C'est à Mons, une ville qu'il a adoptée et où il a même investi dans un appartement, qu'il nous emmène. Dans une petite rue à l'écart du centre où se niche un nouveau restaurant, à la décoration très tendance. " J'ai prolongé à Mons car le président Dominique Leone m'a tenu un discours ambitieux en disant - Regarde, je suis en train de construire un stade. Mons venait de terminer 9e et au vu des prestations, on pouvait viser le top-5. Tu rêves alors de quelque chose de grand. Il ne manque rien ici. Si, une équipe. "
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C'est à Mons, une ville qu'il a adoptée et où il a même investi dans un appartement, qu'il nous emmène. Dans une petite rue à l'écart du centre où se niche un nouveau restaurant, à la décoration très tendance. " J'ai prolongé à Mons car le président Dominique Leone m'a tenu un discours ambitieux en disant - Regarde, je suis en train de construire un stade. Mons venait de terminer 9e et au vu des prestations, on pouvait viser le top-5. Tu rêves alors de quelque chose de grand. Il ne manque rien ici. Si, une équipe. " Depuis trois saisons, le médian tunisien Hocine Ragued (26 ans), aboie au milieu de terrain, harcèle l'adversaire à la tombée du ballon, galope d'un coin à l'autre du terrain pour couper les angles. Un emmerdeur de première. " Je suis un porteur d'eau, quelqu'un qui ratisse beaucoup de ballons et avale les kilomètres. J'ai besoin de mouvement. Il ne faut pas que cela s'arrête. Contre le Standard, j'ai évolué au poste de médian droit. J'attendais le ballon et je n'aimais pas. Moi, je suis davantage là pour que les autres se sentent bien sur le terrain. Quand je vais au duel et que je tourne la tête, j'aime bien apercevoir que les autres me suivent. Or, cette saison, je n'ai pas reçu beaucoup d'échos. " Dès son arrivée en Belgique, son talent de médian défensif fut reconnu et apprécié par son club. C'était l'époque José Riga. " Sans lui, je ne serais peut-être pas à Mons. Son discours m'a séduit. Il prônait le dialogue, le jeu en mouvement. Et je ne suis pas le seul à avoir été convaincu. Il a insisté auprès de Wilfried Dalmat pour qu'il s'engage à Mons. Il avait construit une équipe à son image. " C'était finalement l'époque du carré magique français : Ragued, Dalmat, Benjamin Nicaise et Momo Dahmane. Aujourd'hui, il est orphelin de ses compères, partis chercher la gloire à Genk, au Standard ou à Bruges. Lui, est resté, un peu comme un bouc émissaire à qui on refusait un départ afin de ne pas irriter les supporters. " Oui, je suis orphelin d'un groupe. Enfin, il y a toujours Fadel Brahami qui est là ", lâche-t-il fataliste. " Quand je suis arrivé, j'avais besoin de temps de jeu. Je venais d'une usine (le PSG) et je découvrais un club familial. Je me suis aguerri mais je pense que cette année est celle de trop. " Ce ne sont pourtant pas les offres qui ont manqué (Sivasspor, Denizlispor, Sochaux, Bochum, Chievo). " Mais entre une offre et un départ, il y a une marge. Les propositions manquaient de concret. " Au bout du compte, il a vu ses potes partir et son club sombrer. " Quoi qu'il arrive en fin de saison, je partirai. Quand un joueur a fait le tour d'un club, il doit s'en aller. Je suis frustré car je me dis que j'ai perdu un an. " Mais s'il estime être arrivé en bout de parcours à Mons, il n'exclut pas la possibilité de demeurer dans notre championnat. " Cela fait trois ans que je joue le maintien. Si je me dis que je pourrais vivre autre chose dans ce championnat, j'aimerai aussi découvrir de nouvelles expériences. M'expatrier ne me poserait aucun problème. "En attendant, le voilà embarqué jusqu'au bout dans la galère montoise. " Il fallait de la stabilité dans ce club et ce n'est pas vraiment le chemin qu'on a emprunté. Le groupe précédent était composé de crève-la-dalle. On avait autant faim de points que de primes pour manger. Ce groupe a été sacrifié. Pourtant, un mec comme Ilja Stolica nous apportait de la sagesse. Un Nicaise était un emmerdeur de service mais on avait besoin de cela. Un Adriano gueulait derrière. Cette saison, on manque de caractère et d'expérience. Il fallait remplacer ces éléments. Je me souviens, lors de ma première saison, de l'importance d'un joueur comme Eric Rabesandratana. Il ne jouait pas beaucoup mais, à l'entraînement, il