Elisha Owusu : " Mes parents sont nés et ont grandi au Ghana. Ils ont émigré en France, en quête d'une vie meilleure. Mon père a rejoint Paris pour trois ou quatre ans à l'âge de 23 ans, d'abord seul, le temps de régulariser sa situation. Puis, ma mère l'a rejoint avec mon frère aîné et ma grande soeur. Mon père est pasteur protestant. Il émarge au mouvement pentecôtiste ( un courant qui compte environ 400 millions d'adeptes, ndlr).

Nous avons été élevés avec le soutien et l'aide du bon Dieu. Mon père devait déménager tous les sept ou huit ans. A l'image de dieu, il ne voulait pas s'installer quelque part et vivre dans le confort. De Paris, nous avons déménagé à Strasbourg, Marseille et Lyon. Je me suis arrêté là, pour le football, mais le reste de la famille a emménagé à Toulouse puis à Mantes-la-Jolie.

Maman, la star

Ces changements d'adresse n'étaient pas évidents. A peine m'étais-je fait des amis que je devais les abandonner. J'ai commencé à jouer au SC Air Bel, près de Marseille mais des clubs plus importants me suivaient déjà. J'ai pleuré, à treize ans, quand mes parents m'ont annoncé que nous allions à Lyon. Mon coeur s'est déchiré.

Mais mon père connaissait sa mission et nous la transmettait : si le bon Dieu voulait que je devienne footballeur professionnel, je le deviendrais. Il m'a répété ses paroles quand j'ai signé mon premier contrat professionnel à l'Olympique Lyon, à vingt ans. Sa volonté s'est donc exprimée. J'en serai éternellement reconnaissant à dieu et à mes parents.

Nous sommes huit à la maison : Collins (30), Elisabeth (29), Irène (27), Laurent (26), Elijah (24), moi (22), Deborah (18) et John (14). Les trois aînés sont nés au Ghana, les trois suivants à Paris, l'avant-dernier à Strasbourg et le cadet à Marseille. La maison ne manquait pas d'animation. C'est très chouette, une grande famille.

Samuel Gigot m'a dit que La Gantoise était un club bien strcuturé et ambitieux. C'est ce que je cherchais. " Elisha Owusu

Au Ghana, mon père avait travaillé dans un garage et ma mère avait dû aider au marché dès l'âge de sept ans. Comme dans le temps. On portait tout sur la tête. Ce n'était pas une manière agréable de gagner sa vie. Quand elle a présenté mon père à ses parents, ma grand-mère lui a dit qu'il ne faisait pas partie de la meilleure classe sociale. Ma mère était la plus belle fille du quartier, l'étoile, une personne chaleureuse.

Papa était très introverti, plus timide mais ils voulaient absolument se marier car ils se comprenaient et avaient les mêmes attentes. Mon père est parti en Europe et y a fait des affaires fantastiques. Il parlait anglais, il a appris le français, qu'il parle couramment. A la maison, nous parlions twi, un dialecte que je vous épargne. ( Rires)

Gwen, le soutien

Le marathon se poursuit. C'est comme ça que je vois ma carrière. Elle a failli s'achever à 17 ans à cause d'une atteinte au tendon d'Achille. J'étais capitaine de Lyon, en quarts de finale de la prestigieuse coupe Gambardella, contre Brest. Mon univers s'est effondré. C'était un signe du ciel. Je m'appuyais trop sur mon talent, tout allait trop bien, sans que je doive consentir des efforts.

J'ai été confronté à moi-même pendant cette revalidation de cinq mois. J'ai opéré le déclic. Je devais cesser de sortir et de faire la fête. J'allais désormais arriver plus tôt à l'entraînement pour travailler au fitness et prévenir les blessures. J'ai découvert les exigences du sport professionnel, y compris en matière de repos et de diététique. Le bon Dieu m'avait envoyé un signe.

