Alors qu'il s'installe dans un fauteuil des loges de la Cristal Arena, le regard d'Alex McLeish tombe sur une maxime de JohanCruijff : Tu vois un ballon et tu le veux. Mais la vraie question, c'est : que vas-tu en faire ? " Je devrais peut-être afficher cela dans le vestiaire ", dit l'Ecossais.
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Alors qu'il s'installe dans un fauteuil des loges de la Cristal Arena, le regard d'Alex McLeish tombe sur une maxime de JohanCruijff : Tu vois un ballon et tu le veux. Mais la vraie question, c'est : que vas-tu en faire ? " Je devrais peut-être afficher cela dans le vestiaire ", dit l'Ecossais. Un peu. Avec l'expérience, on ne fait plus cela. Au début de sa carrière, SamMendes, le réalisateur du dernier James Bond, se ruait à la librairie. Aujourd'hui, il ne le fait plus. Je n'ouvre plus les journaux que pour chercher un renseignement bien spécifique. Des statistiques, par exemple. En n'accordant pas d'importance à la critique, je ne verse ni dans l'euphorie, ni dans la déprime. Je n'aime pas cela. Après, quand je les relis, je trouve que j'ai donné trop d'informations. Il faut toujours rester un peu mystérieux. La saison à Aston Villa avait été difficile. Je venais de Birmingham City, l'autre club de la ville, et la pression était forte parce qu'une minorité de fans criait plus fort que les autres. Puis il y eut des blessures, des réductions de salaire. Mon job ne consistait plus seulement à tirer le meilleur rendement de mes joueurs. De plus, il était difficile de mettre quelque chose en place en un an seulement. Oui mais entre les deux, six ou sept mois se sont écoulés. Et je n'aurais pas dû accepter le boulot à Nottingham. J'ai peut-être commis l'erreur de penser que je devais absolument me remettre au boulot. Un peu, oui. Même FabioCapello m'a dit que cela lui était arrivé après être resté six mois sans travailler. Dans ces cas-là, on se dit qu'il faut se remettre au travail. Non, parce que j'avais travaillé pour la télévision et discuté avec différents clubs, tant au Moyen-Orient qu'en Angleterre. Après mon expérience à Nottingham Forest, j'avais besoin de prendre le temps. Lorsque plus personne ne s'intéressait à lui en Angleterre, SteveMc Claren a prouvé à Twente qu'il n'était pas si mauvais entraîneur que cela. J'ai pensé à cela lorsque j'ai eu l'occasion de discuter avec Genk. A la participation à la Ligue des Champions (en 2011-2012, ndlr). De plus, le club a aussi remporté la Coupe de Belgique voici peu. Au cours des cinq ou six dernières années, il a toujours fait partie du top belge et il a sorti des joueurs comme KalidouKoulibaly, ThibautCourtois, ChristianBenteke, KevinDeBruyne... La proposition était donc intéressante. Très. Quand j'ai signé, le club comptait trois points en quatre matches. Le soir même, il a gagné contre La Gantoise et ce fut le début d'une série de neuf matches sans défaite qui nous a rapporté 19 points. Aucun autre club de D1 n'a fait aussi bien à la même période. Nous venons de subir deux défaites d'affilée mais face au Standard, nous méritions mieux car nous avons bien joué. Le coup franc de Paul-JoséMpoku était de classe mondiale mais nous devons encore apprendre à mieux défendre. Ce qui m'a plu, c'est la réaction des joueurs à 0-1. A Zulte Waregem, dans les mêmes circonstances, ils avaient baissé les bras et avaient immédiatement encaissé un deuxième but. Les joueurs voulaient absolument prolonger leur série de matches sans défaite et s'étaient mis beaucoup de pression. Pendant un an, ils n'avaient pas réussi à remporter deux rencontres d'affilée. Quand ils l'ont fait, ils étaient presque soulagés. Je les comprends mais maintenant, il faut repartir de l'avant. Ils ont prouvé qu'ils pouvaient le faire. Si nous prenons