Qu'est-ce qui vous revient en premier quand vous replongez dans les souvenirs de votre première sélection avec l'équipe nationale en 2005 ?
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Qu'est-ce qui vous revient en premier quand vous replongez dans les souvenirs de votre première sélection avec l'équipe nationale en 2005 ? Aline Zeler : Le voyage en groupe, les nuits en chambre de deux, les affaires prêtes sur le banc dans le vestiaire. Pourtant, à l'époque, il n'y avait que quatre personnes dans le staff, c'était très amateur. Pour les joueuses, c'était une course contre-la-montre : on arrivait par nos propres moyens à Zaventem le vendredi - en donnant à l'avance notre plaque d'immatriculation à la sécurité - on jouait le samedi soir et on repartait dans la foulée. Est-ce que, 12 ans plus tard, la participation à l'EURO 2017 a marqué l'apothéose de la progression de cette équipe nationale ? Zeler : Tout s'est mis en place petit à petit quand Ives Serneels a repris l'équipe en 2011. On a changé le nom de Diablesses en Red Flames, Ives a professionnalisé l'approche des matches et la préparation individuelle, certaines filles ont pris de l'expérience à l'étranger, etc... Et puis, pour la première fois, nous sommes restées un mois ensemble au centre national de Tubize quelques semaines avant l'EURO. C'est en s'entraînant comme des professionnelles qu'on a sensiblement senti notre qualité de jeu s'améliorer. Même si l'équipe est encore sur le chemin de la progression, on dirait que cette élimination du Mondial face à la Suisse a vraiment constitué un coup d'arrêt...Zeler : Personnellement, j'ai décidé de m'arrêter à ce moment-là parce que je découvrais un nouveau type d'entraînement avec le PSV, et qu'à 35 ans, je voulais être sûre d'arriver au bout de la saison. Et puis, la prochaine échéance - les qualifications pour l'EURO 2021 - arrivait en septembre suivant. Si j'avais eu 25 ans, je n'aurais pas arrêté. C'est râlant parce que ce Mondial aurait pu lancer un nouveau mouvement de foot en Belgique et j'avais peur qu'il y ait un creux par après, mais l'équipe s'est bien relevée avec un super tournoi à Chypre ainsi qu'un match amical prestigieux aux USA. En plus, le public suit toujours. C'est de bon augure pour les qualifs à l'EURO 2021 dans un groupe abordable ( Suisse, Roumanie, Croatie et Lituanie, ndlr). C'est une surprise, cette dernière sélection avec les Red Flames face à la Grèce le 24 mai ? Zeler : Ives m'a quand même sondée sur mon niveau et mon état, il ne fallait pas que je joue avec une gêne. Mais il ne m'a pas dit à quel poste il m'alignerait (rires). C'est vrai que peu de joueurs passent comme vous de l'attaque à la défense...Zeler : Daniel Van Buyten et Sandy Martens (sourire). Pour moi, ça s'est passé lors de la deuxième saison de BeNe League au Standard, alors qu'on avait deux blessées en défense centrale. Le coach a hésité, mais finalement, j'avais le bon profil : j'ai toujours communiqué et je préférais avoir le jeu devant moi. Ça s'est très vite mis en place... et j'ai continué à marquer. La BeNe League s'est arrêtée en 2015. Comment les deux pays s'en sont-ils relevés ? Zeler : Le niveau est resté plus élevé aux Pays-Bas parce que leur base de joueuses était plus importante qu'en Belgique. Chez nous, beaucoup ont tenté l'aventure à l'étranger pour se préparer pour l'EURO 2017. Du coup, certains clubs devaient aligner des jeunes de 16 ans en Super League, mais physiologiquement ce n'est pas possible... Aujourd'hui, il faut que l'on continue à élargir la base pour un jour envisager un championnat semi-professionnel. Quelle est la prochaine étape du développement du football dames ? Zeler : Il faut continuer le recrutement et faire en sorte que chaque club soit prêt à accueillir une fille. Maintenant, beaucoup de parents pensent encore que leur fille va être richissime comme Hazard si elle perce. Mais j'ai toujours dû bosser à plein temps, donc c'est plus utile d'encourager d'abord les filles à terminer leurs études. Je pense avoir réussi un gros truc parce que j'ai un physique comme mon papa : tout le monde ne sait pas se coucher tous les jours à 23 h, se lever à 6 h, aller au boulot puis aux entraînements le soir sans jamais se blesser. C'est donc à chaque fille de trouver sa voie. C'est comment le football dans les années 90 quand on est une fille ? Zeler : On était deux dans la Province de Luxembourg, je pense. Je ne me souviens pas avoir été traumatisée... mais c'est parce que je me débrouillais bien. Je vivais chez mes parents, on mangeait du beurre tous les jours (sourire), mais j'ai eu la chance d'être en activité à la ferme parce qu'à l'époque, la société n'avait pas la même approche du mouvement, du sport. En parallèle, j'ai rapidement découvert le foot en salle à Bastogne, on jouait chaque année la Coupe de Belgique où on se faisait éclater par des équipes néerlandophones. On prenait des 15-0, mais on allait là-bas en car, c'était l'événement de l'année. Vous avez refusé une première fois le Standard à 18 ans...Zeler : C'était après un match de Coupe de Belgique sur le terrain inégal de Tenneville. On avait perdu 2-3 dans les arrêts de jeu - elle était hors-jeu la fille, je la vois co (" encore " en wallon, ndlr) - mais j'avais marqué deux buts. Dans la foulée, j'avais décidé de faire mes études d'éducation physique à Virton, donc je suis restée à Tenneville tout en m'entraînant la semaine avec la P1 masculine de Vaux-sur-Sûre. C'est à 21 ans que j'ai finalement sauté le pas. Parmi vos faits d'armes à Liège, vous avez contribué à calmer Tessa Wullaert...Zeler : (Rires). À l'échauffement au Standard, je lui promettais une boisson si elle ne râlait que trois fois pendant le match. Elle était à un âge où elle avait besoin de petits jeux pour poursuivre son évolution. Plus tard, j'ai refait cela avec Davinia Vanmechelen et l'Islandaise Berglind Thorvaldsdottir au PSV. J'ai toujours eu besoin de fun et de guider en donnant des conseils. Vous avez attendu 14 saisons et dix titres en Belgique avant de tenter l'aventure à l'étranger, l'an dernier, au PSV...Zeler : Il me fallait quelque chose qui me tienne toute l'année et je ne voulais plus vivre ces entraînements à 22 h. Comme ça ne bougeait pas à Anderlecht, j'ai signé au PSV, un club proche de chez moi qui offrait un statut semi-pro. J'ai découvert une atmosphère super sociable, je ne me suis pas trompée dans mes choix. C'est pour ça que j'ai accepté de reprendre l'équipe des espoirs la saison prochaine. Le contrat débute le 1er juillet mais je suis déjà bien occupée. Les choses continuent de progresser dans le monde du foot : je pense que d'ici 2-3 ans, il y aura une femme coach d'un club de D1 masculine.