Ce jour-là, Saint-Pétersbourg vit sous la pluie. La ville est sortie de son long hiver mais en garde quelques stigmates. Pour arriver au centre d'entraînement du Zenit, il nous faut traverser la banlieue et c'est dans un quartier improbable que se niche le complexe du club qui emploie Nicolas Lombaerts et Axel Witsel. C'est là que nous rencontrons le Liégeois qui se livre sur l'équipe nationale et la Coupe du Monde qui arrive.
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Ce jour-là, Saint-Pétersbourg vit sous la pluie. La ville est sortie de son long hiver mais en garde quelques stigmates. Pour arriver au centre d'entraînement du Zenit, il nous faut traverser la banlieue et c'est dans un quartier improbable que se niche le complexe du club qui emploie Nicolas Lombaerts et Axel Witsel. C'est là que nous rencontrons le Liégeois qui se livre sur l'équipe nationale et la Coupe du Monde qui arrive. Malgré l'engouement autour de nous et la pression que cela génère, on continue à garder beaucoup de plaisir à l'entraînement et il s'agit d'une de nos forces. Parce que, de un, on a un coach très exigeant, qui nous maintient les pieds sur terre. Et de deux, on a cela en nous. On se dit que c'est bien de s'être qualifié pour la Coupe du Monde mais qu'on n'a pas encore joué de grandes compétitions. On n'a encore rien fait avec cette équipe. (Il rit). Non, non. On n'a pas cette mentalité de se la raconter. Oui, on peut dire ça. Pour accomplir des grandes choses, il faut toujours savoir d'où tu viens et garder les pieds sur terre. On peut vite planer dans le monde du foot mais ça peut aussi aller vite dans l'autre sens. Tu peux faire une grande qualif' et puis plus rien après, si dans ta tête tu crois que tout est acquis et que tu fais partie de la meilleure équipe du monde. Nous, on ne pense pas comme ça. On veut réussir la Coupe du Monde, justement parce qu'il s'agira de notre premier grand tournoi. On a faim et on veut refaire ce qu'on a fait pendant les qualifications. Oui. D'expérience. On commettait encore quelques erreurs. Il nous manquait un peu de chance. Aujourd'hui, on la provoque. Il suffit de voir notre match en Serbie. On souffre 20 minutes, on aurait pu prendre un ou deux buts et, nous, on marque sur notre première contre-attaque. Il y a toujours quelques points sur lesquels on peut encore s'améliorer. Je reviens avec ces 20 premières minutes en Serbie ou le début de match en Macédoine. Autre exemple : à chaque fois qu'on a relâché la pression dans les matches amicaux, l'adversaire en a profité. Ce n'est pas encore le signe d'une équipe qui domine parfaitement son sujet, de bout en bout. On doit donc encore régler certains détails. Et acquérir davantage cette culture de la gagne. Les automatismes aussi. C'est important. On se connaît tous depuis pas mal d'années. C'est ce qui explique qu'on s'entend et qu'on joue aussi bien. On sait exactement comment chacun réagit sur un terrain. Il y a un passé commun. Et en Ecosse, malgré le fait que cela faisait un bail qu'on n'avait plus joué ensemble, ça avait directement bien fonctionné ! J'ai joué trois ans avec Marouane au Standard et cela explique cette complicité sur le terrain. Et avec le temps, ça ne bouge pas ! Et ce même s'il n'évolue pas tout à fait dans le même registre et qu'il n'a pas le même niveau technique que d'autres. Au Standard, il avait trois-quatre très grosses qualités : savoir récupérer, donner le ballon simplement, s'infiltrer et savoir trouver le chemin du but sur phases arrêtées. Ses qualités, il les a très bien mises en valeur et cela lui a valu un départ à Everton. Parfois, il faut se connaître et miser à fond sur ses