Christian Benteke nous ouvre le portique de son imposante et vaste demeure située dans le sud-ouest londonien, non loin de Wimbledon, là où il avait élu domicile il y a un peu plus d'un an. À cette époque, nous l'avions rencontré au sommet de sa forme. L'attaquant des Eagles marquait comme à la parade. Cette saison est bien plus délicate puisque Crystal Palace bataille depuis le premier jour du championnat pour ne pas descendre.
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Christian Benteke nous ouvre le portique de son imposante et vaste demeure située dans le sud-ouest londonien, non loin de Wimbledon, là où il avait élu domicile il y a un peu plus d'un an. À cette époque, nous l'avions rencontré au sommet de sa forme. L'attaquant des Eagles marquait comme à la parade. Cette saison est bien plus délicate puisque Crystal Palace bataille depuis le premier jour du championnat pour ne pas descendre. Une situation qui a évidemment eu des incidences sur les statistiques de Big Ben. Un mois avant notre venue, Benteke apprenait qu'il n'était pas sélectionné chez les Diables pour affronter l'Arabie saoudite, une première depuis six ans (hors absence pour cause de blessure). Et pourtant, l'homme reste toujours aussi serein et posé. " J'en ai vu d'autres dans ma carrière. " Entretien. Quelle analyse fais-tu de cette saison compliquée ? CHRISTIAN BENTEKE : Franchement, il n'y a pas que du négatif, même si c'est la saison où je suis le moins productif depuis que je suis arrivé en Angleterre en 2012. Ça va faire six ans que j'ai toujours eu une bonne moyenne de buts. Mentalement, cette saison est plus difficile car je suis moins efficace et pourtant je ne suis pas mécontent de mon niveau de jeu. Depuis le début du championnat, on s'est mis en difficulté et dans une position de relégable. On a couru contre le temps, deux entraîneurs (Frank De Boer, Roy Hodgson, ndlr) se sont succédé, ce qui veut dire à chaque fois que d'autres philosophies de jeu se sont mises en place. Au final, on s'est retrouvé dans une situation où il fallait à tout prix prendre des points sans valoriser un joueur bien précis. Et ce, contrairement à la saison dernière où le plan était d'utiliser les qualités de nos deux ailiers pour m'adresser des centres. Parfois je n'avais qu'une seule occasion sur le match et je marquais. Cette année, je me sens plus impliqué dans le jeu, je fais plus d'efforts mais je ne suis pas récompensé. Je ne dis pas que c'est la faute des autres, je fais preuve de maladresse, de manque de lucidité, de manque de réussite aussi. Mais c'est un tout. Tu le vis difficilement ? BENTEKE : Oui, je le vis difficilement. Ou plutôt je suis frustré car je fais les efforts. Je réfléchis à mon positionnement, à mes appels. Mais, pour l'instant, ça ne paie pas d'un point de vue personnel. Je sens que ça paie pour l'équipe, mes équipiers se sentent mieux, je crée davantage d'actions de but mais je ne suis pas payé dans les chiffres pour mes efforts. Je me retrouve plus à défendre, à aider les milieux de terrain et je suis donc moins dans la zone où je suis censé être. J'ai un rôle qui n'est pas celui auquel je suis habitué. Et je pense que c'est dû à la situation du club. Le plus bel exemple de ce que tu décris, c'est ce match face à Liverpool où tu loupes deux opportunités alors que tu es très présent dans le jeu. BENTEKE : C'est ce qui me frustre le plus. Il y a plusieurs matches où j'ai été bon mais je les termine sans avoir marqué. Face à United, c'est pareil. Je fais un bon match, je donne l'assist, puis De Gea sort ma tête. Si la balle était rentrée, on aurait dit que j'avais fait un grand match. Exemple - et ce n'est évidemment pas une critique, puisqu'avec Kevin (De Bruyne) il est le meilleur joueur de Premier League -, mais Mohamed Salah face à nous, a été invisible pendant la quasi entièreté