En 2012, en rejoignant Anderlecht, John van den Brom (48 ans) avait un souhait : honorer son bail de trois ans. Il avait enfin l'occasion de jouer un rôle en vue et de se défaire de l'étiquette de passant, qu'il abhorrait. Après une saison à ADO, il avait rejoint Vitesse pour une durée similaire, puis le Sporting. Sa première aventure étrangère aura duré une année et neuf mois. Soit le délai exact de son nouveau contrat à l'AZ, où il succède à son nouvel adjoint, Marco van Basten.
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En 2012, en rejoignant Anderlecht, John van den Brom (48 ans) avait un souhait : honorer son bail de trois ans. Il avait enfin l'occasion de jouer un rôle en vue et de se défaire de l'étiquette de passant, qu'il abhorrait. Après une saison à ADO, il avait rejoint Vitesse pour une durée similaire, puis le Sporting. Sa première aventure étrangère aura duré une année et neuf mois. Soit le délai exact de son nouveau contrat à l'AZ, où il succède à son nouvel adjoint, Marco van Basten. John van den Brom a digéré son départ forcé de Belgique en participant à des tournois de golf et en faisant des promenades en bateau. Il s'est rendu à Manchester en tant que Soccer Legend et au Mondial brésilien comme spectateur. En smoking, il a remis un soulier d'argent à Lex Immers et il a analysé des matches pour FOX Sports. Il n'a jamais quitté son téléphone des yeux. " Souvent, les premières nouvelles arrivent en juin. J'étais convaincu que ça arriverait mais non, rien. A la fin de nos vacances au Mexique, ma femme m'a dit : - Je pense que tu vas devoir accepter de ne pas avoir de travail dans l'immédiat. J'ai alors commencé à me relâcher. J'ai fait ce que tout le monde fait dans la même situation. Pour la première fois, j'ai passé des mois à la maison. Mes filles trouvaient ça super. Je ne me suis pas ennuyé une seconde alors que je ne suis pas vraiment un homme d'intérieur. Vous vous demandez peut-être ce que je veux dire mais savez-vous à quel point partager une table à quatre et écouter les autres peut être agréable ? " John van den Brom : Oui, naturellement. Je baigne dans ce milieu depuis l'âge de 18 ans, j'ai toujours vécu au même rythme, je ne connais rien d'autre. J'ai attendu ce moment pendant quatre mois. Je savais que dès qu'un club se présenterait, je devais être prêt. On n'allait pas m'accorder six semaines. Donc, qu'ai-je fait ? J'ai vu beaucoup de matches, parfois trois en un week-end. Au début du championnat, j'ai assisté à Excelsior-NAC. En regardant autour de moi, un instant, je me suis demandé ce que je faisais là. Je devais être sur un des bancs et pas à la table de FOX. L'avantage du job, c'est que j'étais au courant de tout le championnat quand l'AZ m'a contacté. J'étais capable de retranscrire la composition de la plupart des équipes. C'était uniquement dû à l'agenda des différentes personnes concernées. Ça aussi, c'était nouveau pour moi. Généralement, après un entretien positif, on passe rapidement à l'aspect professionnel et c'est fini. En plus de ma première rencontre avec le conseil des commissaires et la direction, l'AZ a jugé important que je discute avec Marco et Dennis. Le club ne voulait plus commettre d'erreur, après tout ce qui s'était passé. Finalement, la négociation du contrat a été courte. En fait je n'y ai même pas assisté. Bavarder ensemble, ça donne quand même un sentiment ? Nous étions entre footballeurs. Je le remarque chaque fois que je me rends à une réunion d'entraîneurs. On ne s'est plus vu depuis un moment mais l'ambiance est familière et amusante. Marco et