Sami Allagui a l'oreille des puissants. De Thomas Tuchel à Vincent Kompany en passant par Jürgen Klopp. Signature d'une carrière débutée à Anderlecht au mitan des années 2000 et poursuivie dans le ventre mou de la Bundesliga puis dans son antichambre. Ses 26 roses en cinq saisons au premier échelon du foot allemand ont offert quelques références à cet attaquant racé. Comme cette Madjer inscrite contre le Bayern Munich de Louis van Gaal, cette trentaine de sélections avec la Tunisie ou le capitanat du mythique FC Sankt Pauli. Magnéto.
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Sami Allagui a l'oreille des puissants. De Thomas Tuchel à Vincent Kompany en passant par Jürgen Klopp. Signature d'une carrière débutée à Anderlecht au mitan des années 2000 et poursuivie dans le ventre mou de la Bundesliga puis dans son antichambre. Ses 26 roses en cinq saisons au premier échelon du foot allemand ont offert quelques références à cet attaquant racé. Comme cette Madjer inscrite contre le Bayern Munich de Louis van Gaal, cette trentaine de sélections avec la Tunisie ou le capitanat du mythique FC Sankt Pauli. Magnéto. Sami, tu as 33 ans et la majorité de ta carrière derrière toi. Qu'est-ce qui reste aujourd'hui de l'adolescent qui avait débarqué en Belgique à l'été 2005 ? SAMI ALLAGUI : J'étais si jeune ! Je me vois encore arriver à Bruxelles... J'avais 18 ans, c'était mon premier club professionnel, même si je m'étais déjà entraîné quelques fois avec les pros à Aix-la-Chapelle quand j'étais en U19, mais c'était vraiment la première fois que j'intégrais un vestiaire pro. Je ne parlais pas français, presque pas un mot, et je me retrouvais à devoir m'intégrer dans un groupe où il n'y avait que des grands noms. Vanderhaeghe, Wilhelmsson, Akin, ... Ça volait haut à l'époque, c'est une équipe qui jouait la Ligue des Champions chaque année... Tu n'auras finalement joué que 8 petites minutes avec Anderlecht en deux saisons. En même temps, quand on jette un oeil à la concurrence passée par les Mauves ces deux années-là, on se dit qu'il y avait du beau monde : Akin, Frutos, Jestrovic, Tchité, Pujol, Mbo Mpenza, Iachtchouk... ALLAGUI : C'était fou. Vous pouvez rajouter Hassan et Boussoufa aussi la deuxième saison. C'est pour ça que je répète toujours que j'ai eu l'apprentissage rêvé à l'époque pour un jeune. Parfois, c'était d'ailleurs très chaud dans le vestiaire vu la concurrence, mais on se disait les choses. C'est ça qui manque aujourd'hui dans beaucoup d'équipes, mais à l'époque, je peux vous dire que quand Franky Vercauteren s'énervait sur, au hasard, Anthony ( Vanden Borre, ndlr) ( rires), les murs tremblaient. Il y avait le feu, mais c'était positif. Il mettait le doigt là où ça faisait mal. J'avais d'ailleurs une très bonne relation avec Franky Vercauteren. Je ne jouais pas beaucoup, mais il me parlait énormément. Il faisait en sorte que je me sente important, malgré tout. Déjà, il me prenait dans le groupe quasiment à chaque fois. Alors, c'est vrai, je ne jouais pas, mais rien que d'être sur le banc ou même en tribune à l'époque, je trouvais ça beau. J'ai fait les déplacements à Milan, à Liverpool, à Athènes, à Chelsea ce sont des souvenirs merveilleux. Je ne pense pas que sans ces deux années en Belgique, j'aurais pu réussir en Allemagne. Normalement, tu dois être fâché parce que tu ne joues pas, mais je ne l'ai jamais été. Si tu quittes Anderlecht pour la D2 allemande à l'été 2007, c'est parce que tu n'as plus la patience d'attendre ? ALLAGUI : J'étais chaud, je voulais jouer. Et puis, mon téléphone commençait à sonner : des agents, des clubs, il y avait de l'intérêt pour moi. Et j'avais l'opportunité de retourner en Allemagne, en D2 certes, mais il fallait que je joue. Anderlecht voulait me prolonger. Herman Van Holsbeeck a essayé de me convaincre en me disant que souvent les joueurs partaient d'Anderlecht en prêt, mais qu'ils finissaient tôt ou tard par y revenir et recevoir leur chance. Il me disait que je pouvais être un de ceux-là, qu'il avait le pressentiment que j'allais réussir à Anderlecht, mais j'ai voulu prendre une autre route. Aujourd'hui, avec l'arrivée de Marc Coucke puis de Vincent Kompany, le club a complètement changé de dimension. Il ne ressemble plus du tout à celui que tu as connu. Comment tu vois ça de l'extérieur ? ALLAGUI : Je crois qu'il ne faut pas systématiquement avoir peur du changement. C'est le propre des grands clubs de savoir se réinventer. Et je suis certain qu'Anderlecht va retrouver sa grandeur d'antan rapidement. Ce qui m'a plus surpris, c'est qu'un joueur de la trempe de Vinz, avec qui je n'ai jamais perdu le contact, décide à seulement 33 ans de faire un pas de côté alors qu'il avait selon moi encore quelques bonnes années en Premier League dans les jambes. Ça prouve tout l'amour et le respect qu'il a pour ce club. Toute sa détermination aussi. Tu es considéré comme le gros coup du mercato mouscronnois et les supporters attendent de toi que tu fasses oublier Mbaye Leye. Sacré défi... ALLAGUI : C'est impossible de remplacer un joueur. Moi, je veux juste montrer qui je suis. Sami Allagui, un joueur qui se donne pour le collectif. Je