de la rencontre mais il a marqué. La vie d'un attaquant, c'est ça, tu connais toujours une période difficile mais chez moi elle dure... Tu as l'impression que le sort s'acharne ? BENTEKE : Il y a un manque de réussite comme face à Manchester ou de la maladresse comme face à Liverpool. Vu que je me retrouve de moins en moins dans une position de but, je veux forcer, je veux trop bien faire, je me crispe alors que la saison dernière, ça semblait naturel, je terminais des actions qui venaient parfois un peu de nulle part. Les critiques des réseaux sociaux ou de médias te touchent ? BENTEKE : Pour être honnête, je ne vais même pas sur les réseaux sociaux. Quand j'étais plus jeune, je le faisais. Aujourd'hui, je sais si j'ai été bon ou mauvais. De toute façon, pour beaucoup, un attaquant qui fait un bon match, ça se résume à quoi : marquer. C'est aussi frustrant, surtout quand l'entraîneur répète qu'il est content de mon apport, de mon travail : " tu mets en difficultés les défenseurs adverses, tu gagnes tes duels, etc. " Mais je lui réponds : coach, moi on me juge sur mes buts. Car dans l'esprit des gens, ce sont les buts qui comptent. L'année passée à pareille époque, tu es nominé au titre de joueur du mois en Angleterre. Comment tu expliques une telle différence de rendement ? BENTEKE : Comme je te l'ai dit, c'est un tout. Je regarde les statistiques des autres attaquants, leur nombre de kilomètres parcourus, par exemple. Je me pose la question : qu'est-ce que je fais de mal ? Qu'est-ce que je pourrais améliorer ? Tu estimes aujourd'hui avoir fait le mauvais choix en signant à Palace ? BENTEKE : Bien sûr que non. La saison dernière, je marquais régulièrement et on soulignait le fait que je me sois relancé après mon année à Liverpool. Comment gères-tu la pression qui pèse aujourd'hui sur tes épaules ? BENTEKE : La soirée, je suis énervé car je ne peux rien changer aux faits, je suis frustré, je me dis que j'aurais dû faire telle ou telle chose. Mais après ça passe, ça ne sert à rien de s'acharner sur son sort. Je prends les choses avec pas mal de philosophie. Cette saison, quand tu débloques ton compteur but à Leicester, tu te dis que t'es enfin parti ? BENTEKE : Oui, surtout que je me sentais très bien dans ce match. Mais trop souvent je n'ai pas reçu cette récompense. Je suis parfois le fautif, je ne m'en cache pas mais parfois je manque de services. C'est peut-être en zone de finition aussi que je manque un peu de confiance, que je pense trop. Peut-être que je ne me libère pas assez... Comment tu as digéré cette non-sélection lors du match face à l'Arabie saoudite ? BENTEKE : Je savais que c'était du 50-50, je ne suis plus un petit. Je savais aussi que l'unique et seule raison pour laquelle je ne serais pas repris, c'est mes statistiques et non la qualité globale de mes matches. Si je regarde ceux qui jouent à ma place, je me dis qu'ils ne sont pas non plus dans leur meilleure forme. Donc, je me dis que je devrais être dedans. Au final, le fait de ne pas être dans la sélection avait à la fois du négatif et du positif. Du négatif parce que je ne retrouvais pas ce groupe, même si c'était que pour une seule rencontre. Et le positif c'est que ça m'a permis de rester dans mon club et de pouvoir bosser en sachant pourquoi je n'ai pas été repris. Et de faire en sorte d'être rappelé. Martinez t'a donc appelé ? BENTEKE : Oui j'ai parlé avec le coach. Il m'a appelé le jour-même de la sélection. On s'est parlé vers 18 h, un peu plus tard j'avais match contre Huddersfield. Il m'a expliqué ce qu'il voulait faire, ce qu'il pensait de ma situation. Après, je ne suis pas un enfant, je sais comment les choses se passent. Un attaquant qui marque, on est obligé de le prendre. C'était rassurant les remarques de Martinez ? BENTEKE : Je trouve ça bien de sa part qu'il m'ait appelé. Que la justification