moi en sommes rapidement arrivés au thème central : comment j'ai l'habitude de fonctionner, ce que j'attends de notre collaboration. De mon côté, j'étais curieux de connaître sa vision. Ça ne me pose pas de problème. A Vitesse, j'étais flanqué de Stanley Menzo. Besnik Hasi était mon adjoint à Anderlecht, après avoir joué six ans en équipe première. Un grand monsieur, dit-on en Belgique. Je ne suis pas un dictateur. Footballeur, j'avais l'esprit d'équipe et je n'ai pas changé de mentalité. Marco et Dennis doivent se sentir libres. Les gens calent quand on les coule dans un moule. Je sais qui je suis et comment je travaille. Ils me conviennent parfaitement. Je peux être fier de mon CV quand on le regarde froidement. Guido Albers, qui défend mes intérêts avec Louis Laros, l'a décrit comme ceci : " Tu as toujours fait progresser les jeunes joueurs. " Je ne bombe pas le torse car j'ai également investi beaucoup d'énergie dans des joueurs qui n'ont pas réussi. Tous ne deviennent pas aussi bons que Dries Mertens et Nacer Chadli. Mon atout est de savoir fusionner une équipe, staff compris. J'essaie de m'engager pour chacun, ce qui engendre automatiquement un esprit collectif. C'est mon cheval de bataille. Lex Immers disait récemment qu'ils allaient au feu pour moi. Des joueurs enthousiastes à propos de votre approche et de votre communication, il n'y a pas de plus beau compliment. Je n'avais pas encore été approché par l'AZ et je les ai donc appris par la presse. Je ne m'effraie pas vite mais je me suis dit : que se passe-t-il ? Est-ce ce à quoi notre métier nous expose ? Je me suis un instant projeté en moi-même. Ai-je peut-être souffert aussi ? A Anderlecht, j'ai été confronté pour la première fois à une pression énorme, l'année dernière. Ça ne m'a pas réjoui mais ma santé n'en a pas pâti. D'ailleurs, pour moi, ce serait la frontière à ne pas franchir. Les personnes qui me sont chères m'ont réconforté par leur présence dans les mauvais jours. D'un coup, elles étaient là, à ma porte à Bruxelles. Ma femme et mes enfants m'ont aidé à relativiser les choses. Tu travailles dur et ça ne va pas. OK mais ce n'est pas la peine d'en faire un plat. Je savais de quelle merde on allait me couvrir après une contre-performance. Un moment donné, je me suis complètement refermé sur moi-même. Parfois, Herman Van Holsbeeck me conseillait : " Trainer, ne lis pas le journal aujourd'hui. " Bien, Herman. Mais sais-tu ce qui est encore mieux ? Ne plus le lire du tout. Même après une victoire, je laissais les journaux de côté. Comme je ne suis pas un fan de télé, je n'avais pas connaissance des forums. Malgré tout, on m'y a constamment confronté. J'ignore pourquoi il a été aussi dur. S'il a quelque chose contre moi, qu'il me le dise en face. Comme ça, au moins, je peux me défendre. Par la suite, j'ai rencontré Aad à un match contre Benfica. Je lui ai parlé de ces critiques et je lui ai demandé pourquoi il avait fait ça. Nous sommes collègues ! Aad m'a enlacé et m'a dit que j'étais son pote. Eh bien, je ne le pense pas. Un journaliste belge m'a demandé : " Pourquoi pense-t-on, aux Pays-Bas que tu as échoué à Anderlecht ? " Ça m'a fait réfléchir. Je ne trouve pas que j'ai échoué. Nous nous sommes qualifiés à deux reprises pour la Ligue des Champions, rapportant des millions au club. Ma deuxième saison a été irrégulière, de fait, mais à mes yeux, tout s'expliquait. C'est ce qu'avait dit le président, en effet, et je n'étais pas d'accord. L'entraîneur d'un grand club ne peut jamais accepter ça. Il faut aussi tenir compte des supporters et en plus, nous