Comme le numéro de Benito Raman en notre possession n'est plus valable, nous appelons un ami commun qui nous en donne un autre. Mais nous tombons sur un autre ami à lui qui est visiblement dans la combine et qui se fait passer pour lui pendant un bout de temps. " Ça, c'est l'humour de Benito ", nous dit notre ami commun, un peu gêné, quand nous découvrons le pot aux roses. Manifestement, Benito n'a pas changé.

Deux semaines plus tard, après être passé par le club et par son agent, Peter Smeets, nous nous asseyons à sa table à la Stroopfabriek de Borgloon, nichée dans le superbe paysage hesbignon. Raman y est venu pour chercher son nouveau passeport car c'est là qu'il habitait avant de jouer en Allemagne.

Quelques jours plus tôt, il a délivré trois assists face au Borussia Mönchengladbach. Son compteur affiche alors 10 buts et 4 passes décisives. Pas mal pour une première saison en Bundesliga mais Raman reste modeste et attentionné.

" Désolé pour l'histoire des numéros de téléphone. Ça m'a fait rire mais pas vous, manifestement ", dit-il en prenant un café. Non, pas vraiment. Mais passons aux questions.

Dans quelle mesure as-tu vraiment changé par rapport au moment où tu as quitté la Belgique pour l'Allemagne ?

BENITO RAMAN : Je suis toujours le même, comme vous avez pu le constater : je fais toujours des blagues. Je suis peut-être un peu plus calme, plus casanier. Il faut dire qu'ici, on s'intéresse moins à ma vie en dehors des terrains. En Belgique, on sortait toujours des trucs extra-sportifs sur moi. Et quand on citait mon nom, il y avait toujours un mais... Ici, c'est bon ou c'est mauvais, point final.

Il y a peu, dans Extra Time, on s'est demandé pourquoi deux joueurs réputés difficiles - Dodi Lukebakio et toi - réussissaient en Bundesliga. Wesley Sonck disait que c'était dû au fait qu'en Allemagne, il y a davantage de discipline. Pour Filip Joos, on vous avait tout simplement obligés à sortir de votre zone de confort.

RAMAN : J'ai même entendu dire qu'on nous tenait en laisse... Je peux vous assurer que je suis plus libre à Düsseldorf qu'en Belgique. Bien entendu, il y a des directives à respecter mais on nous laisse la bride sur le cou. Tout ce qu'on exige, c'est qu'on soit bon à l'entraînement et en match. Mais évidemment, comme on a moins d'amis ou de famille, on est automatiquement plus concentré sur notre boulot.

Tu es plus stable sur le plan familial également ?

RAMAN : Oui.. Je ne dois plus intervenir entre mes parents ou leur téléphoner après l'entraînement pour les entendre raconter leurs histoires. Ça m'aide à me concentrer sur le foot et mes parents viennent me voir jouer tous les quinze jours.

La vie à Düsseldorf te plaît ?

RAMAN : Oui, j'habite dans un quartier calme pas loin du stade. Il y a beaucoup de chouettes restaurants mais je ne sors que pour faire les courses. Après l'entraînement, je préfère rester à la maison et jouer à Fortnite.

" Au Standard, les supporters voulaient qu'on mouille le maillot et j'aimais ça "

Tu dis que les médias belges s'intéressaient trop à l'aspect extra-sportif. Les journaux à sensation allemand ne sont-ils pas pires ?

RAMAN : Pas à ma connaissance. Ils ne sont pas encore allés rechercher des choses dans mon passé et c'est tant mieux car je ne dois pas trop regarder derrière moi. Je suis jeune mais j'ai déjà vécu beaucoup de choses : des bonnes (un titre et la Ligue des Champions avec Gand, l'Europa League avec le Standard, un titre en D2 avec Düsseldorf) et des mauvaises (relégation, incidents personnels). Je suis content de ce que j'ai fait jusqu'ici. Devrais-je jouer plus haut ? Possible mais je constate que, malgré quelques écarts, je suis en Bundesliga.

À l'Allianz Arena, devant 80.000 personnes, je me suis quand même un peu demandé où j'étais. " Benito Raman

Quand tu as quitté la Belgique, en 2017, tu sentais qu'il fallait partir ?

RAMAN : J'avais des propositions d'autres clubs belges mais j'avais déjà souvent changé, ce qui ne faisait que renforcer ma réputation d'enfant terrible. J'ai opté pour la D2 allemande et ça s'est bien passé dès le début.

