Steve Darcis entame cette semaine l'acte 2 de ce qui ressemble fort à la saison de la renaissance avec la préparation de sa saison sur terre battue qui doit, si tout va bien, le mener vers un second pic de forme prévu pour Roland-Garros. Un accomplissement qui viendrait alors couronner des semaines de travail dans l'ombre à se battre pour revenir à son meilleur niveau. La routine pour ce champion habitué des mauvais coups. Blessé au coude en 2018 et absent pendant plus d'un an des courts, le Liégeois de 35 ans rêve pourtant encore à une fin de carrière en apothéose.
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Steve Darcis entame cette semaine l'acte 2 de ce qui ressemble fort à la saison de la renaissance avec la préparation de sa saison sur terre battue qui doit, si tout va bien, le mener vers un second pic de forme prévu pour Roland-Garros. Un accomplissement qui viendrait alors couronner des semaines de travail dans l'ombre à se battre pour revenir à son meilleur niveau. La routine pour ce champion habitué des mauvais coups. Blessé au coude en 2018 et absent pendant plus d'un an des courts, le Liégeois de 35 ans rêve pourtant encore à une fin de carrière en apothéose. Steve, à 35 ans et après 13 mois sans jouer, tu réalises que le simple fait de t'avoir revu sur les courts et, mieux encore, d'enchaîner les succès dès le début de saison, en a étonné plus d'un ? STEVE DARCIS : Je suis tombé tellement bas ces derniers mois que j'étais déjà content de pouvoir simplement rejouer au tennis en compétition, sans ressentir de douleur au coude. C'était déjà un petit miracle. À partir de là, que je joue bien ou que je joue mal importait peu, à mes débuts. Par contre, il fallait que je puisse gagner des matchs pour vite retrouver un classement qui me permette d'intégrer certains tournois ( il est actuellement 258e à l'ATP, ndlr). Les choses se sont bien mises et trois mois après mon retour, je peux vous dire que j'ai l'impression qu'intégrer à nouveau le top 100 ne me paraît pas impensable. Ceci dit sans prétention. Si j'y arrive, ce sera juste une magnifique récompense parce qu'il y en a beaucoup qui disaient que c'était impossible. Que j'allais rejouer uniquement pour l'argent. Quand j'entends ça, à la limite, ça me donne encore un peu plus envie de me battre. Après, je ne me mets pas trop de pression non plus. Je me dis que si je ne retrouve pas les 100, c'est que mon physique m'aura définitivement dit stop. L'important, c'est de savoir que j'aurai tout fait pour y arriver. Y compris me réentraîner comme un dingue. Qu'est-ce qui t'a motivé à absolument vouloir revenir sur le circuit ? Après 15 ans de carrière, tu aurais aussi bien pu refermer gentiment le chapitre du Steve Darcis joueur pour te tourner vers d'autres défis ? DARCIS : C'est ce que j'ai fait pendant une bonne partie de l'année dernière. Avec un ami, on a ouvert une école de tennis à Aywaille et Bastogne. J'ai aussi coaché un peu Ruben ( Bemelmans, ndlr) et Yanina ( Wickmayer, ndlr) et je suis content d'avoir pu vivre ces expériences-là parce que ça me permet de voir à quoi ressemblera mon après-carrière. Ça m'a pas mal rassuré, je dois l'avouer. Mais cela n'a pas pour autant entamé ma motivation de vouloir revenir. Principalement parce qu'avant ma blessure, j'avais atteint mon meilleur classement ( 38e à l'ATP fin mai 2017, ndlr) et que je ne m'étais jamais senti aussi bien sur le court. Arrêter, alors que tu sais que tu en as encore dans la raquette, ce n'était pas pensable pour moi. Et puis, si je reviens aujourd'hui, c'est parce que je ne voulais pas finir ma carrière sur une blessure. Mon rêve, ce serait de pouvoir choisir moi-même le moment où j'arrêterai. Ce sera sans doute le jour où je n'aurai plus le feu en moi. Maintenant, est-ce que ce sera dans 4 ans ou dans quelques mois, ça va dépendre de plein de choses. De ma tête, de mon physique, de mon classement aussi... Tu le disais, il y a deux ans, en mai 2017, tu occupais le 38e rang mondial, le meilleur classement de ta carrière après avoir notamment atteint le troisième tour à l'Open d'Australie en début de saison. Aujourd'hui, tu enchaînes les challengers pour te refaire une santé. Ce n'est pas difficile de supporter le contraste ? DARCIS : Au début de l'année, je me suis posé pas mal de questions. Je me demandais si j'allais retrouver l'énergie pour aller chercher des matchs sur des petits courts, dans les petits tournois. Même si, en France, on a de la chance avec les challengers. Les tournois sont bien organisés, les salles sont belles. À part le classement des joueurs et le prize money, il n'y a pas une grande différence avec les tournois ATP. Forcément, ce sont des tournois que je n'avais plus autant fréquentés depuis quelques années, mais c'est un passage obligé si je veux revenir dans les 100 cette saison. En fait, on a l'impression que tu es à nouveau dans la peau de ce jeune premier qui débutait sur le circuit il y a 15 ans. Sauf que là, tu as ta carrière derrière toi. On le vit de manière plus cool du coup ? DARCIS : Oui et non. Ce qui a changé, c'est que je