AbouDiaby n'est plus. Il est toujours vivant, certes, mais c'est un mort vivant. Pas de décès clinique mais footballistique. Le sens de sa vie. Cet éternel revenant est de nouveau parti pour trois mois de supplice. Toujours sur le retour. Sa vie de footballeur n'est, depuis trop longtemps, qu'un aller simple pour l'enfer. L'enfer de celui dont l'horrible sentiment de ne servir à rien malmène du matin au soir. Il se lève pour se coucher sur une table de kiné. En espérant secrètement que des mains divines lui offrent un soupçon de lumière.
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AbouDiaby n'est plus. Il est toujours vivant, certes, mais c'est un mort vivant. Pas de décès clinique mais footballistique. Le sens de sa vie. Cet éternel revenant est de nouveau parti pour trois mois de supplice. Toujours sur le retour. Sa vie de footballeur n'est, depuis trop longtemps, qu'un aller simple pour l'enfer. L'enfer de celui dont l'horrible sentiment de ne servir à rien malmène du matin au soir. Il se lève pour se coucher sur une table de kiné. En espérant secrètement que des mains divines lui offrent un soupçon de lumière. Ce joueur à l'abattage exceptionnel a été abattu en plein vol. Un vol de ballon. Un de plus. Puni par un tacle assassin. Celui qui ne vous tue pas mais hélas ne vous rend pas pour autant plus fort mais bien toujours plus vulnérable. Votre serviteur en sait quelque chose. Lors de ma période gantoise, j'ai été blessé une saison complète. Une longue humiliation. Une injustice quotidienne. Ce sentiment de ne servir à rien. Avec, parfois, ce fol espoir quand on reçoit le feu vert des médecins. Mais au premier carrefour, c'est de nouveau le crash Pas de tôles froissées mais beaucoup de dégâts. Le traumatisme post-sinistre porte trop bien son nom. Même plus d'états d'âme car ton âme de joueur t'a quitté depuis longtemps. Un joueur blessé est comme un homme trompé. Un être humilié. Privé de sa moitié. Fini de jouer. Pendant que les autres transpirent le plaisir d'exercer le plus beau métier du monde, toi tu rumines ta déprime. Le pire c'est quand le médecin du club en a marre de vous. Quand après une énième rechute, vous entrez dans son cabinet et que dans son regard, il y a l'expression de l'exaspération. Votre désespoir remet en cause son savoir. Ce n'est plus votre bonheur qui est la cause, c'est son honneur qui est en cause. Le pire c'est aussi quand, de désespoir, vous voulez affronter le mal. Vous voulez prouver que vous n'êtes pas le pourri, le profiteur, le fonctionnaire que certains pensent. Alors, malgré la douleur, vous voulez quand même y aller. Vous y allez et au premier contact c'est retour vers l'enfer. Le summum, c'est quand ça pète ailleurs. Exemple vécu, après six mois avec une cheville foutue, je me décide à tacler de nouveau et sur la première tentative, c'est le genou qui trinque. A votre santé, c'est reparti pour la gueule de bois. Diaby, c'est bien pire. Depuis son arrivée à Arsenal en 2006, il a connu 41 blessures. Les quatre dernières saisons, il a joué 16 matchs de Premier League. Mais la cause remonte à plus loin encore. Son coach ArsèneWenger en est convaincu : " Il a été massacré il y a six ans à Sunderland. Un tacle par derrière qui n'a même pas été sifflé. Depuis que sa cheville a été broyée, il ne fait que compenser. Ce n'est pas un joueur fragile, c'est un homme détruit ". Arsenal semble maudit sauf qu'à force, on se demande si le mal n'est pas à chercher dans le club. Trop longtemps que ça dure. 67 blessures réparties entre 25 joueurs pour un total cumulé de 2710 jours d'indisponibilité... la saison dernière. Et c'est un titre qui vous échappe. Wenger semble enfin se poser des questions. " Mes méthodes d'entraînement ? La pelouse de l'Emirates, toutes celles de notre centre d'entraînement ? Notre style de jeu ? Je ne sais pas. " Nous non plus car faut avouer que ThomasVermaelen ne va guère mieux depuis qu'il est au Barça. Les causes des blessures, ce sont aussi des fêlures, des déchirures. Pas que de chair et d'os. C'est aussi des chagrins, des tentations, des frustrations, de la malbouffe. Ça commence souvent tout en haut. Du côté du muscle principal. Le cerveau. Pas toujours mais souvent. Le problème n'est pas que physique. Il est aussi souvent, très souvent, d'ordre psychique et psychologique. Un homme pas bien dans sa vie est un joueur vulnérable. Jouer avec le feu est une étincelle qui peut vous exclure du jeu. J'ai été exclu un an sans avoir pris de carton rouge. Mais en ayant commis une faute. Celle de me croire plus fort que la vie. FREDERIC WASEIGEUn joueur blessé est comme un homme trompé. Un être humilié, privé de sa moitié.