pas d'intensité en match. Est-ce aussi une question de concentration ? Quand on s'entraîne de façon intensive, on est plus attentif ? LEKO : Oui. Je dis toujours que l'aspect mental est le plus important. Si vous n'êtes pas prêt dans la tête, ça engendre des problèmes physiques, techniques et tactiques. Rudy Heylen, le coach mental, est parti au Standard également et il n'a pas été remplacé. Comment pouvez-vous progresser sur le plan mental sans faire appel à un spécialiste ? LEKO : Rudy est un type fantastique et un excellent professionnel qui a fait beaucoup de bien au club pendant des années mais nous avons décidé de ne pas le remplacer parce que nous estimons que le coach mental le plus important, c'est l'entraîneur principal. Nous pensons aussi qu'en matière de coaching mental, chacun doit apporter sa pierre à l'édifice. Vous avez donc un préparateur physique mais pas de coach mental. LEKO : Nous pensons que nous pouvons le faire nous-mêmes et nous verrons après une certaine période si c'était une bonne ou une mauvaise idée. J'accorde beaucoup d'importance à l'aspect mental mais le plus important, ça reste la passion et la volonté de gagner un match. La Croatie a démontré en Coupe du monde qu'une équipe pouvait faire la différence mentalement et jouer la finale sans disposer d'une équipe capable de rivaliser avec le top 5 sur le plan qualitatif. Le Club Bruges a été champion avec le même état d'esprit la saison dernière et va continuer dans ce sens. Quel est votre objectif personnel cette saison ? LEKO : Être heureux. Je veux toujours apporter quelque chose de plus à mes joueurs à court terme. Ce que je ferai dans six mois ne m'intéresse pas. J'ai un plan mais les choses peuvent toujours changer. Au quotidien, il faut s'occuper des détails et donner de nouvelles impulsions. Mais toujours sur base d'une philosophie, d'une idée. Le pire, pour un joueur, c'est l'ennui. Comment allez-vous varier et innover ? LEKO : En utilisant mon expérience, en communiquant ouvertement à tous les niveaux et en restant réceptif à de nouvelles informations, de nouveaux concepts, de nouvelles méthodes mais en restant moi-même également car aucune copie n'est meilleure que l'original. Le moment le plus important, pour moi, c'est quand un joueur commence à se dire que ce que vous faites est bien, pour lui et l'équipe. Alors, j'ai bien fait mon boulot. Vous ferez aussi attention à vos déclarations ? LEKO : Non. J'ai confiance en mon caractère et en mes qualités humaines, je peux donc dire ce que je ressens. Je ne prépare rien. Si je devais parler comme on l'enseigne dans les livres de communication, je serais monotone et je ne serais pas honnête. Je veux que les gens qui parlent avec moi puissent dire : ce Leko, il est authentique, il dit ce qu'il pense, il a des émotions. Parfois c'est bon, parfois moins, mais je respecte toujours le jeu car je crois que personne n'est au-dessus du football : ni les entraîneurs ni les joueurs ni les arbitres ni les présidents ni les supporters. Vous avez reçu des offres pour quitter Bruges ? LEKO : Oui et j'en suis fier mais mon avenir se situe ici.