venions d'être champions. Trop peu ? Il y en avait beaucoup trop... Le problème est que nous avons vendu nos meilleurs joueurs, les leaders. Nous avons cru que les jeunes étaient capables de reprendre leur rôle. Au fil du temps, nous sommes arrivés à la conclusion qu'ils étaient avant tout des serviteurs. Tous, nous avons sous-estimé cet aspect. Youri Tielemans est un bel exemple. Nous l'avons repris dans l'équipe à seize ans. Il est devenu le plus jeune Belge à participer à la Ligue des Champions mais jeunesse rime avec irrégularité. En décembre, nous allions enrôler une série de joueurs pour retrouver notre équilibre mais nous ne sommes pas parvenus à recruter Steven Defour et Thorgan Hazard. Nous avons dû continuer à travailler avec le même groupe. Juste après l'hiver, nous avons encaissé quelques claques. De quatre points, notre retard est passé à dix, la pression médiatique s'est accrue et les supporters se sont fâchés. Ce n'est pas vraiment un phénomène anderlechtois. Le Racing Genk a renvoyé son entraîneur après une journée. Menzo, limogé plus tard par le Lierse, a déclaré : " J'ai pu travailler assez longtemps, en fin de compte. " Stanley pensait qu'il aurait dû partir à la fin de la préparation. Le métier est devenu très aléatoire. On le voit même chez les amateurs. Les entraîneurs sont virés pour un rien. C'est facile de présenter les choses ainsi. Les risques du métier ? D'accord. Mais tout ne tourne pas autour de l'argent : vous ne pouvez pas achever votre travail. Mon renvoi m'a démoli. D'autant plus que la direction, Van Holsbeeck pour ne pas le citer, m'avait toujours dit : " Ne te tracasse pas, nous continuons à travailler ensemble. " Nous avons perdu l'avant-dernier match du championnat régulier à Louvain. D'un coup, les gens ont changé de comportement. Je l'ai vu, je l'ai senti. Max de Jong, l'entraîneur des gardiens, et moi étions très proches. Nous habitions quasiment ensemble à Bruxelles. Ce soir-là, en rentrant en voiture, je lui ai confié : " Max, je crois que c'est fini. " Il m'a répondu : " Je le pense aussi. " Le lendemain matin, Herman m'a dit qu'il ne pouvait plus me sauver. Longtemps, ils ont pu affirmer qu'ils me soutenaient mais quand il a été vraiment minuit moins une, ils ont capitulé. En premier lieu, j'ai appris qu'il fallait toujours être attentif, y compris à votre entourage et qu'un entraîneur doit parfois se montrer plus dur, plus exigeant lors de la composition d'un nouveau noyau. J'ai été champion en 2012 et j'ai encore qualifié l'équipe pour la Ligue des Champions. J'ai eu le sentiment que rien ne pouvait m'arriver. Non que j'aie sombré dans la facilité mais j'étais à l'aise. Je n'ai cessé de me battre contre mon renvoi. Ne le faites pas, ai-je dit, car nous pouvons encore réussir. Etait-ce une part de bluff ? Oui, mais à un moment donné, il faut sortir tous ses arguments. Après le championnat, Van Holsbeeck m'a téléphoné : " Tu l'avais toujours dit, hein ? Une part du mérite te revient. " Ça m'a fait du bien. J'ai d'ailleurs continué à suivre Anderlecht très attentivement. Pendant le premier match, j'ai eu envie, façon de parler, de balancer ma chaussure sur la télévision mais ensuite, je me suis calmé. Ce n'était plus un tourment, je voulais voir ce que le Sporting faisait. Mon implication n'avait pas complètement disparu. Oui et c'est pour ça que j'étais si frustré les deux premiers mois. Tout était encore frais et cette énergie négative m'aspirait. Quand les joueurs font part de leur mécontentement au manager, il est temps de se remettre en question. Ou alors vient un