Avachi sur son canapé, Anthony Vanden Borre se remémore son grand come-back d'hier soir contre Malines, le 18 octobre dernier. Dans son appartement au design épuré de l'avenue Louise, Anthony a accepté de nous recevoir chez lui en jogging noir, en mode décontracté. Suspendu au mur, un bel écran plat diffuse l'interview de Pelé Mboyo pour l'émission de l'après-midi de Canal + : " Enquête de foot ". Pelé, son ami d'enfance raconte son début de carrière gâché par un passage en taule. Une parole qui fait écho aux débuts chaotiques de Vanden Borre dont la carrière est en passe d'être disséquée. Magnéto.
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Avachi sur son canapé, Anthony Vanden Borre se remémore son grand come-back d'hier soir contre Malines, le 18 octobre dernier. Dans son appartement au design épuré de l'avenue Louise, Anthony a accepté de nous recevoir chez lui en jogging noir, en mode décontracté. Suspendu au mur, un bel écran plat diffuse l'interview de Pelé Mboyo pour l'émission de l'après-midi de Canal + : " Enquête de foot ". Pelé, son ami d'enfance raconte son début de carrière gâché par un passage en taule. Une parole qui fait écho aux débuts chaotiques de Vanden Borre dont la carrière est en passe d'être disséquée. Magnéto. AnthonyVandenBorre : Que je croyais, non. Mais le lendemain de la blessure, le docteur m'a dit clairement que c'était minimum 3 mois. Moi, je savais que cela ne serait pas six semaines. Après, peut-être qu'ils ont voulu masquer quelque chose ou espérer autre chose, mais le docteur qui travaille aussi avec Anderlecht a été clair sur ça. C'était trois mois minimum. Non, parce que je me suis dit que j'avais déjà été récompensé pour tout le travail que j'avais fait pendant deux ans. Mais comme je suis croyant, je pense que tu dois aussi parfois payer ce que t'as fait. Et là, je pense que j'ai payé tout ce que j'ai fait dans ma jeunesse. Il fallait que je sois puni encore une dernière fois. C'était une forme de sentence. Mais sans mentir, directement après le match, je pensais que c'était une entorse. L'histoire de 2-3 jours et puis c'est tout. Le lendemain, au repas du midi, je disais à tout le monde que ça allait aller, j'étais super confiant. Après le repas, je vais voir le doc et il me dit : " Anthony, ton Mondial est terminé. C'est trois mois minimum. " Je me souviens, j'étais dans la salle kiné, il y avait Witsel, Dembélé et Ciman, et moi je m'entendais super bien avec Ciman. C'est des gars qui ont déjà vécu des blessures. Alors, ils te tapent le dos, ils te disent que tu reviendras plus fort. Et là, j'avais les nerfs. Je me rappelle, j'avais même les larmes aux yeux. J'étais sur une bonne dynamique, j'avais fait tout un programme dans ma tête avec ce Mondial, je me disais que j'allais jouer un match, peut-être deux, que ça marquerait les gens, que ma carrière prendrait une autre envergure. Tout se passait bien et puis... Tout le monde dit que j'ai été blessé à cause de ça. Mais ce n'est pas un geste pour charrier, c'est à l'instinct. Je ferai toujours des gestes comme ça, car ça fait partie de moi. La blessure, c'était la sentence. C'est tout. Non. Je voulais rester, j'ai quand même beaucoup de potes et c'était une belle aventure. Et je ne voulais surtout pas faire 14 heures de vol tout seul. Je ne voulais vraiment pas. J'étais vraiment content de rester et puis c'est bon, c'était un peu des vacances aussi pour moi. C'est comme un petit frère. Youri et moi on se parle tous les jours. Il vient toujours vers moi. Et, ce qui est bien, c'est que je peux lui dire ce qu'il ne doit pas faire. Il a encore un peu plus de caractère que Vincent (Kompany, ndlr) à l'époque. On ne voit pas tout maintenant, mais d'ici deux trois ans tu vas comprendre qu'il a vraiment quelque chose en plus que Vincent et moi. Mais tout cela c'est dû à la formation. Ils ont tout changé en Belgique. Avant, on venait juste s'entraîner trois-quatre