Georges Leekens: "Lorsque je suis allé en Ouganda avec l'équipe nationale d'Algérie, il y deux semaines, j'avais demandé à la fédération de me fournir les photos des joueurs sélectionnés. C'était un moyen d'identifier tout le monde, d'essayer de retenir les noms et d'apprendre à les prononcer. Ce n'est pas évident. Je ne connaissais personne, d'autant que ceux qui évoluent à l'étranger n'étaient pas présents. Cela démontre bien qu'en partant en Algérie, je recommence à zéro. Je savais que j'avais accepté une tâche très difficile et c'est pourquoi il m'a fallu deux mois avant de signer. Mais je n'imaginais quand même pas que ce serait aussi dur. Il n'y a aucune organisation, nous avons dû rouvrir des lignes téléphoniques, veiller à ce qu'il soit à nouveau possible de joindre la fédération par fax et modifier certaines choses. Au secrétariat, par exemple, il y a juste un bureau, rien de plus. Même pas une femme de ménage pour entretenir les locaux. Plus rien n'a été fait depuis que Madjer est parti, il y a six mois. Certains joueurs qui évoluent à l'étranger ne voulaient plus venir. Parce qu'ils n'étaient pas assurés, parce que leur billets d'avion n'avaient pas été réservés et qu'ils devaient les payer eux-mêmes, parce qu'il y avait du retard dans le versement des primes ou parce que les conditions d'entraînement étaient exécrables. Ce sont des choses que je veux changer mais c'est une corvée à laquelle je ne peux m'atteler seul.
...

Georges Leekens: "Lorsque je suis allé en Ouganda avec l'équipe nationale d'Algérie, il y deux semaines, j'avais demandé à la fédération de me fournir les photos des joueurs sélectionnés. C'était un moyen d'identifier tout le monde, d'essayer de retenir les noms et d'apprendre à les prononcer. Ce n'est pas évident. Je ne connaissais personne, d'autant que ceux qui évoluent à l'étranger n'étaient pas présents. Cela démontre bien qu'en partant en Algérie, je recommence à zéro. Je savais que j'avais accepté une tâche très difficile et c'est pourquoi il m'a fallu deux mois avant de signer. Mais je n'imaginais quand même pas que ce serait aussi dur. Il n'y a aucune organisation, nous avons dû rouvrir des lignes téléphoniques, veiller à ce qu'il soit à nouveau possible de joindre la fédération par fax et modifier certaines choses. Au secrétariat, par exemple, il y a juste un bureau, rien de plus. Même pas une femme de ménage pour entretenir les locaux. Plus rien n'a été fait depuis que Madjer est parti, il y a six mois. Certains joueurs qui évoluent à l'étranger ne voulaient plus venir. Parce qu'ils n'étaient pas assurés, parce que leur billets d'avion n'avaient pas été réservés et qu'ils devaient les payer eux-mêmes, parce qu'il y avait du retard dans le versement des primes ou parce que les conditions d'entraînement étaient exécrables. Ce sont des choses que je veux changer mais c'est une corvée à laquelle je ne peux m'atteler seul. C'est pourquoi j'ai emmené Stéphane Pauwels (ex-Mouscron et Lens) qui fait office de coordinateur technique. Au début, on me regardait de travers, on me disait que des autochtones pouvaient très bien faire ce job mais en ce qui me concerne, c'était une condition sine qua non: je voulais pouvoir compter sur quelqu'un que je connaissais. A terme, d'autres gens devraient venir, sinon je meurs. Ici, je ne fais qu'établir des plans. J'aimerais pouvoir déléguer car un entraîneur qui veut réussir doit s'entourer de gens qui lui facilitent la tâche. Je l'ai vu chez les Diables Rouges: on ne peut pas combiner le job d'entraîneur fédéral et celui de directeur technique. Les gens qui s'attachent au pouvoir ne peuvent pas fonctionner à long terme. J'ai conservé l'ancien directeur technique de l'équipe nationale, un homme de 70 ans, une sorte de Raymond Goethals qui peut m'aider à surmonter la différence de mentalité car j'arrive comme un cheveu dans la soupe. Je travaillais depuis un mois pour l'équipe nationale d'Algérie lorsqu'un membre du personnel a été licencié. Il était très lent et ne faisait pas preuve de bonne volonté. J'ai dû me montrer très dur. Evidemment, dans un tel pays, il faut pouvoir s'adapter à la culture locale mais cela ne veut pas dire qu'il faut l'adopter. Ils ont tendance à refuser tout ce que vous demandez ou à ne pas le faire à fond. Si on demande une télévision, ils l'amènent après un certain temps et ils ne la branchent pas. Donc, il faut les rappeler et on perd un temps fou. Le mot qu'on entend le plus, c'est: -Demain. Ce n'est pas dans mon caractère car j'ai toujours été très organisé mais les gens sont gentils et enthousiastes. J'essaye de jouer là-dessus, y compris à la fédération ou au ministère