Je ne suis devenu adulte qu'à Sochaux. J'ai lutté contre la relégation en Ligue 2. Pour la première fois, je vivais seul, je devais m'organiser. Heureusement, j'ai pu m'appuyer sur Gwen. Nous allons nous fiancer ce mois-ci et nous nous marions en juin. Elle habitait Lyon et passait régulièrement le week-end à Sochaux. La distance n'a fait que renforcer nos liens, malgré mes craintes initiales.

Sa présence me réjouit. Gwen m'a fait comprendre que je n'avais besoin que de quelques véritables amis. On est toujours exposé à la tentation de se lier avec les mauvaises personnes, surtout quand ça va moins bien. Depuis un an et demi, Gwen est mon soutien. Elle a bon coeur tout en ayant du tempérament. Une sorte d'entêtement. Elle veut me protéger. Elle m'a rendu plus mûr, plus calme. Je peux exprimer mes sentiments avec Gwen. C'est formidable.

Papa, le surveillant

Je continue à cultiver deux grands principes de ma foi : l'humilité et le bon sens. La modestie permet d'accéder à la gloire et au succès. On va toujours plus loin en réagissant intelligemment et en posant les bonnes questions. Je dois m'informer et garder l'esprit ouvert. Afficher beaucoup de passion, d'amour et de motivation. Être exigeant envers moi-même.

Mon papa surveillait toujours les gens dont je m'entourais. Il n'était pas très sévère et il n'imposait pas beaucoup de règles à la maison. Il nous laissait respirer mais il voulait que nous gérions correctement cette liberté. Nous nous comprenons d'un regard. J'ouvre plus facilement mon coeur à ma mère. Elle sait immédiatement comment je me sens. Mais elle est plus dure. Elle m'a souvent confronté à mes actions.

Je suis né à Montreuil, près de Paris, mais je me souviens mieux de Strasbourg, quand j'avais quatre ou cinq ans. J'y ai eu une jeunesse insouciante. Je passais souvent l'après-midi chez mon ami Junior, avec lequel j'allais jouer. Je restais souvent pour manger. Sa mère nous disait de finir notre assiette pour avoir du jus dans les jambes. Nous roulions à vélo, jouions dehors et nous allions souvent à l'église.

Mon passage à Marseille est ancré dans ma mémoire. Lors d'une fête familiale, un ami m'a remarqué pendant que je jouais au foot sur un petit terrain voisin. Il entraînait Saint-Maximin, à 40 minutes de Marseille, trop loin donc pour un test.

Le surveillant de l'école, Laszlo, était un des responsables du SC Air Bel, le deuxième club de Marseille. J'y ai passé un test. Le premier a été décevant mais le club m'a affilié après une seconde séance. C'était parfait pour moi car je pouvais y aller à pied : j'y étais en dix minutes.

Ilias, Abou, Karim et Ryan, les copains

Le mardi et le vendredi, j'allais au stade avec les copains de mon quartier, Ilias, Abou, Karim et Ryan. L'Olympique Marseille me convoitait mais sans me faire de proposition concrète. C'était de toute façon difficile, d'un point de vue pratique, car mon père disait la messe le soir et nous n'avions pas de moyen de transport. Ça ne m'a pas tracassé car je m'amusais au SC Air Bel.

© koen bauters

Le sang-froid est indispensable pour réussir en sport. Je ne me laisse pas influencer par mes émotions, dans ce milieu difficile, dur et hypocrite. J'ai confiance en moi. Je ne suis pas parfait. Ça n'existe pas. Il peut m'arriver d'être nerveux ou de disputer un mauvais match mais ensuite, j'en cherche les causes. Je suis honnête envers moi-même. Je ne doute pas de moi. J'ai l'esprit éveillé. Il faut penser et agir en vainqueur car je dois exploiter ce talent, que peu de gens ont reçu.