du coach soit bonne ou pas, ce n'est pas le problème, j'ai apprécié la démarche. Il m'a dit ce qu'il attendait de moi, ce qu'il voulait faire avec cette sélection. Ce que je me dis aussi, c'est qu'il y a des joueurs en méforme, des joueurs qui ne jouent pas, qui ont été repris. Mais je n'ai pas voulu polémiquer là-dessus. Ce n'est pas mon genre. En 2014, tu devais être l'attaquant numéro un des Diables à la Coupe du Monde au Brésil jusqu'à ce qu'une blessure vienne briser ton rêve. On imagine qu'en début de saison, ton objectif numéro 1 était de prendre ta revanche sur ce coup du sort ? BENTEKE : Oui, bien sûr. Si je devais la louper, ça me ferait mal mais je m'en remettrais. Pour mes proches, ma famille, mes cousins, ce serait différent. C'est aussi leur rêve. Ce n'est pas un sport individuel où je suis tout seul. Et plus le temps va avancer, plus je vais ressentir cette pression, car ils veulent que ça marche à nouveau pour moi, que je sois là, qu'ils me voient à la télé, avec les autres, avec le groupe. Mais je suis plus motivé que jamais. Cette pression du clan, ça ne te dessert pas ? BENTEKE : C'est une pression positive, ils me veulent du bien. Pour ma part, ce n'est pas que j'essaie de banaliser le truc, je sais que je serais triste, je serais énervé car une Coupe du Monde, surtout avec une telle génération qui vit peut-être sa dernière grande compétition ensemble, tu as envie d'y être, tu as envie de partager ça avec eux. Mais je ne vais pas me mettre à pleurer non plus dans le cas contraire. Je suis comme ça, je suis quelqu'un de super fier. Aujourd'hui, je veux finir sur une bonne note le championnat et rejoindre mon équipe nationale. Je ne suis pas prêt à abandonner mon rêve. Cette fierté, elle te vient d'où ? BENTEKE : De mon éducation. J'ai déjà perdu des amis ou renoncé à certaines choses par rapport à ma fierté. Je ne suis pas orgueilleux mais oui, je suis fier. Je ne vais jamais montrer au monde extérieur quand ça ne va pas. Je vais le montrer à ma femme, à mes parents, à mon agent. Mais aux autres, ça c'est la dernière des choses que je ferais. Pour moi, un homme doit affronter les obstacles, les épreuves, il ne doit pas commencer à s'apitoyer sur son sort. Et surtout, il doit assumer les conséquences. La foi semble très importante dans ton parcours ? BENTEKE : De toute façon, tout est écrit. Et il n'y a rien ou presque d'irrémédiable dans la vie. Après avoir raté la Coupe du Monde pour cause de blessures, j'ai signé dans la foulée à Liverpool. Je ne dis pas que je signerai cette fois au Real (il rit) mais je pense que dans tout malheur, tu peux trouver ton bonheur. T'as le sentiment que ta carrière peut changer de tout au tout ? BENTEKE : J'en parlais avec Mamadou Sakho ( ndlr, coéquipier à Crystal Palace) récemment, et on évoquait la semaine de City et ses deux défaites coup sur coup face à Liverpool et United. Alors que la saison avait quasiment été parfaite, on avait le sentiment qu'en quelques jours tout ce qu'ils avaient construit avait été détruit. Le foot, c'est le plus beau sport, car tout peut changer en un rien de temps. Tu ne regrettes aucun choix de carrière ? BENTEKE : Toutes mes décisions ont été prises d'une manière réfléchie et sans regrets. Tu es fier de ce que tu as réalisé jusqu'ici ? BENTEKE : Tout ce qui arrive, ça n'est que du bonus, je ne cracherai jamais dans la soupe. D'où je viens, c'est déjà très bien ce que j'ai réalisé. Je sais que je n'aurai jamais la carrière de Cristiano, je ne demande pas d'avoir ça, mais simplement de la reconnaissance. Personne dans ton entourage ne pensait que tu irais aussi haut sportivement...BENTEKE : Je suis conscient de ce qui m'arrive mais je ne réalise pas complètement. Ce n'est qu'à la fin de ma carrière que je vais pouvoir regarder dans le rétro et me dire : " Ah ouais j'ai fait ça, quand même ".