Tu n'avais pas livré une mauvaise saison au Standard. Tu étais étonné qu'on ne te retienne pas ?

RAMAN : Au cours des six premiers mois, avec Yannick Ferrera et Aleksandar Jankovic, j'ai beaucoup joué. Puis je me suis blessé et Ricardo Sá Pinto est arrivé. Il ne m'aimait pas. Même en préparation, il ne me faisait pas jouer. À un certain moment, je me suis mis à travailler pour moi-même, en espérant partir.

Tu semblais pourtant destiné à t'entendre avec le public de Sclessin.

RAMAN : Les fans étaient chauds et c'était bien. Sauf quand ça tournait mal et que cinquante malabars débarquaient à l'entraînement pour nous engueuler. Ils voulaient qu'on mouille le maillot et j'aimais ça. À Gand, c'était beaucoup plus calme (il grimace.)

Et à Düsseldorf ?

RAMAN : On ne parle pas de la même chose. Même en D2, il y avait parfois 40.000 personne dans le stade. C'est un club qui vit à fond.

Les fans t'ont tout de suite accepté. Ils ont même composé une chanson pour toi.

RAMAN : Je cours et je me bats pendant 90 minutes, ils aiment ça. Je comprends l'allemand mais je parle en anglais car j'ai peur de faire des fautes. ( il rit)

" J'utilise encore certains principes de Vanhaezebrouck "

Votre entraîneur, Friedhelm Funkel, est très expérimenté. On dit qu'il est sympa mais autoritaire.

RAMAN : C'est souvent son adjoint qui donne l'entraînement. Parfois, il se fâche mais il sait choisir ses moments. Il aime la simplicité. Tactiquement aussi. On ne doit pas étudier 87 façons de tirer un corner comme avec Hein Vanhaezebrouck ( il sourit). Cette simplicité paye.

Hein Vanhaezebrouck a joué un rôle important dans ta carrière.

RAMAN : À Courtrai et au début à Gand, ça s'est bien passé. Après, ça a mal tourné. Je ne lui en veux pas, j'étais en partie responsable. Il m'a beaucoup appris et j'ai participé à la conquête du titre. J'utilise encore certains de ses principes, notamment sur les coups-francs. Je tente aussi de rester le plus près possible du rectangle, comme il me l'a appris.

La Bundesliga lui conviendrait ?

RAMAN : Ça dépend du club. Il lui faut des joueurs prêts à courir et travailler pendant 90 minutes. Fribourg, par exemple. Car tout le monde ne fait pas tout ce qu'il demande.

Le Fortuna mise sur une reconversion rapide. Dodi Lukebakio, le Polonais Dawid Kownacki et toi êtes les trois mousquetaires devant. On peut parler d'équipe de contre.

RAMAN : Parfois. Contre certains adversaires, on ne peut pas jouer avec trois petits gabarits en pointe, il faut un brise-lames.

Ton style de jeu a changé : tu es toujours aussi énergique mais tu lis mieux le jeu. La preuve par tes buts et tes assists. Comment expliques-tu ça ?

RAMAN : En Belgique, je courais sans réfléchir. Ou alors, je réfléchissais trop. Ici, tout va de soi. C'est une question de confiance et de répétitions à l'entraînement.

Tu prends aussi beaucoup moins de cartes. L'entraîneur a attiré ton attention sur cet aspect ?

RAMAN : Même pas. En Belgique, on faisait plus de fautes sur moi. Ici, on joue plus vite et les arbitres sifflent moins. Quand il y a un conflit, je m'éloigne car le VAR est très strict et les amendes sont salées.

C'est une prise de conscience ?

RAMAN : C'est venu tout seul. Je suis tout simplement plus calme qu'avant.

" Je dois mieux choisir mes moments "

Avant la saison, Funkel avait dit que ce serait plus facile pour toi en Bundesliga qu'en D2.

RAMAN : On y joue davantage au football et, dans certains matches, il y a plus d'espaces. Et puis, ils ne me connaissent pas encore bien. L'inverse étant vrai aussi, je ne m'occupe pas trop de mes adversaires directs. Je jette un oeil sur le tableau tactique mais je joue un peu comme je l'entends et je vois les possibilités qui se présentent. En Belgique, je connaissais presque tous les joueurs, j'avais des préjugés. Ici, la théorie ne dure pas plus d'un quart d'heure. Par le passé, j'ai vu des séances d'une heure et demi. À la fin, on ne savait plus ce que l'entraîneur avait dit au début.

