Sebastiaan Bornauw reçoit chez lui. Forcément. Entre deux FaceTimes, un peu de piano, du home trainer et la visite du chef cuistot du club venu apporter de bons petits plats, la révélation belge de la saison fait le point sur l'essentiel et quelques clichés. Celui qui vaut notamment à sa grande carcasse et ses cheveux mi-longs d'être déjà comparé à Daniel Van Buyten. Hier critiqué en Pro League, aujourd'hui adulé outre-Rhin, Sebastiaan Bornauw partage il est vrai quelques similitudes avec celui qui est aussi devenu son agent. Confiné à la sauce allemande - les entraînements ont repris en petits groupes depuis le 6 avril en Bundesliga - le défenseur de Cologne revient sur sa découverte du championnat teuton, son départ surprise d'Anderlecht, sa relation avec Vincent Kompany et ses rêves d'équipe nationale.
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Sebastiaan Bornauw reçoit chez lui. Forcément. Entre deux FaceTimes, un peu de piano, du home trainer et la visite du chef cuistot du club venu apporter de bons petits plats, la révélation belge de la saison fait le point sur l'essentiel et quelques clichés. Celui qui vaut notamment à sa grande carcasse et ses cheveux mi-longs d'être déjà comparé à Daniel Van Buyten. Hier critiqué en Pro League, aujourd'hui adulé outre-Rhin, Sebastiaan Bornauw partage il est vrai quelques similitudes avec celui qui est aussi devenu son agent. Confiné à la sauce allemande - les entraînements ont repris en petits groupes depuis le 6 avril en Bundesliga - le défenseur de Cologne revient sur sa découverte du championnat teuton, son départ surprise d'Anderlecht, sa relation avec Vincent Kompany et ses rêves d'équipe nationale. Sebastiaan, une question de circonstances et malheureusement inévitable pour débuter. Comment se passe ton confinement ? SEBASTIAAN BORNAUW : Je suis resté à Cologne, mais on ne peut pas dire que j'ai chômé. Six jours sur sept, nous avions un programme de course concocté par le club. Un jour sur deux, on devait y ajouter de la musculation. Plus du home trainer et le fitness... Bon, moi, je suis footballeur, pas marathonien ou haltérophile, donc forcément, le ballon m'a rapidement manqué. Le jeu en lui-même surtout. Il faut voir le bon côté des choses, ça m'a permis de bosser sur des aspects physiques que j'ai moins l'habitude de travailler. On peut donc dire que ça a aussi eu du bon sur certains aspects. D'autres l'ont déjà fait pour toi, et souvent en bien, mais quel bilan tires-tu de cette première saison en Bundesliga ? BORNAUW : Je rêvais de pouvoir m'adapter rapidement et c'est ce qui s'est passé. Honnêtement, sans vouloir paraître suffisant, je pensais que ce serait plus dur. Je ne pensais pas m'imposer si vite en Bundesliga. Je ne m'attendais pas, par exemple, à jouer 22 matches, à marquer cinq buts et à m'installer si rapidement comme titulaire. Forcément, c'est satisfaisant de pouvoir jouer un rôle en vue dans un des meilleurs championnats du monde, mais je sais que je dois encore bosser énormément. Analyser plus vite certaines situations, mieux construire de derrière, porter un peu plus le ballon, même si je le fais de plus en plus, être plus efficace devant le but aussi, paradoxalement, puisqu'on dit que je marque beaucoup. Sauf qu'en fait, des fois, face au but, je suis dans l'euphorie. Contre Francfort, par exemple, je fais une bonne feinte de corps pour me libérer du marquage, j'arrive au petit rectangle, mais au moment de conclure, j'envoie le ballon au poteau de corner. Alors que si je reste calme, je marque facilement. Preuve qu'il reste du travail, c'est sûr. Est-ce que tu avais reçu des garanties de temps de jeu à Cologne qu'Anderlecht était incapable de t'offrir ? BORNAUW : Non, des garanties, ça n'existe pas dans le football. Mais je savais que Cologne avait consenti un effort important pour me transférer (six millions d'euros, ndlr). Et