Rendez-vous est pris au stade Yvan Georges, antre de l'Excelsior Virton, où Frank Defays a débarqué en 2011. Après une séance photo - exercice qu'il apprécie peu - dans les tribunes du stade et sous une pluie battante, l'ancien défenseur des Zèbres s'installe au sec pour se livrer.

Nous sommes actuellement en pleine reprise, comment est-ce que ça se passe à Virton ?

Frank Defays : Très bien. La première semaine était consacrée à différents tests physiques et on s'y met petit à petit avec en point de mire le début du championnat.

Vous qui avez été pro pendant 10 ans, n'avez-vous pas eu du mal à vous adapter à votre arrivée à Virton en 2011, en D3 ?

Defays : J'ai essayé de me rapprocher le plus possible de ce que j'avais connu à Charleroi. J'ai voulu être le plus pro possible dans mon approche pour faire progresser le club.

" Il y a une volonté d'isoler le foot amateur "

Le championnat reprendra début septembre et, entre-temps, il y aura la Coupe de Belgique. Comment Virton va-t-il abordé cette compétition ? Avec ambition ou bien l'épreuve sera-t-elle considérée comme une simple préparation au championnat ?

Defays : (Il sourit) C'est un sujet un peu tabou ici. Depuis que je suis au club, la Coupe de Belgique n'a jamais été une grande réussite. Pourquoi, je ne sais pas trop. Evidemment, on ne l'aborde pas avec l'ambition de la gagner, ce serait mal venu. Mais on ne veut pas non plus y être ridicule. C'est difficile quand les matchs arrivent à ce moment de la saison. On les prépare comme des matchs de préparation tout en ayant envie de faire bonne figure. On verra bien.

" Il y a un rejet du foot amateur "

C'est dommage pour les clubs amateurs que les premiers tours de Coupe tombent si tôt, non ?

Defays : Avec les matchs de l'équipe nationale, la coupe d'Europe... Je vais prêcher pour ma paroisse mais on favorise clairement les équipes de D1 dans la forme actuelle. On sent qu'il y a une vraie volonté d'isoler le foot amateur.

La réforme du championnat l'a confirmée...

Defays : Vouloir faire progresser le niveau des clubs belges est une bonne chose et je pense que ça porte ses fruits, comme en attestent les résultats des Diables. Mais il y a un rejet du foot amateur. Quand nous étions en D2, on savait qu'il fallait terminer dans le top 8 pour rester professionnel. On y croyait. Mais à partir du moment où on exige une licence D1A pour jouer en D1B... C'était compliqué d'arriver à garder le groupe motivé alors qu'on savait que nos résultats n'avaient aucune conséquence.

On vous sent amer.

Defays : Ce n'est pas de l'amertume. Mais je ne supporte pas quand les choses ne sont pas claires. On nous avait dit qu'il fallait terminer dans le top 8 puis, après, que c'est la licence qui était prépondérante. Or, on savait qu'il y aurait plus de 8 équipes à l'avoir. Cette année encore, on nous dit qu'on va tout faire pour avoir la licence et puis, en cours de saison, on nous fait savoir que ce ne sera pas possible. J'aurais préféré que, dès le départ, on nous dise " ce ne sera pas possible mais jouez le tour final à fond pour le mériter quand même sur le plan sportif ".

Vous avez finalement terminé 3e. Qu'est-ce qui a manqué ?

Defays : De l'argent. Quand on voit le Beerschot, il était intouchable. Ses joueurs sont de vrais pros qui n'ont que le football en tête. Pas nous. Il faudrait d'ailleurs réfléchir à cette notion d'amateurs... Je pense que le salaire de Losada valait à lui seul le budget de Virton. Malgré tout, on réalise une bonne saison avec nos moyens.

" Chaque année, on repart d'une feuille blanche "

Les belles années de Virton en D2, c'est encore envisageable ? C'est réaliste à l'heure actuelle ?

Defays : Pourquoi pas ? Mais il faut nous le permettre. Partout ailleurs on voit des petits clubs grimper les échelons. Mais pas en Belgique. Or, c'est ça le football, son esprit. On a envie de pouvoir affronter des grands clubs et pas uniquement lors de matchs de gala. Des matchs où on offre une vraie opposition, où on se donne pour obtenir un résultat. Et puis, vu la position de Virton en Belgique, ce serait une bonne chose, pour montrer qu'on vit le foot partout.

