Un soir de novembre 2005 dans une taverne de Lokeren. La météo est pourrie, Slavo Muslin en rigole : " J'en ai vu d'autres, j'ai déjà beaucoup voyagé, tu sais ! " Serbie, France, Maroc, Bulgarie, Ukraine, l'homme est toujours dans les valises. On découvre un coach au crâne rasé qui manie un français parfait (fruit de six ans comme joueur puis neuf saisons comme entraîneur dans l'Hexagone) et s'amuse à ennuyer nos grands clubs depuis quelques mois.
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Un soir de novembre 2005 dans une taverne de Lokeren. La météo est pourrie, Slavo Muslin en rigole : " J'en ai vu d'autres, j'ai déjà beaucoup voyagé, tu sais ! " Serbie, France, Maroc, Bulgarie, Ukraine, l'homme est toujours dans les valises. On découvre un coach au crâne rasé qui manie un français parfait (fruit de six ans comme joueur puis neuf saisons comme entraîneur dans l'Hexagone) et s'amuse à ennuyer nos grands clubs depuis quelques mois. Son Lokeren est par exemple allé gagner à Bruges et a pris un point contre Anderlecht. Il est dans le premier tiers du classement avec des joueurs anonymes. Il nous refait le coup de Trond Sollied et Albert Cartier : des inconnus qui débarquent chez nous sans rien connaître de notre foot (même s'il venait assez régulièrement voir Mouscron quand il entraînait Lens...) et cassent directement la baraque. Et il a la même gouaille que ces deux-là. Un personnage ! Le nouvel entraîneur du Standard a le label, c'est clair. Les Liégeois ont engagé un dieu belgradois, une légende de l'histoire de l'Etoile Rouge : quatre succès en championnat de Yougoslavie et une finale de la Coupe de l'UEFA comme joueur, trois trophées de champion de Serbie et deux coupes de ce pays comme entraîneur. Le coach Muslin a aussi signé un doublé championnat - coupe en Bulgarie avec le Levski Sofia. Pour le reste, ce qui marque avant tout dans son parcours, ce sont ces déménagements incessants. Le Standard est son dix-neuvième employeur en 27 saisons. Des C4, comme tout le monde, il en a reçu quelques-uns, dont quatre en Russie (voir encadré). Son expérience à Bordeaux à la tête d'une équipe de malades (Bixente Lizarazu, Zinédine Zidane, Christophe Dugarry et les autres) ne lui laissera pas non plus un grand souvenir. Des journalistes français qui ont suivi là-bas le stage des Diables la semaine dernière ont lâché : " Il n'a laissé aucune trace dans le livre d'histoire des Girondins. " Côté souvenirs, son passage à Lens n'est pas top non plus. La presse du Nord signale qu'il ne tenait pas son groupe, qu'il avait surpris un joueur à fumer un joint dans le vestiaire et avait à peine bronché. Face à son limogeage lensois, il se défend : " Il y a eu deux jambes cassées et deux genoux en compote dans mon noyau, et mon capitaine a été out six mois. Le président m'a mis dehors en pleurant : -Je suis obligé de faire quelque chose pour réveiller le groupe. La saison d'après, mes cinq blessés rejouaient et Lens a été champion avec Daniel Leclercq. Je n'ai pas eu beaucoup de chance en France. " Dans la majorité des cas, on entend plutôt parler d'un entraîneur à poigne. Qui exige que son groupe file droit. Lors de son premier passage à Lokeren, il nous avait dit : " Tout va bien ici pour le moment, je sens des ondes sur le groupe, je vais devoir m'employer pour qu'ils restent calmes et ne se prennent pas au sérieux. " Mais aussi : " Dans le travail, je suis difficile et exigeant. J'explique mon mode de fonctionnement en arrivant et je dis que celui qui ne veut pas l'adopter sera mieux dans un autre club. Je peux être... je ne dirais pas violent mais colérique quand quelque chose ne me plaît pas. " Slavo Muslin, c'est aussi un entraîneur qui ne veut pas se reposer sur un bon contrat si l'essentiel pour lui ne suit pas, si les conditions