C'est avec un grand sourire que Zakaria Bakkali (19) nous attend dans la petite salle des vidéos du centre d'entraînement de Valence. Après une année sombre au PSV, il est heureux de retrouver les terrains, de ne plus pouvoir penser qu'au football. Les félicitations pleuvent sur son smartphone et il vient d'être repris en équipe nationale espoirs. Le soleil brille à nouveau pour un jeune homme qui, il y a deux ans, avait débarqué sur la planète foot à la vitesse d'une comète - il est le plus jeune auteur d'un hat-trick en D1 hollandaise - avant de replonger tout aussi vite dans l'anonymat. D'abord à cause d'une blessure et d'une opération, ensuite pour avoir refusé de prolonger le contrat le liant au PSV. Désireux de faire un exemple, les dirigeants du club d'Eindhoven l'avaient alors renvoyé dans le noyau B. Il y est resté un an mais, aujourd'hui, il a retrouvé le sourire.
...

C'est avec un grand sourire que Zakaria Bakkali (19) nous attend dans la petite salle des vidéos du centre d'entraînement de Valence. Après une année sombre au PSV, il est heureux de retrouver les terrains, de ne plus pouvoir penser qu'au football. Les félicitations pleuvent sur son smartphone et il vient d'être repris en équipe nationale espoirs. Le soleil brille à nouveau pour un jeune homme qui, il y a deux ans, avait débarqué sur la planète foot à la vitesse d'une comète - il est le plus jeune auteur d'un hat-trick en D1 hollandaise - avant de replonger tout aussi vite dans l'anonymat. D'abord à cause d'une blessure et d'une opération, ensuite pour avoir refusé de prolonger le contrat le liant au PSV. Désireux de faire un exemple, les dirigeants du club d'Eindhoven l'avaient alors renvoyé dans le noyau B. Il y est resté un an mais, aujourd'hui, il a retrouvé le sourire. Bakkali : " Après un an et demi, ça fait du bien ", dit-il. " J'avais besoin de changer d'air. Mentalement, j'ai connu des mois très difficiles au PSV. Par la suite, j'ai éprouvé des difficultés à faire le bon choix. Au départ, je voulais un club qui me permette de rester proche de ma famille. En France, en Allemagne... Anderlecht était une option également mais finalement, nous avons opté pour l'Espagne. Pour diverses raisons : le club, le championnat, qui m'a toujours beaucoup attiré. Le climat a joué un rôle également. Ici, c'est magnifique. Et puis, on n'est pas très loin du Maroc, où j'aime retourner souvent. Il y a aussi le défi sportif, la valeur de l'équipe. Et puis, les liaisons avec la Belgique sont faciles. Si ce n'est pas mon père, c'est mon frère qui vient me rendre visite. Ou ma soeur. Je ne suis jamais tout seul et c'est ce que je veux. J'habite à cinq minutes du centre d'entraînement, dans une maison avec piscine. La plage est à 20 minutes. Je vais rarement en ville. Je vis très calmement, entre la maison et le centre d'entraînement. " ZAKARIA BAKKALI : C'est moi qui ai choisi. Au moment où j'ai dû faire un choix entre la Belgique et le Maroc, j'ai demandé conseil à mon père et il m'a dit : C'est ta décision, fais ce que tu penses être le mieux. Pareil pour cette fois. Il me soutenait mais il m'a laissé décider. Tout le monde peut me conseiller mais c'est moi qui tranche. Je ne suis pas trop du genre à écouter les autres. Sinon, on n'en finit pas. L'un dit une chose, l'autre dit autre chose... On finit par ne plus s'y retrouver. J'écoute Lucien(Luciano D'Onofrio, ndlr), Marc(Wilmots, ndlr)... S'ils trouvent que c'est un bon plan, je fonce. BAKKALI : Conseiller, c'est un grand mot mais il a estimé que c'était un club qui me convenait. Je trouve aussi que le football espagnol est le meilleur au monde. A mon âge, je ne me vois pas jouer en Angleterre. En Espagne, on a au moins le temps de contrôler le ballon. BAKKALI : Ces deux hommes travaillent ensemble. C'est Lucien qui parle le plus avec moi. Ils ont établi un très bon plan sportif pour moi. Je sais évidemment que tout peut changer très vite. Je voulais rester au PSV jusqu'à l'âge de 21 ans... Aujourd'hui, je vis plutôt au jour le jour. Je travaille dur. Après, on verra. BAKKALI : En football, on ne sait jamais. En principe, c'est trop tôt mais si j'inscris quatre buts demain, tout peut aller très vite. On l'a bien vu il y a deux ans. BAKKALI : Je ne trouve pas. Je n'avais pas encore prouvé