Dans un premier temps, il s'était montré réticent à notre demande d'interview, estimant que ce n'était pas le moment de se répandre en grandes déclarations à un moment où ni lui, ni le Standard n'apparaissaient sous leur meilleur jour. Il a progressivement accepté, du bout des lèvres, à condition d'aborder des thèmes généraux et de ne pas activer la polémique. Il a fini par se confier, en abordant tous les sujets: son cas personnel, le Standard, l'équipe nationale...
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Dans un premier temps, il s'était montré réticent à notre demande d'interview, estimant que ce n'était pas le moment de se répandre en grandes déclarations à un moment où ni lui, ni le Standard n'apparaissaient sous leur meilleur jour. Il a progressivement accepté, du bout des lèvres, à condition d'aborder des thèmes généraux et de ne pas activer la polémique. Il a fini par se confier, en abordant tous les sujets: son cas personnel, le Standard, l'équipe nationale...JohanWalem: Beaucoup de bons souvenirs. La Coupe du Monde japonaise résume à elle seule l'ensemble de ma carrière en équipe nationale: je l'ai commencée comme titulaire, puis je n'ai plus joué, j'ai été critiqué et je suis finalement revenu. Entre les Diables Rouges et moi, cela n'a pas toujours été facile. J'ai mis du temps à m'imposer mais j'ai fini par atteindre le but que je m'étais fixé: pouvoir disputer un Championnat d'Europe et une Coupe du Monde. Précédemment, j'avais toujours raté le rendez-vous, mais ces quatre dernières années, j'ai répondu présent et l'aventure s'est très bien terminée. Je n'ai pas arrêté parce que je ne me sentais plus au top sur le plan physique, loin de là. J'ai toujours beaucoup réfléchi à l'heure des choix. J'ai préféré partir sur une bonne note et je ne regrette pas ma décision. "J'adorais Robert Waseige"Pas vraiment. Il a beaucoup de charisme, et la carrière qui se profile devant lui correspond parfaitement à son image. Il a un esprit clair et déterminé: autant de qualités que l'on exige généralement d'un entraîneur. Si un club comme Schalke 04 lui a confié la responsabilité de son équipe Première, cela signifie qu'il a su gagner le respect et l'appréciation de beaucoup de monde. Moi aussi, j'ai appris à l'apprécier. Que ce soit sur le terrain ou en dehors, on n'avait pas besoin de beaucoup se parler. On se trouvait les yeux fermés. Un moment, il avait parlé d'un retour possible au Standard. J'aurais aimé évoluer à ses côtés: à deux, en équipe nationale, on formait vraiment une bonne paire, complémentaire. Son retour à Liège ne s'est pas concrétisé, parce qu'il n'a pas trouvé de terrain d'entente avec certaines personnes. C'est dommage. Cela aurait été bien pour lui, pour moi, pour le club.Gert Verheyen vient de fêter le titre avec Bruges...Bruges est un exemple de continuité et de persévérance. Le club flandrien a transféré des joueurs importants, mais leur a laissé le temps de s'intégrer. On ne les a pas jetés d'emblée dans la fournaise en attendant d'eux qu'ils fassent directement des miracles. Cela mérite réflexion. On se demande souvent ce que Bruges a de plus que le Standard. C'est vrai, Bruges n'est pas dix fois supérieur au Standard. Sur un match, nous pouvons rivaliser. Sur un championnat de longue haleine, c'est plus problématique. Bruges possède un groupe soudé et des bases profondes. L'entraîneur et les éléments fondamentaux sont présents depuis plusieurs années. Chaque année, on ajoute un petit plus. A la longue, cela produit des résultats. Il faut se persuader que le Standard ne bâtira pas une équipe championne en six mois, ni en un an.Robert Waseige n'est plus que le consultant de luxe que Canal+...Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'un an après la Coupe du Monde, il ne soit plus entraîneur. Comme beaucoup d'observateurs, j'estimais qu'en l'engageant, le Standard avait fait un grand pas dans la bonne direction. S'il n'a pas réussi, cela signifie beaucoup de choses. On a prétendu qu'il connaissait mal son noyau, mais lui a-t-on laissé le temps d'apprendre à le connaître? A quoi bon répondre à cette question? De toute façon, aujourd'hui, il est trop tard pour revenir en arrière. Je peux dire que j'adorais Robert Waseige. Comme entraîneur et comme être humain. Il avait un certain style, auquel il fallait s'habituer, mais il restera quelqu'un d'unique à mes yeux. J'appréciais sa pointe d'humour, sa façon aussi de piquer les gens là où il faut, au moment le plus opportun. Parfois, il m'a vexé, mais cela a suscité une réaction en moi. Une réaction souvent bénéfique. Lorsqu'on m'adresse une réflexion, cela entre par une oreille, mais cela ne ressort pas par l'autre. éa reste ancré dans ma tête. J'ai toujours compris où il voulait en venir. Souvent, il avait raison.Des questions dans les deux sensLe Standard ne m'a pas apporté ce que j'en espérais, effectivement, mais l'inverse est vrai également: je n'ai pas apporté ce que le Standard attendait de moi. Je n'ai aucune peine à l'admettre. Il faut se poser des questions dans les deux sens. Depuis mon arrivée, voici deux ans, je ressens un manque au niveau des résultats... et également au niveau de mes prestations personnelles. Un peu comme en équipe nationale, j'ai connu de bons moments au Standard, mais aussi de longues périodes d'absence. C'est un manque que j'aimerais combler.A quoi attribuez-vous vos prestations en dents de scie?Si j'avais la réponse, j'aurais