Ivan De Witte nous accueille en feuilletant le Spécial Championnat 1999/2000, le premier dans lequel son nom apparaît en tant que président de La Gantoise. À cette époque, Geel, Lommel, Harelbeke et Alost évoluaient encore en D1. La Gantoise avait connu des problèmes financiers et c'est pourquoi elle avait changé de président.

Elle s'était séparée de Jan Boskamp et de son projet pour les jeunes, de Marc Degryse, Pieter Collen et Stijn Vreven. Le nouvel entraîneur, Trond Sollied, devait former une équipe homogène avec onze nouveaux joueurs parlant toutes les langues possibles et imaginables. Il allait y arriver.

La saison précédente, La Gantoise avait terminé huitième, son meilleur classement depuis des années. De Witte débutait avec un budget de 5,2 millions d'euros, le septième de l'élite derrière Anderlecht, le Club Bruges, Genk, le Standard, le Germinal Beerschot et le Lierse.

Aujourd'hui, le budget des Buffalos est de 44 millions d'euros. Seuls Anderlecht (70 millions) et le Club Bruges (60 millions) font mieux.

IVAN DE WITTE : Je suis devenu président à la demande du directeur de notre sponsor principal, la banque VDK. Frans Verheeke m'a fait clairement comprendre que la dette devenait insoutenable et que, si rien ne changeait, le club risquait de disparaître. Le club venait de demander à la ville de se porter garante de la dette, alors évaluée à 10 millions d'euros. Je faisais partie du conseil d'administration mais je ne connaissais pas les chiffres exacts.

J'ai demandé à KPMG de procéder à un audit et il s'est avéré que la dette était en fait de 23 millions. Ça m'a un peu fait peur. J'ai emmené ma femme dans la Loire afin de réfléchir et, après dix jours, j'ai quand même accepté, car Frans Verheeke et Michel Louwagie me soutenaient. J'ai pris contact avec la ville, avec qui le club était en conflit. Et quand elle a accepté de m'aider à trouver une solution, l'opération-sauvetage a commencé.

" J'aime les défis "

Vous auriez tout aussi bien pu décider de consacrer votre argent à des vacances.

DE WITTE : Ce n'est pas dans ma nature. J'aime les défis. Nous avons demandé à la banque d'étaler le remboursement de la dette et nous avons vendu notre stade à la ville au prix du marché. Après estimation d'un bureau d'études anversois, nous en avons obtenu 3,5 millions d'euros. Avec le recul, la ville a donc fait une bonne affaire. En 2012, tout était remboursé : huit ans plus tôt que prévu. Parce que nous avions suivi scrupuleusement le plan.

À l'époque, vous disiez que la ville et le club étaient des " partenaires naturels ". Ce n'est pas le cas partout.

DE WITTE : Pour nous, c'est devenu un principe. On ne peut pas diriger un club sans s'entendre avec la ville. Un club de la Jupiler Pro League fait fondamentalement partie de l'environnement.

À quel point le remboursement a-t-il affecté le rendement sportif de l'équipe ? Vous avez dû vendre des joueurs que vous auriez aimé garder ?

DE WITTE : La santé financière du club a toujours été prioritaire. Bien sûr, nous aurions aimé conserver Ole Martin Arst et Ivica Dragutinovic mais quand le Standard nous a proposé cinq millions d'euros pour les deux joueurs, nous n'avons pas dû réfléchir car ça nous permettait de liquider plus rapidement la dette. Pareil quand Mido est parti à l'Ajax.

Ne devait-il pas aller à Anderlecht ?

DE WITTE : Nous étions plus ou moins d'accord mais, des scouts de l'Ajax ont vu notre match au Germinal Beerschot, où Mido a été formidable. Après ce match, le club néerlandais nous a fait une proposition bien meilleure que celle d'Anderlecht. Nous l'avons vendu pour six millions. À chaque transfert, nous investissions la moitié dans le remboursement de la dette et l'autre moitié dans l'achat de nouveaux joueurs. Plus tard, nous avons vendu Mbark Boussoufa à Anderlecht : quatre millions. Nous nous en sommes sortis pas à pas. Heureusement que nous étions plusieurs. Tout seul, je n'aurais pas pu. J'ai notamment pu compter sur la collaboration précieuse de Michel Louwagie.

Je ne vois pas pourquoi je tournerais le dos à Mogi Bayat. " Ivan De Witte

" On a commis des erreurs "

Vous ne voulez pas être omnipotent comme Roger Lambrecht à Lokeren.

