En prolongeant et en rehaussant le contrat de son capitaine jusqu'en 2020, la direction anderlechtoise a remercié à sa façon un élément décisif de la dernière campagne. De son côté, l'international algérien n'a jamais véritablement pensé à changer de crèmerie. " Je me sens bien ici. Et je n'avais pas envie de me poser de questions dans cette longue période de mercato. Je voulais être fixé rapidement. Le club est venu vers moi pour me récompenser de la saison dernière, et on était sur la même longueur d'onde. J'ai envie de profiter, cette saison, des efforts réalisés la saison passée. C'est une grosse opportunité pour moi et pour tout le groupe de jouer cette Ligue des Champions. "
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En prolongeant et en rehaussant le contrat de son capitaine jusqu'en 2020, la direction anderlechtoise a remercié à sa façon un élément décisif de la dernière campagne. De son côté, l'international algérien n'a jamais véritablement pensé à changer de crèmerie. " Je me sens bien ici. Et je n'avais pas envie de me poser de questions dans cette longue période de mercato. Je voulais être fixé rapidement. Le club est venu vers moi pour me récompenser de la saison dernière, et on était sur la même longueur d'onde. J'ai envie de profiter, cette saison, des efforts réalisés la saison passée. C'est une grosse opportunité pour moi et pour tout le groupe de jouer cette Ligue des Champions. " SOFIANE HANNI : Je suis quelqu'un de très posé dans un vestiaire. Quand j'ai quelque chose à dire, je le dis, j'essaie de prendre mes responsabilités. Je suis conscient que, dans une équipe, il faut trois-quatre cadres qui font passer le message et j'en fais partie. Mais je ne suis pas quelqu'un qui va prendre la parole tous les jours pour afficher son statut. Aux entraînements, j'essaie surtout d'instaurer une culture de la gagne à l'équipe. HANNI : J'ai grandi avec cette rage de vaincre. Dans mon parcours, j'ai rencontré certaines difficultés, on ne m'a pas facilité les choses. Et aujourd'hui, je n'ai pas envie de perdre du temps. Chaque année, je me rends compte que je peux progresser et aller toujours plus loin. Ça reste un sport mais je ne suis pas là juste pour jouer. Je me dis tout le temps : soit tu le fais à fond, soit tu ne le fais pas. C'est ma mentalité à l'entraînement, en match. HANNI : Non, pas vraiment. J'ai un côté gagneur depuis tout petit mais il faut avoir un côté mort de faim dès le début. HANNI : Exactement. Depuis ses 17 ans, tout ce qu'il peut prendre, il le prend. Et c'est cet état d'esprit qu'on essaye d'inculquer à Anderlecht. Mais 80 % des jeunes joueurs vont avoir une mentalité " je suis chez les pros, c'est déjà très bien. " Youri a une mentalité de gagneur, de champion, il sait ce qu'il veut faire, il sait où il veut aller. À Nantes, un jeune doit arriver le premier, être le premier sur le terrain, il doit porter le matériel. À l'entraînement, tu ne dois pas être le meilleur mais tu dois montrer que tu as envie. Les duels par exemple, tu ne dois pas les perdre. C'est ce qu'on m'a appris et ça a été important dans mon développement. En général, on dit que les anciens doivent montrer l'exemple mais les jeunes doivent être irréprochables et doivent montrer qu'ils veulent s'imposer. HANNI : De temps en temps, ça m'arrive à l'entraînement ou en match de crier quand un duel n'est pas gagné. Pour gagner un match, il faut gagner tes duels. Il y a une forme d'humiliation quand on te bouge, que tu tombes au sol, on touche à ta fierté. C'est quelque chose que j'ai travaillé en Turquie en D2, dans un football plus agressif, où l'on me trouvait un peu nonchalant comme numéro 10. Les trois saisons passées là-bas m'ont aidé sur ce point. HANNI : Tu n'es pas obligé d'être grand et costaud mais d'être solide. Un joueur comme N'Golo Kanté est petit, pas très costaud mais il gagne tous ses duels, Youri n'est pas une armoire à glace non plus mais il gagne ses duels également. Mais ils sont agressifs, forts sur leurs jambes. HANNI : La