moment où on a le sentiment d'être dans une impasse, d'avoir besoin d'aide mais ce n'était pas ça. Je ne puis dire un seul mot négatif sur Anderlecht. Je n'aurais pas voulu rater cette expérience. Tout le monde répète que l'hymne de la Ligue des Champions est fantastique et bien croyez-moi, c'est exact. Mais en Belgique, l'émotion joue un rôle essentiel. Honorer mon contrat constituait mon grand objectif, ne serait-ce que pour me débarrasser de cette étiquette qui me poursuit à nouveau. Je ne suis resté qu'un an dans mes clubs. Mais je peux justifier chaque étape accomplie. Questionnez cent personnes et 99 feront la même chose. J'ai suivi mon ambition. Ma principale erreur a été de ne pas avertir immédiatement ADO que j'allais discuter avec Vitesse. Je l'ai reconnu dix fois mais ça me revient sans arrêt à la figure. C'est lassant. Les ragots se propagent vite et mènent leur propre vie. La télévision a dit que l'AZ devait verser une indemnité à cinq chiffres à Anderlecht. Foutaises mais tout le monde reprend le ragot. Des gens me conseillent de participer à un débat télévisé pour démentir tout ça mais non : on est très gentil avec vous mais deux semaines plus tard, le cirque redémarre. Finalement, je me dis : tant pis. Je me suis fait une carapace. Rien n'est jamais assez bon. On vous critique si vous restez assis. J'étais à Anderlecht depuis cinq semaines quand c'est arrivé. Le club ne s'était plus qualifié depuis sept ans. L'enjeu ? 17 millions d'euros. Nous devions battre Limassol à domicile. J'ai fait monter Massimo Bruno. Après, Van Holsbeeck m'a dit qu'il s'était caché le visage dans les mains, dans la tribune : " Mon dieu, que fait-il ? Il lance un gamin de 17 ans que personne ne connaît. " Je ne prête pas attention à l'âge mais à ce dont j'ai besoin sur le moment-même. Bruno était dépourvu de complexes, audacieux. Il a fait une passe qui a permis à Dieumerci Mbokani de marquer de la tête le but qualificatif. Cette affaire a déclenché un moment de folie. Hasi et moi avons sauté en l'air de joie puis nous sommes tombés et nous nous sommes embrassés. Et tout ça sur le terrain. J'en ai toujours la chair de poule quand j'y repense tant c'était beau mais aux Pays-Bas, on en a rigolé. Je vis intensément le match, Alkmaar va le remarquer mais je ne me montre que quand je suis convaincu de pouvoir remettre l'équipe en selle. Au match à domicile contre le PSG, en Ligue des Champions, nous étions menés 4-0 après 35 minutes. Zlatan Ibrahimovic marquait des buts plus beaux les uns que les autres. Le score final a été de 5-0. Au coup de sifflet final, on m'a reproché d'être resté dans le dug-out mais devais-je courir comme un idiot le long de la ligne ? Ce n'est pas mon genre. Bonne question, hein ? J'espère que nous allons parler des choses réellement importantes. Lors de ma présentation, beaucoup de journalistes ne se sont intéressés qu'à l'endroit où Marco et moi allions parquer nos voitures ou à qui allait se lever ou rester assis pendant les matches. La presse n'a- t-elle rien de mieux à faire ? Dans le bureau des entraîneurs, nous en avons rigolé. Marco m'a dit : " Laisse tomber. " Il est très cool. Les gens peuvent me juger sur un mauvais remplacement ou quelque chose de ce genre mais de grâce, qu'on arrête ces pitreries. Ça ne rime à rien. PAR YOERI VAN DEN BUSKEN" A un moment, j'ai eu le sentiment que rien de fâcheux ne pouvait m'arriver au Sporting. Grossière erreur, évidemment. " " En apprenant les problèmes psychologiques de Marco van Basten, je me suis demandé ce qui nous attendait encore vraiment dans ce job. "