B rian Priske avait 18 ans quand il a atterri, seul, en Amérique, pour un trekking de deux mois. " C'était chouette. Je ne devais m'adapter à personne. Je pouvais faire exactement ce que j'entendais. J'adore voyager, apprendre des langues. Je veux pouvoir communiquer partout et me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde ".
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B rian Priske avait 18 ans quand il a atterri, seul, en Amérique, pour un trekking de deux mois. " C'était chouette. Je ne devais m'adapter à personne. Je pouvais faire exactement ce que j'entendais. J'adore voyager, apprendre des langues. Je veux pouvoir communiquer partout et me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde ". Il lui est arrivé de faire route avec un Espagnol ou un Ecossais, avant de rejoindre Las Vegas : " Je voulais sortir du Danemark. Il y a beaucoup de choses à faire et à découvrir en Amérique. J'ai eu le temps de réfléchir, aussi, pendant ce périple à pied. Je suis revenu plus mûr. J'ai dû prendre des décisions seul, être responsable ". C'est dans cet esprit que le défenseur international danois qui vient d'avoir 29 ans avait rejoint Genk en 2003 : " Ma femme, mes enfants et moi nous plaisons à l'étranger ". Et Brian était bien intégré dans le groupe du Racing. Il se sentait bien dans une défense à quatre, à droite, sous la férule de Sef Vergoossen et, brièvement, de Hugo Broos, mais s'épanouit mieux en 3-5-2, quand il peut parcourir tout son flanc sans se cantonner à ses seules tâches défensives, comme à Aalborg et avec René Vandereycken. " Ce poste de back droit me convient bien mais ce n'est pas là que je préfère jouer. J'aime partir de plus haut ". Il veut également progresser dans sa carrière. Avant sa troisième saison, sans laisser à Genk le temps de négocier une éventuelle prolongation de contrat, Priske a prié son avocat danois de faire savoir qu'il souhaitait partir si l'occasion s'en présentait. " J'ai été heureux à Genk pendant deux ans, j'y ai joué plus de 75 matches et la vie en Belgique est agréable mais c'était une question d'ambition. Je devais placer la latte plus haut. Je sentais que je me rapprochais de l'équipe nationale et je voulais saisir cette chance. Cela devait être plus facile si j'évoluais dans un championnat plus relevé. Je me suis tourné vers l'Allemagne et l'Angleterre. Il faut parfois se fixer soi-même des objectifs plus élevés ". Genk a enrôlé Hans Cornelis (Club) pour pallier son départ mais on a bien cru que Priske s'était surestimé. Peu de clubs se sont manifestés, aucun grand. Seulement Portsmouth, qui luttait contre la relégation. Il a contacté le Danois par l'intermédiaire de VladimirPavkovic, un manager ami du propriétaire du club, Milan Mandaric. Et le Danois a quitté Genk il y a un an, non sans un faux-pas. Avant le match contre Westerlo, le troisième de la saison passée, durant une conversation avec Hugo Broos, il n'avait pas encore évoqué son transfert définitif. Il a donc été aligné mais une bourde qui a induit un but adverse a prouvé que son esprit avait déjà traversé la Manche. Ce soupçon a pris de l'ampleur peu après la fin du match, quand on a appris que le transfert était officiellement conclu et que le joueur avait trouvé un accord avec Portsmouth. Il maintient aujourd'hui encore n'avoir été au courant de rien. Quoi qu'il en soit, Priske a atteint le championnat dont il rêvait. Au Danemark, le 17 août, il avait battu l'Angleterre 4-1 avec l'équipe nationale, ce qui avait accéléré son transfert puisque cinq jours plus tard, il se retrouvait à Portsmouth : " J'ai signé le dimanche et le mardi, je disputais la totalité du match contre Aston Villa. J'ai été élu Homme du match ". Ses premiers mois en Premier League ont laissé augurer du meilleur mais Harry Redknapp, qui a remplacé le Français Alain Perrin en décembre 2005, a opéré d'autres choix et malgré un début