Promis, je ne vous parlerai pas de la finale de la Ligue des Champions. Quoique, le prétexte est trop beau pour lancer le sujet du jour. Finale le samedi pour permettre aux p'tits de la regarder ou mieux encore, d'être à Wembley. Merci Platini. Belle intention... mais bon, vu le prix des places, ils ne devaient pas être nombreux les p'tits. Sauf peut-être dans les loges. Une fois de plus, on a l'impression que l'attention et les bonnes intentions portées aux supporters, c'est toujours quand ça les arrange, ces instances à l'odeur rance.
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Promis, je ne vous parlerai pas de la finale de la Ligue des Champions. Quoique, le prétexte est trop beau pour lancer le sujet du jour. Finale le samedi pour permettre aux p'tits de la regarder ou mieux encore, d'être à Wembley. Merci Platini. Belle intention... mais bon, vu le prix des places, ils ne devaient pas être nombreux les p'tits. Sauf peut-être dans les loges. Une fois de plus, on a l'impression que l'attention et les bonnes intentions portées aux supporters, c'est toujours quand ça les arrange, ces instances à l'odeur rance. " On vous aime, on vous comprend mais en attendant, sortez le pognon ! Comme ça, vous êtes encore plus sympathique. "Et c'est vrai, quoi ! Qu'est-ce qui les oblige à suivre leur club partout ? A en faire leur raison de vivre ? A claquer deux mois de salaire pour un match ? A en chialer quand l'humiliation ternit l'éclat du maillot ? Le degré d'amour, d'indignation, de sincérité varie beaucoup selon les pays. Il y a ceux qui sont là pour les mauvaises raisons... Rien d'autre à foutre, possibilité de venir hurler, voire vomir, leur ranc£ur de la vie. De profiter de l'anonymat d'une tribune pour avoir l'impression d'exister. Et puis il y a aussi les autres. Ceux qui comme premier cadeau reçoivent ou offrent la tétine aux couleurs, comme première berceuse le Chant des partisans, comme deuxième prénom le nom d'un club. Y en a même qui donne le prénom de leur entraîneur. Exemple vécu un soir d'après match à Manchester United : je suis dans la file pour le métro. File de 200 mètres. Devant moi, un mec au physique mythique. Style ex-hooligan confessé par Guy Gilbert dans la fraîcheur d'un confessionnal, voire par sa " S£ur " Danièle dans la chaleur d'un Midi première. Il semble partager mon impatience et quitte la file. Mon envie d'aventure conjuguée à mon instinct de curiosité me pousse à le suivre. 50 mètres plus loin je lui demande : " Tu connais un autre moyen de rentrer en ville ? " " Yes man, à pied ! " Nous voilà partis, John et moi. Mon instinct prend des allures divines. Les histoires de John me font oublier les longues lignes droites exposées au vent qui séparent Old Trafford du centre de Manchester. De ses 25 années de dévotion à son Man U, tout y passe. Passe même un taxi, après une heure de marche. Je lui propose de le partager avec moi, pas le temps d'entendre sa réponse qu'il est déjà assis sur la banquette arrière. Pas le temps de lui demander où on en était qu'il sort son portefeuille. Pas le temps de lui dire que c'est Betv qui lui offre la course qu'il me sort une photo : " C'est ma fille, elle a trois mois, elle s'appelle Alex. " Pas le temps de lui dire : " Original, Alex pour une fille... ", qu'il me confie : " Elle s'appelle Alex en hommage à notre coach. Alex Ferguson est un dieu. Il a fait de notre paroisse la plus belle cathédrale du monde. " John donne un sens à sa vie dans le Théâtre des rêves. Il y est heureux. Il y mélange le rêve et sa réalité. On souhaite à la petite Alex le même bonheur. Tout ça pour vous dire que le foot, c'est la vie avec ce qu'elle a de mieux et de pire à nous offrir. Lors de la dernière journée de Premiership, le meilleur s'est délicatement mélangé avec le pire. Sportivement, le pire pour un fan briton c'est la défaite dans un derby ou la relégation. Y a 15 jours, on a beaucoup relégué, on a beaucoup pleuré en Angleterre. Nous, on a beaucoup vibré et admiré. Voir ces fans de Blackpool et de Birmingham pleurer tout en applaudissant leurs joueurs nous a rendu la foi. Quelles images ! Quelle dignité ! Quelle beauté ! Pour certains, la relégation c'est la trahison, pour d'autres c'est un moment douloureux de la vie. Quand il ne reste plus rien, quand le désespoir inonde les c£urs, il reste parfois la dignité. Le foot est né en Angleterre. La tradition aussi, parfois elle a du bon. Elle fait du bien. Le constater nous permet de croire en l'homme, le vrai. Celui qui pense à donner avant de recevoir. JOURNALISTE BE/TV PAR FRÉDÉRIC WASEIGEY a 15 jours, on a beaucoup pleuré en Angleterre. Nous, on a beaucoup vibré et admiré. " Le meilleur que je sais sur la morale et les obligations de l'homme, c'est au football que je le dois " Albert Camus