Lior Refaelov est rayonnant, gentleman jusqu'au bout des ongles. Un bijoutier doit apprécier Anvers. La remarque le fait sourire : " J'ai pris la bonne décision. J'apprécie l'ambition de l'Antwerp et le défi me plaît. Cette année, les joueurs sont plus expérimentés, ils savent quand mettre les gaz et quand ralentir mais nous ne sommes qu'au début de notre processus. Il nous faudra du temps pour nous nicher parmi l'élite belge. Le président est ambitieux et va rénover le stade, ce qui est important pour les supporters. Où que j'aille, même à Bruges, je croise des supporters de l'Antwerp. Je ne le savais pas aussi populaire. Je pensais que, hormis Anderlecht, le Club et le Standard, les clubs puisaient leurs fans au niveau local. "
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Lior Refaelov est rayonnant, gentleman jusqu'au bout des ongles. Un bijoutier doit apprécier Anvers. La remarque le fait sourire : " J'ai pris la bonne décision. J'apprécie l'ambition de l'Antwerp et le défi me plaît. Cette année, les joueurs sont plus expérimentés, ils savent quand mettre les gaz et quand ralentir mais nous ne sommes qu'au début de notre processus. Il nous faudra du temps pour nous nicher parmi l'élite belge. Le président est ambitieux et va rénover le stade, ce qui est important pour les supporters. Où que j'aille, même à Bruges, je croise des supporters de l'Antwerp. Je ne le savais pas aussi populaire. Je pensais que, hormis Anderlecht, le Club et le Standard, les clubs puisaient leurs fans au niveau local. " Tu te sens chez toi, plus proche de la communauté juive qu'à Bruges ? LIOR REFAELOV: Non. D'ailleurs, je n'habite pas en ville. On vit à Loppem et on vient de trouver une maison à Brasschaat. Je préfère éviter le centre, pour me détendre loin de toute pression, avec ma femme et mes enfants. Tu as plus besoin de te déstresser qu'avant ? REFAELOV: Parfois, tout en ayant besoin de ce stress pour ne pas m'ennuyer. Je me fixe toujours des objectifs, je m'occupe de différentes choses. Je n'arrête pas. Heureusement, ma femme est un précieux soutien. Tu ne pouvais pas rester à Loppem ? REFAELOV: On a essayé mais je passais trop de temps en voiture, dans les bouchons, et je ne voyais plus les enfants. Ils ont une nouvelle école. Ils connaissaient déjà d'autres enfants de la communauté, ce qui facilite leur intégration. Je venais déjà une fois par semaine à Anvers, quand mon agenda le permettait, pour les restaurants, le shopping, le Meir, le MAS... Quand ma famille me rendait visite, je l'emmenais à Anvers. J'aimais beaucoup Bruges aussi. Le Club, les gens, la ville. J'y ai vécu sept ans et je m'y sentais chez moi. Tout le monde se connaît, à Bruges. On pensait d'abord à Wilrijk, ici, car c'est plus proche de l'école, mais on n'a rien trouvé qui nous plaise. On fait donc l'effort de conduire et de ramener les enfants. Et les transports publics ? REFAELOV: Je ne sais pas s'il y a une ligne directe mais ma femme n'accepterait jamais ! Les enfants fréquentent une école normale mais fréquentée par beaucoup de Juifs et ils ont une heure d'hébreu par jour, ce qui est bien si on retourne un jour en Israël. Entre eux, ils parlent néerlandais. Ma femme aussi. Moi ? Disons que j'écoute. Je comprends tout ce que j'entends et lis. Sur papier, l'Antwerp est le bon choix : il est ambitieux mais ne joue pas encore en Europe, et tu n'as donc qu'un match par semaine. Idéal ! REFAELOV: Ça n'a rien à voir avec le nombre de matches. Si l'Antwerp se qualifie pour une coupe d'Europe, il remodèlera son noyau. Avec les années, j'ai appris à manager mes séances et mes matches pour rester en forme. Dans le passé, j'ai dépassé mes limites, pour ne rater aucun match. Je suis devenu plus malin. C'était à la demande des autres ? REFAELOV: La responsabilité était partagée. Je ne voulais pas rater de match et le management comptait sur moi pour les parties importantes. J'aurais dû me faire opérer dès les premiers symptômes de pubalgie. Elle aurait été moins grave et je n'aurais été absent que six à huit semaines. Laszlo Bölöni a la réputation d'être