À quel niveau peux-tu encore progresser ?

RAMAN : À tous les niveaux. Je dois faire de meilleurs choix, mieux choisir mes moments. Contre Mönchengladbach, j'ai délivré 3 assists en 10 minutes mais, en deuxième mi-temps, j'aurais pu marquer.

Quels joueurs ou quels clubs t'ont impressionné en Bundesliga ?

RAMAN : Avant, le Bayern m'impressionnait déjà. En l'affrontant, je me suis encore plus rendu compte de la vitesse de Ribéry et Robben . Ils ont à peine reçu le ballon qu'ils vous ont déjà passé.

Vous avez fait 3-3 au Bayern, avec 3 buts de Lukebakio. C'est ton meilleur souvenir de la saison ?

RAMAN : Non, la victoire à domicile face au Borussia Dortmund et le succès à Schalke 04 ont autant d'importance. Mais c'est vrai qu'à l'Allianz Arena, devant 80.000 personnes, je me suis demandé où j'étais. Puis, le match a commencé et c'est passé. Celui qui se laisse impressionner ne peut pas jouer.

Dodi Lukebakio progresse à grands pas également.

RAMAN : ( il approuve) En un contre un, il est intenable. S'il se présente seul devant le gardien, neuf fois sur dix, c'est but. Au début, il se demandait pourquoi il devait courir autant mais je lui ai dit que c'était le seul moyen d'être bien vu par l'entraîneur : Tu marques deux buts mais tu ne cours pas et tu es sur le banc la semaine suivante. Dodi a beaucoup appris et ce n'est pas fini.

" Il m'arrive de penser aux Diables "

Tu as un jour déclaré que tu étais trop honnête, tant envers la presse qu'envers l'entraîneur. Tu as changé ?

RAMAN : J'essaye de rester honnête. Ça marche mieux avec certains coaches qu'avec d'autres. Je m'entendais bien avec Jankovic. Si je lui disais que je ne pouvais pas venir en raison de circonstances familiales, il comprenait. D'autres m'auraient collé une amende. Avec ce coach-ci aussi, je peux être honnête.

Ton agent dit que si on te met dans un carcan, tu perds une partie de tes qualités. C'est difficile d'être soi-même sans nuire à sa carrière ?

RAMAN : Je ne vois pas pourquoi je devrais faire attention à ce que je dis. Et sûrement pas pour faire plaisir aux autres. Évidemment, j'ai appris. Avant, je disais ce qui me passait par la tête. Maintenant, je fais attention à qui je parle. Il y a peu, un journaliste allemand m'a demandé si Düsseldorf était sauvé. Avant, j'aurais dit : Oui car Schalke et Stuttgart ne nous dépasseront plus. Cette fois, j'ai répondu que nous devions rester calmes et ne pas faire attention aux autres. (il sourit).

Tu es sous contrat jusqu'en 2022. Tu as un plan de carrière ?

RAMAN : Je suis content d'avoir cette sécurité mais qui dit que je ne recevrai pas une proposition intéressante dès cet été ? Certain ont cru que je ne pouvais pas aller plus haut que Düsseldorf mais je pense que j'ai montré le contraire cette saison.

Tu as encore des sentiments pour Gand ?

RAMAN : Bien sûr. Je continue à regarder les grands matches en streaming. Mais en trois ans, beaucoup de choses ont changé et je n'ai plus guère de contacts, sauf avec les gens de la billetterie. Je retourne voir ma famille deux fois par mois.

Martinez rajeunit le noyau des Diables. Tu y penses ?

RAMAN : Ça m'arrive, oui. Si je continue comme ça, il y a une chance qu'il vienne me voir. Mais je n'en fais pas une obsession.

