Christian Benteke, Thomas Buffel, Kevin De Bruyne : en 10 minutes et trois buts contre Gand, ils ont - plus ou moins - sauvé la saison de Genk, champion qui filait vers les play-offs 2. Dès la fin du match, tout un banc soufflait et Dirk Degraen enlaçait Mario Been. Le directeur fait un bilan sans concession de la vie des Bleus depuis l'été.
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Christian Benteke, Thomas Buffel, Kevin De Bruyne : en 10 minutes et trois buts contre Gand, ils ont - plus ou moins - sauvé la saison de Genk, champion qui filait vers les play-offs 2. Dès la fin du match, tout un banc soufflait et Dirk Degraen enlaçait Mario Been. Le directeur fait un bilan sans concession de la vie des Bleus depuis l'été. Dirk Degraen : Non, je le félicite comme après chaque victoire. Avec, cette fois, un soulagement un peu plus fort. C'est clair qu'après nos défaites contre Courtrai et Westerlo, la situation était devenue difficile pour tout le monde. Mais Been a géré ça avec beaucoup de calme. Il aurait pu commencer à chercher des excuses, à se protéger. Il s'est abstenu. Il a tout fait pour ramener de la sérénité dans le noyau et a fait en sorte que tous les joueurs se concentrent à fond sur ce match décisif. C'était difficile. Tout le monde était conscient de ne pas avoir répondu à l'attente. Et on s'est rendu compte que ce groupe n'était pas assez mature, qu'il n'arrivait pas à bien négocier les rendez-vous contre les petites équipes et les clubs moyens après avoir réussi une saison extraordinaire. C'est une constante depuis l'été dernier. Maintenant que nous sommes en play-offs, nous n'aurons plus que des adversaires de haut niveau et j'espère que ce problème ne se présentera plus. C'est clair. Ils ont connu une année magnifique, tout leur souriait. Ils pensaient que la belle aventure allait tout naturellement continuer. Peut-être, mais Anderlecht a quand même plus de maturité. Et une moyenne d'âge plus élevée. Chez nous, il y a beaucoup de jeunes qui n'étaient pas habitués à être champions et à jouer la Ligue des Champions... Et nous n'avons pas de leaders capables de changer cette mentalité. On a vu la même chose une semaine plus tôt contre Courtrai, je n'ai pas d'explication, à part ce manque de maturité et de leadership. Je sais en tout cas qu'il n'y a pas de problème entre les joueurs, et pas de souci entre les joueurs et l'entraîneur. S'il y en avait, ils n'auraient jamais fait le match qu'ils ont réussi contre Gand. En jouant comme ça, ou comme nous l'avons fait à domicile en Ligue des Champions, nous pouvons embêter n'importe qui en Belgique. Je ne pense pas. Je crois plutôt que la saison dernière, Genk n'en avait pas besoin. Des leaders deviennent seulement indispensables quand ça commence à aller moins bien. En principe, ceux qui sont au-dessus du lot, vu leurs qualités. Et ceux qui émergent grâce à leur expérience. Si on s'attache aux qualités, je citerais De Bruyne, mais il est encore un peu jeune pour assumer ce rôle-là. Comme anciens, je pense par exemple à Elyaniv Barda, Buffel ou Jeroen Simaeys. Je ne vise personne mais je constate qu'il y a un déficit de mentalité dans le groupe. On a vu l'année dernière que le classement pouvait être bousculé après deux matches. Nous voulons toujours nous qualifier pour l'Europe. Mais globalement, notre saison est déjà un succès. Nous visions les poules de l'Europa League, nous avons joué la Ligue des Champions. Nous voulions aussi terminer dans le top 6 : c'est bon. Ça ne sert plus à grand-chose de parler de ça. Sa situation était difficile, c'est clair. J'ai beaucoup discuté avec lui. Deux jours avant le match contre Gand, nous avons eu un conseil d'administration. Programmé depuis longtemps, pas convoqué en urgence à cause de la situation sportive. Certains journalistes en ont conclu que nous allions y aborder un limogeage éventuel de Been. Mais aucune décision n'a été prise ce soir-là, nous n'avons pas