Vous entamez votre 7e saison comme coach à Virton. Comment explique-t-on cette longévité ? Il n'y a pas de lassitude ?

Defays : C'est vrai que, comme à Charleroi, je m'inscris dans la durée. Il y a quand même des périodes où ce fut chaud. Mais on a tenu bon. Je crois que ce qui fait que je suis là depuis si longtemps c'est que, chaque année, on repart d'une feuille blanche. A part la première année où on n'a pratiquement pas touché à l'effectif, il y a toujours énormément de mouvements à Virton. Il faut donc chaque saison s'y reprendre, c'est passionnant.

C'est quoi la griffe Defays ?

Defays : (Il réfléchit) C'est difficile à dire. Je n'aime pas spécialement parler de moi. Mais, en fait, je ne me considère pas comme un entraîneur. Un entraîneur, c'est quelqu'un qui forme ses joueurs et, honnêtement, ce n'est pas ce que je préfère. Bien sûr, on doit leur transmettre certaines choses sur le plan technique et tactique. Mais je me vois plus comme un coach. Je fais dans le management plus que dans la formation et j'essaye de tirer mon groupe comme ça.

" Il n'y a jamais rien eu avec Charleroi "

Il y a l'envie d'aller voir plus haut ?

Defays : Bien sûr, et je ne l'ai jamais caché. J'ai de l'ambition. Il y a déjà eu des contacts avancés avec certains clubs. Très avancés même, que ce soit en cours de saison ou à l'intersaison. Mais cela n'a jamais abouti pour différentes raisons. Après, avec Virton, je sais ce que j'ai et je ne cherche donc pas à tout prix à partir. J'ai rempilé pour deux ans et j'ai bien réfléchi avant. Je ne voulais pas faire la saison de trop. Mais, finalement, c'est quoi la saison de trop ? J'ai l'impression que cette expression est trop souvent utilisée.

On peut difficilement passer à côté de cette question : Avez-vous déjà été contacté par Charleroi ?

Defays : C'est une question qui m'embête parce qu'on me la pose tout le temps. Et parfois, certains en sont totalement persuadés. Récemment, j'ai un agent qui m'a appelé pour me proposer un joueur en me disant : " Mais je ne sais pas si je fais bien puisque Mazzù va signer à Bruges et que vous allez le remplacer à Charleroi. " Il y a ce fantasme qui est là parce que j'ai joué 10 ans à Charleroi mais je veux exister en dehors de ça. Je peux être capable d'entraîner Saint-Trond ou l'Antwerp. Et, de toute façon, je peux vous l'assurer, il n'y a jamais rien eu avec Charleroi.