DE WITTE : Non. Je suis un leader. Ce fut une période difficile mais belle. Je suis devenu président en 1999 et nous avons souffert jusqu'en 2007. Nous avions deux projets à la fois : le remboursement et la construction du stade. Je savais que rembourser la dette ne suffirait pas. Petit à petit, nous avons rallié des partisans à notre cause. Nous pensions a priori à une enceinte, stricto sensu. Puis, Paul Gheysens a apporté son regard de connaisseur et d'entrepreneur. Il nous a ouvert les yeux sur les possibilités d'exploitation du stade.

Les pieds nickelés gantois : Ivan De Witte et Michel Louwagie., BELGAIMAGE
Les pieds nickelés gantois : Ivan De Witte et Michel Louwagie. © BELGAIMAGE

En vingt ans, vous avez usé seize entraîneurs, contre neuf à Anderlecht et douze au Club Bruges.

DE WITTE : D'un côté, ça me surprend. De l'autre, nous avons mis beaucoup d'énergie dans le stade et l'aspect sportif n'a pas toujours été prioritaire. Oui, nous avons commis des erreurs. Mais le plus important, c'est de prendre plus de bonnes décisions que de mauvaises.

Vous étiez quand même très fâché lorsque Sollied est parti à Bruges.

DE WITTE : Oui. Je dirige le club de façon rationnelle mais je reste passionné. Je ne pourrais pas être président d'un autre club. Une partie de ma motivation vient de ma passion pour le club. J'ai toujours été fan de La Gantoise et je suis attaché à ma région. De plus, je suis audacieux. Quand j'ai lancé mon entreprise, Hudson, j'avais un associé, une table et une secrétaire. Aujourd'hui, nous avons 300 employés. Avec le stade aussi, j'ai dû faire preuve d'entêtement. Quand nous avons lancé le projet, en 2001, Michel Louwagie m'a pris pour un fou. Il n'a commencé à y croire qu'en 2007.

" Notre club appartient à la communauté "

Vous êtes très proches, Louwagie et vous. Au point que vous aimeriez qu'il continue.

DE WITTE : Parce que le club n'a pas préparé sa succession. Michel et moi avons trouvé un mode de collaboration unique. Il me laisse m'occuper du stratégique, mon point fort. Et je le laisse faire là où il excelle, dans le domaine du management. Nous ne nous marchons pas sur les pieds. Dans de nombreux duos, le président veut tout prendre en charge. Mais pour une bonne collaboration, il faut laisser les autres s'exprimer. Ceci dit, au final, c'est le président qui a le dernier mot.

Il a dit un jour : " J'aboie et Ivan mord ".

DE WITTE( il sourit) : C'est toujours le cas. La seule chose dont nous nous occupons ensemble, c'est le sportif. Pendant le mercato, nous nous téléphonons huit à dix fois par jour.

La passion n'a pas d'âge ?

DE WITTE : C'est bien dit. Je pense aussi que le club s'est adapté à notre façon de fonctionner.

On peut dire que le club, c'est vous deux ? Ou pas ?

DE WITTE : C'est un peu exagéré. Au niveau du fonctionnement peut-être mais pas de l'identité. Comme Genk, notre club appartient à la communauté. Sans oublier nos fidèles collaborateurs.

Il y a quatre ans, quand vous avez été champion, Gand semblait pouvoir devenir l'épicentre du football belge. Ça n'a finalement pas été le cas. Vous êtes déçu ?

DE WITTE : Un peu. Il y a deux ans, nous étions encore près d'y arriver, avec cette formidable campagne de Ligue des Champions et les matches d'Europa League face à Tottenham mais au cours des deux dernières saisons, nous n'avons pas réussi à poursuivre sur cette voie. Il est temps de reprendre notre ascension, sans quoi nous risquons la chute.

" Les fans attendent beaucoup de nous "

Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ces deux dernières années ?

DE WITTE : Nous n'avons pas toujours fait les bons choix au moment de composer le noyau. Tant que nous assainissions les finances et que nous construisions le stade, les fans étaient tolérants mais maintenant, ils attendent beaucoup de nous. C'est pourquoi nous aimerions gagner la coupe.

Mais en championnat aussi, Gand doit réagir.

DE WITTE : Dès la saison prochaine. Nous devons tirer les leçons des deux dernières années.