J'ai vu le temps et l'énergie que mes parents ont investi dans notre éducation, pour que nous suivions le bon chemin. Ils n'ont pas eu les mêmes chances que nous. Mes parents ont fait beaucoup de sacrifices. Je leur envoie de l'argent tous les mois, bien qu'ils ne demandent rien. Dans quatre ans, normalement, papa prendra sa retraite. Je veux que mes parents mènent une vie agréable.

Je n'ai jamais été le plus talentueux en football mais je voulais réaliser mon rêve et je me conduisais en leader. J'essayais de rester positif, éveillé. Je suis sous contrat à Gand jusqu'en 2023. J'ai la chance de bien jouer et de bien gagner ma vie mais je dois travailler dur pour améliorer mon niveau. Ça ne coule pas de source.

Gigot, l'exemple

Je suis surpris des bouleversements qui ont accompagné mon transfert en Belgique. Je partage la vie de ma promise, j'ai une maison et un superbe 4x4. Sportivement, tout se déroule selon mes souhaits. J'étais bon en France mais je ne sortais pas du lot. Je suis davantage sous les feux de la rampe ici, notamment grâce à notre classement et à nos brillantes prestations. C'est le résultat des efforts que j'ai consentis jusqu'à présent.

Je reste sur mes gardes. Mes parents et Gwen m'aident à me concentrer. Ils me mettent en garde contre toute euphorie mal placée. Je ne lis pas les journaux et je regarde fort peu les images du football belge. Je dois rester zen et m'endurcir. Je me rappelle la douleur, la solitude et les efforts après ma blessure au tendon d'Achille. On est vite oublié quand on a un pépin. J'ai été très heureux que beaucoup d'amis et de connaissances aient assisté à notre match de coupe d'Europe à Saint-Étienne. Ils m'ont applaudi. Leur fierté m'a fait plaisir car elle venait du coeur.

Notre qualification pour la prochaine étape d'Europa League est une excellente affaire. C'est une compétition de qualité, qui doit nous aider à atteindre nos objectifs en PO1. Je suis venu ici pour gagner quelque chose. Je pouvais aussi signer pour d'autres clubs belges de D1A, quelques équipes françaises de bas de tableau en Ligue 1, les meilleurs formations de Ligue 2 et quelques clubs ambitieux de division deux anglais. Samuel Gigot et moi avons le même manager. Son parcours m'inspire : à partir de la Ligue 2 et via la Belgique, il a été transféré au Spartak Moscou. Il m'a parlé de La Gantoise. Il m'a dit que c'était un club bien structuré et ambitieux. Exactement ce que je cherchais.

Gwen est mon pilier depuis un an et demi. Elle a bon coeur tout en ayant du tempérament. " Elisha Owusu

Je suis loin d'être un produit fini. Je vais tout mettre en oeuvre pour apporter un plus à La Gantoise. Je me rends chaque semaine à l'église, généralement le dimanche, à Gand ou à Bruxelles. Ma foi m'aide à progresser. Je suis très réaliste : ce noyau est capable de réussir quelque chose, à condition d'atteindre un rendement plus élevé, ensemble. Pour Jess Thorup, the sky is the limit. Notre coach est très humain, serviable, mais il sait quel chemin nous devons suivre pour connaître le succès. On n'hésite pas à se dépasser pour un homme comme lui."

" Égérie des cités "

" Hey Lolo, n'oublie pas ta commande EGDC ", crie Elisha Owusu à Laurent Depoitre. Le numéro six exhibe fièrement son sweat-shirt à capuche frappé de l'inscription " Égérie des Cités ". " C'est notre nouvelle marque mais c'est surtout un style de vie. C'est un pull chaud, qui donne de la force. Nous avons lancé notre premier modèle EGDC 01 il y a trois mois et nous sommes déjà en rupture de stock pour les tailles M, L et XL. Ça dépasse nos espoirs les plus fous.