grand-chose au PSV, c'est vrai : j'avais inscrit un but en Coupe d'Europe face à Zulte Waregem et j'avais marqué trois fois en championnat le week-end suivant. Ce n'était pas logique mais j'avais tout de même prouvé quelque chose. J'aurais pu être repris en équipe Espoirs, j'aurais déjà été content. Mais j'ai été repris chez les A, alors que j'étais un des plus jeunes : je n'avais que 17 ans. BAKKALI : Je le sais et le talent seul ne suffit pas. Du talent, j'en avais mais je n'ai pas suffisamment travaillé et j'ai perdu mon temps. On doit travailler dur tout le temps, c'est logique. BAKKALI : Du physique. On peut courir et s'entraîner autant qu'on veut, la différence avec le rythme de match est énorme : les sprints, la récupération,... Fin août, j'ai rejoué 30 minutes : le lendemain, j'étais K-O. C'est normal. Au début, j'étais même fatigué le lendemain d'un entraînement mais après un mois, je supportais si bien la charge de travail que je pouvais me permettre d'en faire encore un peu plus après. BAKKALI : J'ai pu compter sur mes potes de Bressoux-Droixhe. Et sur ma famille, bien sûr. Sinon, les gens du football, ils m'ont plutôt embêté. Je crois que tous les agents m'ont appelé, au point que je devais changer constamment de numéro de téléphone, tellement la pression était forte. Mais aujourd'hui, quand je revois des footballeurs, les réactions ont changé. On me demande comment j'ai pu survivre dans ces conditions, rester fort dans la tête... Et signer à Valence. De nombreux joueurs auraient craqué s'ils avaient vécu cela. J'aurais pu faire la fête et me laisser aller mais j'ai travaillé dur individuellement avec Dimitri Lowette, le kiné de l'équipe nationale, à Saint-Trond. J'ai travaillé de façon militaire, comme un guerrier. J'ai dit à des journalistes que je reviendrais dans un championnat plus fort que le championnat des Pays-Bas. Je suis très content de moi mais aussi un peu triste d'avoir perdu deux ans de carrière. Mais je vais les regagner. Sur le plan mental, cette situation m'a permis de mûrir. Je suis beaucoup plus calme, plus serein. Je m'en suis déjà aperçu à Valence. BAKKALI : Un peu des deux. J'étais encore jeune et j'ai commis des erreurs. Mais si le PSV s'était montré plus souple, tout ça ne serait pas arrivé. Ils ont choisi la voie radicale pour faire un exemple. Ils l'ont reconnu eux-mêmes. Je ne sais pas ce qui leur a pris, je pense que c'est une question de compétences. Il n'y en a pas beaucoup au PSV. De douze à dix-huit ans, tout s'est relativement bien passé pour moi. Puis il a fallu négocier un nouveau contrat. A ce moment-là, comme je ne jouais pas, j'ai voulu attendre. Je ne voulais pas resigner dans un club où je ne serais que réserviste. J'ai demandé qu'on attende la Coupe du Monde mais on m'a empêché de jouer et, du coup, la Coupe du monde, je l'ai loupée. Peut-être n'y serais-je pas allé non plus si j'avais joué, on n'en sait rien. Mais quand on ne joue pas le moindre match de janvier à juin... BAKKALI : C'est faux. On n'a jamais parlé de ça. Si le club s'était bien comporté, je serais peut-être toujours là. BAKKALI : Celle d'être fâché après les matches, de tirer la gueule. Ils estimaient que je n'étais pas suffisamment professionnel mais j'étais jeune, je voulais jouer. Il n'y a rien d'autre à me reprocher. Je n'ai jamais manqué un entraînement et je ne rigolais pas. D'ailleurs, je n'en avais pas envie. Les médias ont joué un rôle également, ils ont tout fait pour me salir. Peut-être tenaient-ils leurs informations du club, je n'en sais rien. Mais je vous mets au défi de parler avec n'importe quel équipier et d'en trouver un qui dit que je ne suis pas quelqu'un de calme, que je suis un enfant terrible. Le PSV a tenté de donner une image de moi qui ne colle pas à la réalité. Et je vais le prouver ici. BAKKALI : Je n'ai joué que deux ou trois matches avec le FC Lidl (il rit). Mon équipe, c'était celle de la Cour Jacquet. Le FC Lidl, c'était celle de Carcela etc. Ils jouaient sur une surface beaucoup plus molle. Nous, on jouait sur le béton. Celui qui tombait se déchirait la peau. C'était beaucoup plus dangereux. (il grimace). PAR PETER T'KINT À VALENCE - PHOTOS BELGAIMAGE" De nombreux joueurs auraient craqué s'ils avaient vécu la même chose que moi. " ZAKARIA BAKKALI