des Sports, où on veut vraiment progresser. Je leur ai clairement fait comprendre qu'il fallait partir sur de nouvelles bases, que j'allais fournir un travail en profondeur, que je voulais structurer l'équipe nationale et son entourage. J'ai l'impression qu'ils y sont favorables". "Ils veulent des résultats tout de suite""Outre les lacunes au niveau de l'organisation, le plus grand problème, c'est le piteux état des terrains. C'est dramatique. Ils sont mal entretenus, notamment parce qu'il n'y a pas d'eau. C'est une question d'urbanisme. Et puis, trop d'équipes jouent sur ces terrains. Cela freine le développement de l'individu. Techniquement, le niveau est acceptable. Mais la technique, ce n'est pas seulement dribbler un homme. Ce qui compte, c'est la technique en mouvement. Je ne peux pas encore juger de l'ampleur du travail à accomplir. Il est clair que ces conditions de travail vont rendre difficile le travail au niveau tactique. Or, c'est justement ce qui doit changer en Algérie: le collectif doit prendre le pas sur l'individu. Le championnat d'Algérie se compose de seize équipes. Il y a régulièrement des problèmes de hooliganisme. Les joueurs sont très émotifs et la situation dégénère vite. S'ils veulent progresser, ils doivent apprendre à se contrôler. Hormis un Français et un Tunisien, tous les entraîneurs sont Algériens. Je veux parler avec eux et faire du scouting dans tout le pays. Par le passé, ils ont déjà fait une croix sur un joueur parce qu'il était soi-disant trop lent et trop lymphatique Depuis, il joue en équipe de France, où il fait la pluie et le beau temps. Son nom? Zinedine Zidane. Il faut empêcher que ce genre de choses se reproduise car je peux vous garantir qu'il n'y a pas de Zidane en Algérie mais beaucoup de joueurs de bonne volonté. Depuis trois semaines, je suis confronté à des tas de problèmes, vous n'imaginez pas. En ce moment, je dois tout régler, même veiller à ce que mon visa soit prolongé, téléphoner constamment aux joueurs qui ne voulaient plus jouer en équipe nationale, surveiller les dossiers administratifs. Le chemin est encore très long. Je sais qu'on ne peut pas forcer les choses. L'improvisation prime sur l'organisation, c'est ancré dans leur mode de vie. En principe, nous aurions dû partir en Ouganda le mercredi matin mais le voyage a été reporté au jeudi après-midi. Lorsque nous sommes arrivés près de l'avion, il était en panne. Finalement, nous avons décollé le jeudi soir pour arriver en Ouganda le vendredi matin. Parfois, il faut arrêter de penser et se montrer patient. Seulement, cela n'a jamais été ma force. En Ouganda, nous devions jouer à 16h30 mais le président de la fédération ougandaise a organisé un match en lever de rideau auquel il prenait part avec des vedettes locales. Notre match a donc débuté deux heures plus tard. Avant d'entrer dans le stade, nous avons tous été fouillés parmi la foule. Une question de sécurité, paraît-il. Mais en même temps, nous n'étions pas protégés. Et après le match, nous avons dû rentrer directement pour arriver le dimanche matin en Algérie. Une semaine plus tard, je n'avais toujours pas récupéré.Le plus grand danger, c'est qu'ils veulent des résultats tout de suite. Il y a de la pression sur mes épaules. Je suis arrivé comme un roi, comme si j'allais tout révolutionner. On a placé la barre très haut. Un journal a écrit que je gagnais 22.000 euros par mois et la presse belge l'a répercuté. Je ne parle pas d'argent. Je dis juste que j'aurais pu gagner bien plus ailleurs. A Dubaï, on m'offrait le double de ce que je gagne ici. Mais il me fallait des perspectives et c'est le cas en Algérie, retombée à la 65e place mondiale. Ou je l'aide à remonter, ou elle s'enlise. Il y a des moyens, l'équipe nationale a un grand sponsor, Khalifa, un holding qui possède une banque, une compagnie aérienne et une chaîne de télévision. Ces gens sont très ambitieux. Ils veulent se qualifier pour la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Avant cela, il y a d'autres objectifs: les jeux Panarabes qui auront lieu en septembre en Algérie, par exemple. Mais ils sont réservés aux footballeurs évoluant au pays. Et puis, il y a la Coupe d'Afrique, l'année prochaine en Tunisie. L'Algérie est versée dans un groupe avec la Namibie et le Tchad. Après deux matches, elle compte déjà six points, c'est bien parti. Pourtant mon travail va bien plus loin que les résultats à court terme. Lorsque j'ai repris l'équipe nationale belge, j'ai dit immédiatement qu'il y avait un problème de communication. Manifestement, il n'a pas été réglé et cela s'est vu sous le règne de Robert Waseige". "Le job de coach fédéral me