Le terrain d'entraînement du Celtic Glasgow a ceci de magnifique qu'il se situe sur une butte de laquelle on a une vue splendide sur les CampsieFells, cette chaîne de collines qui borde Lennoxtown, une bourgade située au nord de Glasgow. Juste derrière le training ground trône un château abandonné qui ne déparerait pas dans Shutter Island, ce film qui met en scène un Leonadro Di Caprio enquêteur sur une île de fous.
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Le terrain d'entraînement du Celtic Glasgow a ceci de magnifique qu'il se situe sur une butte de laquelle on a une vue splendide sur les CampsieFells, cette chaîne de collines qui borde Lennoxtown, une bourgade située au nord de Glasgow. Juste derrière le training ground trône un château abandonné qui ne déparerait pas dans Shutter Island, ce film qui met en scène un Leonadro Di Caprio enquêteur sur une île de fous. " Ha ouais, il est terrible, hein, ce lieu ", s'exclame Logan Bailly, quelque peu souffrant mais fort accueillant. " Le centre d'entraînement est construit sur le site d'un ancien asile psychiatrique, en fait. Il fallait peut-être qu'il se situe en hauteur... " Installé dans le bureau de presse du club, Logan Bailly change ensuite rapidement de sujet pour évoquer sa carrière. Et il croit fermement à la trentaine dorée des derniers remparts... LOGANBAILLY : Ouais, j'étais tout petit, j'avais 4-5 ans. J'étais arrière gauche quand il a fallu remplacer notre gardien absent. J'ai voulu rester au goal, mais l'entraîneur a dit à mon père : " Ton fils ne sera jamais un bon gardien ! " BAILLY : Une thérapie ? Non, j'ai régulièrement eu des coaches mentaux dans les clubs où j'ai évolué, mais je n'ai jamais suivi de thérapie particulière... pas que je sache. Il y a tellement de choses qui ont été dites. BAILLY : Non, mais avec tout le respect que j'ai pour cette division, je ne me voyais pas évoluer en D2 parce que je savais que j'avais les qualités pour rester en D1, sans pour autant revendiquer une place à Anderlecht, hein ! Mais j'ai également un énorme respect pour les gens de Louvain, où j'ai toujours de bons contacts. Donc j'ai mis mon ego de côté et donné ma parole que j'allais aider le club à remonter en D1. C'était aussi l'occasion de prouver à ceux qui me prêtent ce côté bling-bling que je savais faire une croix sur tout ça alors que j'avais des opportunités pour partir... BAILLY : J'ai eu Charlton, aussi. J'ai voulu en savoir plus sur Bastia, donc j'ai été sur place. Peut-être que le club croyait que j'étais gratuit, mais il y avait une certaine date jusqu'à laquelle je pouvais partir gratuitement et elle a été dépassée, donc ça ne s'est pas fait. BAILLY : Juste ! Je me souviens qu'on a fait une photo, mais je n'étais pas emballé plus que ça par l'idée d'aller là-bas, ma tête était à Louvain et dans la descente qu'on venait de vivre. Il n'y a rien à faire, c'est pas chouette d'avoir une relégation sur son CV. BAILLY : Pour moi, c'était surtout la preuve que je pouvais encore aider une équipe alors que je recevais beaucoup de critiques qui disaient que je n'avais plus le niveau, etc. Je répète que j'ai du respect pour la D2, mais ce n'est pas toujours facile d'y évoluer après avoir goûté à la D1. Il y a certaines stades où ce n'est pas évident d'aller jouer, où il n'y a pas plus que 200-300 supporters... Mentalement ça peut être difficile, mais avec de la rage et de l'envie, on a réussi à remonter directement. BAILLY : On s'est réuni quelques jours avant le tour final avec quelques cadres de l'équipe et on s'est dit que ça ne pouvait qu'être bénéfique de faire un gros coup : un, pour le portefeuille ; deux, pour le CV ; trois, pour éventuellement décrocher un transfert. Ça a été le déclic qui a fait qu'on s'est dit : " On peut le faire ! " BAILLY : Ouais, je continue parce que j'avais travaillé dur et galéré pour me retrouver en D1 avec Louvain. Donc ça me faisait du bien de revenir à ce niveau après toutes ces critiques... Je me sentais bien là-bas, je m'entendais bien avec tout le monde, on avait un super groupe donc je voulais aller au bout de la saison et j'aurais même prolongé mon contrat tellement j'avais le sourire en allant à l'entraînement. BAILLY : Au début, je n'y ai pas cru. Quand mon manager m'a dit qu'il avait peut-être une offre pour un club qui pourrait jouer la Champions League, j'ai pensé à un club roumain qui joue les préliminaires mais dont on ne connaît même pas le nom. Sauf que quand il m'a dit le nom du Celtic par la suite, je n'ai pas réalisé. Je connaissais le club, mais j'ai été faire des recherches pour me rendre encore plus compte de l'ampleur de ce club, de ce stade, de ces supporters... C'est du lourd, surtout quand on regarde d'où je viens et qu'on se dit que je n'avais pas reçu d'autres offres à ce moment-là. On se dit que c'est le Celtic qui nous veut, et c'est beau. Ça veut dire que je ne suis pas