© BELGAIMAGE

Le roi du sprint

Les Allemands adorent les stats. Benito Raman est le roi des sprints. À cinq reprises cette saison, c'est lui qui en a fait le plus au cours d'un match. " Cinquante-deux contre Wolfsburg et 53 contre Francfort. Ce sont des sprints au cours desquels il faut courir à au moins 24 km/h pendant deux secondes. Les supporters en sont fous et j'aime ça. "

Cinquante-trois sprints en un match, c'est un record en Bundesliga. " Si on compte les intensive runs - entre 18 et 24 km/h), je fais régulièrement nonante à cent sprints par match. Au début, j'avais parfois des crampes après 50 minutes mais maintenant, je tiens toute la rencontre. C'est logique : plus on joue, plus on est en condition. Les entraînements sont plus courts mais plus intenses. Je suis plus frais. En Belgique, les séances durent parfois 1h45 : c'est trop long. "

" Dortmund mérite le titre "

Qui de Dortmund ou du Bayern remportera le titre ?

BENITO RAMAN : " Ce sont deux styles de jeu différents. Le Bayern joue avec un pivot, le Borussia fait appel à des attaquants plus petits et mobiles. Je trouve que Dortmund mérite le titre. Rompre l'hégémonie du Bayern ne ferait pas de tort au football allemand. On doit encore aller à Dortmund, ce sera notre match le plus dur. Si le maintien est assuré, on pourra y aller sans arrière-pensée et se faire plaisir. "