qualités. Marouane a très bien compris ça et cela lui a réussi ! Hazard. Chadli que je connais depuis un bail. Entre nous, c'est naturel. On a commencé dans la rue quand on était petit. A l'époque, on simulait des matches de Coupe du Monde. Quelques années plus tard, on disputait les qualifications pour une vraie Coupe du Monde et rien n'a changé entre nous. Ça ne s'explique pas. C'est comme cela. On n'a pas besoin de parler pour se trouver. Toujours. A 17 ans, quand il a quitté l'Académie, il n'a rien lâché. Il s'est battu pour percer. Pourtant, pour lui, ça n'a pas dû être facile. On a joué huit ans ensemble et du jour au lendemain, il était recalé et il me voyait réussir. Mais il a relevé le défi. Moi, je voyais ses qualités. Je savais qu'il ne pouvait que réussir. Je l'ai attendu en D1 et je suis fier de son parcours. Car passer de D2 hollandaise à Tottenham avec un détour par Twente, il faut le faire. Il y a quand même du chemin... Sans doute. C'est un pur talent. Ce qu'il lui arrive aujourd'hui ne m'étonne pas. Christian était un attaquant qui aimait bien décrocher. C'était facile de jouer avec lui. Il servait d'appui. Romelu aime moins recevoir les ballons dans les pieds. Il espère les avoir dans l'espace car il est puissant et rapide. A nous à nous adapter. Hazard et Mertens se ressemblent : vif, rapide, technique. De Bruyne est différent. Il est un peu moins percutant. Il court beaucoup, sait s'adapter à toutes les positions, cherche la passe parfaite alors que les deux autres vont plutôt privilégier le dribble et l'accélération. Mirallas se rapproche des deux premiers. Par sa faculté d'adaptation oui. Par contre, je ne pense pas qu'il pourrait jouer en six (Il sourit). Il n'a pas trop le gabarit pour le poste. Il défend mais je ne pense pas qu'il aime cela. (Il sourit) Disons que je le fais bien. De là à dire que j'aime ça... Lui non plus ne me surprend pas. Thibaut est actuellement le meilleur gardien du monde. J'exagère ? A peine. Il fait au moins partie des trois meilleurs. Peut-être Carcela... qui n'a sans doute pas fait le bon choix d'équipe nationale. S'il avait opté pour la Belgique, il serait peut-être avec nous aujourd'hui. Au fond de lui, il doit avoir un petit regret. Il a ramené les règles. On n'arrive plus en retard pour aller manger ni aux réunions. Ça arrivait beaucoup trop avant son arrivée. Il a aussi amené cette grinta qu'il avait comme joueur, cette envie de bien faire. Enfin, il est proche de tous les joueurs, ce qui met tout le monde en confiance. On n'a pas spécialement eu une longue discussion entre quatre-z-yeux. A partir du moment où il m'a repositionné en six, il m'a juste dit que je devais être le patron sur le terrain. Et quoi qu'il arrive, dans n'importe quelle situation, c'était à moi à parler aux autres avec Vincent Kompany. Un capitaine naturel, oui. Moi, je le montre peut-être plus par mon jeu que par la voix. C'est ma manière de communiquer. Je pars du principe qu'on n'est pas toujours obligé de crier mais que tu peux montrer l'exemple par ta manière de jouer. Je ne réfléchis pas. Je sais m'adapter à pas mal de situations et de positions. C'est une de mes forces. J'essaie de ne pas me compliquer la vie, c'est primordial pour passer du numéro huit au numéro six. Je ne sais pas comment expliquer cela ; c'est naturel chez moi. Je sais changer de registre en fonction du poste que j'occupe. En six, je reste plus en position. En huit, j'ai plus de liberté pour aller de l'avant. Cette position me plaît en équipe nationale. Le ballon passe par moi, on me demande d'organiser le jeu et je peux le faire car je touche pas mal de ballons. Mais je n'aimerais pas jouer là