Lesquelles, par exemple ?

DE WITTE : Il faut toujours tenir l'aspect sportif à l'oeil. Un club, c'est une entreprise. Nous avons deux restaurants, un centre d'entraînement... Il faut s'occuper de beaucoup de choses à la fois mais l'aspect sportif, c'est notre core business. Nous devons donc y travailler de façon minutieuse afin que ce qui se passe pour le moment n'arrive plus. Désormais, ça doit être une priorité.

Vous aviez déjà dit cela lorsque vous aviez dû vous contenter des play-offs 2 après avoir emménagé dans le nouveau stade.

DE WITTE : Oui. Dès qu'on lâche un peu la bride, les conséquences se font sentir. Il faut absolument se concentrer sur l'aspect sportif, comme le Club Bruges et Genk l'ont fait. Ils sont sortis d'une période difficile, comme celle qu'Anderlecht traverse maintenant. Quand il se passe beaucoup de choses autour du club, le football passe parfois au second plan. Anderlecht, par exemple, prend un risque avec tellement de chefs en cuisine.

" C'est moi seul qui déciderai de mon départ "

Serez-vous encore à la tête du club pour longtemps ?

DE WITTE : Je suis un gagneur, je ne ferai un pas de côté que quand tout ira bien. Je ne dis pas que je veux encore être champion mais il faut que le club soit sur la bonne voie. Je pense que je prouve qu'on n'est pas bon pour la pension à 65 ans. C'est moi seul qui déciderai de mon départ.

Vous avez tout connu en vingt ans. Qu'est-ce qui vous motive encore ?

DE WITTE : Je ne voudrais pas manquer un deuxième titre. Je suis sûr qu'en travaillant intelligemment, c'est possible.

Le scandale qui a secoué le football belge vous a-t-il touché ?

DE WITTE : Oui mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions. Je veux d'abord laisser la justice faire son travail. Mais ce qui m'interpelle, c'est que des arbitres ont été cités.

En général, Gand a de bonnes relations avec les agents, comme les liens qui unissent Michel Louwagie et Mogi Bayat.

De Witte : Mogi nous a beaucoup aidés en vendant des joueurs et je ne l'ai jamais vu franchir la ligne.

Vous ne lui tournerez pas le dos comme Anderlecht le fait ?

DE WITTE : Non. Pour le moment, je ne vois pas de raison de le faire. Anderlecht a peut-être des raisons de le faire mais nous pas. Est-il anormal d'avoir de bonnes relations avec un bon fournisseur ? Mais je suis pour une régularisation des indemnités aux agents. On ne doit pas exagérer dans les chiffres. En ressources humaines, il y a des limites à ne pas franchir en matière de commissions. Dès le départ, tout est clair.

" Transférer fait partie de notre enveloppe budgétaire "

Avez-vous déjà dû accepter des choses proposées par un manager et qui vous semblaient douteuses ?

DE WITTE : Quand vous vendez un joueur pour huit à dix millions et qu'une petite partie revient à l'agent, vous vous montrez tolérant. Peut-être devons nous nous montrer plus stricts mais Michel l'est déjà.

Pourtant, on dit qu'il touche sur les transferts. Ce n'est donc pas vrai ?

DE WITTE : Je sais qu'on dit cela mais ce n'est pas vrai. Je le sais car nous dirigeons le club de concert. Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il a droit à une prime si la saison est bonne sur le plan financier. Mais il n'y a rien d'anormal à cela.

Votre business model repose sur l'achat et la vente de joueurs. L'été dernier, il y a eu beaucoup de mouvement. Pas facile, pour un entraîneur.

DE WITTE : Nous sommes, avec Genk, le seul club belge qui ne soit pas soutenu financièrement par des capitaux belges ou étrangers. Nous avons envisagé de ne plus dépendre des transferts mais alors, nous terminerions chaque année à la septième ou à la huitième place. Et si nous voulons jouer plus haut, il faut transférer. Ça fait partie de notre enveloppe budgétaire.

" Le plus complet, c'est Preud'homme "

Quelles sont les personnalités qui ont marqué vos vingt ans de présidence ?

IVAN DE WITTE : En dehors de Gand, Michel D'Hooghe, pour sa correction et sa classe. Chez nous, Trond Sollied, qui a fait bouger les choses. Trond parvient à faire jouer une équipe à sa façon, ce que peu d'entraîneurs peuvent dire. Beaucoup ont des principes mais sur le terrain, on n'en voit rien. Sollied est un éducateur, il parvient à implanter son modèle. Sur ce plan, c'est le meilleur.