prometteur, Priske s'est retrouvé sur le banc, voire dans la tribune. A peine six mois après son début, pendant la trêve hivernale, la rumeur de son départ circulait. Genk se souvient avoir obtenu le numéro anglais du danois par JanMoons, à cette époque. Il n'avait plus d'avenir à Portsmouth... Le club, propriété de Milan Mandaric, bien connu au Standard et à Charleroi, a été repris en janvier 2006 par Alexandre Gaydamak, le fils d'un milliardaire russe, et Redknapp, qui avait quitté Portsmouth pour Southampton un an auparavant, a pu acheter une nouvelle équipe afin de préserver le club de la rétrogradation. Priske : " Quand vous ne pouvez pas faire vos preuves sur le terrain, que vous devez avoir un nom pour être aligné, cela devient difficile à supporter. En plus, le nouveau manager préférait aligner des joueurs qu'il avait connus lors de son passage antérieur au club. Je trouvais ça pour le moins étrange. Avant son arrivée, j'avais disputé la totalité de quinze rencontres d'affilée et j'étais malgré tout un des meilleurs du groupe. Je ne ressentais aucune lassitude ". L'entraîneur avait changé, tout comme le style de jeu. A partir de janvier, date de l'arrivée de Redknapp, le défenseur a bien dû constater que Portsmouth ne procédait plus que par longs ballons : " C'était très difficile pour moi. Chaque fois que je recevais le ballon, il y avait deux hommes sur le flanc et j'étais obligé de dégager le ballon en coup de coin. Jouer au football devenait impossible ". Tout allait très vite aussi en Angleterre. " Une attaque dure cinq secondes et il faut déjà se replier et vice-versa. C'est du yoyo ". Il a appris que les duels étaient plus engagés, sous l'£il généralement bienveillant des arbitres : " Ce qui est une faute ici n'interrompt pas le jeu là. On poursuit comme si de rien n'était. Un joueur doit aussi en faire davantage sous peine de sombrer. Pas seulement pendant les matches mais aussi à l'entraînement. Je ne suis normalement pas un footballeur très physique ni un joueur qui commet beaucoup de fautes. J'essaie toujours de m'emparer du ballon avec correction mais parfois, il faut être un salaud. On l'apprend en Angleterre. Ce n'est pas toujours agréable mais c'est leur style de jeu. Le problème, c'est que certains joueurs semblent ne viser que l'homme, sans se soucier du ballon ". Malgré cette expérience négative, il continue à apprécier le football anglais : " Pour autant que je joue... " La vie en dehors du terrain, avec les autres joueurs, est différente de ce qu'il aurait souhaité : " Au club, il était généralement difficile d'avoir des contacts. Après l'entraînement, tout le monde s'en allait. Donc, je n'ai pas vraiment l'ambition de retourner en Angleterre, non. Pourtant, grâce à nos filles, nous y conservons d'excellents amis en dehors du football. Je suis heureux d'avoir tenté l'aventure. Le championnat anglais est très beau, c'est un des meilleurs du monde, il n'y a aucun doute là-dessus ". On s'entraîne très différemment aussi : " Normalement, moins qu'en Belgique. Les séances sont très calmes, au nombre de quatre par semaine, à cause du grand nombre de matches de championnat et de coupes. Je ne me suis pas beaucoup entraîné la saison passée, par comparaison avec Genk, mais je me sens en forme car j'ai disputé 32 rencontres ". Le 11 mars, une accumulation de blessures lui a permis de revenir dans l'équipe, contre Manchester City : " Néanmoins, j'ai senti que ma condition diminuait durant les six dernières semaines du championnat ". Bien que Priske se fasse toujours conseiller par un avocat, c'est finalement Vladimir Pavkovic, le manager copain de Mandaric, qui a arrangé son transfert au Club Bruges : " J'ai participé à la préparation de Portsmouth pendant deux semaines. J'accuse donc un certain retard de condition sur le reste du noyau, actuellement. Je suis au niveau de BoskoBalaban et d' IvanLeko, de ce point