J'ai lancé le projet avec mon meilleur ami Harry, mon cousin Prince et mon frère aîné Elijah. L'idée, c'est que tout le monde peut se distinguer et qu'il ne faut pas associer tous les quartiers à la violence et au vandalisme. Pourquoi ne pas être créatif et montrer l'exemple. Nous ne sommes que sur Instagram. On peut acheter un exemplaire unique pour 80 euros. J'espère ainsi aider les jeunes."

" Je n'ai jamais fait autant de fitness "

Elisha Owusu : " Vadis Odjidja est un exemple, comme Nana Asare. Par leurs origines ghanéennes mais surtout grâce à leur intelligence et à leur leadership. J'apprécie leur technique, leur passing et leur vista. Ils peuvent m'apprendre beaucoup. Je veux devenir aussi bon qu'eux. J'envie la sérénité dont ils font preuve, même quand ils perdent le ballon.

L'Olympique Lyon m'a formé à l'élégance. Je dansais sur le terrain. Le football devait être un spectacle, un plaisir. Mais je n'avais pas assez de caractère. Omar Daf m'a insufflé cette agressivité positive et cette volonté de jouer tous les matches à Sochaux.

Contre l'Antwerp, j'ai franchi un palier en affichant de la grinta et en m'engageant dans les duels. La vitesse d'exécution est élevée en Belgique. Je me suis bien adapté mais je peux faire mieux, comme l'équipe. En tout cas, je n'avais encore jamais passé autant de temps au fitness."