priorité, c'est de gagner. Après, j'adore quand on pratique du beau football, quand on arrive à marquer sur une superbe action. Je ne suis pas un joueur qui veut gagner sans la manière. J'aimerais toujours ajouter la manière. Mais face au Red Bull Salzbourg, par exemple, on a essayé de construire de derrière, et eux ils n'attendaient que ça, qu'on perde la balle. Et ça s'est payé cash. On a pris 4-1 au final. Des fois, il faut jouer plus intelligemment. HANNI : Depuis que je suis arrivé en Belgique, il y a trois ans, je n'ai jamais vu le football champagne dont tout le monde parle à Anderlecht. HANNI : Si, clairement. HANNI : La saison passée, nos plus beaux matches ont eu lieu en Europa League face à des équipes qui essayaient de jouer au ballon. En championnat, c'est plus difficile quand les équipes viennent pour casser le jeu. HANNI : On était en reconstruction et il faut aussi savoir jouer avec la faiblesse de l'adversaire. C'est le coach qui nous l'a inculqué. Et ça a marché. HANNI : Je ne sais pas. On a été champion, on a fait un beau parcours en Europa League, ce n'est pas facile de changer de style de jeu quand tu sors d'une belle saison, quand t'as "réussi". Si j'étais coach, je ne sais pas si je prendrais le risque de tout chambouler. Notre coach trouve que le football a changé, il nous donne des exemples concrets à chaque week-end : "Regardez ce match, ils ont eu 30 % de possession et ils ont gagné". Le foot a changé. Malheureusement, j'ai envie de dire pour quelqu'un qui a été formé avec le jeu "à la nantaise ". Mais on s'adapte au football d'aujourd'hui et je pense que le coach l'a bien compris. En Ligue des champions, on devrait rencontrer des équipes plus fortes que les équipes contre qui on a joué la saison passée en Europa League. Je ne pense donc pas que l'on va entamer le match en se disant "faut avoir la possession". Contre Manchester, on est resté en bloc, sans être devant notre but, mais quand on récupérait le ballon on savait en faire quelque chose. On pouvait jouer en attaque rapide, ou garder le ballon. Le coach insiste beaucoup sur le fait de varier le jeu, d'être en possession, de demander la balle dans les pieds, de ne pas toujours partir en contre-attaque, de temporiser, de mettre un petit ballon sur l'attaquant quand c'est bloqué, etc. HANNI : Oui, j'ai l'impression que c'est un de mes meilleurs matchs. Mais je n'étais pas du tout surpris, je savais que j'allais être à la hauteur. Parce que ce sont de gros matches, je me sens bien, il va y avoir du football, ce n'est pas un match de bourrins. La grande différence, c'est le rythme, car la qualité footballistique, on l'a tous à Anderlecht. Mais il faut être capable de répondre physiquement durant ces 120 minutes. On ne va pas se mentir, ce n'était pas non plus le Manchester de Sir Alex Ferguson. On savait qu'il y avait quelque chose à faire face à cette équipe. HANNI : Oui, c'est un gros club où l'on fait beaucoup pour les joueurs, où l'on sait être dur quand ça ne va pas, mais où l'on sait aussi te récompenser. En Turquie, par exemple, après avoir été champion de D2, et que la saison était terminée, tu avais beau appeler le président, plus personne ne répondait. À Anderlecht, ils ne sont pas ingrats. Par contre, si ça ne va pas, ils vont te le dire. HANNI : Non, pas du tout. Je les ai entendus contre Gand, où j'ai joué un de mes plus mauvais matches. J'ai loupé 3-4 passes que je ne rate pas d'habitude. Après le match, je l'ai dit directement à mon père qui était au stade : "C'est pas moi ça".HANNI : Je suis le type de joueur qui, quand ça va moins bien, va être visé. Mais c'est positif, ça veut dire que tu es un bon joueur. On ne vise jamais les mauvais joueurs. Sur le moment, je me suis dit : " Il n' y a pas de reconnaissance. Mais c'est pas grave je vais leur montrer. " Et le match d'après, contre Ostende, je leur ai montré. HANNI : Tu te le dis parfois mais ce n'est pas le bon réflexe à avoir. Si tu ne prends pas de risques, tu ne vas pas faire gagner ton équipe. Ma