en club. En grande partie à cause des coéquipiers. Les joueurs que je côtoie en équipe nationale, je ne les ai pas en club. L'équipe nationale, c'est un niveau supérieur. La plupart des joueurs possèdent des qualités pour jouer au foot, garder le ballon au sol et bien construire. Et c'est sans doute pour cette raison que Wilmots a compris qu'il avait besoin d'un numéro six qui sait combiner. En club, je me vois plus en numéro huit, dans la position dans laquelle j'ai terminé la saison avec le Zenit, derrière l'attaquant. Comme je suis le premier relanceur, sans me comparer à lui, je joue dans le même registre qu'un Andrea Pirlo. C'est toujours lui qui donne la première passe. Ma position est celle où on travaille dans l'ombre. Ton travail est super important mais peu de gens le perçoivent. Je n'en retire aucune frustration. Je ne veux pas être la star de l'équipe. ... (Il coupe) C'est avec ceux-là qu'on s'est qualifié, il ne l'a pas oublié. Ceux qui ont fait la qualification méritent d'aller au Mondial. Et puis, tout le monde connaît un petit creux dans une saison : on ne peut enchaîner les matches tous les trois jours sans connaître un passage à vide. Et dans cette optique, c'est rassurant de voir que le coach est fidèle car cela signifie qu'il est à fond derrière tout le monde et qu'on n'est pas mis en dehors de la sélection au moindre petit creux. Oui, vu le niveau actuel qui est élevé. Surtout si tu joues en Belgique, ça devient difficile. Mais le groupe n'est pas fermé : les exemples d'Origi et de Januzaj sont là pour le démontrer. Il faut partir au bon moment. Moi, j'avais 22 ans, j'avais quelques saisons de D1 derrière moi. Je ne me suis pas précipité. La Belgique te permet de te montrer, de prouver tes qualités et quand tu sens que c'est le bon moment pour partir, il ne faut pas hésiter. Je ne me casse pas trop la tête. Tout le monde sait qu'avant mon transfert au Zenit, j'ai failli aboutir au Real Madrid. Finalement, ça ne s'est pas fait et j'ai signé en Russie. C'est comme cela. Je vis très bien mes choix et je ne regarde pas en arrière. Je suis peut-être moins visible mais l'équipe nationale me permet de me rappeler au bon souvenir des gens qui ne suivent pas le championnat russe. J'ai beaucoup évolué. Comme homme aussi. Quand tu évolues près de chez toi, tu es un peu comme à la maison. La famille et les amis sont là. A l'étranger, tu es davantage livré à toi-même. J'ai dû m'adapter à d'autres cultures que la mienne. Au Portugal, lors des deux premières semaines, aux entraînements, il m'arrivait de ne toucher que deux ballons en dix minutes tellement ça allait vite. A la base, je suis quand même réputé pour ma technique mais là, tout le monde en avait davantage que moi. Puis, je suis passé d'un championnat super-technique à une compétition beaucoup plus physique. J'ai donc dû beaucoup m'adapter depuis mon départ du Standard. Dans l'esprit, par contre, je suis resté le même, toujours aussi joueur. Je me souviens de mon premier match en Russie. Je suis rentré à la mi-temps ; on était mené 2-0 par Terek Grozny et mon premier ballon, je le contrôle de la poitrine. Et mon adversaire vient le pied en avant dans mon ventre et me lance - Bienvenue en Russie. L'arbitre a quand même sifflé (Il sourit). Je me suis dit - C'est quoi son problème. Mais c'est aussi à ce niveau-là que tu apprends. Mentalement, tu dois rester froid et ne pas rentrer dans leur jeu. PAR STÉPHANE VANDE VELDE À SAINT-PÉTERSBOURG - PHOTOS: BELGAIMAGE" Je change naturellement de registre en fonction du poste que j'occupe : le 6 chez les Diables, le 8 au Zenit. " " On n'a encore strictement rien fait avec l'équipe nationale. "