de vue, je crois. Je suis donc content de ne pas être qualifié pour le début du championnat. Je ne peux être aligné qu'à partir de la deuxième journée ". Il a achevé sa saison avec Portsmouth le 8 mai à Liverpool, à Anfield Road. Le week-end prochain, c'est Roulers qui l'attend. Au Schiervelde... Il éclate de rire : " Beaucoup de gens me demandent si j'accomplis un pas en arrière mais je ne trouve pas. On ne peut évidemment pas comparer le championnat de Belgique à la Premier League mais Portsmouth et le Club Bruges sont au même niveau, au moins. L'organisation du Club est parfaite, il lutte chaque saison pour le titre et est toujours en Coupe d'Europe. C'est fantastique car disputer la Ligue des Champions est une de mes ambitions. Il y a déjà trop longtemps que je n'ai plus évolué dans une joute européenne ". C'est une excellente raison pour lui de rejoindre la Venise du Nord : " L'entraîneur nous fait jouer avec une structure très claire. On la remarque aux entraînements. Le Club est une phalange offensive, donc je vais également essayer de jouer dans ce registre. En Angleterre, l'organisation était moins bonne, il n'y avait pratiquement pas de tactique. J'ai trouvé ça plutôt étrange car au Danemark et à Genk, j'avais été habitué à une structure de base. Cela m'a compliqué quelque peu la vie au début, à Portsmouth. Normalement, quand vous avez le ballon, vous savez où les médians et les attaquants vont se placer, à peu près, mais en Angleterre, tout le monde court partout. Cela ne m'a pas facilité la tâche. Le rythme des matches est aussi très élevé et il n'est pas rare de disputer trois matches en l'espace de six jours ". Indépendamment du Club Bruges, Priske affirme avoir eu d'autres opportunités : des clubs en Norvège, en Allemagne, en Italie et en Espagne, mais il n'a pas trouvé les offres intéressantes ou suffisamment concrètes pour poursuivre les contacts. " L'Espagne et l'Italie me paraissaient en outre trop incertaines pour aller y relever un défi. La dernière année n'a déjà pas été très agréable à Portsmouth. Je ne supporte pas l'incertitude car je veux jouer le plus de matches possible. Morten Olsen, le sélectionneur du Danemark, connaît très bien le championnat belge. Il habite toujours ici et j'espère qu'il trouvera que j'ai fait le bon choix. Avant mon transfert, j'ai essayé à plusieurs reprises de lui téléphoner pour lui demander son avis. Je sais qu'il n'était pas vraiment enchanté que j'ai signé pour Portsmouth : si je n'y jouais pas, il lui serait difficile de me conserver une place dans l'équipe. Il n'a pas une opinion élogieuse sur le championnat anglais ". En équipe nationale, Priske est confronté à la concurrence de Martin Laursen, qui est blessé, pour le moment, du jeune Lars Jakobsen et du chevronné Thomas Helveg. Il évolue à l'arrière droit ou un cran plus haut sur le flanc. Il compte déjà 21 sélections nationales. A l'Euro 2004, il a dû se contenter d'une entrée au jeu de 14 minutes contre l'Italie et a été cantonné à un rôle d'observateur, mais la retraite de quelques pions et la blessure de quelques autres l'ont transformé en valeur sûre de l'équipe. Il a ainsi participé à dix des douze matches de qualification du Mondial, duquel le Danemark était par ailleurs absent. En février, Priske a été sélectionné in extremis pour un match amical contre Israël. Maintenant qu'il a quitté Portsmouth, il affronte la concurrence brugeoise d' Olivier De Cock mais estime avoir davantage de chances : " Il est très important aux yeux du sélectionneur que nous jouions. Dans le cas contraire, pas d'équipe nationale. Je devais donc trouver un club qui non seulement soit en mesure de briguer le titre mais au sein duquel j'ai des chances de jouer régulièrement. A Copenhague, nous nous produisons devant 40.000 personnes, en équipe nationale. Je vous assure que c'est toujours un de mes meilleurs moments... ". RAOUL DE GROOTE