décidé qu'il resterait uniquement si nous allions aux play-offs. On lui a sans doute demandé s'il trouvait normal que son sort dépende de l'affrontement avec Gand, il ne pouvait donc répondre que ça... Nous trouvions très positif qu'il intègre plusieurs jeunes, qu'il les rapproche du 11 de base. Et nous avons aussi apprécié qu'il relance des joueurs qui n'avaient plus leur chance avant son arrivée, comme Fabien Camus. Nous ne voulions pas tomber dans le piège d'une direction qui juge son entraîneur exclusivement en fonction de ses résultats bruts. Certainement pas. Un club pareil, avec un tel budget et autant de qualités, doit être capable de finir dans les six premiers même quand il a plein de contretemps. S'il n'y arrive pas, ça veut dire qu'il n'a pas bien travaillé. Aucun des deux. Genk a commis une grosse erreur en confiant toutes les responsabilités sportives à Vercauteren, en lui permettant de devenir directeur technique en janvier 2011. Un entraîneur n'a pas le temps de gérer ce boulot en plus, surtout s'il joue le titre. Alors, quand cette personne s'en va du jour au lendemain, vous tombez dans un grand trou. Nous avons pris quelques décisions malheureuses, surtout en fin de mercato d'été : c'était une suite logique de cette situation. Nous avons mis tous nos £ufs dans le même panier et nous l'avons payé cher. (Catégorique). Oui ! Je ne suis pas Superman ! Je ne suis que le directeur général de ce club, pas son directeur technique, je ne gère pas le scouting et tout ça. J'en suis convaincu. Juste après son départ, nous nous sommes qualifiés pour les poules de la Ligue des Champions, il ne restait que quelques jours pour transférer mais on n'avait pas une liste claire avec les renforts disponibles, les profils à acquérir, les prix, etc. Nous avons été pris au dépourvu, il a fallu agir dans l'urgence. Il y a aussi eu des réussites, hein ! Khaleem Hyland, Simaeys, Benteke. Mais c'est clair qu'on ne peut pas contester les échecs. Nous avons pris le risque d'engager un joueur dont on avait vu les qualités il y a quelques années au Standard, mais il n'avait plus joué beaucoup entre-temps. Nous pensions qu'il pouvait renforcer le noyau en largeur, nous nous sommes trompés. Physiquement, il n'est pas au point. Grimi et Masuero avaient le même problème. Euh... Nous avons un accord pour ne plus en parler. Ça a été un épisode très difficile pour le club, mais ça arrive. Non ! Je ne fais plus de commentaires... On m'a proposé à l'étranger un contrat beaucoup plus intéressant que celui que j'ai ici : je suis resté. (Il rigole). Oui. C'était la première fois. Aussi la dernière, j'espère. Je voulais prendre la température, me rendre compte de l'état d'esprit des joueurs dans une situation pareille. Et honnêtement, j'ai été agréablement surpris ! Tout le monde était encore positif alors que c'était 3-1, que nous avions pris trois buts dans les 15 premières minutes. Je craignais de trouver des joueurs avec la tête basse, mais ils se parlaient encore, ils se motivaient mutuellement, ils croyaient toujours qu'ils pouvaient revenir en deuxième mi-temps. Je ne suis pas un fantôme... Le vestiaire, j'y vais régulièrement. OK, jamais à la mi-temps d'un match... Mais je ne suis pas arrivé en hurlant et l'entraîneur l'a bien pris. Ils étaient frustrés, c'est normal. Quand vous sortez d'un titre, vous vous attendez au moins à ce que votre équipe se qualifie facilement pour les play-offs. Je n'ai pas trouvé leur réaction inacceptable ou trop violente. Non. Comme ça s'éternisait, on m'a appelé au poste de commandement, où il y a tous les écrans de télé. Ainsi, je pouvais suivre les événements. J'ai proposé d'aller parler avec les supporters, on m'a dit qu'il était préférable que je m'abstienne. Je suppose qu'ils auraient été encore plus négatifs, c'est logique. Je l'aurais accepté. Il n'y a qu'une chose que je n'aurais pas admise : la violence. Mais on ne peut jamais l'exclure dans des cas pareils. Deux