Vivre et travailler au Littoral, c'est un rêve, surtout quand on peut s'installer dans la mondaine Knokke. Des promenades sur la digue, de belles boutiques, des cafés chics et de bons restaurants. Non loin de là, il fait bon pédaler dans les polders. Évidemment, il y a le revers de la médaille : les règlements du bourgmestre-comte et la distance par rapport au reste de la Belgique. Depuis l'été, c'est d'ici que démarre le car du Club Bruges pour les matches en déplacement.
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Vivre et travailler au Littoral, c'est un rêve, surtout quand on peut s'installer dans la mondaine Knokke. Des promenades sur la digue, de belles boutiques, des cafés chics et de bons restaurants. Non loin de là, il fait bon pédaler dans les polders. Évidemment, il y a le revers de la médaille : les règlements du bourgmestre-comte et la distance par rapport au reste de la Belgique. Depuis l'été, c'est d'ici que démarre le car du Club Bruges pour les matches en déplacement. Ça fait une différence d'une demi-heure, voire une heure. Et, par vent fort, il est difficile d'exercer les phases arrêtées. A l'heure de notre entretien avec Hans Vanaken, au Belfius Basecamp, le vent souffle fort. Quelques joueurs s'entraînent encore. C'est un jeu. Ils commencent au point de penalty et reculent chaque fois d'un mètre. Comme le ballon ne cesse de rouler, il faut que quelqu'un le tienne. A chaque raté, c'est une explosion de joie des autres. Ils rejoignent leurs camarades, déjà attablés, bien tard. Tu es manifestement loin d'en avoir marre ? HANS VANAKEN : ( Rires) En effet. Il est toujours agréable de prolonger l'entraînement et je continue à m'amuser. Nos séances ne sont plus très longues, donc c'est gai. Et puis, travailler la finition à quatre ou cinq, ce n'est pas très dur non plus. Il suffit de taper dans quelques balles. C'est un amusement et en même temps une sorte de compétition. 2019 a-t-il été un grand cru dans ta vie ? VANAKEN : Ce fut une bonne année. Le Soulier d'Or est souvent victime d'un mauvais sort et son lauréat sombre parfois par la suite mais ça n'a pas été mon cas. Je suis parvenu à conserver mon niveau toute l'année. De là à parler d'un grand cru... Pro de l'Année, toujours dans le noyau de l'équipe nationale et en plus j'ai pu participer à deux matches. Je ne connais pas mes statistiques par coeur mais je suis fier de ce que j'ai accompli. On verra bien ce qu'il adviendra de l'EURO mais je pense pouvoir être important pour les Diables Rouges. Tu oublies ton nouveau contrat. VANAKEN : Oui, je l'ai signé en août. Pour un an de plus. Tout est positif. Rester a-t-il été une décision difficile à prendre ? VANAKEN : Non car je suis très heureux ici et je pense que ça se reflète sur le terrain. Tout va bien sur le plan privé, j'aime habiter ici, la vie y est belle et automatiquement, je suis heureux au club. Quand on n'est pas heureux à la maison ou qu'on n'aime pas l'endroit où on habite, on ne peut pas être à 100%. Enfin, quand il n'y a rien en juillet et en août, il n'est pas nécessaire de réfléchir. Vraiment rien ? VANAKEN : Non. Ne trouves-tu pas étrange que le meilleur footballeur de Jupiler Pro League ne reçoive pas d'offre ? VANAKEN : A toi de juger si je le suis mais il m'arrive d'y réfléchir. J'ai été élu Footballeur Pro de l'Année deux fois d'affilée et Soulier d'Or. Mais certains clubs doivent voir les choses sous un autre angle ou alors, ils ne me voient pas comme toi. Je ne peux que m'incliner. Je joue tout, pour une équipe qui lutte tout le temps pour des trophées. Je n'ai pas à me plaindre. C'est peut-être bizarre et peut-être les gens se disent-ils que je n'ose pas partir mais je n'ai pas à oser. Ça n'a rien à voir avec un manque d'ambition. J'en ai. Certainement. Mais d'un autre côté, je me dis que j'ai 27 ans et que je reste sur une super année. Si rien ne se présente maintenant, ça n'arrivera sans doute jamais. Attendais-tu avec impatience la trêve hivernale ? VANAKEN : Le terme est trop fort mais je suis quand même content d'avoir une semaine de vacances et de pouvoir décrocher, physiquement et mentalement. C'est logique. La période qui s'étale de septembre à décembre est la plus chargée et j'ai pratiquement tout joué. A certains moments, j'aurais pu être remplacé plus tôt ou démarrer sur le banc mais ça ne s'est pas produit. Au bout d'un moment, on finit par le sentir. D'autre part, je n'ai jamais eu de passage à vide pendant un match. Les statistiques montrent que j'ai constamment beaucoup couru. Mais dans