dur. Tu l'as déjà remarqué ? REFAELOV: J'aime son approche. Il me pousse en effet jusqu'à mes limites. Défendre et tacler ne me pose pas de problème. À mon poste, ça représente 50 % du travail. Commettre la bonne faute quand il le faut, le jeu de position en perte de balle, je connaissais déjà tout ça. Ce que j'aime chez le coach, c'est qu'il ne prive aucun joueur offensif de liberté. On peut exploiter les espaces. Les prochains matches vont être intéressants : Waasland-Beveren puis Genk, le Standard, Ostende et La Gantoise, soit des matches de PO1. À voir nos qualités, on vaut le top 6 mais des équipes comme Genk ou Gand ont parfois loupé les PO1 ou les ont intégrés de justesse, malgré leurs qualités. Il s'agit de ne pas gaspiller de points. L'entraîneur a déjà dit ce qu'il voulait de toi : des buts, des assists... REFAELOV: Je le comprends car ce sont les stats qui te maintiennent dans l'équipe. Je peux jouer aussi bien que je veux, ce sont les chiffres qui font la différence, à mon poste. L'entraîneur ne me demande pas d'être constamment impliqué dans le jeu mais de guetter le moment de renverser le cours du match. Ce n'est pas facile mais je suis bien entouré. On a une marge de progression et on travaille beaucoup. Ce qui nous sépare des grandes équipes, c'est le contrôle du match. Vous exercez plutôt l'attaque ou la défense ? REFAELOV: Le coach est assez intelligent pour se concentrer sur ce qu'on fait bien. On commence à travailler le contrôle des matches. Si on avait onze techniciens, les séances seraient différentes mais il s'est adapté à notre mentalité et à nos qualités. On travaille aussi l'aspect offensif, mais tranquillement. Il ne faut pas mettre les gaz tout de suite. C'est ce qu'il me dit et je trouve que c'est très sage. Tu as surtout un rôle central. REFAELOV: Le coach aime aligner un attaquant sur le flanc, un neuf et un ou deux dix, qui ont une certaine liberté et peuvent surprendre l'adversaire. Mais ce qui fait notre force, c'est qu'on encaisse peu de buts. On se crée toujours des occasions et si la défense est bonne... L'entraîneur le répète tous les jours : plus longtemps notre défense tiendra, plus longtemps on restera dans le premier peloton. On sait qu'on doit être prêt au Nouvel An, quand ça comptera vraiment. Tu peux revenir sur tes sept ans à Bruges ? REFAELOV: J'en conserve d'excellents souvenirs. À mon arrivée, le Club voulait redevenir le numéro un. Ça a pris du temps mais après trois ou quatre ans, on a été champion, on a remporté la coupe, gagné un second titre et disputé une autre finale de coupe... Le Club a commis une erreur, au début : il a continuellement changé de joueurs et il a eu trop d'entraîneurs. Koster, Daum, Leekens, Garrido, Preud'homme... Il n'a pas toujours pu tout contrôler mais le fait est là. Il a fallu attendre Michel. On a tout de suite compris la différence. Il ne m'a pas fait confiance de suite mais sa façon de parler du football, de l'adversaire, la préparation des matches... Je le trouvais parfois fou mais il connaissait le football et ses joueurs. Il m'a beaucoup appris. Il était plus souple, plus à l'écoute des joueurs à la fin. Il partait de ce qu'ils voulaient pour arriver là où il l'avait décidé. C'est une tactique très intelligente. Qu'est-ce qui compte le plus : un bon people management ou des connaissances tactiques exceptionnelles ? REFAELOV: C'est une question difficile. Quand on parvient à former un bon groupe, on peut obtenir des résultats même avec de moins bons joueurs. Le travail quotidien est très important. Il faut un entraîneur à la forte personnalité. J'ai vu quelques matches de Saint-Trond. Cette équipe n'a pas de joueurs exceptionnels mais ils signent des prestations fantastiques, avec chaque semaine un autre plan. Je ne connais pas l'entraîneur ( Marc Brys, ndlr) mais il travaille manifestement avec des objectifs clairs. Le STVV a été bon contre nous et nous a battu. Il a également été bon contre Anderlecht alors qu'il était en infériorité numérique. Ça prouve qu'il a un bon entraîneur. Comment as-tu vécu la saison passée ? REFAELOV: Les