Mais le plus complet, c'est Michel Preud'homme. Lui aussi peut faire jouer une équipe comme il l'entend. Il connaît bien le football et est capable de créer un lien entre toutes les composantes d'un club : joueurs, staff technique, dirigeants, journalistes...

Il tombe sous le sens qu'Hein Vanhaezebrouck ne m'a pas laissé indifférent non plus. C'est lui qui nous a tout de même apporté le titre.

Le joueur qui m'a le plus marqué, c'est Bryan Ruiz. Un très chouette type et un des meilleurs joueurs qui soient passés par ici. C'était un leader.

Outre l'assainissement des finances, la construction du stade et le titre, que retenez-vous encore ?

DE WITTE : Les cinq ans passés à la présidence de la Pro League m'ont beaucoup apporté, ils m'ont fait découvrir le point de vue des autres clubs. La Ligue, ce n'est pas un conseil d'administration ni un homme. Le président n'est pas la Pro League, il la dirige.

Ivan De Witte nous accueille en feuilletant le Spécial Championnat 1999/2000, le premier dans lequel son nom apparaît en tant que président de La Gantoise. À cette époque, Geel, Lommel, Harelbeke et Alost évoluaient encore en D1. La Gantoise avait connu des problèmes financiers et c'est pourquoi elle avait changé de président. Elle s'était séparée de Jan Boskamp et de son projet pour les jeunes, de Marc Degryse, Pieter Collen et Stijn Vreven. Le nouvel entraîneur, Trond Sollied, devait former une équipe homogène avec onze nouveaux joueurs parlant toutes les langues possibles et imaginables. Il allait y arriver. La saison précédente, La Gantoise avait terminé huitième, son meilleur classement depuis des années. De Witte débutait avec un budget de 5,2 millions d'euros, le septième de l'élite derrière Anderlecht, le Club Bruges, Genk, le Standard, le Germinal Beerschot et le Lierse. Aujourd'hui, le budget des Buffalos est de 44 millions d'euros. Seuls Anderlecht (70 millions) et le Club Bruges (60 millions) font mieux. IVAN DE WITTE : Je suis devenu président à la demande du directeur de notre sponsor principal, la banque VDK. Frans Verheeke m'a fait clairement comprendre que la dette devenait insoutenable et que, si rien ne changeait, le club risquait de disparaître. Le club venait de demander à la ville de se porter garante de la dette, alors évaluée à 10 millions d'euros. Je faisais partie du conseil d'administration mais je ne connaissais pas les chiffres exacts. J'ai demandé à KPMG de procéder à un audit et il s'est avéré que la dette était en fait de 23 millions. Ça m'a un peu fait peur. J'ai emmené ma femme dans la Loire afin de réfléchir et, après dix jours, j'ai quand même accepté, car Frans Verheeke et Michel Louwagie me soutenaient. J'ai pris contact avec la ville, avec qui le club était en conflit. Et quand elle a accepté de m'aider à trouver une solution, l'opération-sauvetage a commencé. Vous auriez tout aussi bien pu décider de consacrer votre argent à des vacances. DE WITTE : Ce n'est pas dans ma nature. J'aime les défis. Nous avons demandé à la banque d'étaler le remboursement de la dette et nous avons vendu notre stade à la ville au prix du marché. Après estimation d'un bureau d'études anversois, nous en avons obtenu 3,5 millions d'euros. Avec le recul, la ville a donc fait une bonne affaire. En 2012, tout était remboursé : huit ans plus tôt que prévu. Parce que nous avions suivi scrupuleusement le plan. À l'époque, vous disiez que la ville et le club étaient des " partenaires naturels ". Ce n'est pas le cas partout. DE WITTE : Pour nous, c'est devenu un principe. On ne peut pas diriger un club sans s'entendre avec la ville. Un club de la Jupiler Pro League fait fondamentalement partie de l'environnement. À quel point le remboursement a-t-il affecté le rendement sportif de l'équipe ? Vous avez dû vendre des joueurs que vous auriez aimé garder ? DE WITTE : La santé financière du club a toujours été prioritaire. Bien sûr, nous aurions aimé conserver Ole Martin Arst et Ivica Dragutinovic mais quand le Standard nous a proposé cinq millions d'euros pour les deux joueurs, nous n'avons pas dû réfléchir car ça nous permettait de liquider