Athènes ne connaît pas l'hiver. Quelques jours avant son déménagement dans un quartier où réside également Silvio Proto, Guillaume Gillet profite donc de la piscine du Blazer Suites. À Voula, cité balnéaire du sud de la capitale grecque, cet hôtel est le premier point de chute de la plupart des transferts de l'Olympiacos. Une prison dorée dont il est difficile d'envisager une sortie. " En ville, les footballeurs ne font pas deux pas sans être arrêté par les fans ", glisse un Gillet heureux de relever son dernier grand challenge. Pour débarquer au Pirée, le Liégeois a pourtant dû batailler ferme. De son propre aveu, il ne s'est pas toujours reconnu lors de ses négociations avec le président nantais. Enfin transféré, Gillet a vu son coach Besnik Hasi prendre la porte avant même la fin de l'été. S'en est suivi un mois d'octobre délicat puisque pratiquement vécu des tribunes. Aujourd'hui, le médian revit. Et compte bien clôturer en force une année 2017 pour le moins particulière.
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Athènes ne connaît pas l'hiver. Quelques jours avant son déménagement dans un quartier où réside également Silvio Proto, Guillaume Gillet profite donc de la piscine du Blazer Suites. À Voula, cité balnéaire du sud de la capitale grecque, cet hôtel est le premier point de chute de la plupart des transferts de l'Olympiacos. Une prison dorée dont il est difficile d'envisager une sortie. " En ville, les footballeurs ne font pas deux pas sans être arrêté par les fans ", glisse un Gillet heureux de relever son dernier grand challenge. Pour débarquer au Pirée, le Liégeois a pourtant dû batailler ferme. De son propre aveu, il ne s'est pas toujours reconnu lors de ses négociations avec le président nantais. Enfin transféré, Gillet a vu son coach Besnik Hasi prendre la porte avant même la fin de l'été. S'en est suivi un mois d'octobre délicat puisque pratiquement vécu des tribunes. Aujourd'hui, le médian revit. Et compte bien clôturer en force une année 2017 pour le moins particulière. Depuis ton passage en Corse, la découverte de la culture et de la région du club pour lequel tu évolues est devenue un élément important. Tu es servi à Athènes... Guillaume Gillet : Ça fait partie du programme : quand on débarque quelque part, il faut essayer de s'imprégner de la culture locale, de l'histoire, etc. Ici, à Athènes, on peut découvrir un vestige de l'Antiquité à tous les coins de rue. C'est important pour moi, comme pour ma famille, de profiter de toutes ces possibilités. Ce que je n'ai jamais eu l'occasion de faire lors des matchs européens avec Anderlecht : on posait le pied au sol, on allait à l'hôtel, on s'entraînait, on jouait, on repartait. On s'est rendu dans tant de beaux endroits sans pouvoir les découvrir... C'était frustrant. Du coup, si l'environnement culturel fait partie de tes conditions au moment de choisir un club, tu n'aurais jamais pu te retrouver dans un bled sans histoire ? Gillet : C'est toujours délicat de dire " Je n'aurais jamais fait ça ", mais ça aurait pu entrer en ligne de compte. Au moment de signer à Anderlecht, j'ai eu la possibilité de partir pour beaucoup d'argent au Dinamo Moscou (sic). Je me revois dans la chambre d'hôtel de La Manga à attendre que les deux propositions tombent. Les dirigeants gantois préféraient me vendre aux Russes, mais mon choix a été fait sans l'ombre d'une hésitation. C'est un souper en tête-à-tête avec Georges Leekens qui t'avait convaincu de signer à Gand. Un vieux roublard comme lui doit avoir tous les trucs pour séduire un joueur... Gillet : J'étais en pleine saison avec Eupen en D2 quand j'ai reçu des offres de Charleroi, du Brussels, du Standard, etc. J'ai rencontré les entraîneurs des dix clubs intéressés. Finalement, tout s'est décanté " grâce " au Standard. Je m'étais rendu à Sclessin lors d'une demi-finale de Coupe de Belgique face à Gand. Pendant le repas, alors que je discutais avec Dominique D'Onofrio et Michel Preud'homme, j'ai vu du coin de l'oeil Michel Louwagie interpeller mon agent : " Tu ne m'avais pas dit que tu rencontrerais les dirigeants du Standard... Il faudrait qu'on se voie ! " Quelques jours plus tard, le rendez-vous était fixé avec Georges Leekens, l'entraîneur des Buffalos à l'époque. Et c'est vrai qu'il est très à l'aise socialement. Il est marrant, loquace, amical... donc c'est assez facile d'être séduit par son discours. Peut-on dire que, mentalement, l'été 2017 a été le plus compliqué de ta carrière ? Gillet : Le plus délicat date de mon retour à Anderlecht après mon prêt à Bastia. J'étais complètement perdu parce que je m'attendais à d'autres propositions, même de clubs français plus huppés. J'ai dû débuter