que quand un club comme ça, qui vient de D2, fait le forcing pour te faire venir pendant plusieurs semaines, c'est que quelque part, il compte vraiment sur toi. Malgré ça, je m'étais quand même donné deux mois pour m'imposer dans le onze. Finalement, après deux semaines, je suis rentré dans l'équipe. Je crois que j'ai profité des trois buts pris en Coupe contre une D2 pour inciter le coach à me tester la semaine suivante contre Dortmund en championnat. Là, je fais un bon match et dans la foulée, je ne sors plus de l'équipe. J'étais lancé. Tes débuts n'ont pourtant pas forcément été hyper évidents... Il y a notamment ce 4-0 au Bayern, un autre 4-0 à la maison contre le Hertha Berlin. Est-ce que tu as, à un moment, eu peur que la marche soit trop haute ? BORNAUW : Non, parce que je savais que ce foot-là était taillé pour moi. Mais oui, ça m'a demandé une période d'adaptation. Quand tu te retrouves pour ton premier match, contre Dortmund, face à Alcácer (Pablo Alcácer, aujourd'hui à Villarreal, ndlr) qui te fait des contrôles orientés pour se retourner, tu sens que tout va plus vite. Le Bayern, on les a rejoués à la maison il y a deux mois (1-4, le 16 février, ndlr), les trente premières minutes, on n'a pas existé. Ils nous ont étouffés. À ce niveau-là, ils voient les espaces, ils ne sont jamais à deux dans la même zone, c'est impressionnant. Même un Thomas Müller, qui ne m'avait jamais trop impressionné à la télé, il m'a choqué. En vrai, c'est une machine. Un des meilleurs parce qu'il ne se trompe jamais. Les bonnes courses, les bons espaces, les bons appels, il est beaucoup plus fort que ce que je pensais ! Je ne vous parle pas d'un Jadon Sancho ou d'un Robert Lewandowski... Eux, s'ils vont aux toilettes, tu as intérêt à aller avec eux sinon tu ne les reverras jamais. Lewandowski, il peut marcher pendant dix minutes, redescendre au milieu défensif, donner l'impression qu'il est sorti de son match et puis te claquer un but sur une demi-occasion. Ses courses devant le but, c'est incroyable. Aujourd'hui, le club est tellement content de tes services que la rumeur court que tu pourrais être nommé capitaine dès la saison prochaine. C'est vrai ? BORNAUW : C'est une rumeur comme tu le dis. J'ai entendu ça, mais pour moi, quoi qu'il arrive, le capitaine sera toujours Jonas Hector. C'est une légende ici et on parle d'un international allemand à près de cinquante sélections... En fait, ça dépendrait de comment ça se passe. Si c'est une décision unanime du groupe qui veut que je sois le futur capitaine, alors OK. Mais si c'est quelqu'un de là-haut qui décide, non merci. C'est le groupe qui doit prendre une décision pareille. Est-ce qu'au début de l'été dernier, tu avais imaginé un instant ne pas poursuivre l'aventure à Anderlecht ? BORNAUW : Non, honnêtement, pas une seconde. Ce n'était pas dans mes plans de quitter Anderlecht au début de l'été. Dans ma tête, je voulais encore faire une saison là-bas. Puis, pendant l'EURO U21, Cologne a commencé à se manifester. Et s'est rapidement montré très concret. On a dit que Cologne t'avait apporté en quelques jours la confiance que tu attendais de recevoir depuis plusieurs semaines de Vincent Kompany. C'est une erreur de penser que ça a pu peser dans ta décision de rejoindre la Bundesliga ? BORNAUW : Je serais parti dans tous les cas. J'ai toujours voulu jouer en Premier League ou en Bundesliga, du coup, je ne me voyais pas laisser passer cette chance-là. Jouer dans des stades pleins de 50.000 personnes, c'est fabuleux. Ici, même pour nous, les joueurs, c'est compliqué d'avoir des places pour nos familles. Il faut se rendre compte que les abonnements au club se donne de génération en génération. Sinon, c'est quasiment impossible d'en avoir un, il y a des files d'attentes longues de dix ans. Jouer dans une compétition comme ça, tout en étant à deux heures de chez soi en voiture, c'est