Comme le numéro de Benito Raman en notre possession n'est plus valable, nous appelons un ami commun qui nous en donne un autre. Mais nous tombons sur un autre ami à lui qui est visiblement dans la combine et qui se fait passer pour lui pendant un bout de temps. " Ça, c'est l'humour de Benito ", nous dit notre ami commun, un peu gêné, quand nous découvrons le pot aux roses. Manifestement, Benito n'a pas changé. Deux semaines plus tard, après être passé par le club et par son agent, Peter Smeets, nous nous asseyons à sa table à la Stroopfabriek de Borgloon, nichée dans le superbe paysage hesbignon. Raman y est venu pour chercher son nouveau passeport car c'est là qu'il habitait avant de jouer en Allemagne. Quelques jours plus tôt, il a délivré trois assists face au Borussia Mönchengladbach. Son compteur affiche alors 10 buts et 4 passes décisives. Pas mal pour une première saison en Bundesliga mais Raman reste modeste et attentionné. " Désolé pour l'histoire des numéros de téléphone. Ça m'a fait rire mais pas vous, manifestement ", dit-il en prenant un café. Non, pas vraiment. Mais passons aux questions. Dans quelle mesure as-tu vraiment changé par rapport au moment où tu as quitté la Belgique pour l'Allemagne ? BENITO RAMAN : Je suis toujours le même, comme vous avez pu le constater : je fais toujours des blagues. Je suis peut-être un peu plus calme, plus casanier. Il faut dire qu'ici, on s'intéresse moins à ma vie en dehors des terrains. En Belgique, on sortait toujours des trucs extra-sportifs sur moi. Et quand on citait mon nom, il y avait toujours un mais... Ici, c'est bon ou c'est mauvais, point final. Il y a peu, dans Extra Time, on s'est demandé pourquoi deux joueurs réputés difficiles - Dodi Lukebakio et toi - réussissaient en Bundesliga. Wesley Sonck disait que c'était dû au fait qu'en Allemagne, il y a davantage de discipline. Pour Filip Joos, on vous avait tout simplement obligés à sortir de votre zone de confort. RAMAN : J'ai même entendu dire qu'on nous tenait en laisse... Je peux vous assurer que je suis plus libre à Düsseldorf qu'en Belgique. Bien entendu, il y a des directives à respecter mais on nous laisse la bride sur le cou. Tout ce qu'on exige, c'est qu'on soit bon à l'entraînement et en match. Mais évidemment, comme on a moins d'amis ou de famille, on est automatiquement plus concentré sur notre boulot. Tu es plus stable sur le plan familial également ? RAMAN : Oui.. Je ne dois plus intervenir entre mes parents ou leur téléphoner après l'entraînement pour les entendre raconter leurs histoires. Ça m'aide à me concentrer sur le foot et mes parents viennent me voir jouer tous les quinze jours. La vie à Düsseldorf te plaît ? RAMAN : Oui, j'habite dans un quartier calme pas loin du stade. Il y a beaucoup de chouettes restaurants mais je ne sors que pour faire les courses. Après l'entraînement, je préfère rester à la maison et jouer à Fortnite. Tu dis que les médias belges s'intéressaient trop à l'aspect extra-sportif. Les journaux à sensation allemand ne sont-ils pas pires ? RAMAN : Pas à ma connaissance. Ils ne sont pas encore allés rechercher des choses dans mon passé et c'est tant mieux car je ne dois pas trop regarder derrière moi. Je suis jeune mais j'ai déjà vécu beaucoup de choses : des bonnes (un titre et la Ligue des Champions avec Gand, l'Europa League avec le Standard, un titre en D2 avec Düsseldorf) et des mauvaises (relégation, incidents personnels). Je suis content de ce que j'ai fait jusqu'ici. Devrais-je jouer plus haut ? Possible mais je constate que, malgré quelques écarts, je suis en Bundesliga. Quand tu as quitté la Belgique, en 2017, tu sentais qu'il fallait partir ? RAMAN : J'avais des propositions d'autres clubs belges mais j'avais déjà souvent changé, ce qui ne faisait que renforcer ma réputation d'enfant terrible. J'ai opté pour la D2 allemande et ça s'est bien passé dès le début. Tu n'avais pas livré une mauvaise saison au Standard. Tu étais étonné qu'on ne te retienne pas ? RAMAN : Au cours des six premiers mois, avec Yannick Ferrera et Aleksandar Jankovic, j'ai beaucoup joué. Puis je me suis blessé et Ricardo Sá Pinto est arrivé. Il ne m'aimait pas. Même en préparation, il ne me faisait pas jouer. À un certain moment, je me suis mis à travailler pour moi-même, en espérant partir. Tu semblais pourtant destiné à t'entendre avec le public de Sclessin. RAMAN : Les fans étaient chauds et c'était bien. Sauf quand ça tournait mal et que cinquante malabars débarquaient à l'entraînement pour nous engueuler. Ils voulaient qu'on mouille le maillot et j'aimais ça. À Gand, c'était beaucoup plus calme (il grimace.)Et à Düsseldorf ? RAMAN : On ne parle pas de la même chose. Même en D2, il y avait parfois 40.000 personne dans le stade. C'est un club qui vit à fond. Les fans t'ont tout de suite accepté. Ils ont même composé une chanson pour toi. RAMAN : Je cours et je me bats pendant 90 minutes, ils aiment ça. Je comprends l'allemand mais je parle en anglais car j'ai peur de faire des fautes. ( il rit) Votre entraîneur, Friedhelm Funkel, est très expérimenté. On dit qu'il est sympa mais autoritaire. RAMAN : C'est souvent son adjoint qui donne l'entraînement. Parfois, il se fâche mais il sait choisir ses moments. Il aime la simplicité. Tactiquement aussi. On ne doit pas étudier 87 façons de tirer un corner comme avec Hein Vanhaezebrouck ( il sourit). Cette simplicité paye. Hein Vanhaezebrouck a joué un rôle important dans ta carrière. RAMAN : À