exigeait de certains que le travail ne soit pas bâclé. On a sous-estimé la qualité du championnat. Cela faisait deux ans qu'on vivait en première division. On a oublié qu'on venait de se sauver in extremis et on a cru qu'il suffisait de prendre de bons éléments de D2 pour vivre un championnat tranquille. En quantité, le groupe est trop faible. Il n'y a pas de concurrence. Or, c'est ça qui nous fait progresser. Aujourd'hui, quand tu es entraîneur à Mons, tu sais que tu ne peux pas te permettre d'écarter cinq joueurs car si tu le fais, tu n'es plus en mesure d'aligner une équipe. On a commencé la saison avec sept attaquants et contre le Germinal Beerschot, il n'en restait qu'un. Vous trouvez ça normal ? Et quand tu vois que Roulers et Dender se renforcent et toi, pas ? Tu as la chance d'avoir un mercato et tu n'en profites pas. C'est dommage. Ce n'est pas normal de se retrouver en fin de championnat avec un si petit noyau. " Même la qualité du jeu tant vantée est remise en cause. " Les gens restent sur une fausse image. A l'époque de Riga, ça jouait énormément mais cette année, on n'a pas produit du beau jeu. Moi, je vois vraiment la différence au niveau de la qualité. Avant, il y avait plus de mouvement, plus de prises de risques. " Pourtant, à l'époque, le groupe avait également été constitué de bric et de broc, de joueurs sans passé en D1. " Oui mais on était tous revanchard. On s'est multiplié par 20 pour prouver que les gens s'étaient trompés sur notre compte. Cette saison, on s'est monté la tête car on avait effectué de beaux matches en préparation contre Flénu et Cuesmes. Puis, on s'est ramassé un 5-0 dès notre premier match et là, on s'est dit que ça allait être difficile. On a beaucoup reproché à Fred Herpoel ou Dahmane d'affirmer qu'on ne possédait pas un groupe capable de viser autre chose que le maintien. Avec le recul, il s'avère qu'ils avaient tapé dans le mille. " Il refuse également l'image qu'on donne du vestiaire. " Depuis que Momo est parti, il y a toujours le même bordel. Or, certains joueurs avaient même avancé dans la presse que son départ faisait du bien. Ça fait du bien où ? On a juste perdu un bon attaquant ! Cependant, on ne peut pas dire qu'il y a de l'animosité dans le vestiaire. Juste de l'indifférence. De plus, je n'ai jamais vu un groupe qui se portait bien dans la défaite. Il y a juste dans le football amateur que tu bois des pintes entre potes après une défaite. Pas chez les pros. "En juin, il tournera donc la page. Il lui restera des souvenirs. Il cite d'ailleurs les noms des entraîneurs qui l'ont marqué. Outre Riga, il retient Albert Cartier. " Il différenciait le foot et l'humain. Cela lui arrivait d'engueuler quelqu'un sur le terrain mais d'aller boire un verre avec lui quelques minutes plus tard. Il avait eu un différend avec Roméo Seka mais il fut le premier à lui donner sa prime de match. Il parvenait à faire passer son message. Il nous sur-motivait et apportait de la rigueur. D'ailleurs, je n'ai jamais vu un autre entraîneur en t-shirt en hiver. " Il lui reste trois mois à tirer. Trois mois en vrai pro ? " Je continue à travailler. Je ne vais pas rester à Mons et j'ai une Coupe du Monde à préparer. Je ne peux pas me relâcher. "A Mons, il laissera une bonne image. Même si sa dernière saison fut un peu plus discrète que les deux précédentes. " J'évolue à un poste où je dépends beaucoup de l'équipe autour de moi. Quand tu récupères un ballon, que tu le donnes mais que ton coéquipier n'en fait rien, on va zapper l'action. Et quand je fais de bons matches, cela ne pète pas l'écran. Pourtant, au point de vue international, je suis satisfait de mon rendement et à Mons, je trouve que je n'ai pas fait une sale saison. J'ai acquis de la maturité, je prends moins de cartons. Je sais que c'est difficile d'être valorisé à un poste déjà ingrat à la base et c'est vrai que parfois, je trouve que je ne suis pas reconnu à ma juste valeur. Quand tu as un élément qui participe à toutes les rencontres et qu'il est constant, c'est normal de souligner son importance. Cependant, c'est partout pareil. A Mouscron, on parle plus de Walter Baseggio que de MattieuAssou-Ekotto, qui est plus présent. Si tu veux être une star, tu ne deviens pas médian défensif. " par stéphane vande velde - photos: reporters/ gys