l'habitude de gagner chaque semaine, le nombre de buts inscrits aura peu d'importance. Bien sûr, ce serait chouette de voir à chaque fois cinq ou six buts mais pour le moment, nous avons peu de joueurs capables d'emballer un match. Il y a IlombeMboyo, qui a inscrit quatre buts mais BenjaminDeCeulaerest blessé et AleksandarCavric découvre la Belgique. Nous avons aussi quelques ados comme TimothyCastagne, SiebeSchrijverset PieterGerkens. Ce n'est certainement pas l'équipe la plus expérimentée que Genk ait alignée. Vous comparez avec des clubs qui ont plus de moyens que nous. Bruges a dépensé 5 millions d'euros pour NicolasCastillo(3 millions selon l'ancien club du joueur, ndlr) tandis que nous devons nous adapter à la conjoncture. Genk ne peut pas se permettre d'acheter les meilleurs attaquants du championnat d'Argentine et n'est pas aussi puissant financièrement qu'Anderlecht, qui est venu chercher DennisPraet ici. Contre Gand, il était au-dessus du lot. Il a du talent et je pense qu'il doit encore inscrire cinq à dix buts cette saison mais ne me demandez pas d'évaluer chaque joueur individuellement. Je n'ai pas dit cela mais c'est le genre de choses dont je ne parle qu'avec mes joueurs, images à l'appui si possible, histoire de montrer que je ne raconte pas n'importe quoi. Je ne montre pas seulement les mauvaises choses mais aussi les bonnes, histoire de les mettre en confiance. Ils doivent pouvoir se dire qu'ils ne sont pas si mauvais. Non, parce que je suis comme ça. Je ne vois pas la bouteille à moitié vide mais à moitié pleine. Un vieil homme qui avait réussi dans les affaires en Ecosse m'a toujours dit : Quand on t'aborde avec quelque chose de négatif, réponds par du positif.Les gens qui ne voient un match qu'une seule fois n'en retiennent souvent que les points négatifs. S'ils le revoyaient avec moi, ils verraient aussi du positif. Même à Zulte Waregem, il y en a eu. Je ne dis pas que nous avons bien joué mais il y a eu de bonnes choses. Et pour ce qui est de ma crédibilité : je crois que je m'y connais davantage en football que pas mal de journalistes. Je trouve seulement qu'on est trop négatif envers Genk, même lorsque nous gagnons. On essaye souvent de me faire dire du mal de mon équipe. On dirait que tout le monde nous en veut mais c'est sans doute dû au fait que le club traverse une période difficile. Vous pouvez en être sûr. (il rit)Je pense que je suis honnête. Mais si on va trop loin, j'interviens. Je n'étais pas au courant de tout. Les supporters nous ont beaucoup soutenus mais nous aimerions récupérer ceux qui nous ont tourné le dos. Je trouve que les joueurs ont du mérite d'avoir décroché de tels résultats dans ces circonstances. Imaginez un peu ce que cela aurait été s'ils s'étaient sentis entièrement soutenus. Ils auraient sans doute été encore plus inspirés. Il aurait peut-être fallu l'organiser un matin (il rit). Non, sincèrement, je n'ai pas d'avis sur la question. La chose la plus importante dans un club, après le choix du coach, c'est le recrutement. Mais c'est aussi un des aspects les plus difficiles à maîtriser et ce n'est pas évident pour un seul homme. De plus, je veux voir au moins une fois à l'oeuvre les joueurs avec lesquels je serai amené à travailler, c'est normal. Je veux apporter mon expérience à la cellule sportive et je pense qu'elle en a besoin. Je connais beaucoup de gens dans le monde du football. Pas des managers mais des gens de terrain. Je comprends cette façon de penser à la belge mais j'aimerais la changer. Je ne veux pas être de passage, je veux avoir un impact sur ce club. Je ne sais pas si c'est possible mais je ferai de mon mieux. PAR KRISTOF DE RYCK - PHOTOS: BELGAIMAGE/ JANSSENS" Je pense que je connais mieux le football que pas mal de journalistes. "