Jean-Marie Dedecker et Frederik Vanderbiest se connaissent peu. Isabelle Montmorency, l'épouse de Fred, a été championne de Belgique de judo en catégories d'âge et elle a décroché trois médailles de bronze chez les seniors mais elle n'a jamais été reprise parmi les troupes d'élite de Dedecker.
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Jean-Marie Dedecker et Frederik Vanderbiest se connaissent peu. Isabelle Montmorency, l'épouse de Fred, a été championne de Belgique de judo en catégories d'âge et elle a décroché trois médailles de bronze chez les seniors mais elle n'a jamais été reprise parmi les troupes d'élite de Dedecker. En matière de football, celui-ci préfère aller à Bruges qu'à Ostende d'où il est pourtant natif. Hormis la saison dernière, le ballon rond n'a jamais fait recette à la côte. " J'ai joué ici, en D2, devant 400 personnes, c'était à pleurer ", dit Vanderbiest. " Maintenant, il y a du monde parce qu'Ostende gagne ", répond Dedecker, qui a cependant beaucoup de respect pour Vanderbiest. " Un type qui coache à l'instinct, à l'émotion. Je me reconnais en lui, d'autant que nous avons à peu près la même histoire : sur le terrain ou sur le tatami, nous n'étions pas des stars. Les entraîneurs de notre trempe sont encore plus motivés que les athlètes et ils veillent à ce que ceux-ci se dépassent. C'est aussi le cas de Mourinho, de Wenger. Il y a un peu de frustration là-dedans. Ceux qui ont déjà tout connu n'ont pas cela. " Dedecker : Oui. Vanderbiest : J'ai dû consentir beaucoup de sacrifices pour jouer en D1. M'entraîner dur et surveiller mon alimentation tandis que d'autres jouaient sans se forcer. J'ai aussi entendu mon épouse dire combien elle s'entraînait. Après un combat, un judoka ne boit pas de bière et ne mange pas de frites. Dedecker : Sans vouloir dénigrer personne, j'ai toujours dit que j'étais issu du milieu du sport tandis que le football n'était qu'un jeu. Vanderbiest : Je préfère entraîner que jouer, même si la plupart des anciens joueurs me prennent pour un fou quand je dis cela. J'ai succédé à Thierry Pister en février 2011 et j'ai vite compris que c'était plus amusant de tenter de faire jouer l'équipe à ma façon. Dedecker : Moi, je préférais être sur le tatami. Il n'y a rien de plus excitant que le sport de haut niveau. Entraîner, c'est palliatif, c'est une suite logique si on a des qualités de meneur. Vanderbiest : Je ne sais pas, je n'ai jamais connu le haut niveau. Deux matches internationaux avec les U15, dont une défaite contre le Luxembourg... (il rit). Dedecker : C'est pourquoi tu es si motivé. Ceux qui ont réussi au plus haut niveau veulent que leurs élèves les copient. Les autres savent combien il faut travailler et ils ont envie de réussir. Je vois vite quand quelqu'un triche. Fred est quelqu'un de vrai. Ça se voit à la façon dont il s'adresse aux arbitres. Dedecker : Certainement pas ! L'émotion fait partie du sport. Il m'est même arrivé de pleurer parce qu'Ingrid Berghmans avait perdu une finale. Je n'aime pas les entraîneurs froids. Je trouve juste que Fred ne devrait pas porter de costume. Le Général Patton s'adressait à ses troupes en tenue de combat. Vanderbiest : C'était le souhait de certains dirigeants. Parfois, je retire ma veste et je retrousse les manches de ma chemise (il rit). Dedecker : Oui, mais si les athlètes s'en aperçoivent, ils jouent avec vos pieds. Il faut essayer de former un groupe et de rester soi-même. Dans mon cas, c'était un peu différent parce que nous étions sans cesse partis, nous logions parfois dans des conditions épouvantables, à quatorze sur quelques mètres carrés. Frank Terryn dormait même dans une armoire. Je ne vois pas Vincent Kompany faire cela. Vanderbiest : Au Brésil, ils se plaignaient déjà que les chambres étaient trop petites... Dedecker : Chapeau à Fred pour ce qu'il a fait en aussi peu de temps dans une cave à cabillaud où personne ne croyait au football. Bien sûr, il a eu davantage de moyens mais il fallait le faire tout de même. Vanderbiest : De bons joueurs sont arrivés mais il a fallu les faire jouer ensemble. Et ce n'était pas si facile avec des gars comme Franck Berrier ou Fernando Canesin, qui voulaient diriger. Dedecker : Le problème, c'est que certains dirigeants veulent obliger l'entraîneur à faire jouer un tel ou un tel. Il faut une sacrée personnalité pour dire non. Vanderbiest : Je ne crois pas, il faut un entraîneur. Au début, j'organisais moi-même la fête d'adieux, en fin de saison. Cette saison, j'ai laissé faire les joueurs mais après un mois, ils n'avaient toujours pas trouvé d'accord. S'ils ne sont pas capables de faire cela, qu'est-ce que ça va donner sur le terrain ? Dedecker : On peut leur laisser l'impression que c'est eux qui décident mais chaque groupe a une sous-culture, en grande partie déterminée par le coach. Chez nous, des homosexuels n'ont pas trouvé leur place dans une sous-culture de machos. Vanderbiest : Dans d'autres sports, ça