ne fais pas 2 mètres, je ne peux pas me contenter d'attendre que les ballons viennent. Par contre, j'aime participer au jeu, travailler, prendre mes responsabilités. Ce que j'aime, c'est terminer un match en étant KO. Qu'on doive me porter jusqu'au banc de touche à la limite. Et je savais qu'avec Bernd Hollerbarch, je serais obligé d'à nouveau en arriver là. Ça tombe bien, je ne voulais pas finir ma carrière en roue libre, j'avais besoin d'un entraîneur capable de me faire bosser dur encore deux ou trois saisons. L'an dernier, tu étais encore capitaine du FC Sankt Pauli. Un club mondialement réputé pour son engagement militant antifasciste qui dépasse de loin la question footballistique. Ça t'a changé en tant qu'homme d'évoluer là-bas ? ALLAGUI : Oui, c'était très spécial. Jouer à Sankt Pauli, c'est accepter de défendre certaines valeurs. Quand tu signes là-bas, tu as d'abord une conversation avec le président qui te présente les différents champs d'action du club. Ce n'est pas le genre de gars à se cacher dans les loges avec les VIP. Non, lui, à la fin du match, il distribue des tracts contre l'homophobie dans la rue. C'est ça, Sankt Pauli. Un club où la politique y est plus importante que le football, les 90 minutes hebdomadaires exceptées. La semaine, on parle politique, le week-end, on joue au football, mais l'ambiance est unique. Dans le tunnel, tu sors littéralement des catacombes, il fait tout noir. Et petit à petit, tu entends la musique qui monte. Toujours la même. Hells Bells de AC/DC. Ça tape fort. Et là, d'un coup, tu aperçois l'insigne du club sur fond rouge, des têtes de mort aussi. Là déjà, normalement, l'adversaire n'en mène pas large. Et que ce soit contre le premier ou le dernier du championnat, l'ambiance est la même. Puis le match démarre. Au premier tacle, tu as tout le stade qui se lève comme un seul homme dans un fracas assourdissant. Comme s'il y avait eu un but, c'est incroyable. Impossible de ne pas avoir la chair de poule. On a fait une tournée à Los Angeles, l'an dernier, il y avait 15.000 Américains avec le maillot de Sankt Pauli dans le stade. Deux jours après, il y avait Dortmund, ils étaient 500. Il y a des bars FC Sankt Pauli partout dans le monde, c'est un truc de fou ce club. Sankt Pauli, c'est ce que tu as connu de plus fort dans ta carrière ? ALLAGUI : Difficile à dire. Être capitaine d'une équipe pareille, c'est un symbole fort. Ça m'a fait réfléchir en tant qu'homme sur beaucoup de choses, ça c'est certain. Je suis un citoyen plus concerné, plus proche des réalités aujourd'hui que je ne l'étais avant et je le dois à toutes les bonnes personnes que j'ai rencontrées à Hambourg. Clairement, le monde serait différent si toutes les équipes avaient les mêmes valeurs que Sankt Pauli. Mais, j'ai aussi été très heureux à Berlin où j'ai vécu cinq ans et où j'ai surtout rencontré ma femme. C'est là, j'en suis persuadé, que je retournerai vivre après ma carrière. Et puis, il y a eu Mayence, où tu as évolué entre 2010 et 2012 sous les ordres d'un certain Thomas Tuchel. À l'époque, tu pouvais déjà déceler l'entraîneur à succès qu'il s'apprêtait à devenir ? ALLAGUI : Oui, ça se voyait. Déjà, avec Tuchel, si tu n'as pas de diplôme à l'école, ça ne sert à rien de venir à l'entraînement. Avec lui, c'est plus la tête que les jambes qui travaillent. Je me souviens de notre premier entraînement, c'était un petit match. Il y avait des cônes partout sur le terrain. On ne pouvait jamais rentrer seul dans une zone. On est sorti de là, on avait la tête en feu. Mais derrière, on a écrit l'histoire du club. En décembre, on était encore 2e devant le Bayern. On avait gagné nos sept premiers matchs cette saison-là. Avec sept systèmes différents parce qu'il identifiait à chaque fois le point faible de l'adversaire. Au final, en deux mois, on a battu tous les grands : Stuttgart, Wolfsburg, le Werder Brême, le Bayern avec deux attaquants, Hoffenheim. C'était ahurissant. Dans cette équipe, il n'y avait pas vraiment de grands noms, mais un immense entraîneur. Évidemment qu'on pouvait anticiper ce qu'il allait devenir. Il y a très peu d'entraîneurs qui, en une séance, sont capables de te retourner le cerveau. Et généralement, c'est bon signe. J'ai bien connu Jürgen Klopp aussi à Mayence, vu que j'ai repris sa maison quand il est parti à Dortmund. Ce sont des gars qui, quand tu les écoutes, sont capables de t'apprendre beaucoup. C'est justement à Mayence que tu as découvert la Bundesliga. Tu as été surpris de la vitesse à laquelle tu t'es adapté à ce football-là ? ALLAGUI : Oui, quand même. Je me souviens de mes débuts contre Stuttgart en août 2010. J'étais perdu sur le terrain, ça allait trop vite. Je venais de Greuther Fürth où j'avais planté une trentaine de buts en deux saisons en Bundesliga 2, mais là, les vingt premières minutes, j'avais l'impression d'être sur une autoroute. Je voyais les ballons passer, mais je n'en touchais aucun. Je me suis dit : gars, il faut te bouger là, sinon ça ne va pas aller. À la 26e, j'ai récupéré un ballon, j'ai tiré en taclant et j'ai marqué. Ça y est, j'étais dedans. Je venais de comprendre ce qu'était vraiment la Bundesliga.