Courtrai et au début à Gand, ça s'est bien passé. Après, ça a mal tourné. Je ne lui en veux pas, j'étais en partie responsable. Il m'a beaucoup appris et j'ai participé à la conquête du titre. J'utilise encore certains de ses principes, notamment sur les coups-francs. Je tente aussi de rester le plus près possible du rectangle, comme il me l'a appris. La Bundesliga lui conviendrait ? RAMAN : Ça dépend du club. Il lui faut des joueurs prêts à courir et travailler pendant 90 minutes. Fribourg, par exemple. Car tout le monde ne fait pas tout ce qu'il demande. Le Fortuna mise sur une reconversion rapide. Dodi Lukebakio, le Polonais Dawid Kownacki et toi êtes les trois mousquetaires devant. On peut parler d'équipe de contre. RAMAN : Parfois. Contre certains adversaires, on ne peut pas jouer avec trois petits gabarits en pointe, il faut un brise-lames. Ton style de jeu a changé : tu es toujours aussi énergique mais tu lis mieux le jeu. La preuve par tes buts et tes assists. Comment expliques-tu ça ? RAMAN : En Belgique, je courais sans réfléchir. Ou alors, je réfléchissais trop. Ici, tout va de soi. C'est une question de confiance et de répétitions à l'entraînement. Tu prends aussi beaucoup moins de cartes. L'entraîneur a attiré ton attention sur cet aspect ? RAMAN : Même pas. En Belgique, on faisait plus de fautes sur moi. Ici, on joue plus vite et les arbitres sifflent moins. Quand il y a un conflit, je m'éloigne car le VAR est très strict et les amendes sont salées. C'est une prise de conscience ? RAMAN : C'est venu tout seul. Je suis tout simplement plus calme qu'avant. Avant la saison, Funkel avait dit que ce serait plus facile pour toi en Bundesliga qu'en D2. RAMAN : On y joue davantage au football et, dans certains matches, il y a plus d'espaces. Et puis, ils ne me connaissent pas encore bien. L'inverse étant vrai aussi, je ne m'occupe pas trop de mes adversaires directs. Je jette un oeil sur le tableau tactique mais je joue un peu comme je l'entends et je vois les possibilités qui se présentent. En Belgique, je connaissais presque tous les joueurs, j'avais des préjugés. Ici, la théorie ne dure pas plus d'un quart d'heure. Par le passé, j'ai vu des séances d'une heure et demi. À la fin, on ne savait plus ce que l'entraîneur avait dit au début. À quel niveau peux-tu encore progresser ? RAMAN : À tous les niveaux. Je dois faire de meilleurs choix, mieux choisir mes moments. Contre Mönchengladbach, j'ai délivré 3 assists en 10 minutes mais, en deuxième mi-temps, j'aurais pu marquer. Quels joueurs ou quels clubs t'ont impressionné en Bundesliga ? RAMAN : Avant, le Bayern m'impressionnait déjà. En l'affrontant, je me suis encore plus rendu compte de la vitesse de Ribéry et Robben . Ils ont à peine reçu le ballon qu'ils vous ont déjà passé. Vous avez fait 3-3 au Bayern, avec 3 buts de Lukebakio. C'est ton meilleur souvenir de la saison ? RAMAN : Non, la victoire à domicile face au Borussia Dortmund et le succès à Schalke 04 ont autant d'importance. Mais c'est vrai qu'à l'Allianz Arena, devant 80.000 personnes, je me suis demandé où j'étais. Puis, le match a commencé et c'est passé. Celui qui se laisse impressionner ne peut pas jouer. Dodi Lukebakio progresse à grands pas également. RAMAN : ( il approuve) En un contre un, il est intenable. S'il se présente seul devant le gardien, neuf fois sur dix, c'est but. Au début, il se demandait pourquoi il devait courir autant mais je lui ai dit que c'était le seul moyen d'être bien vu par l'entraîneur : Tu marques deux buts mais tu ne cours pas et tu es sur le banc la semaine suivante. Dodi a beaucoup appris et ce n'est pas fini. Tu as un jour déclaré que tu étais trop honnête, tant envers la presse qu'envers l'entraîneur. Tu as changé ? RAMAN : J'essaye de rester honnête. Ça marche mieux avec certains coaches qu'avec d'autres. Je m'entendais bien avec Jankovic. Si je lui disais que je ne pouvais pas venir en raison de circonstances familiales, il comprenait. D'autres m'auraient collé une amende. Avec ce coach-ci aussi, je peux être honnête. Ton agent dit que si on te met dans un carcan, tu perds une partie de tes qualités. C'est difficile d'être soi-même sans nuire à sa carrière ? RAMAN : Je ne vois pas pourquoi je devrais faire attention à ce que je dis. Et sûrement pas pour faire plaisir aux autres. Évidemment, j'ai appris. Avant, je disais ce qui me passait par la tête. Maintenant, je fais attention à qui je parle. Il y a peu, un journaliste allemand m'a demandé si Düsseldorf était sauvé. Avant, j'aurais dit : Oui car Schalke et Stuttgart ne nous dépasseront plus. Cette fois, j'ai répondu que nous devions rester calmes et ne pas faire attention aux autres. (il sourit).Tu es sous contrat jusqu'en 2022. Tu as un plan de carrière ? RAMAN : Je suis content d'avoir cette sécurité mais qui dit que je ne recevrai pas une proposition intéressante dès cet été ? Certain ont cru que je ne pouvais pas aller plus haut que Düsseldorf mais je pense que j'ai montré le contraire cette saison. Tu as encore des sentiments pour Gand ? RAMAN : Bien sûr. Je continue à regarder les grands matches en streaming. Mais en trois ans, beaucoup de choses ont changé et je n'ai plus guère de contacts, sauf avec les gens de la billetterie. Je retourne voir ma famille deux fois par mois. Martinez rajeunit le noyau des Diables. Tu y penses ? RAMAN : Ça m'arrive, oui. Si je continue comme ça, il y a une chance qu'il vienne me voir. Mais je n'en fais pas une obsession.