Nom : Defour. Prénom : Steven. Date de naissance : 15 avril 1988. Une année imprimée sur ce T-shirt qui recouvre un corps de plus en plus tatoué. La barbe au bec façon hipster, le visage émacié, on est loin du look midinette, mèche décolorée, de ses débuts au Standard. En huit saisons, l'ex-capitaine du Standard a connu la gloire mais aussi quelques sérieux contrecoups qui ont terni l'image de golden boy-Soulier d'or de ses débuts. Rencontre avec le boss du vestiaire mauve.
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Nom : Defour. Prénom : Steven. Date de naissance : 15 avril 1988. Une année imprimée sur ce T-shirt qui recouvre un corps de plus en plus tatoué. La barbe au bec façon hipster, le visage émacié, on est loin du look midinette, mèche décolorée, de ses débuts au Standard. En huit saisons, l'ex-capitaine du Standard a connu la gloire mais aussi quelques sérieux contrecoups qui ont terni l'image de golden boy-Soulier d'or de ses débuts. Rencontre avec le boss du vestiaire mauve. Pour le moment, je me sens très bien. Sincèrement, les événements sont passés au-dessus de ma tête. J'ai vu le tifo, j'ai pris ma carte rouge. Après (silence)... Je n'ai pas eu le temps de penser à quoi que ce soit. Si je prends la carte rouge, c'est parce qu'elle était bête, et à cause du comportement de l'arbitre... J'étais énervé oui, car j'avais le sentiment que l'arbitre n'était pas dans le match, qu'il n'était pas dans le Clasico. Oui. Il n'avait pas l'esprit du Clasico. Pour ma part, j'ai pris une première bête carte jaune. Quant à la deuxième, l'arbitre aurait dû arrêter le jeu au moment où le Standard a poursuivi l'action malgré le fait que l'un un de ses joueurs était au sol. Quand j'ai récupéré le ballon, j'ai voulu le dégager - c'est vrai que je le shoote fort - mais jamais, il ne peut me donner une carte jaune pour ça. Sauf que je n'ai pas entendu le coup de sifflet la deuxième fois. La première je la comprends parfaitement, l'arbitre avait sifflé une faute et j'ai dégagé la balle dans les tribunes. Lors de la deuxième, le jeu était de toute façon arrêté. Peut-être mais elle n'a jamais été aussi hostile que ce 25 janvier. Lors de l'échauffement, dix " bombes " ont été balancées à côté de Silvio (Proto). Normalement, ils font ça une fois par match.... Avant, c'est vrai, ça a été plusieurs fois très chaud mais cette fois ce fut quand même très différent... Certains disent que oui, d'autres non. Mais de toute façon, ce n'est pas à moi de prendre des sanctions mais bien aux décideurs. Moi, je suis un joueur de foot qui doit jouer son match. Point. Oui, je le savais. Mais j'étais quand même nerveux car ça fait quelque chose de revenir à Sclessin. Non, jamais. Même si, à un moment donné, je me suis dit que si ça ne se calmait pas, ça allait dégénérer. A pas grand-chose... Je me souviens avoir même rigolé. C'est seulement après le match que je me suis rendu compte de l'ampleur de la chose. Je savais très bien qu'un tifo allait m'être consacré. Après, je me répète, c'est aux instances, à l'arbitre, de prendre une décision. Ce n'est pas à moi de le dire. C'est aux responsables de s'exprimer. Il m'a dit " Eh bien, c'est chaud " (il rit). Après, j'étais dans mon match. Plus nerveux que d'habitude mais ça allait. Sauf que l'arbitre n'a pas senti la rencontre, il n'était pas assez psychologue. J'ai joué des clasicos bien plus violents. Des Porto-Benfica avec des gros tacles, des cartes rouges mais où l'arbitre était dans son match. Si Monsieur Boucaut avait sifflé Porto-Benfica, il aurait sorti 5-6 cartons rouges. Frank De Bleeckere, par exemple, dialoguait sur un terrain, après 3-4 fautes, il te disait : La prochaine, c'est la carte. Lui n'a pas parlé. Ma critique n' a rien de méchante, c'est un constat. Oui. Je me suis excusé devant les joueurs, l'entraîneur, le président. Ils m'ont dit que je ne devais pas m'en vouloir mais je m'en suis voulu quand même. Ça me faisait chier d'avoir pris cette rouge car jamais le Standard n'aurait gagné ce match à 11 contre 11. On n'aurait peut-être pas marqué mais on aurait au moins ramené un point. Bien sûr que je les comprends. Si j'étais supporter du Standard, et qu'une de mes idoles signait à Anderlecht, je serais fâché également. Mais