Elisha Owusu : " Mes parents sont nés et ont grandi au Ghana. Ils ont émigré en France, en quête d'une vie meilleure. Mon père a rejoint Paris pour trois ou quatre ans à l'âge de 23 ans, d'abord seul, le temps de régulariser sa situation. Puis, ma mère l'a rejoint avec mon frère aîné et ma grande soeur. Mon père est pasteur protestant. Il émarge au mouvement pentecôtiste ( un courant qui compte environ 400 millions d'adeptes, ndlr). Nous avons été élevés avec le soutien et l'aide du bon Dieu. Mon père devait déménager tous les sept ou huit ans. A l'image de dieu, il ne voulait pas s'installer quelque part et vivre dans le confort. De Paris, nous avons déménagé à Strasbourg, Marseille et Lyon. Je me suis arrêté là, pour le football, mais le reste de la famille a emménagé à Toulouse puis à Mantes-la-Jolie. Ces changements d'adresse n'étaient pas évidents. A peine m'étais-je fait des amis que je devais les abandonner. J'ai commencé à jouer au SC Air Bel, près de Marseille mais des clubs plus importants me suivaient déjà. J'ai pleuré, à treize ans, quand mes parents m'ont annoncé que nous allions à Lyon. Mon coeur s'est déchiré. Mais mon père connaissait sa mission et nous la transmettait : si le bon Dieu voulait que je devienne footballeur professionnel, je le deviendrais. Il m'a répété ses paroles quand j'ai signé mon premier contrat professionnel à l'Olympique Lyon, à vingt ans. Sa volonté s'est donc exprimée. J'en serai éternellement reconnaissant à dieu et à mes parents. Nous sommes huit à la maison : Collins (30), Elisabeth (29), Irène (27), Laurent (26), Elijah (24), moi (22), Deborah (18) et John (14). Les trois aînés sont nés au Ghana, les trois suivants à Paris, l'avant-dernier à Strasbourg et le cadet à Marseille. La maison ne manquait pas d'animation. C'est très chouette, une grande famille. Au Ghana, mon père avait travaillé dans un garage et ma mère avait dû aider au marché dès l'âge de sept ans. Comme dans le temps. On portait tout sur la tête. Ce n'était pas une manière agréable de gagner sa vie. Quand elle a présenté mon père à ses parents, ma grand-mère lui a dit qu'il ne faisait pas partie de la meilleure classe sociale. Ma mère était la plus belle fille du quartier, l'étoile, une personne chaleureuse. Papa était très introverti, plus timide mais ils voulaient absolument se marier car ils se comprenaient et avaient les mêmes attentes. Mon père est parti en Europe et y a fait des affaires fantastiques. Il parlait anglais, il a appris le français, qu'il parle couramment. A la maison, nous parlions twi, un dialecte que je vous épargne. ( Rires) Le marathon se poursuit. C'est comme ça que je vois ma carrière. Elle a failli s'achever à 17 ans à cause d'une atteinte au tendon d'Achille. J'étais capitaine de Lyon, en quarts de finale de la prestigieuse coupe Gambardella, contre Brest. Mon univers s'est effondré. C'était un signe du ciel. Je m'appuyais trop sur mon talent, tout allait trop bien, sans que je doive consentir des efforts. J'ai été confronté à moi-même pendant cette revalidation de cinq mois. J'ai opéré le déclic. Je devais cesser de sortir et de faire la fête. J'allais désormais arriver plus tôt à l'entraînement pour travailler au fitness et prévenir les blessures. J'ai découvert les exigences du sport professionnel, y compris en matière de repos et de diététique. Le bon Dieu m'avait envoyé un signe. Je ne suis devenu adulte qu'à Sochaux. J'ai lutté contre la relégation en Ligue 2. Pour la première fois, je vivais seul, je devais m'organiser. Heureusement, j'ai pu m'appuyer sur Gwen. Nous allons nous fiancer ce mois-ci et nous nous marions en juin. Elle habitait Lyon et passait régulièrement le week-end à Sochaux. La distance n'a fait que renforcer nos liens, malgré mes craintes initiales. Sa présence me réjouit. Gwen m'a fait comprendre que je n'avais besoin que de quelques véritables amis. On est toujours exposé à la tentation de se lier avec les mauvaises personnes, surtout quand ça va moins bien. Depuis un an et demi, Gwen est mon soutien. Elle a bon coeur tout en ayant du tempérament. Une sorte d'entêtement. Elle veut me protéger. Elle m'a rendu plus mûr, plus calme. Je peux exprimer mes sentiments avec Gwen. C'est formidable. Je continue à cultiver deux grands principes de ma foi : l'humilité et le bon sens. La modestie permet d'accéder à la gloire et au succès. On va toujours plus loin en réagissant intelligemment et en posant les bonnes questions. Je dois m'informer et garder l'esprit ouvert. Afficher beaucoup de passion, d'amour et de motivation. Être exigeant envers moi-même. Mon papa surveillait toujours les gens dont je m'entourais. Il n'était pas très sévère et il n'imposait pas beaucoup de règles à la maison. Il nous laissait respirer mais il voulait que nous gérions correctement cette liberté. Nous nous comprenons d'un regard. J'ouvre plus facilement mon coeur à ma mère. Elle sait