week-ends étaient pénibles. J'avais été un joueur-clef pendant des années et le nouvel entraîneur me disait que je faisais de l'excellent travail mais qu'il n'avait pas de place pour moi dans son système. Je lui répondais que je pouvais évoluer à n'importe quel poste mais il répétait la même chose. Je lui ai demandé pourquoi il ne me trouvait pas de place si j'étais aussi bon qu'il le disait mais il répondait que ce n'était pas possible. À la fin, on n'était plus en bons termes mais Ivan Leko est un bon entraîneur. Il a quelque chose de spécial. De la passion, du talent. Il ne parle que de football. Il a un bel avenir car il réalise un travail fantastique avec le Club. Bruges joue très offensivement sous sa direction, dans une compétition qui était plutôt médiocre la saison passée. Car corrigez-moi si vous voulez mais elle n'était pas bonne, quand même ? Tous ces grands clubs qui perdaient des plumes... Cette saison encore. Seuls Bruges et Genk sont réguliers. Le championnat était plus relevé il y a quelques années. Il fallait se battre pour les points à chaque déplacement. C'est le système qui est responsable de la perte de qualité. Les play-offs ? REFAELOV: Non. le fait qu'il n'y a qu'un descendant. Avant, il y en avait deux, un direct, un autre éventuellement à l'issue du tour final. Le risque d'être relégué a diminué et les petits clubs investissent moins, du moins avant janvier car ils passent à l'action s'ils ont des problèmes. Si on sait avant le début de la saison qu'il y a deux descendants, on entame l'été dans un autre état d'esprit. On renforce son équipe. Je pense que c'est pour ça qu'il y a un tel fossé entre les grands clubs et les autres. Je n'ai rien contre les play-offs, même s'il vaudrait mieux ne plus diviser les points. Parlons du scandale. Tu es surpris par ce qui s'est produit ces dernières semaines ? REFAELOV: Je pense que beaucoup de gens en savaient long mais que personne n'intervenait. Si un manager a un bon joueur mais qu'un autre arrive, avec moins de qualités mais plus de relations et qu'il distribue mieux le gâteau, tout le monde est perdant : le joueur, les autres agents, le fair-play. Ne faisons pas semblant de vivre dans un monde idéal : ça arrive partout, dans le monde entier et donc aussi en football. Dans tout le football mais peut-être un peu trop en Belgique. J'espère qu'on va rectifier le tir. Ce qui m'a effaré, c'est l'implication d'arbitres. Je n'aurais jamais cru ça possible. Nous avons de bons arbitres et Delferière était le meilleur à mes yeux. Et le voilà impliqué ! Je me pose une question : la prison était-elle nécessaire ? La manière dont on a arrêté Leko chez lui, à l'aube.... J'ai eu pitié pour sa famille. Ça n'aurait pas dû se passer comme ça. Il faut arrêter certaines personnes mais pas lui, pas en présence de ses enfants et de sa femme... Je prends position sur base de ce qu'on sait et de ce que j'entends mais je pense qu'on aurait pu s'y prendre autrement. C'était trop agressif. Il fallait entamer le nettoyage depuis l'extérieur ? REFAELOV: En Belgique, oui. Le business du foot a beaucoup changé ces dernières années. Si vous saviez quelles propositions j'ai reçues quand j'étais à Bruges... La Chine, la Turquie, la Bundesliga... Si je n'avais pensé qu'à moi, j'aurais pris d'autres décisions et je serais plus riche mais aurais-je dormi aussi bien ? Je ne sais pas. Tu resteras dans le football à l'issue de ta carrière active ? REFAELOV: Aucune idée. J'ai encore beaucoup de belles années devant moi. ( Rires) Mon contrat prend fin en juin. Je peux décider ce que je veux faire à partir de janvier. Si mon corps suit, j'aimerais jouer encore quelques années. Après, on verra bien. Nous sommes au Diamond Bar. Comment ça va dans le vrai monde du diamant ? REFAELOV: Je ne peux pas me plaindre. Mon partenaire a toujours la boutique de Bruges mais j'y ai pris du recul. Je reste toutefois actif et pas seulement dans le diamant. Dans la construction. J'achète des terrains à bâtir en Israël. Mais le football reste mon meilleur investissement. Au moins pendant quelques années encore.