plus rapidement la dette. Pareil quand Mido est parti à l'Ajax. Ne devait-il pas aller à Anderlecht ? DE WITTE : Nous étions plus ou moins d'accord mais, des scouts de l'Ajax ont vu notre match au Germinal Beerschot, où Mido a été formidable. Après ce match, le club néerlandais nous a fait une proposition bien meilleure que celle d'Anderlecht. Nous l'avons vendu pour six millions. À chaque transfert, nous investissions la moitié dans le remboursement de la dette et l'autre moitié dans l'achat de nouveaux joueurs. Plus tard, nous avons vendu Mbark Boussoufa à Anderlecht : quatre millions. Nous nous en sommes sortis pas à pas. Heureusement que nous étions plusieurs. Tout seul, je n'aurais pas pu. J'ai notamment pu compter sur la collaboration précieuse de Michel Louwagie. Vous ne voulez pas être omnipotent comme Roger Lambrecht à Lokeren. DE WITTE : Non. Je suis un leader. Ce fut une période difficile mais belle. Je suis devenu président en 1999 et nous avons souffert jusqu'en 2007. Nous avions deux projets à la fois : le remboursement et la construction du stade. Je savais que rembourser la dette ne suffirait pas. Petit à petit, nous avons rallié des partisans à notre cause. Nous pensions a priori à une enceinte, stricto sensu. Puis, Paul Gheysens a apporté son regard de connaisseur et d'entrepreneur. Il nous a ouvert les yeux sur les possibilités d'exploitation du stade. En vingt ans, vous avez usé seize entraîneurs, contre neuf à Anderlecht et douze au Club Bruges. DE WITTE : D'un côté, ça me surprend. De l'autre, nous avons mis beaucoup d'énergie dans le stade et l'aspect sportif n'a pas toujours été prioritaire. Oui, nous avons commis des erreurs. Mais le plus important, c'est de prendre plus de bonnes décisions que de mauvaises. Vous étiez quand même très fâché lorsque Sollied est parti à Bruges. DE WITTE : Oui. Je dirige le club de façon rationnelle mais je reste passionné. Je ne pourrais pas être président d'un autre club. Une partie de ma motivation vient de ma passion pour le club. J'ai toujours été fan de La Gantoise et je suis attaché à ma région. De plus, je suis audacieux. Quand j'ai lancé mon entreprise, Hudson, j'avais un associé, une table et une secrétaire. Aujourd'hui, nous avons 300 employés. Avec le stade aussi, j'ai dû faire preuve d'entêtement. Quand nous avons lancé le projet, en 2001, Michel Louwagie m'a pris pour un fou. Il n'a commencé à y croire qu'en 2007. Vous êtes très proches, Louwagie et vous. Au point que vous aimeriez qu'il continue. DE WITTE : Parce que le club n'a pas préparé sa succession. Michel et moi avons trouvé un mode de collaboration unique. Il me laisse m'occuper du stratégique, mon point fort. Et je le laisse faire là où il excelle, dans le domaine du management. Nous ne nous marchons pas sur les pieds. Dans de nombreux duos, le président veut tout prendre en charge. Mais pour une bonne collaboration, il faut laisser les autres s'exprimer. Ceci dit, au final, c'est le président qui a le dernier mot. Il a dit un jour : " J'aboie et Ivan mord ". DE WITTE( il sourit) : C'est toujours le cas. La seule chose dont nous nous occupons ensemble, c'est le sportif. Pendant le mercato, nous nous téléphonons huit à dix fois par jour. La passion n'a pas d'âge ? DE WITTE : C'est bien dit. Je pense aussi que le club s'est adapté à notre façon de fonctionner. On peut dire que le club, c'est vous deux ? Ou pas ? DE WITTE : C'est un peu exagéré. Au niveau du fonctionnement peut-être mais pas de l'identité. Comme Genk, notre club appartient à la communauté. Sans oublier nos fidèles collaborateurs. Il y a quatre ans, quand vous avez été champion, Gand semblait pouvoir devenir l'épicentre du football belge. Ça n'a finalement pas été le cas. Vous êtes déçu ? DE WITTE : Un peu. Il y a deux ans, nous étions encore près d'y arriver, avec cette formidable campagne de Ligue des Champions et les matches d'Europa League face à Tottenham mais au cours des deux dernières saisons, nous n'avons pas réussi à poursuivre sur cette voie. Il est temps de reprendre notre ascension, sans quoi nous risquons la chute. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ces deux dernières années ? DE WITTE : Nous n'avons pas toujours fait les bons choix au moment de composer le noyau. Tant que nous assainissions les finances et que nous construisions le stade, les fans étaient tolérants mais maintenant, ils attendent beaucoup de nous. C'est pourquoi nous aimerions gagner la coupe.Mais en championnat aussi, Gand doit réagir. DE WITTE : Dès la saison prochaine. Nous devons tirer les leçons des deux dernières années. Lesquelles, par exemple ? DE WITTE : Il faut toujours tenir l'aspect sportif à l'oeil. Un club, c'est une entreprise. Nous avons deux restaurants, un centre d'entraînement... Il faut s'occuper de beaucoup de choses à la fois mais l'aspect sportif, c'est notre core business. Nous devons donc y travailler de façon minutieuse afin que ce qui se passe pour le moment n'arrive plus. Désormais, ça doit être une priorité. Vous aviez déjà dit cela lorsque vous aviez dû vous contenter des play-offs 2 après avoir emménagé dans le nouveau stade. DE WITTE : Oui. Dès qu'on lâche un peu la bride, les conséquences se font sentir. Il faut absolument se concentrer sur l'aspect sportif, comme le Club Bruges et Genk l'ont fait. Ils sont sortis d'une période difficile, comme celle qu'Anderlecht traverse maintenant. Quand il se passe beaucoup de choses autour du club, le football passe parfois au second plan. Anderlecht, par exemple, prend un risque avec tellement de chefs en cuisine. Serez-vous encore à la tête du club pour longtemps ? DE WITTE : Je suis un gagneur, je ne ferai un pas de côté que quand tout ira bien. Je ne dis pas que je veux encore être champion mais il faut que le club soit sur la bonne voie. Je pense que je prouve qu'on n'est pas bon pour la pension à 65 ans. C'est moi seul qui déciderai de mon départ. Vous avez tout connu en vingt ans. Qu'est-ce qui vous motive encore ? DE WITTE : Je ne voudrais pas manquer un deuxième titre. Je suis sûr qu'en travaillant intelligemment, c'est possible. Le scandale qui a secoué le football belge vous a-t-il touché ? DE WITTE : Oui mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions. Je veux d'abord laisser la justice faire son travail. Mais ce qui m'interpelle, c'est que des arbitres ont été cités. En général, Gand a de bonnes relations avec les agents, comme les liens qui unissent Michel Louwagie et Mogi Bayat. De Witte : Mogi nous a beaucoup aidés en vendant des joueurs et je ne l'ai jamais vu franchir la ligne. Vous ne lui tournerez pas le dos comme Anderlecht le fait ? DE WITTE : Non. Pour le moment, je ne vois pas de raison de le faire. Anderlecht a peut-être des raisons de le faire mais nous pas. Est-il anormal d'avoir de bonnes relations avec un bon fournisseur ? Mais je suis pour une régularisation des indemnités aux agents. On ne doit pas exagérer dans les chiffres. En ressources humaines, il y a des limites à ne pas franchir en matière de commissions. Dès le départ, tout est clair. Avez-vous déjà dû accepter des choses proposées par un manager et qui vous semblaient douteuses ? DE WITTE : Quand vous vendez un joueur pour huit à dix millions et qu'une petite partie revient à l'agent, vous vous montrez tolérant. Peut-être devons nous nous montrer plus stricts mais Michel l'est déjà. Pourtant, on dit qu'il touche sur les transferts. Ce n'est donc pas vrai ? DE WITTE : Je sais qu'on dit cela mais ce n'est pas vrai. Je le sais car nous dirigeons le club de concert. Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il a droit à une prime si la saison est bonne sur le plan financier. Mais il n'y a rien d'anormal à cela. Votre business model repose sur l'achat et la vente de joueurs. L'été dernier, il y a eu beaucoup de mouvement. Pas facile, pour un entraîneur. DE WITTE : Nous sommes, avec Genk, le seul club belge qui ne soit pas soutenu financièrement par des capitaux belges ou étrangers. Nous avons envisagé de ne plus dépendre des transferts mais alors, nous terminerions chaque année à la septième ou à la huitième place. Et si nous voulons jouer plus haut, il faut transférer. Ça fait partie de notre enveloppe budgétaire.