fascine""Ces dernières années, j'ai constaté une chose: on ne s'adresse à moi que lorsqu'il y a des problèmes. Ce fut le cas à Roda, mon dernière club, où je me suis beaucoup amusé. J'aime la mentalité hollandaise, la façon directe dont ces gens communiquent. Seulement, à un certain moment, nous nous sommes disputés parce que je ne pouvais pas m'occuper du sportif. C'est difficile à vivre. On demande souvent aux entraîneurs de disputer une course de F1 au volant d'une Fiat Uno et pas d'une Ferrari. Là, je ne suis pas d'accord. Cela m'a fait du bien de m'occuper d'autre chose pendant six mois, de prendre un peu de recul tout en travaillant à certaines choses. Mais j'ai à nouveau des fourmis dans les jambes. Je ne crois pas que je vais m'enterrer en Algérie. Le job de coach fédéral me fascine toujours, même si cela m'a fait bizarre d'entendre l'hymne national algérien en Ouganda. Et encore, j'étais dans la tribune: ce sera encore pire lorsque j'effectuerai mes véritables débuts sur le banc contre la Belgique. Au cours des dernières semaines, j'ai laissé le travail de terrain à mes adjoints. Pour ma part, j'ai beaucoup séjourné en France, où jouent pas mal de footballeurs algériens. A Marseille, il y a Hemdani, un médian défensif qui est peut-être le meilleur joueur du pays. Il y en a également deux à Manchester City, dont Benarbia, un médian de 34 ans qui a distribué le jeu à Monaco. Il avait tourné la page de l'équipe nationale mais il est probable qu'il va revenir. Plus il y a de joueurs à l'étranger, plus le niveau de l'équipe nationale est élevé, c'est simple. Mais il faut que ces étrangers apportent un plus. Sans quoi il y a des problèmes avec les gens qui jouent au pays. Du moins, c'est comme cela que je le ressens. J'apprends à vivre avec cela. En équipe nationale belge, il y avait aussi des difficultés entre Flamands et Wallons. D'un point de vue offensif, l'Algérie a une bonne équipe, bien qu'il lui manque un finisseur. Le plus important est que tout le monde tire à la même corde. Et il faut bien les encadrer. D'abord l'équipe A, puis le reste. Je sais que cela ne se fera pas tout seul: si j'arrive à faire passer 40 % de mes idées en un an, je serai content. D'autant que je ne connais pas les arcanes, je ne sais pas qui a le pouvoir. J'ai déjà fait admettre que nous devons jouer tous les matches dans le stade national d'Alger. Actuellement, il est en réfection en vue des jeux Panarabes. C'est pourquoi nous devrons affronter la Belgique ailleurs. J'aime avoir un endroit fixe, je ne veux pas qu'on dise qu'on favorise les amis des amis. C'est un peu comme chez nos jeunes: parfois on joue à Wavre, puis à Meulebeke... A quoi ça sert? Il faut avoir un port d'attache.A Alger, je vis dans un bungalow, dans un quartier privé. En ville, tout est très contrôlé. J'ai un chauffeur qui m'accompagne partout. C'est nécessaire. Il y a trois millions d'habitants à Alger et ils conduisent à la turque. Je ne ressens toutefois pas l'insécurité. On m'interroge souvent sur les problèmes de ce pays mais je n'en parle pas. Ni là-bas, ni ici. Au cours de ma toute première conférence de presse, j'ai demandé qu'on ne me pose pas de question à ce sujet. Je n'ai pas d'avis, je ne veux pas mêler sport et politique. Je suis ici pour aider le football algérien à progresser, pour mettre mon expérience à sa disposition. Si cela ne marche pas, tant pis pour eux. Et pour moi. J'ai un contrat de quatre ans qui expire en janvier 2007, qui est révocable de part et d'autre après deux ans, en janvier 2005. D'ici-là, je devrai établir un bilan: comprennent-ils ce que je veux? Me suivent-ils dans mes choix? Si je ne peux rien changer, j'arrêterai. Il faut être honnête avec soi-même. Finalement, je fais beaucoup de sacrifices, ma situation n'est pas facile avec ma famille en Belgique. Je ne veux pas m'en plaindre, c'est moi qui l'ai choisi. Mais je veux travailler dans de bonnes conditions et voir qu'il y a moyen de progresser. L'Algérie est un pays en pleine expansion. Il y a du pétrole et du gaz, des possibilités. Y compris en football. Une nouvelle direction a été mise en place, elle est enthousiaste. Et les gens adorent le football. Seulement, il faut exploiter ces possibilités et apprendre que le football, ce n'est pas seulement une question de résultats. Je vais travailler très dur mais je ne peux pas tirer la charrue tout seul, j'ai besoin d'aide. Si ce n'est pas le cas et qu'on ne me suit pas, je préfère arrêter".Jacques Sys"Parfois je dois arrêter de penser et être patient, mais ce n'est pas mon point fort""Je ne veux pas mêler sport et politique. Je n'ai pas de point de vue sur les problèmes en Algérie"