certaines phases, je peux manquer de feeling dans mon passing ou dans le rectangle. Si on joue à 95%, on n'a pas ce petit quelque chose qui permet de marquer ou de bien adresser un ballon. Ton abattage, joint à ton intelligence, reste ton maître-atout. Tous tes adversaires le disent. Vanaken est le plus difficile à neutraliser car il n'arrête pas de courir. VANAKEN : C'est également lié au système. En début de saison, nous avons essayé de jouer en 4-3-3 avec deux hommes derrière moi. Je devais alors exercer une pression vers l'avant et il y avait toujours six ou sept joueurs derrière moi en cas de problème. Puis nous avons changé. Si Ruud Vormer est un peu plus en profondeur, je dois reculer et vice-versa. Nous sommes souvent confrontés à un marquage individuel. Pour y échapper, nous permutons souvent, y compris avec le numéro six. S'il monte, il faut regarder comment l'adversaire va le contrer : ça va peut-être dégager des espaces pour nous. C'est pour ça que je me retrouve parfois dans une position plus défensive et que j'assume les tâches qui vont de pair. Leko m'a appris à penser davantage en termes défensifs. Ruud et moi sommes ceux qui courent le plus. En soutien des deux côtés. Avant, je restais plutôt à gauche et Ruud à droite mais nous essayons d'échapper au marquage en changeant de côté ou de position. Le marquage a-t-il moins d'impact maintenant sur tes prestations ? VANAKEN : Je continue à le trouver embêtant mais je m'efface et je permets à d'autres de jouer. On peut avoir l'impression que je ne suis pas dans le match dans de tels moments, je ne pense qu'à l'équipe. J'essaie de démarquer les autres. Tu t'y prends si intelligemment que ton adversaire te perd de vue et tu surgis alors, pour marquer ou délivrer une passe décisive. VANAKEN : Ça s'apprend. Je ne dirai pas que ça relève de l'intelligence pure. Parfois, j'essaie de donner à mon adversaire direct le sentiment qu'il me contrôle puis je frappe. J'ai probablement baissé trop vite les bras quand j'ai commencé à être confronté à ce marquage. Je me disais que je n'aurais pas souvent le ballon et que je ne jouerais pas bien. Je devenais dingue. J'ai appris à accepter cette situation. J'ai moins souvent le ballon mais je cherche des espaces et des solutions. Mais il est parfois très difficile de trouver des brèches car nos adversaires reculent beaucoup contre nous. Cette saison, tu sembles plutôt être un buteur qu'un passeur. VANAKEN : On peut en avoir l'impression si on ne tient compte que des statistiques. Un seul assist et tout le monde pense : c'est triste, Hans. Mais j'aurais pu avoir cinq ou six assists de plus si nous avions envoyé tous ces ballons dans les filets. De toute façon, les chiffres ne sont pas ce qui compte le plus pour moi. C'est la victoire. Avec l'âge, ne choisis-tu pas mieux ton moment ou ta position ? C'est un des points forts de ton gardien. VANAKEN : L'expérience joue parfois un rôle mais le hasard aussi. On mise sur le premier poteau et le ballon arrive au second. Je suis souvent entre la ligne défensive et la médiane, en effet. C'est là qu'il y a le plus d'espaces. Tout le monde le voit sur les images et on nous met en garde mais c'est partout pareil : les défenseurs suivent toujours le ballon. Toujours. Si le médian ne fait pas pareil, il est seul. Avec le temps, on apprend sans doute à mieux juger les moments et à démarrer ou au contraire à rester en décrochage. La saison passée, le Club avait un agenda aussi chargé - la Ligue des Champions et le championnat - et a pris 5 sur 18 en championnat pendant cette période. Cette saison, l'agenda est aussi touffu mais vous avez gagné. Cela va-t-il faire la différence entre le titre et la deuxième place ? VANAKEN : J'ai vu un chiffre sur le nombre de points que nous avons gaspillés aux alentours des matches européens. Nous avons fait des progrès. Je ne peux pas dire pourquoi. Je ne pense pas que nous ayons été moins concentrés dans le passé. C'est un peu comme la cuisine familiale et un bon restaurant. On est plus alerte sur la scène européenne. VANAKEN : On peut formuler ça comme ça. Ça ne nous est pas arrivé et en principe, ça ne devrait pas non plus se produire. Nous devons être capables de prester tous les trois jours. Nous en sommes physiquement capables. Roberto Martinez a-t-il déjà trahi ses intentions à ton sujet pour l'EURO ? VANAKEN : Pas du tout. Beaucoup de joueurs de talent ne pourront pas être repris, compte tenu de l'abondance des qualités de cette levée. Au début, j'ai remplacé Eden Hazard à quelques reprises