sans doute déjà résolu le problème. Je me pose beaucoup de questions. En début de saison, cela n'allait pas trop bien. Je n'ai pas répondu aux critiques, j'ai préféré continuer à travailler, dans mon style. Je suis revenu, j'estime avoir répondu présent pendant trois ou quatre mois, en évoluant à un très bon niveau, en distillant quelques assists et en inscrivant quelques buts. J'ai prouvé que je pouvais évoluer avec tout le monde, y compris avec Ali Lukunku qui n'était pourtant pas mon meilleur ami, mais à qui j'ai offert quelques passes décisives. Ces dernières semaines, je connais des hauts et de bas, à l'image de l'équipe. C'est un mystère car, avant d'aboutir au Standard, j'avais toujours été assez régulier. Lorsqu'on engage un joueur, il faut connaître la personne au niveau humain et caractériel. J'ai toujours déclaré que j'avais besoin des autres pour bien jouer. Lorsque l'équipe tournait et que j'étais bien dans ma tête, j'ai rayonné. Il faut comprendre, aussi, que je possède certaines caractéristiques. Je n'ai pas le style de Marc Wilmots.S'est-on trompé sur la personne?Certains seront peut-être de cet avis. Je ne suis pas obligé de le partager. C'est vrai, en bord de Meuse, on apprécie l'engagement, mais on ne forme pas une équipe avec 11 joueurs physiques. Une petite touche technique ne fait pas de tort. J'évoluais peut-être avec plus de facilité en Italie. Ici, le football est très physique. Il l'était aussi en Italie, mais il était aussi très tactique. Or, je suis un joueur qui a besoin de compenser ses petites lacunes physiques par d'autres aspects. Si je devais dresser le bilan de mes deux années au Standard, je dois reconnaître qu'il serait mitigé. Mais je ne me laisse pas abattre. J'ai 31 ans, pas 36. Je suis loin d'être fini et je me fais fort de le démontrer. Je ne suis pas revenu en Belgique pour faire de la figuration, ce n'est pas mon genre. J'ai obtenu des résultats partout où je suis passé, et au Standard, je reste sur ma faim. J'avais opté pour ce club parce que j'estimais qu'il avait le potentiel pour jouer l'Europe chaque année. J'approche les 80 matches européens. Cette saison, c'est la première fois de ma carrière que je ne joue pas l'Europe."Je veux réussir ici aussi"Je suis encore sous contrat jusqu'en 2006. Je n'ai jamais échoué dans les clubs où j'ai évolué et je n'ai pas l'intention de commencer avec le Standard. Beaucoup de personnes m'ont demandé si j'allais partir. Je leur ai répondu que, si j'étais revenu en Belgique, c'était pour réussir quelque chose de bien. Je ne partirai pas sur un échec. Ce n'est pas dans ma mentalité de laisser tomber les bras et d'aller voir ailleurs parce que je n'ai pas réussi à m'imposer. Je persévérerai jusqu'à ce que je réussisse. Je suis parvenu à mes fins avec l'équipe nationale, pourquoi n'y parviendrais-je pas avec le Standard? La saison dernière, déjà, des personnes m'ont demandé pourquoi je ne faisais pas davantage entendre ma voix. Simplement, par respect pour ce club et pour les anciens que j'y côtoie. Je suis ici depuis deux ans à peine, ce n'est pas à moi d'imposer mes vues et de clamer tout haut ce qui ne va pas dans ce club. Lorsque le Standard achetait des joueurs à tort et à travers, on le lui a reproché. Lorsqu'il a décidé d'opter pour la continuité, cela n'a pas marché non plus. Désormais, on semble vouloir jouer la carte jeunes. Quelle est la solution?Que ce soit à Anderlecht ou à l'Udinese, j'ai toujours connu la continuité. Et le succès était là. A Bruges, on a aussi opté pour la continuité. On voit les résultats. Une certaine continuité est nécessaire. Je n'ai rien contre l'option jeunes, et je comprends qu'en cette fin de saison durant laquelle le club n'a plus rien à perdre ni à gagner, on veuille offrir une chance aux talents les plus prometteurs. Ces jeunes seront-ils capables de hisser le Standard vers les sommets? C'est à la direction qu'il incombera de répondre à cette question.Vous préparez déjà votre reconversion. On prétend que vous seriez sur le point d'ouvrir un restaurant.C'est un projet que j'ai en tête, mais ce n'est pas prévu avant un an. De toute façon, ce n'est pas moi qui le gèrerai.Récemment, vous étiez le consultant de Club RTL lors de Belgique-Pologne. Qu'avez-vous pensé de cette équipe nationale, nouvelle mouture?Une nouvelle génération pointe le bout du nez. Il faut laisser le temps aux jeunes joueurs de saisir leur chance et certains le font déjà très bien. Je songe notamment à Thomas Buffel. On voit qu'il évolue dans un championnat étranger et qu'il a déjà participé à la Ligue des Champions. Il évolue à un autre niveau. Il y a aussi des joueurs de caractère dans cette nouvelle équipe nationale. On prétend qu'il n'y a plus de leaders, je ne suis pas d'accord. Il y en a peut-être moins qu'avant, mais il y en a encore. Oui, l'équipe nationale a changé depuis l'époque de Robert Waseige. Chaque entraîneur a son style et ses hommes. La victoire contre la Pologne a fait du bien au moral. Elle permettra de se rendre en Bulgarie, confiants. Mais la confiance était de mise avant le déplacement à Zagreb aussi. On sait ce qu'il en est advenu. C'est à Sofia que tout se jouera. La Pologne, ce n'était qu'une mise en jambe. Cela dit, les Belges sont au pied du mur. Et c'est généralement dans ces circonstances-là qu'ils sont les plus dangereux. Daniel Devos"J'ai besoin des autres pour bien jouer""Je ne suis pas revenu en Belgique pour faire de la figuration"