Dans la rue des Chartreux, à Bruxelles, le chien Zinneke pisse sans honte sur le trottoir depuis maintenant 16 années de suite. Commandée par le comité de quartier, cette sculpture de Tom Frantzen a les yeux rivés sur la rue du Vieux Marché aux Grains de laquelle déboule Mbo Mpenza en toute hâte. " 1 h 40 de bouchons pour venir de Grez-Doiceau ", balance-t-il en guise d'excuse à son arrivée dans les bureaux de son associé Olivier Guilbaud. À l'aise et souriant comme toujours, il prend ensuite bien le temps d'expliquer sa méthode de conseiller, " même si je préfère qu'on dise Grand frère... "
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Dans la rue des Chartreux, à Bruxelles, le chien Zinneke pisse sans honte sur le trottoir depuis maintenant 16 années de suite. Commandée par le comité de quartier, cette sculpture de Tom Frantzen a les yeux rivés sur la rue du Vieux Marché aux Grains de laquelle déboule Mbo Mpenza en toute hâte. " 1 h 40 de bouchons pour venir de Grez-Doiceau ", balance-t-il en guise d'excuse à son arrivée dans les bureaux de son associé Olivier Guilbaud. À l'aise et souriant comme toujours, il prend ensuite bien le temps d'expliquer sa méthode de conseiller, " même si je préfère qu'on dise Grand frère... " MboMpenza : J'ai eu la chance d'avoir rapidement une offre de BeTv qui m'a proposé d'être consultant pour la Ligue des Champions. Grâce à cette chaîne, j'ai pu connaître le domaine du journalisme même si c'est clair que je n'étais que consultant. Ça m'a permis de rester dans le milieu du football, de côtoyer de chouettes personnes et de voir de fameuses affiches. Au même moment, j'ai un peu intégré le staff de l'équipe nationale en tant que scout. Anderlecht m'a aussi proposé de prendre en charge les U15, mais je souhaitais à ce moment-là me consacrer à ma famille et ne pas trop solliciter mon dos. Quand j'étais joueur, surtout à la fin de ma carrière, beaucoup de coéquipiers venaient près de moi dans le vestiaire. Il y avait même des adversaires qui me demandaient des petits conseils sur les choix des clubs, des agents, des avocats. Pour moi, ces choix sont banals, mais peut-être que ce n'est pas le cas pour le commun des mortels. C'est vrai que j'ai pris ce rôle à coeur et automatiquement, après ma carrière, des joueurs en activité sont venus me demander des conseils. De fil en aiguille j'ai fait la connaissance d'Olivier Guilbaud et Grégoire Litt et on a commencé à travailler ensemble. On a la même philosophie, celle de toujours faire passer sa famille avant le reste, mais aussi de garder une éthique qu'on ne voit pas beaucoup dans le milieu du foot. On préfère ne pas se focaliser sur les aspects financiers mais revenir chez soi en se disant qu'on a fait du bon boulot et qu'on a vraiment aidé les joueurs en question. Oui, à notre époque on n'avait vraiment que notre famille. Mais ma maman n'avait rien à voir avec le milieu du foot professionnel et mon papa encore moins. Nos choix étaient plus basés sur la vie réelle que l'on transposait dans le sport, alors que ça ne va pas du tout comme ça. On peut essayer de changer les choses dans le sport, mais quand tu ne fais pas partie de ce milieu professionnel, tout est plus difficile. Même si je pense avoir bien réussi ce que j'ai fait, mon père a fait certains choix que nous n'aurions probablement pas faits par la suite. Intervention d'Olivier Guilbaud : Non. Certains agents se servent de joueurs en fin de carrière ou fraîchement retraités pour rameuter des joueurs dans leur giron. Ces types en question se font appeler " conseillers ", mais ils n'en donnent aucun, ils font juste du rabattage. Mbo : Attention, je n'ai rien contre ces gens. On m'a déjà proposé ce rôle via via, mais quand j'explique la manière avec laquelle je travaille, les gens partent en courant : " On ne va quasi rien gagner avec toi ! " Je pars sur la base que le joueur doit en profiter un maximum, et son entourage aussi. Ça dépend de ce que l'agent et l'entourage du joueur veulent. Moi, c'est clair que ce qui m'intéresse c'est de garder ce côté humain, c'est pour ça que je n'ai pas peur de le dire : j'ai raté beaucoup de possibilités d'accompagnements. Actuellement il y a même des joueurs qui m'ont fait des coups et quand ils me revoient, ils me saluent comme si... Enfin, moi je me regarde dans la glace, point barre. Mais bon, je veux que la priorité du joueur soit le sportif, tout le reste c'est du blabla, parce que s'ils ne sont pas compétitifs, à quoi ils servent ? Il y a trois piliers sur lesquels on agit : l'aspect sportif avec l'analyse vidéo et des conseils de jeu, mais en fait c'est presque des discussions entre potes. Il y a aussi le pilier communication et enfin, le troisième est le pilier life coaching, où en plus des diététiciens et préparateurs physique du club, les joueurs ont un conseiller santé qui les suit pendant toute leur