je remarque quand même une escalade de la violence dans la société et je ne parle donc pas que du foot. Aujourd'hui, on dépasse les limites, on va toujours plus loin. Avant, il y avait des joueurs qui se faisaient siffler. Après, il y a eu les insultes, puis les projectiles, etc. Aujourd'hui, ce sont des bombes que l'on balance.. Si je signifiais autant pour le Standard, pourquoi n'est-on pas venu me chercher ? J'ai été transféré de Porto pour un montant équivalent à ce que j'avais rapporté au club trois ans plus tôt. Pourquoi le Standard n'a-t-il pas fait l'effort alors que le club rival a tout fait pour que je signe chez eux ? Il faut aussi se poser des questions. Si Duchâtelet avait mis six millions, on n'en parle plus... Il faut analyser ce transfert dans les deux sens. Non. J'ai pris ma décision. Et aujourd'hui, j'en suis très heureux. Car, ici à Anderlecht, j'ai été accueilli comme quelqu'un que l'on voulait vraiment. J'ai le courage de prendre certaines décisions qui ne sont pas faciles. Et voilà... Si je suis dans la controverse, j'accepte. Après ma vie privée, je veux qu'elle reste privée. Peut-être qu'il y a certaines choses que je regrette, ça fait partie de la vie, de l'apprentissage. Je suis un gars entier. Je suis un gars comme tout le monde. Tu me rencontres dans un café, tu peux me parler, je vais te répondre, je ne prends pas les gens de haut. Je ne me prends pas pour une star ou un joueur de foot. Après, je prends certaines décisions que j'estime être les bonnes pour moi, pour ma vie. On se trompe aussi à propos de l'image d'Anderlecht qui est un club très familial. Et si j'allais en tribune, c'est parce que j'aimais bien. C'est tout. Je n'étais pas dans le calcul. Certains joueurs sont timides, réservés, d'autres ne sont là que pour l'argent. Moi, je suis naturel et je ne me prends pas pour une star. Je n'ai pas besoin de ça pour vivre. Le foot fait parte de ma vie mais ce n'est pas tout. L'important, c'est ma vie privée et les gens qui sont autour de moi, qui me rendent heureux. C'est ce que vous pensez, vous la presse, pour faire des articles. Mais il n'y a pas beaucoup d'animation : je rentre chez moi, je fais une sieste, je regarde la télé... Oui. J'aime les bons restos, être avec mes amis, mais il y a un moment pour tout. C'est vrai que j'exagérais au Standard à une période. Avec le temps, on sait ce qu'on peut faire et ne pas faire. Oui. Mais dans ma tête, je n'étais pas très bien, je continuais à souffrir de mon pied alors que j'étais guéri. Je n'étais donc pas au top de ma forme sur le terrain. C'est à cause de ça que j'ai un peu dérapé. Les gens peuvent raconter ce qu'ils veulent. Quand je vais en soirée, si je bois un verre d'eau, ça va être transformé en bouteille de champagne. Et ça va vite. Mais tant que je fais mon boulot sur le terrain, il n'y a pas de problème. Mais si je joue mal et que je sors, c'est autre chose. On peut tout analyser mais en même temps je suis sorti quand ça allait bien et quand ça n'allait pas. Aujourd'hui, je sais que je dois faire beaucoup plus attention car mon corps est plus vulnérable qu'avant. Je suis un pur Belge. Un Flamand avec un accent liégeois qui vit à Bruxelles. J'ai toujours voulu apprendre la langue où je vivais, j'ai donc appris le portugais à Porto. Je suis quand même timide quand je ne connais pas les gens. Dès que c'est le cas, je deviens très sociable. Et quand on est bien sur le terrain, on gagne le respect des autres. J'ai reçu le brassard de capitaine car on me respectait sur le terrain. Car à l'entraînement, c'était très physique et le jeu du Standard était également agressif. Il fallait que je m'adapte au club. Et puis j'aime bien m'intégrer à la culture du club. Pour jouer. D'être le leader, de guider les jeunes. Oui parce qu'ils savent tous qui je suis. Il y a du respect envers moi mais je dois aussi avoir du respect envers les jeunes. Faut pas faire n'importe quoi non plus. Mais il faut leur dire les choses car ils n'ont pas encore tout vu. Il faut bien. On a connu pas mal de choses, on a une certaine expérience et donc quand ça dégénère un peu, il faut mettre des claques. Ça va... Je pense que d'un point de vue mental, j'ai fait du bon boulot au sein de l'équipe. Je suis un leader