mort, que je vaux encore quelque chose. BAILLY : Non, je ne voulais pas savoir (rires). L'intérêt était là, mais il y avait encore une grosse démarche avant de signer, donc j'y croyais sans y croire. Puis, du jour au lendemain, ils m'ont dit que c'était le moment de venir signer : on a finalisé l'histoire en 2-3 heures. C'est après que j'ai parlé avec le coach des gardiens, qui m'a dit que ça faisait des années qu'il me suivait, qu'il me connaissait très bien donc il n'a pas pêché un gardien au hasard parce qu'il venait de remonter en D1 belge... BAILLY : Avec tout ce que j'ai vécu, c'est pas que je n'y croyais plus, mais je me voyais terminer ma carrière en Belgique, à Louvain ou peut-être un peu plus haut. Mais jamais je ne pensais pouvoir signer trois ans au Celtic à 30 ans et après toutes mes années de galère. Comme la carrière d'un gardien termine très tard, j'ai encore de belles années devant moi, à moi de bosser pour y arriver. BAILLY : Non je n'ai pas préparé mon arrivée, je savais à quoi m'attendre. Maintenant, je suis ici, vous voyez les infrastructures, le stade, la ville... c'est un autre monde. Pour commencer, une place de deuxième, c'est "pas trop mal". Je prends mon mal en patience, et puis j'ai 30 ans : s'ils ne croyaient pas en moi, ils m'auraient fait signer un an plus un autre et pas trois directement. BAILLY : J'ai toujours vécu tout près de chez moi - sauf pendant quatre mois en Suisse - et j'ai toujours eu mes proches à mes côtés, ils constituaient une de mes forces principales. Quand du jour au lendemain, je suis parti à des centaines de kilomètres, je ne pouvais plus leur donner un coup de téléphone pour qu'ils passent dire bonjour dans l'heure. Ce n'était pas facile, il a fallu s'adapter, mais j'ai également fait ce choix pour pouvoir améliorer ma vie, parce qu'il ne faut pas cacher non plus l'avantage financier que j'ai ici. Au début, j'étais seul, puis ma famille m'a rejoint, mes enfants vont à l'école et c'est un plaisir de les voir s'adapter si facilement à l'Ecosse. Sur six mois, ils ont plus vite appris l'anglais que moi. BAILLY : Ça m'a mis hors de moi, ça m'a vraiment fait chier. C'est du n'importe quoi : pour une bagarre comme il y en a tous les week-ends et alors qu'on a ramassé des coups aussi, ça réclame des sommes astronomiques. Mais je n'ai plus envie d'en parler, je n'en parlerai plus. BAILLY : Franchement, à mes débuts ici, je ne me souvenais pas qu'il était dans l'équipe contre l'Autriche. On en a parlé vaguement, rien de très profond. Mais je n'ai pas dû rester accroché à lui, le contact s'est également vite fait avec les autres joueurs. BAILLY : Oui ça n'a rien à voir, il y a un monde de différence, les supporters des Bhoys vivent totalement pour le Celtic. Le stade est vraiment impressionnant, le You'll Never Walk Alone est énorme. Ils ont plusieurs chansons qui ont encore plus de force quand on joue en Europe, là ça donne la chair de poule. Et même quand on est en déplacement, les tribunes sont majoritairement remplies de fans du Celtic. BAILLY : Tout est de ma faute, je n'en veux à personne. À certains moments, je ne me suis pas comporté comme le professionnel que j'aurais dû être, je n'ai pas d'exemple, c'est ma mentalité qui ne convenait pas... Il y avait un peu de naïveté, de je-m'en-foutisme, j'étais dans ma bulle, tout se passait comme je le voulais et je l'ai payé cher. BAILLY : C'est mon éducation qui m'a fait comme ça : je n'ai pas de regrets pour ce que j'ai fait par le passé et je suis toujours prêt à l'affronter. BAILLY : Par certaines personnes, oui. Et désormais, elles ne me regardent pas dans les yeux parce qu'elles n'ont pas été franches avec moi. Mais c'est comme ça dans le football et avec les grands clubs, dont Gladbach fait partie. Ils n'avaient néanmoins pas le temps d'attendre et puis finalement, je n'ai pas trop de regrets d'avoir perdu ma place au profit d'un gardien qui joue désormais au Barça (André Ter Stegen, ndlr). BAILLY : Tant le côté sportif que les à-côtés. Jusqu'à maintenant, j'ai eu une belle vie, " je peux mourir tranquille " comme on dit. J'ai évolué dans des équipes et des stades que beaucoup ne connaîtront pas et j'ai fait et eu des choses que je ne regrette pas. Et puis j'ai fait plaisir autour de moi, tout le monde en a profité et est heureux... C'était la moindre des choses après tous les sacrifices qu'ils ont faits pour moi. BAILLY : Non, c'est avec la vieillesse qu'on ne joue plus comme on le faisait à 18 ans. BAILLY : Ouais, c'est sûr. Tout joueur belge rêve d'être en équipe nationale, mais je ne me fais plus d'illusions non plus... Je n'y pense plus et je ne me mets plus devant la télé pour regarder les sélections comme il y a quelques années (rires). PAR ÉMILIEN HOFMAN À GLASGOW - PHOTOS REUTERS" A Gladbach, il y avait un peu de naïveté, de je-m'en-foutisme, j'étais dans ma bulle, et je l'ai payé cher. " LOGAN BAILLY