se fait. Mais en foot, on dirait que c'est tabou. Heureusement qu'ils n'ont pas connu Jean-Marie. Dedecker : Un jour, en demi-finale des championnats d'Europe, Pascal De Groot avait un demi-point d'avance et il a réussi à perdre le combat. J'étais tellement fâché que je suis monté sur le tatami avec un plateau. J'allais le lui écraser sur la tête mais il m'a vu et il est parti en courant. (il rit). Vanderbiest : Mes joueurs me connaissent. Pendant la semaine aussi, il m'arrive de les secouer. Là où je sais que j'ai raison, c'est que Schmisser a prolongé pour trois ans et va gagner trois fois autant. Il a beaucoup changé. J'ai donc bien fait de l'enguirlander. Il est même possible que, je le fasse à nouveau. Vanderbiest : A OHL, on les a peut-être un peu trop réconfortés. Dedecker : Un jour, avant un combat, j'ai passé un savon à Harry van Barneveld. S'il m'avait frappé, je ne serais plus là pour le raconter. Vanderbiest : Alex Ferguson a bien lancé une chaussure à la tête de David Beckham. Dedecker : Ferguson, voilà un type vrai. Lui non plus n'a pas été un grand joueur mais dans le vestiaire, il a su s'imposer à tous ces égos. J'admire aussi beaucoup Michel Preud'homme, un type qui coache à l'émotion. Ce sont des gars qui peuvent rester le temps qu'ils veulent dans un club. Vanderbiest : Si je courais jusqu'au point de corner comme Mourinho l'a fait après le but décisif de Chelsea face au PSG, on dirait sûrement que je me dope (il rit). Dedecker : Ça aussi, c'était authentique. Mourinho pose pour les médias mais en interne, il ne fait pas de cinéma. Georges Leekens, que je connais bien, n'a plus aucun crédit : il est trop faux. Vanderbiest : La saison dernière, quand j'ai hérité de tous ces joueurs, je me suis aussi demandé comment j'allais m'y prendre pour concilier tous ces égos. Mais je suis resté le même, comme Peter Maes, que je connais depuis ses débuts d'entraîneur à Geel. De Decker : En football, on cultive le bouc émissaire. Un entraîneur peut-être viré par les joueurs, comme ça s'est passé à Anderlecht. Pour eux, perdre trois fois de suite, ce n'est pas grave. Mais l'entraîneur, lui, paye les pots cassés. Vanderbiest : BesnikHasi a remis Kouyaté dans l'entrejeu et a joué avec deux attaquants mais Anderlecht a pris 22 sur 30 dans les play-offs avec neuf joueurs déjà utilisés par Van den Brom. La différence, c'est que ceux-ci se battaient pour Hasi et plus pour Van den Brom. Moi aussi, j'aurais pu être viré, après un 6 sur 33 malgré les nouveaux joueurs. Van der Biest : J'avais déjà tellement donné et nous étions menés 0-3 après une demi-heure contre Malines (il souffle). Le lendemain, j'ai posé certaines questions aux joueurs. Voulaient-ils encore de moi ? Je les ai pris un par un et leur ai dit que le premier qui baisserait les yeux recevrait mon poing sur la tronche. Celui que j'ai le plus secoué, c'est Franck Berrier parce que j'attendais davantage de lui. Il a dit tout de suite : -Coach, on ira au feu pour vous. Mais s'il avait dit qu'il ne voulait plus de moi, j'aurais été contraint de partir. Dedecker : Les résultats obtenus m'avaient conféré un certain pouvoir mais il y avait parfois des tensions. Des athlètes non sélectionnés allaient au tribunal, Christel Deliège a même porté l'affaire devant l'Europe. J'ai gagné sur toute la ligne mais tout de même... Vanderbiest : Si tu n'es pas sélectionné pour les Jeux, tu dois attendre quatre ans. Au foot, tu peux jouer la semaine suivante. Dedecker : Et en cyclisme, si tu rates le Tour des Flandres, tu peux te reprendre à Paris-Roubaix. Un joueur qui est sur le banc doit être fâché car le sport de haut niveau est fait d'égoïsme mais l'entraîneur doit avoir suffisamment de personnalité pour conserver une bonne ambiance au sein de son groupe. Vanderbiest : Tout est plus facile quand on gagne. Chaque vendredi, j'appelle chaque joueur un à un. Celui qui n'est pas repris reçoit un programme et une explication. Dedecker : Bonne idée. Vanderbiest : J'ai retenu cela de René Vandereycken que j'ai connu au RWDM quand j'avais 18 ans. Et si on avait une question, il fallait la poser tout de suite. Dedecker : Vandereycken, sacrifié parce qu'il ne pouponnait pas suffisamment les Diables.Je crois que je suis trop vieux et que je ne supporterais plus la mentalité des jeunes. Avant, même en congé, on sortait ensemble. Maintenant, c'est chacun dans son coin. Et ces tatouages ! (il souffle) Comme ils sont incapables de lire, ils se font tatouer l'alphabet sur les bras. Ma tension est plus élevée que le QI de la plupart des footballeurs. PAR CHRIS TETAERT - PHOTOS : BELGAIMAGE" Ma tension est plus élevée que le QI de la plupart des footballeurs. " - Jean-Marie Dedecker " Chez nous, des homosexuels n'ont pas trouvé leur place dans une sous-culture de machos. " - Jean-Marie Dedecker " Après l'arrivée des nouveaux joueurs, je me suis demandé comment j'allais m'en sortir avec tous ces égos. " - Frederik Vanderbiest