vois les choses différemment. Je suis plus tranquille qu'il y a quelques années quand je revenais de blessure parce que j'ai la majeure partie de ma carrière derrière moi. D'un autre côté, je n'ai pas joué pendant plus d'un an et je n'ai pas gagné un euro. Financièrement, je dois donc aussi penser à renflouer les caisses. Attention, je ne me plains pas, parce que j'ai très bien gagné ma vie dans le passé. Mais c'est toujours les mêmes calculs. Quand je prends part à un challenger, que je me déplace avec mon coach, que je dois payer l'avion et l'hôtel, si je ne fais pas demi-finale, je sais que je perds de l'argent. Et ça, que tu aies 20 ans ou 35 ans, cela ne change pas. Sans compter que c'est plus dur qu'à l'époque, parce qu'aujourd'hui, au lieu d'avoir des tableaux de 32 joueurs, on se retrouve à 48 sur la ligne de départ. Donc, si tu veux gagner le tournoi, tu ne dois plus gagner cinq matchs, mais six. Vu que je dois souvent prendre part aux qualifications, ça fait des longues semaines. Heureusement, cette saison, tu bénéficies de ton classement protégé de 90e mondial qui te permet d'avoir ton entrée pour 12 tournois ATP. Le vrai défi d'une année de reprise comme la tienne, c'est aussi de choisir habilement ces 12 tournois et d'y prester à un haut niveau. Ça te stresse ? DARCIS : Pas plus que ça, mais je sais que j'ai 12 vraies chances pour engranger des points et que je ne dois pas les laisser filer, ça oui. Et il ne m'en reste déjà plus que huit à ce stade. Cinq en sachant qu'il y aura d'office les trois Grands Chelems dedans. Donc oui, c'est un savant équilibre. J'ai, par exemple, dû faire l'impasse sur la tournée américaine parce que je ne rentrais pas dans le tableau final et que je n'avais pas envie de l'utiliser pour débuter en qualifs. C'est inimaginable qu'un joueur avec ton vécu puisse bénéficier de l'une ou l'autre Wild Card ? Sur le circuit européen notamment ? DARCIS : Dans les gros tournois, les fédérations privilégient les joueurs du pays concerné. Dans les challengers, c'est un peu la même chose et c'est logique. Et puis, la vérité, c'est que moi, je suis Steve Darcis, j'ai été 38e mondial, j'ai fait deux finales de Coupe Davis, mais je ne suis personne sur le circuit. Et je pense sincèrement que je n'intéresse pas les tournois parce que je n'ai aucune valeur. Mais j'en suis conscient et je ne m'en plains pas. C'est juste qu'un gars comme moi ne fait pas vendre plus de tickets. Les gens ne vont pas se déplacer pour venir voir jouer Steve Darcis. Ce côté-là du tennis, parfois ingrat, cela n'a pas dû te manquer pendant un an ? DARCIS : Si la question, c'est de savoir si le circuit en tant que tel m'a manqué, la réponse, c'est très clairement que non. C'est quelque chose qui ne me manquera pas et qui ne me manquera jamais. Le tennis, c'était très clairement une passion, mais ça c'est quand même transformé l'air de rien en un vrai boulot au fil du temps. J'adore le tennis, j'adore la compétition, mais c'est vrai que le fait de voyager tout le temps, d'être dans des hôtels toute l'année, ça lasse. Et puis, l'ambiance du circuit, c'est très particulier aussi. Je ne suis pas surpris, je ne suis même pas déçu, mais c'est un milieu d'égoïstes. Par exemple, je m'entends bien avec pas mal de joueurs, mais je peux compter sur une main les mecs qui m'ont envoyé un message l'an dernier pour prendre des nouvelles. Mais c'est normal hein, je ne le fais pas non plus. Comment tu as vécu de loin le petit exploit réalisé en Coupe Davis au Brésil par Kimmer Coppejans, Arthur De Greef et surtout le double performant formé par Sander Gille et Joran Vliegen ? DARCIS : J'étais en voyage, mais j'ai suivi ça avec passion à distance. Sur mon ordinateur ou sur Livescore. Ce qu'ils ont fait, c'est franchement exceptionnel et je suis super content que cette équipe-là ait montré qu'elle avait de la ressource. On sait qu'une discussion avec Johan Van Herck, le capitaine, quant à une possible participation de ta part à cette rencontre au Brésil a eu lieu. Quel a été le facteur déterminant dans ta décision de ne finalement pas y aller ? DARCIS : Un peu de tout. C'était au Brésil, en altitude, sur terre battue, juste après l'Australie et alors que je revenais à peine après un an sans compétition. Honnêtement, je ne sais pas si mon corps aurait tenu. Ça faisait beaucoup pour une reprise. Du 18 au 24 novembre prochain, la Belgique participera à la première édition de la nouvelle Coupe Davis. On sait que tu n'es pas fan de la formule, mais on imagine mal la Belgique se rendre à Madrid pour défier l'Australie et la Colombie sans Steve Darcis ? DARCIS : Ça, je n'en sais rien ! Je ne sais déjà pas si je serai sélectionné, mais en tout cas, je serai sélectionnable. Mais ça, je l'avais déjà dit avant le Brésil. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent. Que ce soit un match de barrage ou à Madrid, peu importe, j'aurais été sélectionnable. Maintenant, est-ce que je vais être repris, ça, c'est encore une autre histoire. Je l'espère, évidemment. Ça voudra sans doute dire que j'ai rempli mes objectifs cette saison.