génial. Cologne, c'est le tremplin idéal pour moi. Et en plus, c'est un club très familial. Ici, quand on marque un but, tu peux avoir le directeur général qui court vers le public en costard cravate. Revenons un peu en arrière. Comment l'annonce de l'arrivée de Vincent Kompany le 19 mai dernier, le jour du dernier match des PO décisif contre Gand, a été perçue dans le groupe ? BORNAUW : Le contexte était spécial. Ça a été un choc. D'un côté, c'était une super bonne nouvelle, de l'autre, le timing n'était vraiment pas bon. On a appris ça trois heures avant le match, dans le bus. Jusque-là, on avait entendu des rumeurs, mais personne n'y croyait vraiment. Je trouve que ça aurait dû être annoncé aux joueurs différemment. Là, pour le même prix, on apprenait la nouvelle sur nos téléphones. Comment le groupe a vécu les premières semaines du Kompany entraîneur ? BORNAUW : C'était difficile au début parce qu'on ne savait pas vraiment quel serait le rôle de Vincent. Est-ce qu'il allait vraiment être entraîneur et joueur en même temps ? Ça paraissait compliqué à tenir sur la longueur. Surtout, pour moi, c'était assez étrange de jouer à côté de mon entraîneur. Tu sais, sur le terrain, pendant un match, tout va très vite. Tu ne penses pas toujours à tout ce que tu dis et tu as l'habitude de faire des remarques en criant du genre : " Oh, tu fais quoi toi là ! ". Et parfois, c'est inévitable, il y a des insultes qui volent. Là, avec ton coach, tu sais que tu dois rester poli. Ça, ce n'était pas évident. On se tutoyait et il faisait vraiment pleinement partie du groupe, mais malgré tout, ça rendait les rapports un peu plus compliqués. En tant que défenseur central, tu savais aussi que l'arrivée du Kompany joueur allait avoir un impact sur toi à un moment ou un autre. Surtout qu'elle a été rapidement suivie de celle de Philippe Sandler. Quel était le discours officiel avant ton départ ? BORNAUW : Je pense que l'idée du club, c'était de faire jouer la concurrence entre Philippe Sandler et moi. En tout cas, avec Vincent, nous n'avons pas eu de vraies discussions avant d'évoquer mon départ. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'à ce moment-là, lui voulait vraiment que je reste parce qu'il aimait bien travailler avec moi. De l'autre côté, il comprenait que c'était une opportunité difficile à refuser pour moi. Il m'a dit : " En tant que coach et Anderlechtois, je veux que tu restes, mais en tant qu'ami, vas-y, fonce ! " De toute façon, honnêtement, dans ma tête, bien avant cette discussion, ma décision était prise. Mais son discours m'a fait du bien. À ce moment-là, on est avant ou après le fameux match de la première journée de championnat perdu contre Ostende ? BORNAUW : ( Il réfléchit) Après. Mais ma décision était déjà quasiment prise avant ce match. La seule chose que je regrette, c'est d'être parti comme ça, après un mauvais match. D'aucuns ont pourtant raconté que c'est ce fameux match contre Ostende qui aurait poussé Anderlecht et donc Kompany à vouloir te vendre. Ça t'a vexé qu'on puisse penser que les choses se soient passées comme ça ? BORNAUW : De toute façon, je ne lis pas les journaux. Sauf cette interview, ça je vais la lire (rires). Mais je vais te raconter une anecdote qui prouve, selon moi, que Vincent croyait en moi. Le jour même où j'ai signé mon contrat à Cologne, je me suis entraîné une dernière fois en solo à Anderlecht. J'étais seul avec un préparateur physique. Concrètement, je n'étais déjà plus vraiment un joueur du club, mon transfert avait déjà été annoncé dans la presse et je dormais le soir-même à Cologne. Mais ce jour-là, Vincent m'a rejoint sur le terrain et m'a donné un dernier entraînement. On n'était rien qu'à nous deux et on a travaillé pendant plus d'une heure. Uns contre uns, positionnement sur les centres, tout y est passé. Il ne devait pas faire ça, il n'avait rien à y