C'est en Hongrie, à Debrecen puis à Budapest, que le club d'Al-Ahli a préparé le championnat de D2 du Qatar. Sur les bords du Danube, nous avons rencontré Gunter Van Handenhoven, avec qui nous avons évoqué, pour la dernière fois, l'affaire Zheyun Ye, du nom de ce mystérieux Chinois sans lequel il n'aurait peut-être jamais réalisé ce transfert juteux au pays des pétro-dollars. Retour au 21 mai 2005 et à ce match Lierse-La Louvière (7-0).
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C'est en Hongrie, à Debrecen puis à Budapest, que le club d'Al-Ahli a préparé le championnat de D2 du Qatar. Sur les bords du Danube, nous avons rencontré Gunter Van Handenhoven, avec qui nous avons évoqué, pour la dernière fois, l'affaire Zheyun Ye, du nom de ce mystérieux Chinois sans lequel il n'aurait peut-être jamais réalisé ce transfert juteux au pays des pétro-dollars. Retour au 21 mai 2005 et à ce match Lierse-La Louvière (7-0). Gunter Van Handenhoven : Après l'émission Panorama sur la mafia chinoise des paris, les journaux ont écrit que j'étais au centre de l'affaire, que j'avais incité les joueurs et Albert Cartier (entraîneur de La Louvière à l'époque, ndlr) à aller parier et à se partager les gains dans un hôtel de La Louvière. Après, j'ai été invité à m'expliquer à l'émission Studio 1 et, aujourd'hui, je me dis que je n'aurais pas dû y aller car cela ne m'a valu que des ennuis. Le plus grave, c'est que les gens ont dit que j'allais là pour me couvrir alors que j'avais raconté la même chose une minute après le match. Il y avait eu tellement de problèmes au cours des six derniers mois (et je ne parle pas seulement des retards de payement) que nous n'étions plus motivés. Le président avait dit qu'il viendrait tout régler à la veille du match et il n'était pas venu. Nous avions donc dit à l'entraîneur que nous voulions faire grève... La grande majorité des joueurs ne voulait pas jouer. Nous n'avions pas dit aux jeunes que nous ne voulions pas jouer. Je leur ai dit à l'échauffement que nous n'avions pas envie de courir pour le président mais qu'eux avaient intérêt à se montrer car c'était la chance de leur vie. L'équipe n'a pas pu donner le maximum d'elle-même parce que les joueurs n'étaient pas bien dans leur tête, c'est tout. Moi, j'étais capitaine et je n'ai fait que traduire le sentiment général. J'ai ajouté que les jeunes devaient essayer d'être au-dessus de tout cela. Ai-je commis une erreur ? Ce n'est pas parce que Patrick Deman dit cela que c'est la vérité. Je ne sais pas. Je n'ai jamais vu Ye, jamais. A la fédération, on m'a demandé si je connaissais Pietro Allatta. Bien sûr ! Il était le manager de Silvio Proto et on le voyait presque chaque jour au club. Mais est-ce que cela veut dire que j'ai triché ? Non ! Je sais pourquoi nous avons perdu 7-0. C'est mon point de vue. D'autres avaient-ils fomenté autre chose ? Je n'en sais rien et je ne vais donc pas dire que c'est peut-être le cas. Mais non, c'est à nouveau n'importe quoi ! Je l'ai vu, ce SMS. Il y était écrit que nous aurions pu en prendre dix, rien de plus. Je n'en sais rien. Je ne sais pas si des gens ont profité de la confusion qui régnait au sein du club. Ce que je sais, c'est que je n'ai rien fait. Et c'est le plus important. J'ai toujours fait confiance à tout le monde au sein de mon équipe. Je connais Mario Espartero depuis des années (ils ont été équipiers au FC Metz, ndlr). S'il me dit qu'il n'a rien fait, je n'en doute pas. Zambernardi, ce n'est pas moi. S'il le dit, c'est possible mais je ne peux rien confirmer. Je ne peux pas juger les gens. Ce qu'ils disent est plausible, je n'ai jamais dit que ce n'était pas vrai mais je sais que je n'ai jamais eu de contact avec Ye, qu'il ne m'a jamais donné d'argent et que je n'ai jamais été approché pour fausser le résultat d'un match. Je ne sais pas s'il l'a fait avec d'autres joueurs. S'il l'avait fait avec moi, je pense que je l'aurais dit. Le président était fâché. La veille, il était venu nous dire que nous devions gagner pour que Mons descende et que ses sponsors viennent à La Louvière. Mais nous avons perdu. Volontairement ? Non, nous n'étions tout simplement pas assez bons. D'ailleurs, notre deuxième tour fut beaucoup plus mauvais que le premier car la moitié de l'équipe était partie à la trêve. Je ne connais pas Karl Dhont. Et tant que je ne sais pas que j'ai été approché ou que d'autres joueurs ont triché dans mon dos, je ne peux rien vous dire. Ah, c'était vous ? Je n'étais pas très content, n'est-ce pas ? Les journaux avaient déjà écrit que l'entraîneur, trois joueurs et moi étions avec Allatta sur le parking de La Louvière. Vous disiez que c'était dans le vestiaire. Tout cela pour vous dire que les rumeurs ne cessaient de circuler et que je commençais en avoir marre. J'avais vu Allatta au stade pendant qu'il attendait Silvio Proto. Plusieurs fois même. Mais jamais en compagnie d'autres personnes. Ni bien, ni mal. Cela ne m'intéresse plus. Je n'ai rien à voir avec cela et je m'en fous. La seule chose que je retiens, c'est que cela m'a coûté six mois de carrière. On ne parlait plus que de moi dans les