le championnat avec le Sporting et on s'est fixé le mercato d'hiver comme deadline. Finalement, ça a été six mois fantastiques au terme desquels j'ai eu droit à de vrais adieux, contrairement à ce que j'avais vécu au moment de partir à Bastia. Il reste tout de même des zones d'ombre sur ton départ d'Anderlecht : tu aurais appris que tout était fini au moment de recevoir un maillot d'hommage lors du dernier match de l'année civile ? Gillet : C'est une histoire de négociations, de durée de contrat, etc. Sur cette saison-là, je pense que le club comptait fort sur moi parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'alternatives au back droit. Les dirigeants m'ont d'ailleurs proposé une prolongation de deux ans... Insuffisante ? Gillet : Ces discussions resteront privées. L'offre était vraiment correcte : sans amélioration, sans augmentation, mais deux ans de plus. Ça tranchait avec ce qui était prévu à mon retour de Bastia où l'intention du club était de me voir repartir directement. J'avais gagné ça, mais l'offre restait insuffisante et j'estimais que c'était le bon moment de repartir vers la France et Nantes. Où, quelques mois plus tard, tu as découvert en Sergio Conceiçao ton coach idéal. Gillet : Avec lui, on a vécu des séances dans le noir complet. Le centre d'entraînement ne possède pas d'éclairage. Donc, en hiver, quand Sergio poussait les sessions tard dans l'après-midi, on ne voyait presque plus le ballon. Mais il continuait de crier et voulait qu'on recommence jusqu'à ce que ça fonctionne plus ou moins. C'était très particulier. À plusieurs reprises, il nous a fait attendre des heures et des heures dans le vestiaire sans nous dire pourquoi on était là. Tout d'un coup, il sifflait. C'était le signal pour monter sur le terrain. Il a vraiment voulu marquer le coup de façon militaire pour nous mettre face à nos responsabilités. Et ce n'était pas gagné d'avance car en France, il y a une culture de l'entraînement très spéciale. J'ai l'impression que les joueurs n'aiment pas trop s'entraîner : avant Sergio, deux jours avant le match, on faisait 20 minutes de tennis-ballon et puis c'était fini. L'annonce du départ de Sergio m'a vraiment refroidi et dépité. Le président nantais a parfaitement réagi en attirant un grand nom, Claudio Ranieri. Mais pour moi, le ressort était cassé. Ça n'a pas fonctionné avec l'Italien ? Gillet : Je n'ai pas trop accroché à sa façon de voir les choses, non. Il a un style plus calme, moins hargneux et se base plus sur l'organisation et le travail défensif, ce qui ne me convient pas spécialement. Quand j'ai reçu l'offre de l'Olympiacos, je n'ai pas hésité longtemps. Si Claudio Ranieri, champion avec Leicester City un an plus tôt, m'avait dit : " Ne pars pas, je compte sur toi dans le milieu de terrain, tu es mon capitaine ", j'aurais certainement réfléchi. Mais comme je n'ai pas senti chez lui l'envie de me retenir à tout prix, la décision a été encore plus facile à prendre. C'est là que le combat commence avec le président, Waldemar Kita. Gillet : C'est une personne fantastique que j'ai adorée du premier jusqu'au dernier jour. En fait, on avait une trop bonne relation, que ce soit lui avec moi ou sa femme avec la mienne, ce qui a rendu les choses plus compliquées que prévu. Je me dis maintenant que dans le foot, il vaut peut-être mieux garder ses distances avec ses dirigeants. Il a tout fait pour me garder : dans son discours et dans ses propositions de prolongation et d'augmentation. Kita ne voulait pas du tout entendre parler d'un transfert. C'est ton entrée au jeu pour quinze minutes alors que Nantes coule à Lille (3-0), début août, qui provoque ton envie de tout régler dans la nuit qui suit ? Gillet : Je devais signer absolument tous les papiers à l'Olympiacos le lendemain pour pouvoir jouer en barrages de la Champions League. Vers 3 heures du matin, j'ai envoyé un message au président pour lui faire comprendre que ça ferait du tort à tout le monde de me garder contre mon gré. On s'est ensuite téléphoné et je me suis surpris dans mon attitude : j'ai vraiment tapé du poing sur la table pour faire changer les choses. Recruté par Besnik Hasi, tu n'as évolué que sept semaines sous ses ordres avant son renvoi. Tu te souviens de la manière dont tu l'as appris ? Gillet : Après avoir perdu le derby contre l'AEK (l'Olympiacos menait 0-2 et a perdu 3-2, Ndlr), sans aucune nouvelle, on était pratiquement sûr que c'était la fin. La colonie belge a vécu ça avec beaucoup de déception. Est-ce que tu t'y attendais ? Gillet : Il y avait des signes avant-coureurs : comme on avait perdu des points bêtement en championnat et qu'on avait loupé notre entrée en Champions League, le staff