mentalité, c'est quitte à louper les 3-4 prochaines passes, je vais prendre ce risque mais je vais tout faire pour marquer ou faire un assist. HANNI : Pourtant avant, c'était le cas. Quand j'étais au centre de formation, j'étais heureux quand j'avais réalisé des petits ponts, des dribbles en match. Quand on regardait une rencontre à la télé, on criait quand on voyait des dribbles mais pas quand il y avait des buts. Mais les formateurs à Nantes te font comprendre que si tu mets un retourné ou une pointe, ça vaut un but, c'est la même chose. Et que si tu mets un petit pont mais qu'il n'y a rien derrière, ça ne vaut rien. HANNI : Bien sûr, on a une chance incroyable. Mais on donne le sentiment que le footballeur a la vie facile : il tape dans un ballon sur le terrain et il gagne des millions. C'est l'image que beaucoup de personnes se font. Mais il y a beaucoup de moments difficiles, il y a ce que tu vois sur le terrain, au stade et toute la partie dans l'ombre que tu ne vois pas. Il faut aussi passer par des sacrifices : je suis parti à 14 ans en centre de formation, à 20 ans je suis parti pour trois ans en Turquie. Sur place, j'ai connu des joueurs qui laissaient la famille, les enfants derrière eux car ils ne voulaient pas les délocaliser. HANNI : Ça te fait grandir, ça te montre une autre réalité. HANNI : C'était top, j'avais mon appartement, et je me rendais à l'entraînement en scooter vu que les voitures sont très chères là-bas. Je mangeais au club et le soir, je rentrais tranquillement chez moi. HANNI : C'est totalement différent mais je m'y sentais bien. Je suis musulman, donc ça change beaucoup de choses. J'avais un collègue croate, arrivé en même temps que moi, qui m'a dit : " C'est pas ma mentalité. " Et au bout de trois mois, il est parti. HANNI : Oui. Apparemment, j'ai eu une chance incroyable (il rit). Dans le premier club où j'ai passé deux ans, on me payait entre le premier et le dix de chaque mois et dans le deuxième club, je m'étais arrangé avec le directeur sportif pour qu'il me verse mon salaire tous les trois mois. En Turquie, les primes sont plutôt avantageuses, tu n'as pas vraiment besoin de ton salaire pour vivre. C'était la première fois que je prenais un peu d'argent parce qu'à Nantes, j'avais un petit contrat pro. Ma première préoccupation a donc été d'économiser et d'essayer d'investir. HANNI : Non. À Nantes, dès mes 14 ans, je touchais un salaire de 600-700 euros. Mon père m'a dit que je ne pourrais toucher que 160 euros par mois de ce montant, le reste était bloqué. Sur le coup, je n'étais pas content, j'avais mes équipiers du même âge, qui faisaient les magasins, j'étais même énervé. Mais à 17 ans, quand j'ai signé mon premier contrat pro, et qu'on nous a dit qu'on ne dormirait plus au centre de formation, qu'il fallait aller vivre en appartement, j'étais content d'avoir 10-12 000 euros pour pouvoir le meubler. Et je dois remercier mon papa pour ça. HANNI : Oui. Et c'est un passionné de foot, il s'y connaît vraiment. De mes 5 ans jusqu'à mes 14 ans, il m'a suivi partout, je ne pense pas qu'il a loupé un seul entraînement. Il était toujours derrière moi. HANNI : Il a enchaîné les boulots ; aujourd'hui il travaille dans un hôpital, il amène la nourriture dans les chambres. HANNI : Pour mes parents, leur maison, c'est une belle baraque. Ils ont travaillé toute leur vie, ils ont économisé. J'avais peut-être 12-13 ans, quand ils ont, grâce aux économies, réussi à s'acheter cette maison. C'est la réussite de leur vie. Et ils connaissent tout le monde dans le quartier, ils ont grandi là. Notre famille est partout sur 1,5 km. Ils ne partiront pas. HANNI : Non. Mes parents ne s'y sentiraient pas à l'aise, c'est pas leur milieu, ils n'ont pas grandi là-dedans, ils n'auraient plus leurs habitudes : c'est calme, les gens sont aisés... PAR THOMAS BRICMONT ET ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE - VIRGINIE LEFOUR" Depuis trois ans, je n'ai jamais vu le football champagne dont tout le monde parle à Anderlecht. " Sofiane Hanni