gagner, mais il l'a fait. Rien que pour ça, je le respecte énormément. Pas que le joueur, mais la personne aussi. C'était un beau moment pour moi. Kompany n'a eu de cesse de répéter qu'il fallait croire dans le process. Comprendre que malgré les mauvais résultats, il fallait continuer d'enfoncer le clou de la méthode Guardiola. Concrètement, comment cela se manifestait pendant la préparation estivale ? BORNAUW : Je ne suis pas sûr qu'à court terme ce modèle, celui du Barça ou de City, soit réellement duplicable à Anderlecht. Si tu fais comme à l'Ajax et que tu apprends cela dès le plus jeune âge, à la limite, mais faire cela en deux ou trois mois avec des joueurs qui n'ont pas tous l'ADN, c'est difficile. À Neerpede, jusqu'à treize ou quatorze ans, on joue à trois derrière. Dans un 3-4-3 à plat. Un central, deux backs. Mais ça se limite à ça. Or, ici, on nous demandait d'assimiler le jeu de Guardiola en un été. Le faire à City avec les meilleurs joueurs de la planète qui voient tout plus vite, c'est une chose, mais tout le monde ne sait pas contrôler une passe à hauteur des tibias. Concrètement, ce n'était même pas tant le manque de technique le problème, mais le côté tactique. Le foot de Guardiola requiert beaucoup plus de déplacements, il suffit de voir ce qu'on demandait à Sieben Dewaele en possession de balle. Et puis, il y avait tout le reste : les milieux qui rentrent, les flancs qui font des mouvements, les zones à respecter, etc. C'était complexe, mais on ne se posait pas trop de questions. On y croyait réellement. Et en fait, avec plus de temps, je suis assez sûr qu'ils finiront par y arriver. Hein Vanhaezebrouck aussi avait voulu moderniser le jeu bruxellois. Et c'est lui qui t'a lancé dans le grand bain en juillet 2018. Qu'est-ce que tu retiens de ta première saison à Anderlecht ? BORNAUW : C'était une année particulière. Dès le début d'ailleurs. Un exemple troublant, c'est que nous n'avions perdu aucun match pendant la préparation. Parfois, on jouait un amical après un entraînement, complètement épuisés, mais on gagnait quand-même. On a même battu l'Ajax seulement privé de Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt. Leurs deux meilleurs joueurs, mais quand même ! Et après deux matches de championnat, on avait inscrit neuf buts ! Après quatre, les médias écrivaient qu'on était déjà champions ! Clairement, c'était un peu l'euphorie. Et puis, dans la foulée, on perd à Bruges et tout s'écroule. Je ne me l'explique toujours pas vu le début de saison, mais je crois que le groupe manquait tout simplement de qualité et que nos résultats ont un temps masqué nos carences. C'était frustrant pour moi aussi, mais ça m'a aussi beaucoup appris en tant que leader. Vu qu'il n'y en avait pas vraiment, j'ai dû développer de nouvelles qualités. En Allemagne, ça me sert d'avoir vécu ces moments-là à Anderlecht. À Anderlecht toujours, tu as aussi connu Fred Rutten et Karim Belhocine comme entraîneur. Et comme beaucoup, tu étais surtout très proche du second paraît-il. C'est quoi le secret de Belhocine pour être si fusionnel avec ses joueurs ? BORNAUW : C'est vrai qu'on avait une relation très particulière. Je crois que tu as toujours une autre relation avec un T2 qu'avec un T1. Et Karim ayant été l'adjoint de Vanhaezebrouck, puis de Rutten, il était très proche du groupe. Presque dans le groupe. Et très respecté et apprécié pour ça. Karim, s'il sent que quelqu'un se donne les moyens de réussir, il va se battre pour lui. Avec Rutten, je me sentais prêt à jouer à mon retour de blessure, mais j'avais manqué la préparation hivernale. Rutten ne me connaissait pas trop et ne comptait du coup pas vraiment sur moi, mais Karim s'est battu pour que je joue. Et finalement, je suis rentré dans l'équipe grâce à lui. Ce qu'il a fait avec moi, il le transpose aujourd'hui à Charleroi. Je suis vraiment content de sa réussite.