commençait à se montrer plus nerveux aux entraînements. On sentait la pression sur ses épaules. Tu as pu en parler avec Besnik ? Gillet : Il savait qu'à l'Olympiacos, il suffit parfois de perdre un seul match pour que la situation se dégrade d'un seul coup. Mais il ne faut pas oublier qu'il a atteint l'objectif principal de la saison en qualifiant le club pour la Champions League. Ce renvoi si rapide est donc dommage. La direction a-t-elle justifié ce choix aux joueurs ? Gillet : Non, le lendemain ils présentaient le nouvel entraîneur. Comme souvent dans le football, quand un entraîneur dit 'au revoir', le suivant fait 'bonjour' dans la foulée. Takis Lemonis connaît bien la maison : il a joué et entraîné ici par le passé. Il sait parfaitement ce que le club attend. C'est un peu une solution de sécurité parce qu'il a déjà fait beaucoup d'intérims et qu'il connaît une partie du groupe. En tant que " transfert de Hasi ", tu n'as pas eu peur pour ta place ? Gillet : (Il réfléchit) C'est sûr que Besnik a fait beaucoup d'efforts pour que je signe à l'Olympiacos. Mais je n'ai pas eu peur parce que je suis confiant par rapport à mes qualités. Maintenant, on ne peut pas aller à l'encontre des choix d'un coach et dans ce cas-ci, j'ai vécu des semaines difficiles sur le banc ou en tribunes. Je n'avais jamais connu ça dans ma carrière. C'est une expérience, ça forge le caractère. Est-ce que le coach t'a expliqué ta mise à l'écart ? Gillet : Non, il me disait que c'était un choix difficile vu la taille du noyau. C'était une sorte de rotation. Beaucoup de joueurs ont été dans mon cas : Mehdi (Carcela, Ndlr) a eu pas mal de hauts et de bas et Bjorn (Engels, Ndlr) est désormais dans la même situation que moi il y a un mois... Tu as évoqué une situation " catastrophique ". Comment as-tu géré cette première période de ta carrière sans jouer ? Gillet : J'étais content que ça m'arrive à 33 ans avec le gros de ma carrière derrière moi. J'ai pris un peu de recul pour tenter de cerner mes capacités qui étaient mises en cause. Mais même si la situation n'était pas facile à vivre, je n'ai jamais regretté d'avoir signé ici. Et finalement, en continuant à travailler, j'ai retrouvé du temps de jeu. Comment tu réagis quand tu apprends ta titularisation au Camp Nou face au Barça ? Gillet : C'était un peu bizarre parce que ça faisait un mois que je n'avais plus été repris. Le coach m'a prévenu la veille que j'allais commencer. Mon rôle était celui de tout joueur qui affronte le Barça au Camp Nou : courir après le ballon et le jouer proprement si je le récupère. Ça s'est bien passé, j'étais content. Et puis, rien que pour être titulaire au Barça, ça valait la peine de signer à l'Olympiacos. Tu n'avais jamais affronté Barcelone. Gillet : Je me suis retrouvé dans les parages d'Iniesta, Busquets et même Messi, qui décroche souvent pour recevoir le ballon au niveau de la ligne médiane. Malgré la défaite, je garde un meilleur souvenir de ce match que du retour, quand on accroche les Catalans à Athènes (0-0). Je pars du principe que j'aime le foot quand je suis sur le terrain donc commencer au Camp Nou procure plus de plaisir que rentrer quinze minutes lors du match nul à domicile. Ça a dû faire du bruit en Grèce... Gillet : Ce résultat restera dans l'histoire du club, même si on a tout ce qu'il faut pour embêter beaucoup d'équipes à la maison. Si l'équipe se bat, nos supporters jouent vraiment leur rôle de 12e homme. Est-ce que les fans t'ont réservé un traitement spécial - positif ou négatif - au moment de ta période délicate ? Gillet : Non, rien de spécial. Au niveau des journaux, il n'y a pas de soucis parce qu'on ne comprend rien. Même quand ça parle anglais, on ne comprend rien. Donc, on reste en dehors de tout, ce n'est pas plus mal. Maintenant que la saison européenne est terminée, l'Olympiacos n'a plus que le championnat comme objectif. Mais pour une fois, il y a de la concurrence... Gillet : Je tiens quand même à préciser qu'en Champions League, on n'a jamais été baladés. À Anderlecht, j'ai déjà pris des gifles - notamment contre le PSG et Malaga - où on n'avait pas touché le ballon. Du coup, je garde plutôt un bon souvenir de ce parcours européen. En championnat, on a eu jusqu'à huit points de retard. Maintenant, on n'en a plus qu'un. C'est vrai que pour la première fois depuis longtemps, l'Olympiacos n'aura pas une tonne de points d'avance à la trêve hivernale. C'est assez serré et je me méfie de l'AEK et du PAOK. Les Grecs ont envie de voir un autre champion que l'Olympiacos, donc ils se donnent à fond contre nous. Mais je crois que rien ne pourra nous arrêter. On va reprendre la première place rapidement et s'envoler vers le titre.