mais je viens d'être titularisé deux fois au huit, à côté de Youri Tielemans. Je suis apte à occuper les deux positions, même si je manque sans doute de vitesse et que mes actions sont insuffisantes pour le numéro dix en équipe nationale. Jouer en Belgique ne va-t-il pas devenir un handicap ? VANAKEN : Je ne pense pas. Le niveau de notre championnat s'est relevé. Il y a trois ou quatre ans, on n'aurait pas pu convaincre Simon Mignolet ou Nacer Chadli de revenir au pays. Simon répète qu'il est surpris par le niveau de notre compétition et qu'on le sous-estime à l'étranger. Les matches européens servent de référence. Ton équipe et toi-même avez-vous progressé ? VANAKEN : Oui. Nous n'avons pas pris plus de points que la campagne précédente mais nous avons mieux joué, avec plus d'audace. L'année passée, le nul à Dortmund a été bon mais nous n'avons pratiquement rien réussi sur le plan offensif là-bas. Cette saison-ci bien, au PSG, au Real. On y est sous pression, ce qui est logique puisque ces équipes sont encore mieux cotées que Dortmund ou l'Atlético mais nous avons quand même osé attaquer et développer notre football. Là, nous avons effectué des progrès. Le seul match décevant a été celui contre le PSG et en fait, seulement la dernière demi-heure. Nous en avons vu de toutes les couleurs quand Mbappé est entré au jeu. Mais nous avons très bien réagi à Paris. Les grandes équipes ont plus de maîtrise et frappent au bon moment. Comme le Real à Bruges. L'équipe nationale y parvient aussi. Elle donne un sentiment positif à l'adversaire puis le tue. VANAKEN : Oui, il faut que l'adversaire pense avoir l'autre équipe dans sa poche avant de frapper. Je comprends mieux ce mécanisme depuis que je suis international. Quand je suis sur le banc à côté de Dennis Praet, nous nous disons : - Nous allons franchir à nouveau la ligne médiane et ce sera caisse. C'est souvent le cas. C'est le talent à l'état pur. Nous avons prouvé cette année que c'était possible. Dans un bon jour, un match se joue sur un rien. Il faut toujours l'entamer avec l'ambition de poursuivre la campagne en Ligue des Champions. Même s'il est logique qu'à l'issue des six matches, des clubs comme le PSG et le Real soient qualifiés. Appliques-tu des recettes de ces matches en Jupiler Pro League ? VANAKEN : Quand nous menons, nous pouvons être plus patients, je trouve, et ne pas jouer trop en profondeur. Changer quelques fois de côté ne peut pas faire de tort. Ça oblige l'adversaire à courir davantage et à la longue, l'un d'eux va finir par abandonner son poste. Il faut alors en profiter. Comme les grandes équipes l'ont fait contre nous. Car on peut entamer un match à 120 à l'heure en août et en septembre, quand tout le monde est frais, mais sans doute plus en novembre et en décembre. VANAKEN : C'est encore possible mais je ne sais pas si c'est toujours bon. Il faut alors faire la différence dans les dix premières minutes. Si ce n'est pas le cas ou si on s'expose à un contre, on a le souffle coupé. Nous n'avons pas toujours été efficaces en championnat cette saison et je crains que ça ne se reproduise encore car on va nous piquer rapidement nos meilleurs attaquants. Le Real et le PSG courent moins de risques.... Que penses-tu de tes prestations personnelles en Europe ? VANAKEN : Je suis très satisfait. Surtout de notre audace. Vous êtes-vous fâchés sur Ruud parce qu'il a été suspendu deux matches pour avoir enguirlandé l'arbitre ? VANAKEN : Absolument pas. Il m'arrive aussi de dire des choses à l'arbitre. Des choses que tu regrettes ensuite ? VANAKEN : Non, pas du tout. Ton statut a-t-il changé ? Peux-tu te permettre de dire plus de choses qu'il y a cinq ans ? VANAKEN : Non. Je parle même moins qu'avant. Je m'écartais moi-même du match, je me déconcentrais. Je fais donc attention. A 18 ans, on a des hauts et des bas. On apprend à les gommer avec l'expérience. C'est peut-être la différence entre notre milieu et notre attaque, qui est plus jeune et qui se met sans doute la pression, ce qui la rend irrégulière. La seule manière d'émerger d'un passage à vide est de continuer à travailler d'arrache-pied. Okereke, par exemple, travaille beaucoup et se plaît ici. Il va s'en tirer. C'est valable pour tous les attaquants, je crois. Pour le moment, on estime que certains sont insuffisants mais ils seront peut-être les héros des play-offs dans deux mois. Tout se tient de près. Et le Club va être champion ? VANAKEN : Oui, le Club sera champion. Et Hans Vanaken aura un deuxième Soulier d'Or ? VANAKEN : ( Rires). J'espère.