de travail ne sont pas idéales. Sa carrière est jalonnée de claquements de portes. Message non codé à sa direction : vous me suivez dans mon trip ou je me casse. " Je ne m'accroche pas à mes clubs. J'ai quitté deux fois l'Etoile Rouge alors qu'on venait d'être champions, parce que la direction avait vendu une partie de l'équipe. C'est facile de faire des promesses de Ligue des Champions aux supporters, puis de vendre. A ce moment-là, toutes les critiques sont pour la pomme de l'entraîneur. J'ai aussi quitté le Metalurh Donetsk avant la fin de la saison parce que le directeur sportif avait voulu se mêler de la sélection. Le patron technique, c'est moi et personne d'autre. Je décide quand, comment et où on s'entraîne, qui joue et comment on va procéder. Je demande seulement qu'on me fasse confiance et qu'on me laisse travailler. " Et ceci, imparable, pour conclure sur le sujet : " Si vous pensez que votre femme vous trompe chaque fois qu'elle met le nez dehors, ce n'est plus la peine de vivre avec elle. " Deux fois, donc, le Serbe est passé par Lokeren. Et deux fois, il est parti avant la fin de son contrat. Mais là-bas, ce n'était pas pour incompatibilité d'humeur avec son président. Roger Lambrecht raconte d'ailleurs que " Slavo Muslin est un entraîneur de carrure mondiale. Quand il vous recommande un joueur, vous pouvez foncer les yeux fermés, vous pouvez être sûr que c'est un crack. C'est le meilleur coach passé par Lokeren depuis que j'y suis. Et c'est un régal de discuter football avec lui. Sa connaissance en profondeur de ce sport est phénoménale. " Et pourtant, donc, il a quitté avant terme. La première fois, après six mois. Parce qu'il avait reçu une proposition " qu'on ne peut pas refuser " du Lokomotiv Moscou. Au lieu de vider son armoire comme un voleur, il a bu du champagne avec le staff et la direction. Lambrecht comprenait qu'il réponde à l'appel des roubles et d'un championnat de plus haut niveau. Muslin est revenu un an plus tard et a signé pour deux saisons et demie. Mais là encore, ça n'a duré que six mois. Il ne reconnaissait plus l'équipe qu'il avait dirigée lors de son premier passage, Lokeren s'était sauvé de justesse, il estimait qu'il n'était plus l'homme de la situation " et nous nous sommes quittés comme des amis ". Le nouveau patron sportif des Rouches, qui avoue avoir puisé son inspiration d'entraîneur chez Johan Cruijff et Frank Rijkaard, a dirigé la triplette légendaire de Bordeaux, mais pas que ! Il y a eu aussi Bernard Lama, Claude Makelele, Paul Le Guen et David Ginola à Brest, Nemanja Vidic à l'Etoile Rouge... et même le remuant Andrés Mendoza à Donetsk. Très remuant, en tout cas, si on parle de ce joueur fantasque à Bruges. " Tout s'est très bien passé entre lui et moi, et il est même devenu un des meilleurs buteurs du championnat d'Ukraine. Je m'intéresse à tout le monde, j'explique tout à tous mes joueurs. J'en invite certains à prendre un café chez moi pour parler de choses qui n'ont rien à voir avec le football, pour écouter leurs problèmes privés. Ils savent que je ne serai jamais leur copain sur la pelouse, mais en dehors du terrain, la relation est complètement différente, je suis leur deuxième père. " Reste à transposer cette belle philosophie du côté de l'Académie. Ivan Vukomanovic et José Riga se sont brûlé le training sur quelques caractères très forts. On sent que Slavo Muslin s'y prendra autrement, saura recadrer les agitateurs. Une taverne de Lokeren, il y a dix ans, une météo pourrie... Il nous avait quitté en lançant : " Je ne suis pas prétentieux mais je ne crains rien. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : BELGAIMAGE" Si vous pensez que votre femme vous trompe chaque fois qu'elle met le nez dehors, ce n'est plus la peine de vivre avec elle. " ( Slavo Muslin)