carrière. Pour structurer le tout, il y a l'aspect social. Nous, on essaye de les maintenir les deux pieds sur terre, qu'ils puissent s'engager socialement. C'est ainsi qu'on a un très chouette partenariat avec la Fondation Roi Baudouin : les joueurs choisissent un programme qui leur correspond comme par exemple la lutte contre le racisme ou l'obésité, et ils se montrent présents lors des différents événements organisés. C'est très important parce que le footballeur a un statut privilégié, il doit donc pouvoir donner en retour à la société. Mais après, s'ils achètent 50 000 voitures, c'est leur droit, on ne les oblige à rien. Le pilier sportif, c'est moi, la communication pour Olivier Guilbaud et le life coaching pour Grégoire Litt (préparateur physique). Chacun se fait ensuite accompagner de qui il veut pour suivre tous nos joueurs. On essaie vraiment d'établir une vraie relation avec eux, mais ça prend du temps parce qu'en général ils ont des tas de centres d'intérêt... Oui, mais ce ne sont pas des enfants, on les considère comme des adultes avec un énorme potentiel qu'il faut valoriser. On ne les enferme pas dans un système, contrairement à beaucoup d'agents qui ont peur de perdre leur joueur. Nous on reste en accord avec nous-mêmes, au risque de voir un de nos joueurs s'en aller. On a ainsi perdu un tout gros joueur qu'on avait aidé auparavant, mais il a ensuite fait le choix de l'argent. Olivier Guilbaud : Pour que cela fonctionne, on est obligé d'être partenaire avec tout l'entourage du joueur. Il ne faut pas que la famille, l'agent, le club ou nous-mêmes prenions le dessus sur l'un ou l'autre. Si un agent pense qu'on veut le concurrencer, ça ne peut pas fonctionner. On doit avancer ensemble. C'est un dossier super compliqué, Vanden Borre. Tout ce que je peux dire sur lui, c'est qu'avec lui et mon équipe uniquement, on a réussi ce qu'on devait faire et on en était fier. Après, le reste, ça a été plus difficile... C'est un partenariat qui nous a échappé. Bon, à côté de ça, il m'a encore sauté dans les bras quand j'ai été donner le coup d'envoi à Anderlecht fin avril. C'est lui qui a été le déclencheur dans la mise en place de la méthode. C'est à partir de ce cas-là qu'on s'est demandé comment faire pour qu'un projet aille jusqu'au bout et que cela dure... C'est venu naturellement en fait... C'est vrai que dans le milieu du foot ou même ailleurs, on vient souvent me voir. Puis si on voulait uniquement faire de l'argent, on serait beaucoup plus loin, mais je ne serais pas en accord avec moi-même. Il ne faut pas croire qu'on néglige le rôle de l'argent, mais on ne le recherche pas au point de détruire. En tout cas, j'essaie toujours de rester le plus droit possible, ce qui nous a d'ailleurs fait rater beaucoup de choses parce qu'on est resté fidèle à notre philosophie. Moi j'écoute tout le monde, Olivier est quant à lui beaucoup plus ferme. Et 90 % des gens ne l'affrontent pas et tournent les talons quand il va plus en profondeur pour savoir quelles sont leurs réelles intentions. On m'a plusieurs fois proposé d'avoir un rôle sportif dans de bons clubs, mais quand on devait rentrer dans le concret, le côté financier, ça réagit directement : " Ha mais tu as besoin d'argent ? T'as gagné ta vie quand tu jouais au football, non ? ! " Oui mais là c'est quand même un métier et je veux être reconnu pour mes compétences professionnelles, je ne vais pas faire un boulot où je ne vois plus ma famille et mes amis juste pour le plaisir. On a une liste de prix avec des tarifs à l'heure, ce qui peut effrayer certaines personnes. Mais rien n'est nébuleux, quand tu travailles avec nous, tu sais ce que ça va te coûter. Quand je jouais encore, j'ai parrainé la campagne " Respect " dans les écoles. Ça fait peut-être 10-12 ans, mais ce n'est pas parce que je ne joue plus que je dois arrêter ce genre de choses, et je ne le fais pas, aujourd'hui, pour faire parler de moi, ça doit être une continuité. Et un joueur de foot doit pouvoir se montrer actif pour les autres dans sa carrière. Ce n'est pas le but principal, mais il faut pouvoir s'engager. Oui, si on veut... La plupart de nos joueurs ont été à l'école, en tout cas j'espère (rires) donc l'extra-scolaire, ils doivent connaître. Et pour l'intégration, il y a tellement de diversité autour de nous qu'il faut pouvoir vivre avec les autres. Intervention d'Olivier Guilbaud : Et c'est vrai que les projets que parraine Mbo rentrent dans cette cohérence d'avoir envie d'être un Grand frère pour les joueurs, mais aussi pour les jeunes. On essaie de calquer cet engagement social de Mbo dans la méthode utilisée avec les joueurs. PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS" On n'enferme pas les joueurs dans un système, contrairement à beaucoup d'agents qui ont peur de les perdre. " " Le cas posé par Anthony Vanden Borre a été l'élément déclencheur pour nous. "