par Julien Denoël - photo Belgaimage

Rendez-vous est pris au stade Yvan Georges, antre de l'Excelsior Virton, où Frank Defays a débarqué en 2011. Après une séance photo - exercice qu'il apprécie peu - dans les tribunes du stade et sous une pluie battante, l'ancien défenseur des Zèbres s'installe au sec pour se livrer. Frank Defays : Très bien. La première semaine était consacrée à différents tests physiques et on s'y met petit à petit avec en point de mire le début du championnat. Defays : J'ai essayé de me rapprocher le plus possible de ce que j'avais connu à Charleroi. J'ai voulu être le plus pro possible dans mon approche pour faire progresser le club. " Il y a une volonté d'isoler le foot amateur "Defays : (Il sourit) C'est un sujet un peu tabou ici. Depuis que je suis au club, la Coupe de Belgique n'a jamais été une grande réussite. Pourquoi, je ne sais pas trop. Evidemment, on ne l'aborde pas avec l'ambition de la gagner, ce serait mal venu. Mais on ne veut pas non plus y être ridicule. C'est difficile quand les matchs arrivent à ce moment de la saison. On les prépare comme des matchs de préparation tout en ayant envie de faire bonne figure. On verra bien. Defays : Avec les matchs de l'équipe nationale, la coupe d'Europe... Je vais prêcher pour ma paroisse mais on favorise clairement les équipes de D1 dans la forme actuelle. On sent qu'il y a une vraie volonté d'isoler le foot amateur. Defays : Vouloir faire progresser le niveau des clubs belges est une bonne chose et je pense que ça porte ses fruits, comme en attestent les résultats des Diables. Mais il y a un rejet du foot amateur. Quand nous étions en D2, on savait qu'il fallait terminer dans le top 8 pour rester professionnel. On y croyait. Mais à partir du moment où on exige une licence D1A pour jouer en D1B... C'était compliqué d'arriver à garder le groupe motivé alors qu'on savait que nos résultats n'avaient aucune conséquence. Defays : Ce n'est pas de l'amertume. Mais je ne supporte pas quand les choses ne sont pas claires. On nous avait dit qu'il fallait terminer dans le top 8 puis, après, que c'est la licence qui était prépondérante. Or, on savait qu'il y aurait plus de 8 équipes à l'avoir. Cette année encore, on nous dit qu'on va tout faire pour avoir la licence et puis, en cours de saison, on nous fait savoir que ce ne sera pas possible. J'aurais préféré que, dès le départ, on nous dise " ce ne sera pas possible mais jouez le tour final à fond pour le mériter quand même sur le plan sportif ". Defays : De l'argent. Quand on voit le Beerschot, il était intouchable. Ses joueurs sont de vrais pros qui n'ont que le football en tête. Pas nous. Il faudrait d'ailleurs réfléchir à cette notion d'amateurs... Je pense que le salaire de Losada valait à lui seul le budget de Virton. Malgré tout, on réalise une bonne saison avec nos moyens. Defays : Pourquoi pas ? Mais il faut nous le permettre. Partout ailleurs on voit des petits clubs grimper les échelons. Mais pas en Belgique. Or, c'est ça le football, son esprit. On a envie de pouvoir affronter des grands clubs et pas uniquement lors de matchs de gala. Des matchs où on offre une vraie opposition, où on se donne pour obtenir un résultat. Et puis, vu la position de Virton en Belgique, ce serait une bonne chose, pour montrer qu'on vit le foot partout. Defays : C'est vrai que, comme à Charleroi, je m'inscris dans la durée. Il y a quand même des périodes où ce fut chaud. Mais on a tenu bon. Je crois que ce qui fait que je suis là depuis si longtemps c'est que, chaque année, on repart d'une feuille blanche. A part la première année où on n'a pratiquement pas touché à l'effectif, il y a toujours énormément de mouvements à Virton. Il faut donc chaque saison s'y reprendre, c'est passionnant. Defays : (Il réfléchit) C'est difficile à dire. Je n'aime pas spécialement parler de moi. Mais, en fait, je ne me considère pas comme un entraîneur. Un entraîneur, c'est quelqu'un qui forme ses joueurs et, honnêtement, ce n'est pas ce que je préfère. Bien sûr, on doit leur transmettre certaines choses sur le plan technique et tactique. Mais je me vois plus comme un coach. Je fais dans le management plus que dans la formation et j'essaye de tirer mon groupe comme ça. Defays : Bien sûr, et je ne l'ai jamais caché. J'ai de l'ambition. Il y a déjà eu des contacts avancés avec certains clubs. Très avancés même, que ce soit en cours de saison ou à l'intersaison. Mais cela n'a jamais abouti pour différentes raisons. Après, avec Virton, je sais ce que j'ai et je ne cherche donc pas à tout prix à partir. J'ai rempilé pour deux ans et j'ai bien réfléchi avant. Je ne voulais pas faire la saison de trop. Mais, finalement, c'est quoi la saison de trop ? J'ai l'impression que cette expression est trop souvent utilisée. Defays : C'est une question qui m'embête parce qu'on me la pose tout le temps. Et parfois, certains en sont totalement persuadés. Récemment, j'ai un agent qui m'a appelé pour me proposer un joueur en me disant : " Mais je ne sais pas si je fais bien puisque Mazzù va signer à Bruges et que vous allez le remplacer à Charleroi. " Il y a ce fantasme qui est là parce que j'ai joué 10 ans à Charleroi mais je veux exister en dehors de ça. Je peux être capable d'entraîner Saint-Trond ou l'Antwerp. Et, de toute façon, je peux vous l'assurer, il n'y a jamais rien eu avec Charleroi. par Julien Denoël - photo Belgaimage