mais mes prestations individuelles peuvent être bien meilleures. Parce qu'il a un grand volume de jeu et qu'on permute régulièrement. Il peut être défensif et peut également apporter du danger offensivement, tout comme moi. On est complémentaires. Quand tu donnes le signal d'aller presser, il faut que tout le monde suive. Sauf qu'avec les jeunes, c'est un peu plus compliqué. Aujourd'hui, c'est déjà différent. On se place beaucoup plus haut dans le jeu. Et quand tu récupères un ballon à 20 mètres du but, c'est plus efficace que quand tu le récupères à 50 mètres. Moi je suis là pour ça, pour apporter une certaine mentalité. Contre Zulte Waregem (0-0), c'était trop mou, et on a réagi à Gand (match aller de la Coupe de Belgique). Je dois être physiquement à 100 % et enchaîner les matches à un haut niveau. Pour le moment, je suis fit. J'ai connu un très bon stage. Et ça doit porter ses fruits. C'était une bonne expérience. J'ai appris beaucoup de choses sur le haut niveau, sur le foot international. Savoir si c'est un échec ? Ça dépend pourquoi on revient. Si j'avais signé au PSV, c'était mieux ? Peut-être pour la perception des gens mais je n'en suis pas sûr. Aller en Angleterre en D2 ou se retrouver dans un club de Premier League qui lutte pour ne pas descendre, c'est mieux ? Avec le parcours qu' on a réalisé en Ligue des Champions, on a prouvé qu'on avait de la qualité, le niveau. Tout le monde dit que le championnat belge est une faible compétition mais avec Anderlecht, on arrive à faire des résultats en Europe. C'est que la qualité d'Anderlecht est réelle. Si, mais jouer pour ne pas descendre et ramasser des défaites chaque semaine, c'est lourd psychologiquement. Ça ne m'intéresse pas de jouer en Premier League pour dire que je joue en Premier League. Je joue au foot pour les prix, pour les trophées. Non. Seulement, je me suis blessé. Et gravement. Je n'ai plus su atteindre mon niveau d'avant. Et il s'est passé ce qui s'est passé... Il y a beaucoup de talents mais ils sont tous très jeunes. Et il faut donc plus d'équilibre dans l'équipe. La direction l'a très bien compris en achetant Marko Marin et Rolando. On a toujours dit que le Standard brillait grâce à ses jeunes mais hormis Axel (Witsel), Marouane (Fellaini), Regi (Goreux) et moi, les autres, je pense à Momo (Saar), Gucci (Onyewu), Dante, Jova, Mbokani avaient tous 24, 25, 26 ans, l'âge que j'ai aujourd'hui. Ici, c'est 19, 20 voire 17 ans. Il y a une grosse différence quand même. La jeunesse, c'est très bien mais elle doit être encadrée. Mais le label est présent, c'est clair. Chez les jeunes, j'ai toujours été impressionné par la qualité de la formation anderlechtoise... Pour moi, il doit faire une année pleine avant de partir à l'étranger. Ça veut dire que quand il reviendra dans l'équipe, il doit performer jusqu'à la fin de la saison. Parce que l'étranger, c'est l'étranger : tu n'es pas celui que tu étais en Belgique, tu n'es plus le king, tu es un joueur parmi tant d'autres. Il faut être prêt à accepter de se retrouver sur le banc. C'est normal ce qui lui arrive. Il a 17 ans, il continue d'aller à l'école, il a des examens puis doit jouer la Ligue des Champions. Il doit trouver du temps pour se reposer, ce qui n'est pas évident. Sans oublier tout ce qui a entouré son contrat. Ce n'est pas facile de gérer tout ça. C'est même normal qu'il connaisse une certaine méforme. Mais il reste un des joueurs les plus importants d'Anderlecht. Oui. Il sait tout faire avec un ballon. Maintenant, il doit progresser naturellement. Et je suis là pour l'aider. Peut-être, oui. Mais je ne rêve plus. Et j'ai arrêté de faire un plan de carrière. Notre parcours en Ligue des champions a prouvé qu'Anderlecht possède le niveau européen. Mon retour en Belgique n'avait rien à voir avec les Diables. C'était un choix personnel. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS" Il y a une escalade de la violence dans la société et je ne parle donc pas que du foot. " " Quand je vais en soirée, si je bois un verre d'eau, ça va être transformé en bouteille de champagne. " " A l'étranger, tu n'es pas celui que tu étais en Belgique, tu n'es plus le king. " " Si je signifiais autant pour le Standard, pourquoi n'est-on pas venu me chercher ? "