fois par semaine et puis tu rentrais à la maison. T'étais livré à toi-même. Ça n'a rien à voir avec maintenant : les jeunes sont là toute la journée, le club les amène à l'école, vient les chercher,... Vincent, il a toujours été là. Même maintenant. Sans exagérer, Vincent, il s'est toujours intéressé à moi, à ma vie. C'est quelqu'un qui te demande toujours comment ça va, si t'as besoin de quelque chose. Vincent et moi, on a grandi ensemble. Le problème, c'est que Vincent il vient beaucoup vers moi, mais moi, je suis quelqu'un de plus renfermé, je n'aime pas aller vers les gens, j'ai toujours peur de les déranger. Mais lui, il a toujours eu un petit mot. Comme quand j'étais sans club, et que je m'entraînais juste avec Anderlecht. À l'époque, la sélection s'entraînait aussi au centre d'Anderlecht et après un entraînement, je vais au vestiaire et je vois dans mon casier un maillot des Diables. Je demande au gars du matériel et il me dit que c'est Vincent qui l'a mis là pour moi. Directement, j'ai compris pourquoi il avait fait ça. C'était un geste pour me faire comprendre que je ne devais rien lâcher. Un geste fort. Non, parce que c'est quand même lui qui m'a relancé. Mais je pense que si Guillaume (Gillet, ndlr) ne se blesse pas, il ne me fait jamais jouer. En fait, Van den Brom a un grand problème, c'est que c'est quelqu'un qui s'aime beaucoup. Et le problème qu'il avait avec moi, c'est que sans me vanter, j'étais une icône plus que lui à Anderlecht. Je pense que ça l'a touché dans son amour-propre. Et cela, je l'ai compris quand le transfert de Momo Sissoko ne s'est pas fait en janvier dernier. Tout était carré, tout était prêt, il n'avait plus qu'à signer. Momo Sissoko à Anderlecht, ça allait être une superstar. Je l'expliquais aux plus jeunes, comme Youri, qui ne le connaissaient pas. Si on avait la chance d'avoir Sissoko à Anderlecht, c'était un peu un accident, car c'est le genre de gars hors-catégorie pour nous. Mais soit, tout était fait et il ne le fait pas signer. Parce que je pense qu'il avait peur de ne pas avoir suffisamment d'emprise sur lui. C'est le foot. Mais je pense que la seule erreur, si je peux me permettre - parce que je ne me permets jamais de dire ça sur un joueur -, mais la seule erreur qu'il a faite c'est qu'il a cru que c'était acquis. Et que moi pendant ce temps-là, j'ai continué à travailler. Mais c'est normal, c'était le capitaine, l'entraîneur le surkiffait, il pouvait faire n'importe quoi, l'entraîneur l'aurait quand même mis. Je pense que l'entraîneur se reconnaissait en lui. Il n'avait d'yeux que pour lui. Franchement, Marseille, j'y vais en marchant. Il y a déjà eu des petits trucs, mais jamais officiel. Michy, il était ici il y a quelques jours avec une dizaine de potes. On en parle souvent de l'OM parce que dans notre bande de potes, on est tous des supporters de l'OM. Michy, il ne joue pas pour l'instant, mais il est vraiment bien là-bas, il est vraiment content. Il sait que ce n'est pas du hasard, s'il ne joue pas. Là, il est en train d'apprendre, il se fait tout petit et un jour il aura sa chance. Et puis, c'est Gignac devant lui, ce n'est pas un clown. Je ne pense pas qu'il s'attendait à ça, mais bon c'est un autre niveau. Et dès le premier jour, je pense qu'il a compris que c'était un autre monde. Oui, mais à certaines conditions. Marseille, c'est un club que je kiffe. Un bon club en Angleterre, si tout le monde est content, pourquoi pas. Mais il faut surtout que cela arrange tout le monde, surtout Anderlecht. J'ai trop de respect pour ce club. Par contre, je le redis, il faut que les gens arrêtent de penser qu'Anderlecht c'était ma dernière chance. C'était fait à 95 %, mais il y a quelqu'un qui a mal parlé de moi. Et ce jour-là, il y avait Anderlecht-Cologne en amical. Je pensais savoir qui c'était, j'avais deux noms, mais il paraît que ce n'est pas eux. En tout cas, ça vient de Belgique, et c'est ça qui est