immédiatement comment je me sens. Mais elle est plus dure. Elle m'a souvent confronté à mes actions. Je suis né à Montreuil, près de Paris, mais je me souviens mieux de Strasbourg, quand j'avais quatre ou cinq ans. J'y ai eu une jeunesse insouciante. Je passais souvent l'après-midi chez mon ami Junior, avec lequel j'allais jouer. Je restais souvent pour manger. Sa mère nous disait de finir notre assiette pour avoir du jus dans les jambes. Nous roulions à vélo, jouions dehors et nous allions souvent à l'église. Mon passage à Marseille est ancré dans ma mémoire. Lors d'une fête familiale, un ami m'a remarqué pendant que je jouais au foot sur un petit terrain voisin. Il entraînait Saint-Maximin, à 40 minutes de Marseille, trop loin donc pour un test. Le surveillant de l'école, Laszlo, était un des responsables du SC Air Bel, le deuxième club de Marseille. J'y ai passé un test. Le premier a été décevant mais le club m'a affilié après une seconde séance. C'était parfait pour moi car je pouvais y aller à pied : j'y étais en dix minutes. Le mardi et le vendredi, j'allais au stade avec les copains de mon quartier, Ilias, Abou, Karim et Ryan. L'Olympique Marseille me convoitait mais sans me faire de proposition concrète. C'était de toute façon difficile, d'un point de vue pratique, car mon père disait la messe le soir et nous n'avions pas de moyen de transport. Ça ne m'a pas tracassé car je m'amusais au SC Air Bel. Le sang-froid est indispensable pour réussir en sport. Je ne me laisse pas influencer par mes émotions, dans ce milieu difficile, dur et hypocrite. J'ai confiance en moi. Je ne suis pas parfait. Ça n'existe pas. Il peut m'arriver d'être nerveux ou de disputer un mauvais match mais ensuite, j'en cherche les causes. Je suis honnête envers moi-même. Je ne doute pas de moi. J'ai l'esprit éveillé. Il faut penser et agir en vainqueur car je dois exploiter ce talent, que peu de gens ont reçu. J'ai vu le temps et l'énergie que mes parents ont investi dans notre éducation, pour que nous suivions le bon chemin. Ils n'ont pas eu les mêmes chances que nous. Mes parents ont fait beaucoup de sacrifices. Je leur envoie de l'argent tous les mois, bien qu'ils ne demandent rien. Dans quatre ans, normalement, papa prendra sa retraite. Je veux que mes parents mènent une vie agréable. Je n'ai jamais été le plus talentueux en football mais je voulais réaliser mon rêve et je me conduisais en leader. J'essayais de rester positif, éveillé. Je suis sous contrat à Gand jusqu'en 2023. J'ai la chance de bien jouer et de bien gagner ma vie mais je dois travailler dur pour améliorer mon niveau. Ça ne coule pas de source. Je suis surpris des bouleversements qui ont accompagné mon transfert en Belgique. Je partage la vie de ma promise, j'ai une maison et un superbe 4x4. Sportivement, tout se déroule selon mes souhaits. J'étais bon en France mais je ne sortais pas du lot. Je suis davantage sous les feux de la rampe ici, notamment grâce à notre classement et à nos brillantes prestations. C'est le résultat des efforts que j'ai consentis jusqu'à présent. Je reste sur mes gardes. Mes parents et Gwen m'aident à me concentrer. Ils me mettent en garde contre toute euphorie mal placée. Je ne lis pas les journaux et je regarde fort peu les images du football belge. Je dois rester zen et m'endurcir. Je me rappelle la douleur, la solitude et les efforts après ma blessure au tendon d'Achille. On est vite oublié quand on a un pépin. J'ai été très heureux que beaucoup d'amis et de connaissances aient assisté à notre match de coupe d'Europe à Saint-Étienne. Ils m'ont applaudi. Leur fierté m'a fait plaisir car elle venait du coeur. Notre qualification pour la prochaine étape d'Europa League est une excellente affaire. C'est une compétition de qualité, qui doit nous aider à atteindre nos objectifs en PO1. Je suis venu ici pour gagner quelque chose. Je pouvais aussi signer pour d'autres clubs belges de D1A, quelques équipes françaises de bas de tableau en Ligue 1, les meilleurs formations de Ligue 2 et quelques clubs ambitieux de division deux anglais. Samuel Gigot et moi avons le même manager. Son parcours m'inspire : à partir de la Ligue 2 et via la Belgique, il a été transféré au Spartak Moscou. Il m'a parlé de La Gantoise. Il m'a dit que c'était un club bien structuré et ambitieux. Exactement ce que je cherchais. Je suis loin d'être un produit fini. Je vais tout mettre en oeuvre pour apporter un plus à La Gantoise. Je me rends chaque semaine à l'église, généralement le dimanche, à Gand ou à Bruxelles. Ma foi m'aide à progresser. Je suis très réaliste : ce noyau est capable de réussir quelque chose, à condition d'atteindre un rendement plus élevé, ensemble. Pour Jess Thorup, the sky is the limit. Notre coach est très humain, serviable, mais il sait quel chemin nous devons suivre pour connaître le succès. On n'hésite pas à se dépasser pour un homme comme lui."