journaux, j'en avais ras-le-bol. Mais le plus grave, c'était pour ma famille. Ma s£ur est chanteuse, ma copine (NDLR : l'ex-miss Belgique Ann Van Elsen) travaille à la télévision flamande : vous avez compris... Un jour, ma mère et ma s£ur sont entrées dans un magasin du centre commercial de Saint-Nicolas. Derrière elles, un type a dit à sa femme : -Voilà la mère et la s£ur du corrompu. Ma s£ur était choquée et c'est ça le plus grave car moi, je me fous de ce que les gens pensent de moi. Je sais qu'à un certain moment, un homme traverse toujours des moments difficiles. Vais-je passer ma vie à me demander ce que les gens pensent de moi ? Non. On me demande parfois si je n'aurais pas dû jouer autrement contre le Lierse. C'est vrai mais après coup, c'est facile à dire. Je ne dis pas que nous avons été corrects mais il faut tout replacer dans son contexte. J'aurais pu aller à RKC, aux Pays-Bas, mais la fédération belge s'y opposait. Je savais que les clubs de D1 n'allaient pas prendre le risque de m'engager. J'aurais pu rester à Lokeren mais le club avait déjà transféré Gregory Dufer et Marcel Mbayo, qui jouaient à la même place que moi. Ils avaient fait toute la préparation tandis que j'avais été blessé. Je n'avais pas envie d'aller dans le noyau B. Saint-Nicolas, c'était une bonne solution car ils étaient contents que je vienne pour six mois. Nieuwkerken voulait absolument remporter la troisième tranche. Le président me proposait quelque chose que je ne pouvais pas refuser mais tout était basé sur le nombre de matches joués. Après un incident, l'entraîneur, Theo Custers, fut limogé et, quelques semaines plus tard, je me suis retrouvé en Réserves. Après une défaite, la femme du président avait déclaré dans les VIPs que le club ne pouvait de toute façon plus jouer le tour final, que je coûtais trop cher, qu'elle en avait parlé à son mari et que je ne jouerais plus. Des gens bien, hein ? Mais je me suis tu, pour qu'on ne dise pas qu'il y avait toujours des problèmes avec moi. J'ai donc fini la saison en Réserves. Hans Galjé de Roulers, m'a téléphoné. J'ai aussi discuté avec Dender et surtout St-Trond. Evidemment, le président Duchâtelet m'a d'abord parlé de l'affaire Ye. A Dender aussi, on me demandait de faire mes preuves. On croyait que j'étais un type difficile, cela se sentait aux questions qu'on me posait. Quand est venue l'offre du Qatar, je n'ai pas hésité. ( Avec force). Je n'ai pas passé les tests médicaux à St-Trond. Il y a deux ans, j'ai été opéré au genou. La blessure était assez importante mais je suis guéri. Au Qatar, on m'a examiné sous toutes les coutures, avec du matériel perfectionné. Celui qui dit que je ne suis pas en bonne santé ment. Je ne sais pas combien gagne un joueur moyen d'Anderlecht. Il faut voir ce transfert dans sa globalité. Sportivement, le Qatar représente un recul mais financièrement, ça compense. Si c'est pour gagner la même chose à l'étranger qu'en Belgique, on reste ici car il y a quand même des sacrifices au niveau familial. Heureusement, je m'adapte facilement et c'est nécessaire quand on joue en D2 au Qatar. J'ai mes qualités et on attend de moi que je dirige cette jeune équipe. C'est normal. Le stage en Hongrie fut très dur mais je commence à me sentir mieux. A l'époque, on ne s'intéressait pas tellement aux jeunes Belges qui jouaient à l'étranger. Aujourd'hui, après cinq matches en équipe première, ils se retrouvent en équipe nationale. A l'époque, il y avait Lorenzo Staelens et Marc Wilmots. J'ai souvent fait partie des présélections de Robert Waseige mais il était mille fois plus difficile pour moi d'être sélectionné que les jeunes d'aujourd'hui. Sans faire le malin, j'étais très bon. Mais j'ai eu la malchance d'être souvent blessé. Peut-être n'avais-je pas un bon manager (il rit). En tout cas, on ne se jetait pas à mes pieds. Je pense que j'avais suffisamment de qualités pour jouer dans un grand club, surtout en Belgique. Mais il faut savoir vivre avec les blessures car elles font partie du foot. De pouvoir rejouer car les blessures et l'affaire Ye m'ont trop souvent écarté des terrains. Non car je vous l'ai dit : je ne vais pas passer ma vie à me demander ce que les gens pensent de moi. J'ai joué quatre ans en France alors que j'étais très jeune, je sais donc ce que c'est que d'être loin. Le championnat du Qatar est peut-être moins attractif mais ce n'est pas grave. C'est même chouette de découvrir une autre culture et un autre style de jeu. Je n'y pense pas encore. Je sais que tout peut changer très vite. Lorsque j'étais à Metz, Tottenham a fait une offre concrète mais on ne m'a pas laissé partir. Quelques années plus tard, j'étais en fin de contrat à Gand et je devais attendre le dernier jour du mercato pour signer à La Louvière ( il rit). Mais je suis encore capable d'atteindre le top niveau en Belgique. Certainement pas. Quand vous roulez en voiture, vous ne regardez pas constamment dans le rétroviseur, sans quoi vous provoquez un accident. Mais il est aussi nécessaire de tout savoir pour être en sécurité. Cela peut vous aider à ne pas commettre les mêmes erreurs... par jan hauspie