triste. Tu sais, quand je suis parti d'Anderlecht, ce n'était pas en bons termes. Eux comptaient sur moi, et moi, sur un coup de tête j'ai été voir Herman Van Holsbeeck pour lui dire que je voulais partir. Quand un petit jeune commence à faire ce qu'il veut à Anderlecht, il n'aime pas trop, ce que je peux comprendre. Je suis parti en pétard avec tout le monde en Belgique, ce n'était pas la bonne idée. C'est dommage, parce que pour moi, la Bundesliga c'était un beau transfert, mais ça ce n'est pas fait et voilà, c'est comme ça qu'après je me suis retrouvé à Genk. J'étais déterminé à vouloir partir de la Genoa. Eux, ils étaient déterminés à me faire la misère, mais moi je ne voulais pas me laisser faire. Ils m'ont enfermé dans un local, ils étaient 3-4. Ce que j'ai vécu là, il n'y a pas beaucoup de jeunes qui auraient résisté. Ils m'ont enfermé dans un hôtel, m'obligeaient à signer des papiers, me traitaient de merde. Ils me menaçaient en italien, je ne comprenais rien. En plus, ils me disent ça à moi, mais ils n'avaient pas compris que moi, toute ma vie j'ai vécu des pressions. Bref, comme ils n'ont rien réussi avec moi, ils m'ont lâché gratuit, mais m'ont libéré à minuit et demi. Le pire, c'est que j'étais content parce qu'ils m'ont quand même payé (il rit). Ce n'était pas une question d'argent, juste de principe. Dans le vestiaire, je suis en bon contact avec tout le monde, mais c'est parce que tout le monde doit être en bon contact avec moi. C'est mieux pour eux (il rit). Ce n'est même pas parce que je suis l'ancien, mais c'est parce qu'ils doivent comprendre certaines choses. Avant, quand on arrivait dans un vestiaire en tant que jeune, on n'osait pas parler. Maintenant, t'en as certains qui n'ont pas encore fait un match en pro et qui pourraient presque te dire " ta gueule " en face. Tu peux faire ça à tout le monde, mais avec moi tu ne fais pas ça. Moi, j'essaye de mettre un peu de l'ordre dans le vestiaire. Dès qu'il y en a un qui fout la merde, on le prend sur le côté, on lui met deux, trois claques (rire). On est deux, trois à faire ça. Silvio, il est plus dans la parole. Steven, il est comme moi, il est un peu chaud. Mais bon, moi il y en a beaucoup de ces petits que je connais depuis longtemps. Mais ils ne se laissent pas faire. Faut avoir du courage pour les affronter. Cela se passe bien, quand ils connaissent les limites. Il y a beaucoup de jeunes qui ne savent plus ce qu'est le respect, parce qu'ils ont tout trop vite. Comme moi à l'époque, mais aujourd'hui, c'est encore pire. Dans le vestiaire, on a tous notre casier. Moi j'ai demandé le premier casier dans le coin et de n'avoir personne à côté de moi. Il y a un casier où il n'y a personne et directement à côté, c'est Mitrovic. C'est un spécial, mais il faut apprendre à le connaître. C'est un gentil garçon, mais il est fort seul à Bruxelles. Il ne sort pas beaucoup, et lui aussi a beaucoup de mal à s'ouvrir. Ce n'est pas un problème de langue, parce que dans le vestiaire tout le monde parle anglais et que je pense qu'il le parle assez bien. Mais il fait des efforts. Il commence à insulter les gens en français. C'est bon signe. J'essaie de lui dire de ne pas s'inquiéter. Je lui dis toujours que quand je serai sur le terrain, je lui donnerai des passes et qu'il marquera des buts. J'ai envie qu'il marque, mais il faut l'aider. Il est jeune, il a un caractère, mais c'est quelqu'un de très calme. Beaucoup de gens parlent de son poids, mais c'est vraiment quelqu'un qui fait attention. Il a une super hygiène de vie. Moi aussi, je suis quelqu'un qui prend vite du poids donc, je fais vraiment attention. PAR MARTIN GRIMBERGHS ET QUENTIN MÜLLER - PHOTOS: BELGAIMAGE" Il faut que les gens arrêtent de penser qu'Anderlecht était ma dernière chance. " " Van den Brom ? J'étais plus une icône que lui. Ça l'a touché dans son amour-propre. " " Mitro commence à insulter les gens en français. C'est bon signe. "