éléments ont joué au même moment. Sandomierski avait été appelé dans la présélection polonaise pour l'EURO et il craignait de perdre cette place s'il restait sur le banc chez nous. Il fallait qu'il joue. Et Bailly, qui venait de casser son contrat à Neuchâtel et redevenait la propriété de Mönchengladbach, a proposé de venir avec nous en stage en Turquie. En dix jours, nous avons constaté que son comportement était impeccable. Et ses qualités de gardien, on les connaissait. Nous ne prenions donc pas beaucoup de risques. Sandomierski est parti en prêt en Pologne pour six mois, Bailly a signé pour une demi-saison chez nous : tout le monde s'y retrouvait. Oui. Nous payons son salaire et nous avons jusqu'à fin mai pour lever l'option unilatérale. Genk a les cartes en mains, pas Mönchengladbach. Le prix du transfert éventuel est fixé et c'est raisonnable. Oui. Ça m'étonnerait qu'il n'ait pas l'ambition de revivre une aventure dans un meilleur championnat. Et je suis convaincu qu'il a assez de qualités pour y arriver. Depuis janvier, il a déjà bien progressé et les échos du staff technique sont positifs. C'est vous qui le dites ! (Il rigole). C'est vrai que quand on débourse autant d'argent pour un jeune gardien qui est sollicité par beaucoup de clubs, on s'attend à ce qu'il joue. Mais son intégration n'a pas été simple. Il a eu du mal à digérer le rythme des entraînements, plus poussé qu'en Pologne. Et mentalement aussi, il a souffert. Euh... Je peux comprendre les difficultés de motivation d'un joueur qui a déjà signé ailleurs et doit continuer à prester avec le club qu'il va quitter quelques mois plus tard. Mais tout le monde ne réagit pas de la même façon. De Bruyne est engagé avec Chelsea mais il continue à tout donner pour nous. Il est conscient qu'il n'a qu'une chose à faire pour obtenir un beau transfert cet été, l'année prochaine ou dans deux ans : marquer des buts. Il n'a pas de raisons d'être frustré. En plus, c'est un gars qui aime jouer. La situation d'Ogunjimi, qui est peu aligné à Majorque, devrait le faire réfléchir. Ça ne m'intéresse pas tellement... Dès que vous retrouvez votre équipe nationale, vous êtes avec des joueurs qui aiment bien parler, se vanter, raconter de jolies histoires sur leur salaire, etc. Ce n'est pas mon problème. Moi, je vois les offres qui atterrissent sur mon bureau. Il n'y a rien eu de concret depuis janvier de l'année passée. Aucune offre qui nous aurait obligés à entamer des discussions. C'est un constat. Je vais peut-être vous paraître un peu carré ou bizarre, mais ce n'est pas mon problème. (Il rigole). Evidemment, je lui souhaite tout le bonheur, à Chelsea ou dans un autre club qui le louerait. Mais attention, c'est aussi un gars qui aime jouer ! S'il est toujours réserviste à Chelsea, il sera beaucoup plus vite frustré que Lukaku. Il ne l'accepterait pas, j'en suis certain. Nous serions fous de ne pas y réfléchir... En ce qui nous concerne, certainement ! Maintenant, De Bruyne et Chelsea devraient être d'accord. En tout cas, c'est sûr qu'il ne sera pas prêté à une autre équipe belge : c'est écrit noir sur blanc dans le document de transfert... Juste quelques mots. Je dis depuis longtemps que Courtois est un phénomène. Et avec les phénomènes, on ne peut jamais rien prévoir. Il peut jouer partout. Vraiment partout. C'est un des meilleurs gardiens du monde. Beaucoup, beaucoup, beaucoup... J'ai posé la question aux gens de Chelsea quand nous avons discuté pour De Bruyne, ils n'ont même pas voulu me répondre. Je voulais juste leur faire comprendre qu'avec Courtois, nous leur avions déjà fait gagner énormément d'argent en quelques mois... Et qu'ils ne devaient donc pas essayer de raboter le prix pour De Bruyne. Enfin, c'est comme ça : vu les circonstances, c'était impossible pour Genk de recevoir une plus grosse somme pour Courtois. PAR PIERRE DANVOYE" Quelques transferts ratés de l'été sont dus à la double casquette de Vercauteren. "